"Trois choses demeurent : la foi, l'espérance et l'amour" (1 Co 13.13)

 

 

L'espérance est tellement liée à la foi qu'il n'est pas toujours aisé de les distinguer. (Cf. Hé 11.1). Il y a une différence, cependant. Paul, en effet, ne dit pas que deux choses demeurent, mais trois. La foi saisit ce qui est donné maintenant ; l'espérance possède ce qui est encore attendu.

 

 

La foi, par exemple, est dévoilée quand Jésus dit : "Mes brebis écoutent ma voix et elles me suivent" (Jn 10.27). Les verbes sont au présent. La foi, c'est vivre maintenant ce qu'il y a à recevoir et à vivre avec Dieu maintenant1. Si aujourd'hui je regarde à Jésus, si aujourd'hui j'écoute sa voix et y répond, si j'obéis à ce qu'il me demande, c'est cela la foi.

 

 

L'espérance, c'est la certitude des choses promises, comme si on les avait déjà, alors qu'on ne les a pas encore. On le voit dans ces paroles de Jésus : "Je leur donne la vie éternelle (c'est au présent) ; elles ne périront jamais et nul ne les ravira de ma main (c'est au futur)" (Jn 10.28). Cela, c'est l'espérance, dont la Bible dit qu'elle est "une ancre de l'âme solide et sûre" (Hé 6.19). On pense aussi à ce que dit Jésus un peu après (14.2) : "Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon père ; je vais vous préparer une place, afin que là où je suis, vous soyez aussi maintenant". L'espérance relie le présent du chrétien à son avenir avec Dieu. C'est déjà vrai, mais ce n'est pas encore accompli.

 

 

Abraham est mort sans voir sa postérité, mais "il attendait la cité qui a de solides fondements, celle dont Dieu est l'architecte et le constructeur" (Hé 11.10). C'est cela, l'espérance2. Là, on voit que l'espérance nourrit et fortifie la foi pour la marche. Quand l'espérance manque, la foi flanche. La vie d'Abraham le montre.

 

Cela est dit également de Jésus : "En vue de la joie qui lui était réservée, il a souffert la croix et méprisé la honte" (Hé 12.2). L'espérance a fortifié la foi, la foi a permis l'obéissance. C'est ainsi que Jésus est allé jusqu'au bout de sa mission.

 

 

Ainsi l'espérance, qui est en lien avec les choses à venir, a bien un effet immédiat : elle affecte le présent, elle conditionne la marche, elle éclaire le chemin. La vie d'un chrétien, aujourd'hui, est autant conditionnée par son espérance que par sa foi.

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1 C'est par exemple ce que dit Jacques : "Je te montrerai ma foi par mes oeuvres" (2.18).

 

2 Le chapitre 22 de Genèse montre bien comment l'espérance conditionne la marche par la foi. Abraham est âgé, sa femme est stérile, mais ils ont eu un enfant, Isaac, comme Dieu l'avait dit. C'est par lui que la promesse d'une postérité va s'accomplir. Un jour, Dieu dit à Abraham : "Prends ton enfant que tu aimes, va sur la montagne et offre-le en holocauste. Abraham se leva de bon matin, scella son âne, pris son fils et s'en alla" (22.2-3). Ce dernier verset démontre la foi – on pourrait dire : la marche chrétienne. Et Dieu bénira Abraham à cause de cette foi. Lire Hébreux 11.17-19. Le philosophe Soren Kierkegaard a écrit tout un livre sur cette marche d'Abraham montant sur la montagne avec son fils, son âne, le bois, le feu et le couteau pour le sacrifice. Chaque pas était un pas de foi. Mais qu'est-ce qui a permis à cette foi de demeurer jusqu'au bout ? L'ordre que Dieu avait donné, et sa promesse. L'ordre a nourri la foi, la promesse a nourri l'espérance que ce que Dieu avait promis s'accomplirait de manière certaine – quand bien même l'évidence criait le contraire !