38. L'inquiétude ? Connais pas !

Je ne vais pas vous parler d'une nouvelle méthode pour être tout le temps serein, mais d'un anesthésiste côtoyé dans une clinique, qui m'a dit un jour : Je ne sais pas ce que c'est que l'inquiétude. Il est vrai que, bien que plus tout jeune, il était en bonne santé et ne manquait pas d'argent. Etait-ce un chrétien fervent ? Pas du tout, il était incroyant.

Cela, je dois le dire, m'a laissé perplexe. Comment se fait-il que moi, qui suis chrétien, je sois assez facilement inquiet, tandis que ce mécréant peut affirmer qu'il ne l'est jamais ?

Je comprends que, chrétiens ou non chrétiens, nous sommes tributaires d'héritages humains, non choisis, et très divers. Certains portent des lunettes dès l'âge de 5 ans et d'autres lisent sans lunette à plus de 80 ans. Pour ma part, j'avais un père angoissé et une mère anxieuse. Nous n'avons pas tous les mêmes combats à mener.

Je comprends aussi que le fait d'être facilement inquiet ne signifie pas que l'on n'est pas chrétien. C'est à des croyants que Jésus commande de ne pas s'inquiéter (Mt 5.25, 31), c'est à des disciples que Paul recommande de ne s'inquiéter de rien (Ph 4.6). S'il fallait le dire, c'est que l'inquiétude n'était pas loin. Il n'est pas anormal d'être inquiet sur cette terre. Il suffit de ne pas laisser l'inquiétude nous envahir, nous paralyser, nous faire ''sortir de la foi''.

Enfin, je comprends que n'être jamais inquiet ne signifie pas qu'on est chrétien ! De même qu'être joyeux, généreux, équilibré, accueillant ou dévoué. Il faut le dire. De même qu'aller à l'église, lire la Bible et prier. Tout cela semble évident, mais beaucoup de confusion demeure : des incroyants ont une belle image d'eux-mêmes parce qu'ils ont un tempérament heureux et sont engagés dans des œuvres charitables, tandis que des chrétiens sont troublés parce qu'ils ont des combats que d'autres n'ont pas.

La Bible est plus réaliste que cela, sans jamais verser dans le fatalisme. Paul ose affirmer qu'on peut distribuer tous ses biens pour la nourriture des pauvres, sans amour (1 Co 13.3). Cela fait réfléchir. Ailleurs, il écrit : Nous gémissons dans cette tente, désirant en revêtir une meilleure (2 Co 5.2, 4). On est loin de la zen attitude. On ne voit pas ici que ce soit un péché de gémir. C'est normal, à condition de ne pas être ingrat, de ne pas 'sortir de la foi'.

Nous sommes pressés de toute manière, mais non réduits à l'extrémité ; dans la détresse mais non dans le désespoir, persécutés mais non abandonnés, abattus mais non perdus (2 Co 4.8-9). Nous nous sentons rejoints.

 

Ch. Nicolas

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