Le blog de Charles Nicolas

18 avril 2018

Guide pour les prédicateurs (6)

 

Quelques principes élémentaires

 

 

V. L'illustration, l'application

 

 

Les sermons les plus parlants sont ceux qui donnent vie à la vérité en démontrant et en appliquant le message du texte. Ils incluent dans chacun des points principaux, non seulement des explications, mais aussi des illustrations et des applications.

 

 

 

1. L'illustration

 

 

Les illustrations vont confirmer l'explication qui a été donnée et préparer les implications qui vont être apportées. Si l'illustration est bien présentée, les implications s'imposeront d'elles-mêmes. L'illustration rend la Parole plus accessible, compréhensible et réelle, ce que le raisonnement ne suffit pas à faire. Elle fait le lien entre le message biblique et l’expérience.

 

 

L'illustration donne à voir, pas seulement à entendre. Les illustrations pertinentes démontrent que le prédicateur n'est pas seulement un bon expert du texte biblique, mais qu'il vit dans le même monde que les auditeurs.

 

 

Le prédicateur est un observateur : il doit cultiver sa capacité à repérer des expériences et à faire des rapprochements. Pour ce faire, il doit apprendre à regarder tout ce qui se passe comme une source potentielle d’illustrations. Dieu, par son Esprit, peut conduire le prédicateur aussi dans ce travail-là. Le prédicateur ressemble beaucoup sur ce point à un photographe de presse : en observant ce qui est autour de lui, le prédicateur prépare sa prédication, quand il marche dans la rue ou à la campagne, quand il est dans la cuisine ou à l'atelier.

 

 

Attention aux illustrations fausses, peu crédibles, moqueuses ou trop longues.

 

 

 

2. L’application

 

 

1. Les fonctions de l’application. Les prédicateurs commettent une grave erreur s’ils pensent qu’il leur suffit de fournir à leurs auditeurs les données bibliques pour que ceux-ci fassent automatiquement le rapprochement entre le message scripturaire et leur vie quotidienne. L’application répond à la question : Et alors ? En quoi ce texte me concerne-t-il ?

 

 

L’application ne doit pas viser seulement les comportements mais aussi le cœur, l’attitude intérieure. Cependant, l'attitude du coeur va se démontrer par des comportements, des gestes, des actes. L'intention ne suffit pas. La vie chrétienne n'est pas un idéal, c'est une vie transformée.

 

2. Les composantes de l’application. L’application doit répondre à 4 questions : quoi, où, pourquoi et comment.

 

 

- Quoi ? Qu’est-ce que Dieu attend de moi ?Pour que les applications données reflètent correctement l’intention biblique, le prédicateur doit avoir repéré les principes bibliques qui sont à l’œuvre dans le texte tel qu’il était adressé à ses premiers destinataires, puis les appliquer aux destinataires d’aujourd’hui. Sans une vision claire des applications, le texte demeure général, théorique, écrit pour d'autres.

 

 

- Où ? A quelles situations, dans quels domaines cela s’applique-t-il ? Souvent, les auditeurs n'y ont pas pensé. Une bonne prédication met la vérité biblique en rapport avec les situations et les combats de la vie. Cela suppose que le pasteur connaisse bien les combats que mènent ses auditeurs. Le prédicateur qui ne fait pas l’effort d’appliquer les principes bibliques à des situations précises se contente généralement d’exhorter à pratiquer davantage les moyens de grâce : priez davantage, lisez davantage la Bible, venez aux réunions... Il n'est pas certain que cela aide réellement les fidèles à marcher selon la Parole.

 

 

- Pourquoi ? Quelle est la motivation ?Il faut veiller à ce que les croyants fondent leur motivation sur la grâce plutôt que sur la culpabilité : « Si vous ne le faites pas, Dieu vous aura au tournant », ou sur la cupidité : « Dieu vous donnera davantage si vous le faites ». Les motivations qui naissent d’une pleine compréhension de la grâce ne modifient pas les règles mais modifient les raisons pour lesquelles nous les respectons. Lorsque c’est l’amour qui motive, alors le Seigneur, ses projets et sa gloire sont notre but. En réalité, dans une vision théocentrique, la joie de Dieu – et non notre bien-être personnel – est la motivation première (Es 5.1-4 ; 62.5).

 

 

- Comment ? Avec quelle forces ?Les prédicateurs ne doivent pas se contenter de dire aux gens ce qu’ils doivent faire1, ils doivent aussi leur indiquer comment le faire. Pour que l’application soit complète, il faut que le prédicateur propose des étapes et des ressources spirituelles qui rendront l’objectif fixé par le sermon réaliste, applicable immédiatement2.

 

 

 

3. Les difficultés de l’application. Traditionnellement, chaque point principal contient une application. Certains prédicateurs préfèrent n’avoir qu’une seule application finale.

 

 

a. L’application doit être orientée vers une situation précise (question « où ? »), puis mentionner plus brièvement d’autres situations, afin que les auditeurs comprennent que le principe mis en lumière peut s’appliquer à toutes sortes de situations.

 

 

b. Les prédicateurs savent instinctivement ce qui fait de l’application la partie la plus difficile de la prédication, le rejet qu’ils risquent de rencontrer parce qu’ils ont voulu être spécifiques. L’application vient déranger notre existence, elle se fraye un chemin jusque dans notre vie personnelle. L’application exige de la créativité et du courage. Une application mal formulée risque de bousculer inutilement.

 

 

c. Il faut faire une distinction entre les exigences de l’Écriture et les suggestions du prédicateur. Les pharisiens confondaient les deux ! Donner envie est mieux que commander. Le prédicateur est proche de Dieu et proche des auditeurs, mais il ne prend la place ni de l'un ni des autres.

 

 

d. On doit également respecter la complexité de certaines questions et ne pas apporter des réponses simplistes. C’est lorsque l’on sort de son domaine d’expertise que l’on a tendance à proposer les pires applications. Si le prédicateur s'arrête trop tôt, il abandonne son auditoire au milieu du gué. S'il va trop loin, il les domine et court le risque de les infantiliser ou de les irriter. Le mieux est d'indiquer l'étape qui va permettre d'avancer.

 

 

e. L’intégrité spirituelle. Même lorsque cela fait mal, les gens écouteront les propositions du prédicateur s’ils connaissent son honnêteté spirituelle et se savent aimés de lui. L’application, si elle est conçue comme une conversation avec un ami autour d’une table, a davantage de potentiel spirituel qu’une douzaine de sermons conçus pour être déclamés du haut du mont Sinaï. Ne donnons pas l'impression que nous sommes nous-même hors jeu3.

 

 

 

3. La délivrance du sermon

 

 

1. La manière. Calvin a déclaré dans son discours d’adieu aux pasteurs de Genève : « Je me suis toujours exercé à la simplicité ». Le prédicateur ne devrait pas se servir de la prédication pour faire étalage de son érudition. Partagez les fruits, et non la sueur de votre travail !

 

 

2. La voix. Pour régler le volume, adressez-vous à ceux qui sont au dernier rang. Veillez à ne pas baisser le volume en fin de phrase. Certaines personnes sont malentendantes : elles doivent entendre correctement chaque mot sans avoir à faire un effort. L’utilisation du micro ne vous autorise pas à parler à voix trop basse.

 

 

Il est très important de varier le rythme : certaines personnes ont tendance à parler trop lentement, d’autres trop rapidement. Apprenez à utiliser les silences pour mettre en valeur vos réflexions. Parler trop vite parce qu'on a trop de choses à dire n'est pas une bonne manière de servir.

 

 

3. La gestuelle.Des études ont montré que l’on communique autant par les gestes (la posture physique) que par les paroles. Laissez votre visage exprimer ce que vous ressentez. Le contact visuel est très important. L’orateur qui ne regarde pas les gens dans les yeux est jugé distant. C’est pourquoi il est déconseillé de lire sa prédication.

 

4. Les supports de prédication :

 

Sermon entièrement rédigé : lu ou restitué de mémoire4. Les mots-clés sont soulignés en rouge, les phrases-clés colorées en jaune... Le prédicateur ne lit pas son message.

 

Sermon partiellement rédigé : le plan, les idées clés, les illustrations, les applications.

 

Votre véritable allié : les mots-clés ou les phrases-clés qui définissent clairement le sujet du message, le ou les points retenus et le but !

 

 

Un bon test consiste à vous demander, avant de prêcher, si vous avez vous-même une idée claire du sujet et de son application. Cela est élémentaire.

 

 

5. La longueur de la prédication. Entre 25 et 30 minutes semble être la norme occidentale. John Stott écrit : « Tout sermon devrait paraître durer 20 minutes, même s’il est plus long ». Le prédicateur qui s’est bien préparé a toujours trop de choses à dire. Il faut donc qu’il garde une partie de sa préparation pour d’autres occasions : études bibliques, visites. Trop n'est pas mieux que pas assez.

 

____________

 

 

1Voir le chapitre sur la prédication non rédemptive.

 

2Beaucoup d'auditeurs pensent plus ou moins consciemment que la marche chrétienne est en grande partie utopique. Ils ont déjà essayé tant de fois... "Ce que Dieu demande est trop difficile", pensent beaucoup. En réalité, ce n'est pas difficile, c'est impossible. Mais cela devient possible dans l'union avec Jésus (Ro 6.1-4).

 

3Voir le chapitre II.4 : L'exemple de Jésus.

 

4L'évangéliste Emiliano Tardif a écrit : "Si vous, qui avez travaillé votre message, n'êtes pas en mesure de retenir votre message, comment vos auditeurs qui n'ont pas étudié pourront-ils le retenir ? ". Le professeur Pierre Courthial recommandait de rédiger entièrement le message, mais de ne pas le lire, ensuite, et de prêcher à partir d'un plan ou des phrases-clés.

 

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17 avril 2018

Guide pour les prédicateurs (5)

 

Quelques principes élémentaires

 

 

IV. Le plan et la structure

 

 

Nous nous souvenons de la différence possible entre le plan exégétique (correcte compréhension du texte biblique) et le plan homilétique (correcte présentation du sujet retenu). En un sens le prédicateur n'a aucune liberté : il doit prêcher ce texte en le respectant absolument (plan exégétique). Il est serviteur du texte.

 

En même temps, le prédicateur a une très grande liberté : il peut choisir de retenir tel ou tel sujet de ce texte, sujet qu'il peut présenter en un, deux ou trois points, sujet qu'il illustrera de la meilleure manière et dont il tirera les meilleures applications pour l'assemblée qui est là.

 

 

1. Le but du plan

 

 

a. Le plan est utile au prédicateur. Il l’empêche de se disperser, de s’éloigner du thème central. Le plan constitue un itinéraire que l’esprit de l’auditeur est invité à suivre1. Prêcher à partir d’un plan permet au prédicateur de garder un œil sur le développement de sa pensée sans perdre le contact visuel avec l’auditoire.

 

 

Il ne fait guère de doute qu’une prédication de qualité doit être structurée, même si ce n'est pas le seul atout d'une bonne prédication. Il n’est toutefois pas nécessaire d’énoncer tous les points du plan. Dans une maison la charpente est nécessaire, mais elle n’est pas forcément visible.

 

 

b. Le plan sert l'unité. La prédication devrait viser un but principal, sinon unique. Toutes les parties devraient servir ce but principal.

 

Il sert la concision. Chaque partie de la prédication est par définition limitée. Si elle est introduite, ce sera brièvement, et on arrivera sans tarder au sujet principal de cette partie. Le but de la prédication n'est pas d'exercer la patience des auditeurs !

 

Il sert la progression. Chaque point devrait représenter une nouvelle étape vers le point culminant. Certes, des vérités essentielles peuvent être répétées, y compris avec les mêmes mots, mais le message ne peut pas se limiter à la répétition d'une seule idée. Répéter 50 fois un mot ou une idée, ce n'est pas prêcher2.

 

 

Le point culminant. Il y aura probablement un point culminant dans la prédication – voire un dans chaque partie. Nous comprenons qu'il ne doit pas survenir trop tôt (sitôt après l'introduction) ni trop tard (juste avant la conclusion). Le point culminant fait probablement une différence entre la prédication et un cours à des étudiants.

 

 

c. Une prédication est généralement composée de trois parties principales.

 

- L'introduction quiconduit à une proposition (phrase-message) indiquant sur quoi va porter le corps de la prédication.

 

- Le corps de la prédication qui contient les points principaux et secondaires, les éléments explicatifs, illustrations et applications.

 

- La conclusion quirésume le message et contient l’interpellation la plus forte.

 

 

d. Nombre de points. Un seul sujet peut être présenté en un, deux ou trois points.

 

Les sermons en un point3 sont entièrement focalisés sur le sujet retenu.

 

Les sermons en trois points soulignent généralement le développement de la pensée.

 

Les sermons en deux points suggèrent habituellement l’équilibre d’une tension.

 

 

2. La fonction des transitions

 

 

C'est par des transitions que le prédicateur démontre le rapport entre l’introduction et le corps du discours, entre ses différentes parties, entre la conclusion et tout ce qui précède. Ces transitions sont généralement bien visibles dans les textes de l'Ecriture4.

 

 

Puisque les auditeurs ne peuvent visualiser le plan du sermon, les transitions leur indiquent les idées qui sont essentielles, celles qui sont secondaires, et comment l’ensemble fonctionne. Le pasteur Stuart Olyott termine chacune de ses parties en la résumant en une phrase.

 

 

A aucun moment les auditeurs ne devraient se demander : "Pourquoi dit-il cela maintenant ?". Charles Spurgeon disait à ses étudiants : « Faites tout pour qu'on vous comprenne. Rendez impossible qu'on ne vous comprenne pas ».

 

 

3. Les fonctions de l’introduction

 

 

« Un travail bien commencé est à moitié terminé ».

 

 

a. Captiver l’attention. « Dans votre introduction, vous devez entrer dans le monde de vos auditeurs et les convaincre de vous suivre dans le monde de la vérité biblique et dans la réalité de votre message » (William Hogan, pasteur presbytérien).

 

 

Pour susciter l’intérêt des auditeurs, il faut les impliquer d’entrée par une pensée frappante. L’introduction est rendue attrayante par les éléments qui indiquent que le message est en rapport avec la vie des auditeurs. Rien ne compte plus pour la crédibilité de l’orateur que le sentiment qu’auront les auditeurs qu’il s’intéresse à eux et pas seulement à son texte ou à son sujet. Jay Adams écrit : « Le but de l’introduction est d’amener la communauté à entrer dans le sujet qui va être abordé. Si elle n’y parvient pas, c’est une mauvaise introduction ». Tout ce qui ne sert pas le but nuit au but !

 

 

b. Présenter le sujet de la prédication. Albert Einstein a dit : « Un problème sans solution est un problème mal posé ». L’introduction doit indiquer sur quoi va porter la prédication. Le prédicateur peut commencer par une réflexion stimulante : une question, une brève histoire, une citation, une anecdote ou tout autre moyen de solliciter l’attention. Mais l’introduction ne remplit sa fonction que si elle s’achève en laissant dans l’esprit des auditeurs le sujet principal de la prédication.

 

 

 « Contrairement à l’approche homilétique traditionnelle, qui garde l’application pour la conclusion, l’application devrait débuter dès l’introduction » (Haddon Robinson). En tout cas sous forme interrogative.

 

 

« Tout sermon s’étend comme la corde d’un arc entre le texte de la Bible d’un côté, et les problèmes de la vie humaine d’aujourd’hui de l’autre côté. Si la corde n’est pas bien attachée à l’une de ses deux extrémités, alors l’arc ne sert à rien »(Ian Pitt-Watson, A Primer for Preachers. Grand Rapids, Baker, 1986).

 

 

 

c. Préparer la phrase-message. La "phrase-message", "phrase-résumé" ou "proposition" est l’énoncé du sujet que le prédicateur se propose de développer, en une phrase.

 

 

« J’ai la conviction qu’aucun sermon n’est prêt à être prêché tant qu’on ne peut en exprimer le thème par une phrase brève et riche de sens, d’une manière qui soit aussi claire que de l’eau de roche... Je trouve que l’obtention de cette phrase est l’aspect le plus difficile, le plus exigeant mais aussi le plus fructueux de mon travail d’étude. S’obliger à façonner cette phrase, à en éliminer tout mot imprécis, inadapté, ambigu, tel est sûrement un des facteurs les plus cruciaux et les plus essentiels de la création du sermon. Je ne pense pas qu’on puisse prêcher ni même mettre par écrit un sermon tant que cette phrase n’a pas vu le jour, claire et lucide comme un ciel sans nuages » (Henry Jowett, The preacher, his life and work. New-York, 1912).

 

 

La phrase-message est le mariage d’une vérité universelle ancrée dans le texte biblique (le sujet du message) et de son application à la situation présente (le but du message). La phrase-message pourra être aisément mémorisée.

 

 

 

4. Les fonctions de la conclusion

 

 

Si l’introduction doit être frappante, la conclusion doit l’être plus encore, car elle constitue l’apogée de la prédication. Cela n'implique pas de parler plus fort ou plus vite. Au contraire. C'est la clarté des mots qui seront dit qui doit s'imprimer dans les consciences.

 

 

La conclusion doit contenir les éléments suivants :

 

- Une récapitulation, c’est-à-dire un bref résuméen une ou deux phrases.

 

- Une exhortation, c’est-à-dire une application finale.

 

 

a. La patience et l'urgence. L'impact que recherche le prédicateur est double :

 

En un sens, il est immédiat : c'est maintenant, pendant la prédication, que la vérité doit opérer dans les coeurs son oeuvre de révélation et d'appel. Dans cette perspective, tout message doit être porteur d'un appel.

 

 

Cependant, la Parole de Dieu doit et va agir également dans le temps : le soir même, dans les jours qui suivent, des mois ou des années plus tard, à partir des pensées inscrites dans la mémoire. Dieu est patient. Le prédicateur doit l'être aussi.

 

 

b. Précautions et suggestions concernant les conclusions :

 

Efforcez-vous de terminer sur une note positive, car l’Evangile est une bonne nouvelle. Le prédicateur qui laisse la communauté désespérée n’a pas vraiment prêché. Les conclusions devraient à la fois interpeller et relever. Dans l'assemblée, il y a quelques esprits rebelles, mais aussi beaucoup d'âmes en souffrance. Tout sermon décourageant est un mauvais sermon.

 

 

Évitez les conclusions à rallonge, évitez que la porte de sortie ne débouche sur une autre porte de sortie5. Il ne faut pas non plus conclure de manière trop brutale, faute de préparation suffisante, avant même d’avoir atteint le point culminant.

 

 

Boucler la boucle. Pour conclure une prédication, on peut renvoyer à des éléments mentionnés en introduction ou dans d’autres parties du sermon. Cette manière de boucler le sermon donne l’impression de sermons bien préparés. Mais on sera bref.

 

Il vaut mieux ne pas annoncer la conclusion. Mais si vous dites « en conclusion », concluez !

 

_______________

 

1Quelle est la différence entre un mauvais prédicateur et un train ? Quand le train déraille, il s'arrête !

 

2On prendra garde à l'utilisation de la concordance biblique. Aligner 20 versets qui comportent le mot clé du message, ce n'est pas prêcher.

 

3Voir l'annexe 1 de la Série 3.

 

4Particulièrement dans la lettre aux Ephésiens : car, donc, ainsi donc, c'est pourquoi...

 

5 Une mère a dit un jour à son fils prédicateur : « Tu as manqué plusieurs occasions d’aller t’asseoir ! ».

 

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16 avril 2018

Guide pour les prédicateurs (4)

 

 

Quelques principes élémentaires

 

 

 

III. La priorité du texte

 

 

1. Les besoins de la communauté

 

 

Le prédicateur est inévitablement tenté de choisir des textes en rapport avec ses centres d’intérêt personnels. Dans tous les cas, il doit :

 

- Veiller à ne pas imposer ses propres préoccupations au texte

 

- Avoir conscience que ses propres préoccupations ne correspondent pas forcément aux besoins de la communauté.

 

 

Le prédicateur ne peut pas nier son propre vécu. Il est probable qu'il doive apporter (témoigner de) quelque chose qu'il a lui-même reçu pour lui, peut-être récemment. En un sens, il est le premier destinataire du message.

 

 

Il est évident que le prédicateur doit avant tout tenir compte des préoccupations et des besoins de la communauté. Cette aptitude à cerner ces besoins "fait" le prédicateur. Les besoins de la communauté ne seront accessibles au prédicateur que s’il est proche des gens. Est-il à l'écoute de ce qu'ils ont à dire ? Les rencontre-t-il sur leurs lieux de vie ? Jésus a vécu avec les personnes à qui il s'adressait. Il ne s'est isolé que pour mieux revenir au contact, ensuite.

 

 

2. Quel texte choisir ?

 

 

Plusieurs pasteurs pourraient confier que le choix du texte biblique pour la prédication est un des exercices les plus difficiles qui soit. Il n'est pas évident que le premier texte qui vient à notre esprit soit le texte qui convient. Comment savoir ?

 

 

a. Les Églises anciennes utilisent souvent un lectionnaire lié à un calendrier liturgique. Cette discipline a plusieurs avantages :

 

- un grand nombre d'églises se penchent sur les mêmes textes le même jour ;

 

- la totalité de la Bible est couverte en quelques années ;

 

- le prédicateur est amené à prêcher sur un texte qu'il n'a pas choisi lui-même. Il se soumet ; il le reçoit, en quelque sorte, avant de l'apporter ;

 

- cela apporte une protection : le prédicateur peut parler avec d'autant plus d'assurance qu'il n'a pas choisi ce texte ;

 

- une discipline : naturellement, il aurait évité ce texte trop connu ou trop difficile ;

 

- le fait de connaître à l'avance le texte sur lequel il va prêcher permet de le méditer, de chercher des illustrations de la vie courante, des applications pratiques.

 

 

b. La prédication thématique peut être pratiquée de temps en temps. Le prédicateur choisit un thème, élabore un plan et étaye les points de son message par différents versets. La prédication thématique nécessite aussi une bonne théologie biblique. Le prédicateur peut traiter un thème avec une série de prédications. Il devra éviter de se répéter et donnera à l'assemblée le sentiment de progresser d'étape en étape.

 

 

c. Certaines églises recommandent fortement la prédication séquentielle, prédication-exposition qui consiste à prêcher le texte biblique de manière suivie, séquence après séquence. Jean Calvin pratiquait la prédication séquentielle, et de nombreux pasteurs presbytériens considèrent que c'est la seule manière d'annoncer "tout le conseil de Dieu" (Ac 20.27). Cette manière de faire a ses avantages :

 

- le contexte est nécessairement pris en compte ;

 

- le prédicateur sait à l'avance sur quels textes il va prêcher ;

 

- les questions sensibles peuvent être abordées sans que personne ne se sente visé ;

 

- les prédications précédentes nourrissent la prédication suivante.

 

 

Pratiquer la prédication séquentielle peut donner l'impression de donner la priorité au texte sur l'assemblée. Cependant, la prédication doit demeurer une prédication et pas une étude biblique en s'adressant directement à ses auditeurs de manière aussi pratique que possible.

 

 

3. L'unité, le but et l'application

 

A. L'unité

 

 

a. La prédication devrait porter sur un seul sujet. Comment l'auditeur pourrait-il appliquer sérieusement ce qu'il a entendu, si ce n'est pas le cas ? Comment pourrait-il le transmettre ensuite à quelqu'un d'autre ? Dans la marche chrétienne, il est utopique de vouloir franchir plusieurs étapes en une seule fois. Cette discipline empêche le prédicateur de vagabonder d’une pensée à l’autre, l’oblige à réfléchir à ce qu’il va dire et ne pas dire. Les auditeurs ont besoin d’entendre un discours cohérent. « Il est plus facile d’attraper une balle qu’une poignée de sable ».

 

 

b. L’idée principale doit venir du texte lui-même.

 

- De quoi l’auteur parle-t-il exactement ?

 

- Que dit-il à ce sujet ?

 

 

1. Lire et assimiler le texte pour définir l’idée principale qu’il communique.

 

2. Travailler cette idée et la formuler sous la forme d’un bref résumé, une 'phrase message'. Une bonne 'phrase-message' serait : « Dieu demeure fidèle à l’égard d’un peuple infidèle » ou « Une foi fragile dans un Sauveur puissant », "Il y a encore des brebis du Seigeur au dehors", etc.1

 

 

Une prédication peut comporter plusieurs points, mais elle ne peut pas porter sur plusieurs sujets différents.

 

B. Le but

 

 

L'auteur biblique ne s'adresse pas à des anges. Il s'est adressé en premier lieu – et s'adresse encore – à des personnes particulières, dans un contexte donné. Cela doit absolument être pris en compte. La Parole de Dieu – lue ou prêchée – déborde largement tous les contextes imaginables ; cependant elle est toujours lue ou entendue dans un contexte donné2.

 

 

Prendre le texte au sérieux suppose que l'on se pose ce genre de questions : Quelle est l’intention de l’auteur ? Pourquoi le Saint-Esprit a-t-il inspiré ce texte ? Pourquoi Paul aborde-t-il à cet endroit précis de son raisonnement ce thème-là et pas un autre ? Qu’est-ce qui manquait à ses lecteurs ? Quels étaient les enjeux ?

 

 

Une fois le cadre originel du texte mis en lumière, la prédication oriente l’auditoire vers la grâce de Dieu, vers la réponse de Dieu. Le cadre originel du texte devra probablement être présenté dans l’introduction, ce qui constituera sans aucun doute une bonne accroche. Il ne s’agit pas nécessairement de quelque chose dont nous serions coupables : il peut s’agir aussi de la souffrance, de l'adversité, du désir d’être de meilleurs parents, etc...

 

 

Trois questions permettent de bien formuler le sujet :

 

  1. - Que dit le texte ?

  2. - Quelles questions spirituelles et pratiques le texte aborde-il dans son contexte ?

  3. - Quelles préoccupations spirituelleset pratiques les auditeurs d’aujourd’hui partagent-ils avec ceux d’autrefois ?

 

 

Pour la clarté du message, la réponse à chacune de ces trois questions devrait pouvoir tenir en une seule phrase.

 

 

C. L'application

 

 

Si le prédicateur néglige cette étape, l’auditoire se dira : « Et après ? »

 

 

Deux écueils existent à cet égard :

 

- Prendre les auditeurs pour des enfants

 

- Considérer qu'ils savent automatiquement appliquer la vérité biblique à leur vie.

 

 

Il est intéressant de constater que Jésus, Paul ou Jean appellent leurs auditeurs enfants(et même "petits enfants") tout en les considérant comme des adultes3 ! Dans tous les cas, le prédicateur doit rendre évident que le texte biblique est porteur d'une implication importante pour chacun des auditeurs, dans sa vie personnelle, dans sa situation propre, quelle qu'elle soit. Il manque à beaucoup de sermons un but clair et une application pratique4.

 

4. Le processus explicatif

 

 

La plupart des chrétiens n’ont ni envie ni besoin d’assister à des exposés historiques ou exégétiques. Ce qu’ils souhaitent, ce qui leur est nécessaire, c’est une prédication qui démontre la manière dont les données bibliques s’appliquent à leur vie. Les prédicateurs ne peuvent donc se contenter de présenter des informations : ils devraient organiser les éléments explicatifs de leurs messages de manière à ce que les implications du texte dans la vie des auditeurs soient clairement perceptibles5.

 

 

A. Explication, illustration et application

 

 

Prêcher l’Écriture signifie mettre en lumière le sens du texte de telle manière que les auditeurs puissent se trouver face aux vérités bibliques, les comprendre et agir en conséquence.

 

- l'explication touche l’intelligence : "Que dit le texte ?"

 

- les illustrations touchent le cœur : "Montrez-moi ce que dit ce texte".

 

- l'application touche la volonté : "Que signifie ce texte pour moi ?"

 

 

Dans l’approche traditionnelle de la prédication, ces trois composantes apparaîtront dans chacun des points principaux, même s’il est possible de faire des exceptions. Le prédicateur constatera que les auditeurs prêtent souvent davantage attention à un discours dont les démonstrations et applications sont régulières et fréquentes. En d'autres termes, il est préférable d'éviter de prêcher pendant 30 minutes en espérant que la communauté se contentera du fait que ce qui la concerne directement ne soit dit que dans les cinq dernières minutes6.

 

 

On évitera trois défauts :

 

- les explications qui enflent jusqu’à devenir de pesants étalages d’érudition

 

- les illustrations qui dominent au point de verser dans le divertissement

 

- les applications qui ont tendance à devenir moralisatrices.

 

 

 

B. Quatre étapes nécessaires

 

 

Il s'agit ici de cheminer peu à peu vers la mise en place du plan de la prédication.

 

 

a. Observer. Charles Spurgeon écrit : « Laissez le texte vous imprégner. Je prêche mieux lorsque j’ai pu m’immerger dans mon texte ». Il faut le lire et le relire jusqu’à ce que l’enchaînement des pensées de l’auteur devienne clair, familier.

 

 

b. Interroger.Le prédicateur se prépare à expliquer le texte en se posant les questions que ses auditeurs se poseraient s’ils cherchaient à comprendre le texte. On interroge le texte afin de mettre en évidence ce qui est dans le texte plutôt que d’imposer au texte ce qui ne s’y trouve pas.

 

 

- Que dit le texte ? (exégèse)

 

. Mots-clés, temps des verbes

 

. Comparer différentes versions

 

. Références parallèles (autres versets où les thème/mots-clés apparaissent).

 

 

- Comment le texte s’articule-t-il ? (plan exégétique)

 

. Repérer les idées principales et les idées secondaires

 

. Remarquer comment elles s’articulent entre elles.

 

 

Il est fréquent que les mots utilisés – y compris les mots-clés – n'aient pas le même sens pour tous, ne renvoient pas aux mêmes réalités. Pour les uns, les mots honneur, tolérance, autorité... ont un sens positif, tandis que pour d'autres ils ont une connotation négative. Sans s'y attarder outre mesure, il sera souvent utile de définir le sens que tel ou tel mot a dans la perspective biblique.

 

 

c. Établir des rapprochements de situation. En quoi ressemblons-nous aux destinataires initiaux du message biblique ? Il ne faut pas attendre la fin du travail d’exégèse pour commencer à penser aux auditeurs et établir des rapprochements entre le texte et les préoccupations de la communauté. Les visites que le pasteur peut faire vont l'aider à établir ces rapprochements. Ces rapprochements vont aider le prédicateur à faire un tri parmi les options explicatives. Il ne s'agit pas de tout dire. Il ne s'agit pas d'être brillant. Il s'agit d'être utile.

 

 

d. Organiser :

 

i. Elaborer un plan homilétique. Le prédicateur se doit de présenter le message du texte, mais il n’a pas nécessairement à présenter la structure du texte. Le planexégétique (du texte) n’est donc pas forcément le plan homilétique (du message).Le plan homilétique définit la meilleure manière de communiquer le sens du texte à la communauté présente.

 

 

ii. Couvrir l’ensemble du texte. Le prédicateur doit rendre compte de tous les éléments importants du texte, même si tout n’a pas besoin d’être approfondi de la même manière, même s'il retient un seul point important pour en faire le sujet de son message. Les gens devraient pouvoir rentrer chez eux en ayant acquis une bonne vue d’ensemble du texte.

 

 

iii. Faire le tri. Il faut résister à la tentation de garder toutes les idées qui nous sont venues à l’esprit. Certaines pourront être utilisées à un autre moment. Il ne faut pas hésiter à éliminer tout ce qui obscurcit la présentation. La présentation finale doit être aussi claire que possible.

 

___________

 

 

Annexes

 

1. Explication, illustration, application

 

 

Prédication avec un seul sujet Prédication avec un seul sujet

 

traité en un seul point traité en trois points

 

 

 

1. Explication

 

1er point

a. Explication

b. Illustration

c. Application

 

2. Illustration

 

2ème point

a. Explication

b.Illustration

c. Application

 

3. Application

 

3ème point

a. Explication

b. Illustration

c. Application

 

 

Chaque partie devrait être à peu près d'égale longueur.

 

Dans la prédication avec 3 points, on comprend que chaque partie doit être relativement concise.

 

Cette prédication-là ne devrait pas être (beaucoup) plus longue que la première.

 

___________

 

 

2. Cinq questions clés

 

 

La prédication vise à éclairer le chemin qui conduit à la compréhension et à l'appropriation du texte : ce texte a aussi été écrit pour être utile à nous, aujourd'hui.

 

 

1. Que signifie le texte ? Comment suis-je parvenu à cette conclusion ?

 

 

2. Pour quelle raison le texte a-t-il été écrit ? Quelle était l'intention de l'auteur ?

 

 

3. Qu’avons-nous de commun avec ceux à qui (ou à propos de qui) le texte a été écrit ou avec l’auteur du texte ?

 

 

4. Quelle est la meilleure manière de communiquer le sens de ce texte ? Quel plan ?

 

 

5. Comment faut-il répondre aujourd’hui au message de ce texte ? Application.

 

Les deux premières questions amènent le prédicateur au pied de la montagne homilétique ; les trois dernières l’amènent au sommet. Répondre aux trois dernières questions permettra au prédicateur de transformer son travail exégétique en prédication.

 

________________

 

1Il peut arriver que le prédicateur ne soit pas en mesure de dire lui-même la phrase-résumé de son message, après avoir prêché. Ce n'est pas bon signe.

 

2Un pasteur avait entendu Charles FINNEY prêcher sur la loi de Dieu. Un Réveil s'en était suivi. De retour chez lui, il prêcha sur la loi de Dieu, mais aucun Réveil ne survint. Comme il en parlait à Finney, celui-ci lui répondit : Là, c'est sur la grâce qu'il fallait prêcher !

 

3Jean dit en quelque sorte à ses lecteur : "Petits enfants, vous n'êtes plus des enfants ! " (1 Jn 2.18-23).

 

4 La lectio divina se borne à l'écoute du texte, avec comme question : Qu'est-ce que ce texte me dit ? Le prédicateur doit aller plus loin, avec cette question : Qu'est-ce que le texte dit ? Cependant, l'application demeure capitale.

 

5Cette partie est synthétisée dans l'annexe 2.

 

6Voir l'équilibre de ces composantes en annexe.

 

14 avril 2018

Guide pour les prédicateurs (3)

 

Quelques principes élémentaires

 

 

II. La prédication rédemptrice

 

 

1. L'arrière-plan doctrinal de la prédication

 

 

"Ils persévéraient dans l'enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain et les prières" (Ac 2.42).

 

"La religion d’une grande majorité de ceux qui professent la foi chrétienne consiste à se rendre à intervalles réguliers dans un lieu de culte. Mais ils ignorent tout de la doctrine et ne se préoccupent pas outre mesure de telle ou telle vérité" Ch. Spurgeon.

 

 

Certes, tous les chrétiens n'ont pas la charge d'enseigner. Il est certain également que la doctrine seule ne suffit pas. Mais que devient la foi sans une connaissance suffisante des grandes vérités de l'Ecriture ? Certains considèrent que seuls les pasteurs sont concernés par les doctrines bibliques. C'est ignorer l'importance de la vérité biblique pour la foi et la vie chrétienne. Si ma compréhension de l'enseignement biblique est erronée, comment ma conduite sera-t-elle juste ? Comment ma prière sera-t-elle juste ? Comment mon témoignage sera-t-il juste ? Enfin, négliger l'importance des doctrines, c'est condamner les membres des églises à se tromper avec le prédicateur qui se trompe, sans être en mesure de se mettre en garde – et peut-être de le mettre en garde, dans certains cas.

 

 

Charles Spurgeon disait à ses étudiants et futurs prédicateurs qu'il était préférable pour eux de tenir en main cinq doctrines essentielles plutôt qu'un grand nombre qui seraient confuses et peu facile à formuler clairement. Dans le même sens, Jean Calvin a écrit : "Toutes les doctrines sont importantes, mais toutes ne sont pas aussi importantes".

 

 

Toute doctrine apporte sa part de lumière sur la révélation biblique, sur la manière d'y répondre avec foi. Certaines doctrines essentielles devraient être constamment présentes à notre esprit, comme les outils d'un bon artisan. Bien comprises, elles aideront à exercer un bon discernement, y compris dans les situations particulières qui ne semblent pas directement concernées. Ce sont en quelque sorte des doctrines "permanentes", la base et le soutien de toutes les autres. Un prédicateur médiocre édifiera quand même son auditoire si l'arrière-plan doctrinal de son message est solide.

 

 

S'il fallait en retenir une poignée, pour reprendre l'expression de Spurgeon, on devrait sans aucun doute mentionner : la création, la chute et la rédemption ; la sainteté et la souveraineté de Dieu ; la corruption totale et la nécessité de la grâce ; la grâce générale et la grâce de rédemption ; la notion d'alliance et la Parole-écrite de Dieu ; la personne et l'oeuvre de Jésus-Christ : la croix, la résurrection, le retour du Seigneur ; le Saint-Esprit, le ministère de tous, les ministères de direction pastorale.

 

2. La prédication théocentrique

 

 

John Piper commence son livre1 en écrivant : "Je crois plus que jamais que la prédication fait partie intégrante de l'adoration de l'Eglise réunie. La prédication est un acte d'adoration". Et il cite le grand prédicateur de Réveil Jonathan Edwards (1703-1758) : "Dieu se fait connaître au coeur de ses créatures et se glorifie dans la joie, la satisfaction et le plaisir qu'elles éprouvent quand il se révèle. Sa gloire est alors accueillie par l'être tout entier, par l'entendement comme par le coeur... La raison pour laquelle la prédication est si essentielle lors de l'adoration de l'Eglise est qu'elle répond parfaitement aux besoins de l'entendement et des sentiments".

 

 

Le but de la prédication est la gloire de Dieu. John Piper écrit : "Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit sont le commencement, le coeur et la finalité du ministère de la prédication". Il cite un prédicateur écossais, James Stewart : "Toute prédication authentique vise à stimuler la conscience par la sainteté de Dieu, nourrir la pensée par la vérité de Dieu, purifier l'imagination par la beauté de Dieu, ouvrir le coeur à l'amour de Dieu et susciter la soumission à la volonté de Dieu".

 

 

Le pasteur Cotton Mather déclara en Nouvelle-Angleterre, il y a trois siècles : "La responsabilité du prédicateur chrétien est avant tout de restaurer le trône etle règne de Dieu dans le coeur des hommes".

 

 

L'attention de l'homme naturel n'est pas centrée sur Dieu ; elle est centrée sur lui-même. Les hommes centrés sur eux-mêmes sont étonnés que Dieu refuse la vie et la joie à ses créatures. Mais la Bible centrée sur Dieu s'étonne de ce que Dieu reporte son jugement sur les hommes. C'est bien une conversion de l'intelligence qui est requise !

 

 

3. La prédication christocentrique

 

 

L’œuvre rédemptrice du Christ, dans ses diverses dimensions, est la pierre angulaire de toute la révélation des rapports entre Dieu et son peuple. Quel que soit le sujet traité, je dois le mettre en rapport avec la Rédemption(qui est beaucoup plus que le pardon des péchés). Sinon ma prédication risque de devenir moralisatrice. Une bonne prédication est une prédication rédemptrice, christocentrique. « Je n’ai pas estimé devoir vous apporter autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié » (1 Co 2.2). Trop de prédications sont anthropocentriques.

 

 

La Bible n’est pas un livre sur le "développement personnel". La prédication chrétienne doit être centrée sur la croix de Jésus-Christ. La croix est la doctrine centrale des Écritures. La croix représente l’ensemble de l’œuvre rédemptrice de Dieu, passée, présente et future. Le message central de la croix est notamment présenté au début de Romains 6 : Jésus-Christ n'est pas seulement mort à notre place ; il est aussi mort pour nous entraîner, dans l'union avec lui, dans sa mort et sa résurrection, afin que nous puissions marcher en nouveauté de vie.

 

Paul le dit également ainsi : "Christ ne m'a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l'Evangile, et cela sans la sagesse du langage, afin que la croix du Christ ne soit pas rendue vaine" (1 Co 1.17). "En d'autre termes, dit Piper, aucune prédication ne peut être valable sans la croix".

 

 

La prédication christocentrique correctement comprise ne cherche pas à découvrir où le Christ est mentionné dans le texte mais comment le texte se rapporte au Christ. Cette démarche christocentrique reflète les pratiques de Jésus lui-même : “Alors, commençant par les livres de Moïse et parcourant tous ceux des prophètes, Jésus leur expliqua ce qui se rapportait à lui dans toutes les Écritures” (Lc 24:27). L’épisode de la transfiguration illustre également ce principe : l’Ancien et le Nouveau Testaments encerclent Jésus et parlent de lui.

 

 

Une erreur fréquente consiste à ajouter au texte un message rédempteur au lieu de le faire jaillir du texte. Il ne s’agit pas de mentionner arbitrairement la croix à la fin du sermon ni de faire des « sauts messianiques » hasardeux tout au long du message, mais de faire en sorte que l’ensemble de la prédication conduise les auditeurs à comprendre la place du texte dans le plan de la rédemption.

 

 

Lorsque tout est dit, le regard de l'auditeur est-il orienté vers lui-même ou vers le Rédempteur ?

 

 

4. Construire des “prédications rédemptrices”

 

 

a. L'orientation rédemptrice. La Confession de foi de Westminster dit : "Nous ne pouvons pas, par nos meilleures actions, mériter le pardon de nos péchés (...), ni payer, par elles, la dette de nos péchés antérieurs" (XVI, 5). La nature humaine est viscéralement attachée à l'idée de mérites et d'efforts à fournir. Une fillette résume ce qu'elle a retenu de son année de catéchisme : "Il faut être gentil avec ceux qui sont méchants avec nous"...

 

 

Construire une prédication rédemptrice consiste à repérer les principes rédempteurs qui apparaissent dans le texte ou en arrière-plan du texte :

 

 

1. Repérer le ou les aspects de la nature divine qui sont à l’origine de la rédemption.

 

2. Repérer le ou les aspects de la nature humaine qui exigent la rédemption.

 

3. Définir l’application de ces principes rédempteurs dans la vie des auditeurs/lecteurs originaux du texte.

 

4. Appliquer ces principes rédempteurs à la vie présente, à la lumière des caractéristiques ou conditions humaines communes aux croyants d’aujourd’hui et aux auditeurs/lecteurs originaux.

 

 

Ce n’est pas parce que le prédicateur a réussi à placer une mention de la personne ou de l’œuvre de Jésus dans son message que celui-ci est christocentrique et rédempteur. Il le sera s'il rend compte du rôle que joue le texte choisi dans l'histoire de la Rédemption. Ainsi, Rahab ne renvoie pas à l’œuvre du Christ parce que le cordon de sa fenêtre est rouge, mais parce que Dieu démontre par son intermédiaire qu’il délivre quiconque croit parmi ceux qui sont méprisés et faibles, y compris en dehors de son peuple.

 

 

En se concentrant sur ce que Dieu cherche à accomplir, le prédicateur empêche son sermon de dégénérer en un message moralisateur. La prédication, si elle est théocentrique, devient inévitablement christocentrique, parce qu’elle démontre la réalité du problème humain qui exige une solution divine. Si l’on se concentre sur l’action rédemptrice de Dieu, on prépare le terrain à l’œuvre du Christ.

 

 

b. Les messages non rédempteurs. Les messages qui ne sont pas christocentriques deviennent inévitablement anthropocentriques. Ces prédications ont souvent un thème repérable : elles exhortent les croyants à faire tous leurs efforts pour être aimés par Dieu. Ces prédications s’appuient sur la Bible mais ne sont pas conformes à l’esprit de la Bible.

 

 

« Soyez comme ». Après avoir mis en lumière les caractéristiques exemplaires d’un personnage biblique, le prédicateur exhorte ses auditeurs à être comme lui. La prédication biographique présente souvent l’inconvénient de ne pas suffisamment rendre compte de la manière dont la Bible veille à ternir l’image de presque tous les saints qu’elle présente. Lorsqu’on invite à imiter la vertu d’un personnage biblique, il faut préciser que celle-ci a pour source la grâce de Dieu.

 

 

« Soyez bons ». Si un prédicateur consacre l’intégralité de sa prédication à exhorter les gens à être bons ou saints, il manque quelque chose à son message. Les croyants ont naturellement tendance à évaluer leur justification à la lumière des progrès de leur sanctification. Mais selon l’Évangile, la sanctification repose sur la valeur éternelle de ce que Jésus a fait. L’expérience que nous faisons des bénédictions divines dépend de notre obéissance dans la foi, mais la réalité de notre relation avec Dieu ne dépend pas de notre capacité à faire le bien.

 

 

« Soyez disciplinés ». La discipline est un moyen de ressourcement normal pour ceux qui ont faim et soif de communion avec Dieu, mais elle peut se changer en devoir désagréable ou en orgueil spirituel si nous pensons que notre consécration nous attirera la faveur de Dieu. Le problème des prédications non rédemptrices est qu’elles présentent une foi qu’il est difficile de distinguer de la pratique morale musulmane ou bouddhiste, y compris si le nom de Jésus est prononcé2. Ce qui fait la spécificité de la foi chrétienne, c’est que Dieu donne ce qu’il ordonne. Cela est tout aussi vrai pour la sanctification progressive que pour la justification initiale. En d'autres termes, la foi qui reçoit prime toujours sur la foi qui fait (Cf. Ro 11.36 ; Ep 2.8-9 ; Ph 2.13).

 

 

Dire cela conduit-il à écarter les passages si nombreux qui soulignent la responsabilité de l'homme (Ro 12;1ss ; Ph 2.14ss ; Ja 2.14 ; 1 Jn 3.18...) ou l'importance des oeuvres de la foi ? Bien sûr que non. Il s'agit de lire et de pratiquer ces textes en rappelant notre dépendance totale à l'égard de la grâce de Dieu qui est en Jésus-Christ. "Sans moi, vous ne pouvez rien faire. Demeurez en moi".
L’Écriture contient de nombreuses exhortations, mais elles sont
toujours enracinées dans un contexte rédempteur. Les exhortations séparées de la grâce produisent le pharisaïsme ou le désespoir. Les prédicateurs christocentriques n’hésitent pas à présenter les commandements, mais ils veillent à ne pas ôter au Christ la place d’honneur. Tout prédicateur devrait se dire ceci à la fin de son sermon : « Lorsque mes auditeurs franchiront les portes de l’église pour aller accomplir la volonté de Dieu, avec qui marcheront-ils ? S’ils repartent avec la grâce de Dieu, alors j’ai atteint mon but".

 

________________

 

 

Annexe

 

 

Votre prédication est-elle chrétienne ?

 

« Si le sermon que vous prêchez convient aux membres d’une synagogue juive ou d’une communauté unitarienne, cela pose un vrai problème. La prédication, si elle est véritablement chrétienne, possède des caractéristiques spécifiques, car le Christ sauveur et sanctificateur y est omniprésent. Jésus-Christ doit être au cœur du sermon que vous prêchez, qu’il s’agisse d’un sermon d’édification ou d’évangélisation. Vous ne devez pas exhorter votre communauté à faire ce que la Bible exige d’elle comme si elle pouvait le faire par elle-même, mais seulement en conséquence de la puissance salvatrice de la croix, de la présence du Christ qui demeure en nous et nous sanctifie, par son Saint-Esprit » Jay E. Adams, Preaching with Purpose, p.147.

 

__________

 

1John PIPER : Replacer Dieu au coeur de la prédication.. BLF, 2012.

 

2Voir citation de Jay E. Adams en annexe.

 

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13 avril 2018

Guide pour les prédicateurs (2)

 

Quelques principes élémentaires

 

 

I. Le prédicateur

 

 

1. Exercice

 

 

Tracer une ligne droite verticale au milieu d'une feuille de papier. Dans la colonne de gauche, inscrire les caractéristiques d'une mauvaise prédication, puis les effets, les conséquences. Faire de même dans la colonne de droite avec une bonne prédication.

 

 

2. Les trois exégèses

 

 

a. L'exégèse est l'étude attentive d'un texte pour en comprendre au mieux le sens. C'est une part essentielle du travail de préparation si je ne veux pas prêcher n'importe quoi. Mais aussi importante soit-elle, cette étape ne suffit pas.

 

 

b. Il y a aussi, pour le prédicateur, l'exégèse de son propre coeur. Qu'est-ce qui y est clair, qu'est-ce qui y est obscur, en chantier, en bataille, en refus d'entendre ce que Dieu dit. Tout cela va impacter grandement la prédication. Il ne s'agit pas pour le prédicateur d'être parfait, il s'agit d'être clair, d'écarter toute dissimulation, d'être vrai. Cela suppose un réel engagement dans la prière, et au-delà de la prière. L'enjeu, c'est le travail de Dieu dans le coeur et la vie du prédicateur, de chaque chrétien présent.

 

 

c. Il y a enfin l'exégèse de l'assemblée qui se trouve devant, si on peut dire. La prédication, en effet, n'est pas qu'une étude de texte, aussi bien faite soit-elle. La prédication est la présentation de la pensée révélée par Dieu dans un passage biblique donné, dans un lieu donné, à un moment donné, c'est-à-dire aux personnes qui sont ici maintenant et non à d'autres (Ro 13.11).

 

 

La manière de communiquer dépendra grandement de la qualité de ces trois exégèses : le choix des mots, l'expression du visage, de la voix... Mais il y a plus que cela : l'action de l'Esprit saint est concernée également par les trois exégèses.

 

 

Le prédicateur va-t-il éclairer le sens du texte ou le rendre plus confus ?

 

 

3. L'humilité et le courage

 

 

a. L'humilité. L'Encyclopédie du Protestantisme1 dit : "En tradition protestante, la prédication consiste en une lecture actualisée d'un passage de l'Ecriture". Le mot 'lecture' dit l'humilité du prédicateur, la sobriété, la retenue. Pas de bavardages, pas de légèreté, pas de mots inutiles. Parfois, une simple lecture du texte biblique suffirait semble-t-il, comme au temps d'Esdras (Né 8.3, 9).

 

Paul se dit dans une faiblesse extrême quand il prêche (1 Co 2.1ss), n'usant d'aucun artifice de sagesse humaine, de telle sorte que la foi des auditeurs s'appuie entièrement sur Dieu et sur rien d'autre. Ailleurs, il se présente comme le premier des pécheurs (1 Tm 1.15). Ailleurs, il demande qu'on prie pour lui pour qu'il puisse ouvrir la bouche avec hardiesse (Ep 6.19). Dans ce sens, l'excès d'assurance ou d'autorité ne convient pas. Paul parle de mesure (2 Tm 1.17).

 

 

b. Le courage. Il faut en même temps passer beaucoup d'obstacles pour oser se présenter devant une assemblée et apporter la parole de Dieu : choisir le texte, choisir la pensée qu'on doit retenir, choisir la manière de la présenter, choisir les illustrations, choisir les implications pratiques, sans égard pour personne et en ayant égard à tous. Dans ce sens, la timidité ne convient pas (2 Tm 1.7). Mettre à terre les motivations ambigües (1 Th 2.3), dépasser de multiples craintes, tout cela peut prendre des heures. En un sens, cela prend toute la vie.

 

Prêcher demande une écoute docile. Prêcher implique aussi un travail (Ac 6.4 ; 1 Tm 4.16 , 5.17).

 

 

c. Une autre disposition accompagne les deux précédentes : le désintéressement. Cela ne signifie pas que l'on ne s'intéresse pas à ce que l'on fait, mais qu'on ne le fait en aucun cas dans la recherche d'un intérêt personnel (1 Tm 3.3 ; 1 Pi 5.2 ; Jc 2.1-4).

 

 

4. Solitude et communauté

 

 

a. En un sens, celui qui prêche est seul : une mission lui est confiée, il ne peut se dérober. Seul devant Dieu, seul devant le texte, seul devant l'assemblée.

 

 

Jésus a commencé son ministère au désert et son enseignement a été ponctué par de nombreux moments de solitude. Cela est nécessaire. Celui qui ne sait pas être seul (Mt 6.6), quelle est sa prière, qu'aura-t-il à dire ?

 

 

De même, ceux qui écoutent seront invités également à être seuls devant Dieu, oubliant tout le reste, "entrant en eux-mêmes" comme le fils prodigue avec les pourceaux (Lc 15.17). Cette solitude, c'est le contraire de la distraction, de la comédie, des faux raisonnements.

 

 

b. En même temps, celui qui prêche parle au nom de Dieu et au nom de l'assemblée. Dieu est avec lui, le premier concerné ; l'assemblée est (normalement) avec lui, participante, partie prenante. Le prédicateur n'est qu'un envoyé, un serviteur. Il n'est pas seul. Ce qu'il dit n'a pas à être original ou particulier : il dit ce que l'assemblée devrait dire elle-même et qu'elle redira après lui. Il ne fait que le rappeler à un moment donné, le plus clairement possible.

 

 

Les chrétiens auditeurs n'imaginent généralement pas à quel point la qualité du message dépend d'eux aussi. La consécration du prédicateur est capitale ; celle de l'assemblée tout autant. Selon le cas, le prédicateur a devant lui un mur, des broussailles ou un chemin.

 

5. Divers types de prédications

 

 

La prédication peut revêtir plusieurs aspects qui ne seront pas tous présents au même moment :

 

- elle est une proclamation (kêrygma) : "Il se mit à publier dans toute la Décapole..." (Mc 5.20). "Jésus parcourait la Galilée, enseignant dans les synagogues, prêchant la Bonne nouvelle du Royaume" (Mt 4.23). L'attention est fixée sur le coeur du message.

 

- elle est une exhortation (paraklêsis) : "Que celui qui exhorte s'attache à l'exhortation" (Ro 12.8). "Applique-toi à la lecture, à l'exhortation, à l'enseignement" (1 Tm 4.13). L'attention est fixée sur le vécu des auditeurs.

 

- elle est un enseignement (didaskalia) : "Ils persévéraient dans l'enseignement des apôtres" (Ac 2.42 ; 1 Tm 4.3). L'attention est fixée sur le fondement et l'équilibre.

 

- elle peut prendre la forme d'un entretien (homilia) dont l'objet est le texte biblique et son implication dans la vie chrétienne. "Paul parla longtemps encore, jusqu'au jour" (Ac 20.11. Cf. 20.20). On voit cette forme prendre place notamment dans de petits groupes, dans les maisons. L'attention est fixée sur le contact, la compréhension personnelle.

 

 

Ces quatre dimensions sont importantes et légitimes et ne devraient pas être oubliées. Le prédicateur, le texte, le lieu, les circonstances permettront d'accentuer telle ou telle d'entre elles.

 

 

6. Quelle autorité ?

 

 

a. Le principe d'autorité, dans la Bible, est lié au principe de délégation, comme le montrent les paroles du centenier de Luc (7.7-8). Le prédicateur ne s'est pas envoyé lui-même. Il est appelé à accomplir une tâche : par le Seigneur, par l'assemblée. C'est là le double fondement de sa légitimité, de son autorisation, de son autorité. Il peut parler avec une certaine autorité (ce qui n'implique pas de parler avec une grosse voix) car il ne le fait pas de sa propre initiative : il accomplit une mission. C'est pour cette raison que Jésus parlait "avec autorité" (Mt 7.28-29).

 

 

b. La notion d'autorité, contrairement à ce qui est généralement perçu, est donc liée à celle de service. Jésus est venu "non pour être servi mais pour servir" (Mt 20.28). La notion de service rend l'autorité pure et bienveillante. Jésus est décrit par Esaïe comme le Serviteur souffrant (Es 53). Matthieu précise : "Pour donner sa vie en rançon" (20.28). La notion d'autorité inclut celle de sacrifice : l'importance de la mission et l'intérêt des bénéficiaires priment sur le confort et même la vie de l'envoyé. C'est ce que Jésus a vécu. (Noter que c'est ainsi que les maris doivent aimer leur épouse).

 

 

c. Le degré d'autorité est lié au degré de soumission et de fidélité. Autrement dit, personne ne peut s'attribuer lui-même tel ou tel niveau d'autorité. Ce sont les autres qui le reconnaissent. L'aventure des fils de Scéva (Ac 19.13ss) le démontre : on peut tromper les hommes, mais pas les démons. L'autorité est compatible avec l'humilité.

 

d. Personne ne s'attribue telle ou telle autorité lui-même. Par contre, chacun devrait évaluer sa réelle autorité et parler en conséquence. Il est préférable de ne pas se dévaluer soi-même, ni de se sur-évaluer. Si mon autorité est à 3, je dois parler au niveau 3, c'est-à-dire avec mesure, avec précautions. Si mon autorité est 7, je peux m'exprimer d'une manière un peu différente. L'humilité est de mise dans tous les cas.

 

 

7. La prière dans la vie du prédicateur

 

 

"Le pasteur prie comme le chrétien ordinaire, au risque de ne pas en être un, et davantage s'il ne veut pas se voir disqualifié pour le ministère. Le pasteur fidèle apporte à son maître toutes ses responsabilités sans exception dans la prière". "Dès qu'il pense à son travail, qu'il y soit engagé ou non sur le moment, il fait monter les flèches de ses saints désirs vers le ciel"

 

 

"Les bienfaits d'une formation théologique n'égalent pas la préparation d'une communion régulière avec Dieu. Tout en formant son serviteur sur le tour, le grand Potier le façonne par la prière. Toutes les bibliothèques et toutes les études ne se comparent pas à cette vie personnelle de prière d'où viennent la croissance et la puissance spirituelles"2.

 

 

Prier "quand le message est encore sur l'enclume". Dans la prière, la vérité se fait dans le coeur du prédicateur et sur les besoins du peuple de Dieu. Beaucoup de passages bibliques refusent leurs trésors à qui n'utilise pas la clé de la prière. Prier pendant la prédication. En un sens, si le coeur est prêt, le message le sera aussi. Prier aussi après la prédication, pour éviter la satisfaction facile ou le découragement.

 

 

Nous devons réfléchir et faire preuve d'intelligence, mais celui qui attendrit son coeur augmente son intelligence. Les connaissances psychologiques ont leur place, mais celui qui a sondé les profondeurs et les méandres de son propre coeur connaît la nature humaine mieux que personne.

 

_____________

 

 

Annexes

 

 

1. L'exemple de Jésus

 

 

a. Jésus s'assimile aux pécheurs (Mc 1.9-11). Jésus le fils de Dieu a été baptisé du baptême de repentance destiné aux pécheurs. Jésus est entré dans son ministère en se rendant semblable aux pécheurs pour sauver des pécheurs. Le prédicateur, qui va prêcher à des membres de l'église, se considère-t-il aussi comme un membre de l'église ? Ou donne-t-il l'impression d'être d'une espèce différente ? Ainsi, le prédicateur peut dire 'vous', mais souvent il devrait dire 'nous'. Moi qui demande aux autres de confesser leurs péchés, serais-je capable de le faire ? Et si je devais le faire, la liste serait-elle moins longue que celle des autres ?

 

 

b. Jésus se soumet à la tentation(Mc 1.12-13). Jésus a été tenté comme les autres, en toutes choses (Hé 4.15). Jésus a connu non seulement notre état, mais aussi nos combats. C'est le Saint-Esprit qui l'a conduit sur ce chemin de la tentation, de la confrontation avec le mal, avec le Malin. Les gens voient le prédicateur le dimanche, bien habillé et souriant. Ils peuvent avoir l'impression qu'il n'est pas tenté comme le reste des hommes, que sa vie est presque idyllique. Si un homme ou une femme en lutte se disent que le prédicateur ne peut pas comprendre ce qu'ils vivent, quelque chose manque dans son ministère.

 

 

c. Jésus fait des disciples un à un (Mc 1.16-20). Jésus n'a pas parlé qu'aux foules. Ce passage nous montre l'importance des entretiens personnels. Pour faire des disciples, il faut aussi des groupes plus petits, des contacts un à un. En d'autres termes, le prédicateur ne peut pas n'être qu'un prédicateur. Le soucis de communiquer habite le prédicateur en tous temps. Tout ne se passe pas à la synagogue ou au temple. Tout chrétien est sensé être prêt à parler de Jésus seul à seul, à tout moment. Le prédicateur aussi ! Jésus l'a fait.

 

 

d. Jésus confronte personnellement le mal (Mc 1.21-28). Le mal n'est pas une réalité abstraite. Jésus a vécu ce contact personnellement avec des personnes assujetties aux puissances du mal. C'est aussi pour cela qu'il enseignait avec autorité. Ce jour-là, une personnalité démoniaque a pris possession d'une personne, et cela dans une assemblée du peuple de Dieu. Un ennemi est présent dans le camp. Interrompu, Jésus ne poursuit pas sa prédication. C'est le moment d'une confrontation. La prédication ne nous dispense pas de cela. Confrontons-nous personnellement au mal avec les armes de Dieu. Jésus l'a fait.

 

 

e. Jésus prend soin des malades (Mc 1.29-34). Les disciples ont eu la liberté d'appeler Jésus auprès d'une femme malade. La compassion et l'autorité de son enseignement devaient se démontrer maintenant dans une maison. Avoir autorité ne dispense jamais de prendre soin (Cf. le centenier de Luc 7). Suis-je abordable comme l'était Jésus ? Ceux qui me voient sont-ils persuadés que je suis une personne compatissante, secourable ? La foule, la notoriété n'ont pas empêché Jésus d'être accessible pour une personne qui se trouve dans sa maison. Jésus ne s'intéresse pas qu'aux foules. Soyons des prédicateurs, mais ne soyons pas que des prédicateurs. Jésus ne l'a pas été.

 

 

f. Jésus entretient une vie de prière dans le secret (Mc 1.35-39). Jésus a été proche des hommes et des femmes de son peuple. Mais parmi ses priorités, il y a une proximité qui l'emporte sur toutes les autres : sa proximité avec son Père. La prière vient avant tout le reste. Avant d'instruire, de consoler, d'exhorter les autres, je dois moi-même prendre la place de celui qui reçoit le pardon, la consolation, l'instruction, l'exhortation. Avant d'inviter les autres à adorer Dieu, je dois l'adorer moi-même. Avant d'aimer mes frères, je dois aimer Dieu. Avant d'être un homme qui parle, le prédicateur est un homme qui écoute.

 

 

g. Jésus touche les intouchables (Mc 1.40-45). Jésus touche un lépreux que personne ne pouvait toucher. Essayons de dresser une liste de catégories de personnes que nous aimerions ne pas rencontrer, qui nous mettent mal à l'aise, que nous considérons comme dangereuses. Comment réagirais-je si une de ces personnes manifestait quelque intérêt envers le Seigneur Jésus-Christ, sans pour autant déclarer clairement vouloir changer de comportement ? Y a-t-il des catégories de personnes que je préfèrerais ne pas voir dans mon église ? Suis-je prêt à n'écarter aucune catégorie de personnes parmi ceux et celles que Dieu veut toucher ? Jésus l'a fait.

 

 

Cette annexe est inspirée du livre de Stuart Olyott : Prêcher comme Jésus (Europresse, 2003).

 

_______

 

 

2. Caractères et qualités d'un bon prédicateur

 

 

selon Martin Luther

 

 

"Voici les qualités et caractères que doit avoir un bon prédicateur. Premièrement, être capable d'enseigner les gens avec une belle rigueur et une belle méthode. Deuxièmement, avoir la tête bien faite. Troisièmement, être éloquent. Quatrièmement, avoir une bonne voix. Cinquièmement, une bonne mémoire. Sixièmement, savoir s'arrêter. Septièmement, être sûr de son fait et y mettre tout son zèle. Huitièmement, risquer sa santé et sa vie, son bien et son honneur. Neuvièmement, se laisser tourmenter et tourner en ridicule par n'importe qui" (Propos de table, chapitre 18).

 

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1. Labor et Fides, 2006. Page 1112.

 

2Ces citations sont de Charles Spurgeon, Je vous ferai pêcheurs d'hommes. Une sélection des "Causeries à mes étudiants". Europresse, 2002.

 

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12 avril 2018

Guide pour les prédicateurs (1)

 

 

 

 

Quelques principes élémentaires

 

 

Présentation

 

 

Chaque pasteur est sensé prêcher régulièrement. Certains anciens ou membres engagés de l'Eglise peuvent aussi être appelés à prêcher, régulièrement ou pas.

 

 

Ce document est un guide succinct pour les prédicateurs. Il est accessible pour les débutants tout en rappelant le sérieux requis.

 

 

Il peut être utilisé par le prédicateur seul. Il peut aussi être utilisé avec un instructeur. Dans les deux cas, il sera peu utile de le survoler rapidement.

 

 

Ce guide comprend 5 séries (de 4 à 6 pages chacune). Chaque série comprend entre 4 et 7 étapes ou chapitres. Ces étapes sont de longueurs diverses. Chacune de ces étapes peut faire l'objet d'une leçon avec un instructeur.

 

 

L'arrière-plan doctrinal de la prédication revêt une très grande importance. Il peut/doit faire l'objet d'une formation en parallèle. On en trouve une présentation sommaire en annexe de ce cours.

 

 

Charles NICOLAS

 

février 2018

 

 

Bibliographie

 

 

Charles SPURGEON, Je vous ferai pêcheurs d'hommes. Ed. Europresse

 

Stuart OLYOTT, Prêcher comme Jésus. Ed. Europresse

 

Denis LANE, Prêche la Parole. Ed. Europresse

 

E.M. BOUNDS, Splendeur dans le secret. Ed. Zone d'impact

 

Jules-Marcel NICOLE, Précis de prédication chrétienne. Ed. Institut biblique Nogent

 

Haddon W. ROBINSON, La prédication biblique. Ed. Ministère multilingue international

 

John PIPER, Replacer Dieu au coeur de la prédication. Ed. BLF

 

Graeme GOLDSWORTHY, Christ au coeur de la prédication. Ed. Excelsis

 

Timothy KELLER, La prédication. Communiquer la foi à l'ère du scepticisme. Ed. Clé

 

Bryan CHAPELL, Prêcher, l'art et la manière. Ed. Excelsis

 

 

___________________

 

 

Plan

 

 

I. Le prédicateur

 

 

1. Exercice

 

2. Les trois exégèses

 

3. L'humilité et le courage

 

4. Solitude et communauté

 

5. Divers types de prédications

 

6. Quelle autorité ?

 

7. La prière dans la vie du prédicateur

 

 

Annexes :

1. L'exemple de Jésus

 

2. Caractères et qualités d'un bon prédicateur

 

 

II. La prédication rédemptrice

 

 

1. L'arrière-plan doctrinal de la prédication

 

2. La prédication théocentrique

 

3. La prédication christocentrique

 

4. Construire des “prédications rédemptrices”

 

 

Annexe : Votre prédication est-elle chrétiennne ?

 

 

 

III. La priorité du texte

 

 

1. Les besoins de la communauté

 

2. Quel texte choisir ?

 

3. L'unité, le but et l'application

 

4. Le processus explicatif

 

A. Explication, illustration et application

 

B. Quatre étapes nécessaires

 

Observer – Interroger – Etablir des rapprochements

 

de situations – Organiser

 

 

Annexes :

1. Explication, illustrations, applications

 

2. Cinq questions clés

 

 

IV. Le plan et la structure

 

 

1. Le but du plan

 

2. La fonction des transitions

 

3. Les fonctions de l’introduction

 

4. Les fonctions de la conclusion

 

 

V. L'illustration, l'application

 

 

1. L'illustration

 

2. L’application

 

3. La délivrance du sermon

 

_______________

 

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11 avril 2018

Piété, doctrine et pratique chez les Réformateurs

 

 

 

Pourquoi retenir et associer ces trois mots ? Pour deux raisons :

 

- chez Luther comme chez Calvin, ils sont toujours présents et indissociables

 

- chez nous aujourd'hui, ils ne sont pas toujours présents et sont souvent dissociés.

 

 

Or, que vaut la doctrine sans la piété ? Et la piété sans la doctrine ? Et l'un ou l'autre – et même les deux – sans les implications pastorales ? Quelque page que vous lisiez des Réformateurs, vous y trouvez ces trois éléments mêlés l'un à l'autre, comme trois dimensions d'une même réalité, d'un même engagement : la piété, la doctrine et l'implication pastorale.

 

 

a. La piété. Je mentionne Martin Luther, cité par Emile Léonard : "Aujourd'hui, il est devenu banal de bavarder sur la foi ; mais comprendre ce qu'est la foi est impossible si on n'a pas prêché d'abord la vertu de la pénitence. Qui célèbre la foi en oubliant la pénitence, la doctrine de la crainte de Dieu et de la Loi et en conduisant ainsi à une folle et superficielle sécurité charnelle, adopte une position d'esprit pire que celle que constituent les erreurs papales".

 

 

Je rappelle cette belle parole de Calvin que l'on dépeint trop souvent comme un cérébral : "La connaissance de Dieu est une vive expérience".

 

 

L'humilité des prédicateursest un des premiers fruits de la piété. Luther écrit : "Notre Seigneur Dieu pourvoit d'une manière étrange aux besoins de son saint ministère. Il confie aux pasteurs, ces misérables pécheurs, le soin de dire et d'enseigner sa parole, bien qu'ils aient grand peine à y conformer leur conduite. Ainsi la puissance de Dieu et son pouvoir se manifestent constamment dans la plus grande faiblesse"1.

 

 

b. La doctrine. Pour beaucoup aujourd'hui, c'est un gros mot. Ecoutons ce qu'écrit Martin Luther : "D'ici quelques années, on recherchera fort de bons théologiens et, si c'était possible, on irait gratter la terre à neuf aunes de profondeur pour tirer du tombeau un bon théologien". Et Luther de dénoncer les prédicateurs "qui racontent des historiettes car cela provoque l'admiration des gens. Il y a d'ailleurs un symptôme sur lequel on ne peut se tromper : dès que vous prêchez sur la justification, les gens s'endorment ou se mettent à toussailler. Il y a beaucoup de prédicateurs fort éloquents, mais il n'y a rien dans ce qu'ils disent, que des mots. Ils sont fort capables de bavarder, mais non d'enseigner".

 

 

En prêchant de manière suivie sur le texte biblique, Calvin voulait que le prédicateur soit le serviteur de la Parole de Dieu tout entière. Dans sa prédication, il désire appliquer "tout le conseil de Dieu"(Ac 20.27) à chaque aspect de la vie humaine. Une telle application de l'enseignement biblique avait pour effet d'appeler tous ceux qui se plaçaient sous l'autorité d'un tel enseignement à une repentance à la fois morale, doctrinale et intellectuelle, de telle sorte que "toute la pensée soit amenée captive à l'obéissance de Christ" (2 Co 10.5).

 

 

Cela signifie-t-il que la foi puisse se résumer à l'adhésion à un corps de doctrines ? Loin de là ! Cela implique-t-il une lecture littérale de l'Ecriture ? Non pas, et une construction théologique cohérente est non seulement possible mais elle est nécessaire, ce que Calvin résume en une phrase remarquable : "Toutes les doctrines sont importantes, mais toutes ne sont pas aussi importantes"2.

 

 

De la doctrine comme de la piété découle la marche chrétienne. Que sert-il de croire une chose de toutes ses forces, si elle n'est pas juste ?

 

 

Le titre du livre de John Piper : Replacer Dieu au centre de la prédication (2012) montre le risque d'une doctrine déficiente. Les conséquences sont innombrables. Charles Spurgeon écrit qu'il vaut mieux pour un pasteur bien tenir en main cinq doctrines fondamentales que cent qui seraient malfondées. Je pense notamment à la doctrine pessimiste de la corruption totale qui seule délivre l'homme de ses illusions et prépare le recours total à la grâce de Dieu.

 

 

c. L'implication pastorale. Ecoutons ce que dit Martin Luther (Propos de table) : "La théologie est surtout pratique ; ellene consiste pas en spéculations ou à réfléchir, selon notre raison, aux choses de Dieu..."3.

 

 

Pour Calvin,le prédicateurdoit d'abord appliquer le texte à sa propre vie. Il écrit : "Il vaudrait mieux au prédicateur de se casser la nuque en montant les marches de la chaire, si en premier il ne se donne la peine de suivre Dieu. Je parle à l'assemblée de telle manière à ce que mon enseignement s'adresse d'abord à moi-même".

 

 

Un professeur de théologie devait prêcher devant le prince et il demanda à Luther de lui indiquer comment il devait le faire. Luther lui dit : "Tous tes sermons doivent être le plus simple possible. N'aie point en vue le prince, mais les simples, les gens pas très intelligents, grossiers et incultes. Peu importe de quelle étoffe est le prince. Si dans mes sermons je n'avais en vue que Philippe Mélanchton et autres docteurs, je ne ferais rien de bon. Je prêche à des gens ignorants de la manière la plus simple, et cela convient à tout le monde. Quand je monte en chaire, je ne pense qu'à prêcher pour les valets et les servantes".

 

Pour les Réformateurs, chaque chrétien devait connaître les implications de sa foi, et cela nécessitait une réelle connaissance de la Bible. Il s'agissait d'équiper les croyants pour qu'ils vivent en chrétiens dans cette société. Les prédicateurs devaient ainsi présenter de manière développée les implications, tant dans la vie spirituelle que dans la conduite chrétienne pratique. Outre cet aspect pratique, la prédication contenait aussi des éléments polémiques, dénonçant sans relâche les erreurs4.

 

Ce souci de communiquer à tous se démontre par l'importance des catéchismes."Ce qu'il faut avant tout dans l'Eglise, c'est un bon catéchisme, sans phrases, court et simple", écrit Luther (1526).

 

 

En avril 1529 paru le texte allemand du Grand catéchisme. En juillet paru le Petit catéchisme. Le plan des deux catéchismes est le même. Le Petit catéchisme devait servir de manuel aux chefs de famille et aux pasteurs. L'esprit qu'on y trouve est empreint de simplicité et de bonhomie. Après la prière du matin, on lit : "Mets-toi ensuite au travail avec joie, en chantant un cantique" ; et après celle du soir : "Et puis, endors-toi vite et dors bien". Que c'est beau !

 

Comment conclure ?

 

 

Les Réformateurs ont-ils été des hommes parfaits ? Non, naturellement ; et certains se plaisent à collectionner leurs erreurs. Mais à partir de l'Ecriture à laquelle ils se sont volontairement soumis, et autour de la personne de Jésus-Christ de qui tout découle et pour qui tout doit être fait, ils ont tout à la fois restauréla vraie dimension de la grâce et celle de la responsabilité de chacun (et de tous), là où Dieu l'a placé. Ces deux mots résument la Réforme ! Cela est indémodable.

 

 

En pensant à aujourd'hui, je songe au dialogue difficile, par exemple, entre les églises établies et les églises de maison. Un vrai défi. Souvent un manque de discipline ici comme là, mais pas sur les mêmes points. Une vraie interpellation mutuelle serait souhaitable, afin que les forces se conjuguent au lieu de s'épuiser mutuellement. Soyons, les uns et les autres, d'humbles et courageux serviteurs du Seigneur, à son écoute, à son école.

____________

 

1 Il ne s'agit pas d'une humilité qui détruit mais d'une humilité qui rend dépendant du Seigneur, dans l'obéissance de la foi. Luther dit qu'il a cru devenir fou alors qu'il cherchait à comprendre la doctrine de la prédestination, jusqu'à ce qu'il accepte qu'il n'est pas sage de chercher à connaître ce qu'il n'a pas plu à Dieu de révéler. Quelle différence avec la posture intellectuelle de nombreux pasteurs et théologiens qui s'affranchissent de toutes limites sous le prétexte qu'ils ont à leur disposition les outils des sciences humaines. Ils regardent les auteurs bibliques de haut, en s'appuyant sur les dernières trouvailles de la psychanalyse ou de la sociologie.

 

2 Entre 1933 et 1938, en France, les débats autour de l'unité de l'Eglise réformée se sont notamment formulés autour de cette question : La foi avec les doctrines ou la foi sans les doctrines ? Le pluralisme l'a emporté, faisant des doctrines au mieux une réalité seconde, au pire une réalité néfaste.

 

3 On pourrait parler pendant des heures du souci pastoral des Réformateurs. Je veux simplement mentionner l'importance primordiale que représentait pour eux la pédagogie, c'est-à-dire la manière par laquelle les vérités les plus importantes de l'Ecriture doivent parvenir aux membres de l'Eglise de telle sorte qu'ils puissent les comprendre et les mettre en pratique.

 

4 Une des préoccupations de Calvin fut la discipline pastorale, notamment autour de la Cène, nous l'avons déjà vu. On le voit dans cette citation : "Le principal ordre qui est requis et duquel il convient d'avoir la plus grande sollicitude, c'est que cette Sainte Cène, ordonnée pour conjoindre les membres de Notre Seigneur Jésus-Christ avec leur chef et entre eux-mêmes en un corps et un esprit, ne soit souillée et contaminée, si ceux qui se déclarent et manifestent par leur méchante et inique vie n'appartenir nullement à Jésus viennent à y communier". On voit bien ici que Calvin n'entend pas lire le secret des coeurs, ce que Dieu seul peut faire, mais s'en tenir à ce qui est manifeste. C'est le fameux "jugement de charité" - qui ne consiste pas à fermer les yeux mais à s'en tenir à ce que la personne déclare, tant que sa conduite ne manifeste pas le contraire.

 

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L'espérance et la foi

 

"Trois choses demeurent : la foi, l'espérance et l'amour" (1 Co 13.13)

 

 

L'espérance est tellement liée à la foi qu'il n'est pas toujours aisé de les distinguer. (Cf. Hé 11.1). Il y a une différence, cependant. Paul, en effet, ne dit pas que deux choses demeurent, mais trois. La foi saisit ce qui est donné maintenant ; l'espérance possède ce qui est encore attendu.

 

 

La foi, par exemple, est dévoilée quand Jésus dit : "Mes brebis écoutent ma voix et elles me suivent" (Jn 10.27). Les verbes sont au présent. La foi, c'est vivre maintenant ce qu'il y a à recevoir et à vivre avec Dieu maintenant1. Si aujourd'hui je regarde à Jésus, si aujourd'hui j'écoute sa voix et y répond, si j'obéis à ce qu'il me demande, c'est cela la foi.

 

 

L'espérance, c'est la certitude des choses promises, comme si on les avait déjà, alors qu'on ne les a pas encore. On le voit dans ces paroles de Jésus : "Je leur donne la vie éternelle (c'est au présent) ; elles ne périront jamais et nul ne les ravira de ma main (c'est au futur)" (Jn 10.28). Cela, c'est l'espérance, dont la Bible dit qu'elle est "une ancre de l'âme solide et sûre" (Hé 6.19). On pense aussi à ce que dit Jésus un peu après (14.2) : "Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon père ; je vais vous préparer une place, afin que là où je suis, vous soyez aussi maintenant". L'espérance relie le présent du chrétien à son avenir avec Dieu. C'est déjà vrai, mais ce n'est pas encore accompli.

 

 

Abraham est mort sans voir sa postérité, mais "il attendait la cité qui a de solides fondements, celle dont Dieu est l'architecte et le constructeur" (Hé 11.10). C'est cela, l'espérance2. Là, on voit que l'espérance nourrit et fortifie la foi pour la marche. Quand l'espérance manque, la foi flanche. La vie d'Abraham le montre.

 

Cela est dit également de Jésus : "En vue de la joie qui lui était réservée, il a souffert la croix et méprisé la honte" (Hé 12.2). L'espérance a fortifié la foi, la foi a permis l'obéissance. C'est ainsi que Jésus est allé jusqu'au bout de sa mission.

 

 

Ainsi l'espérance, qui est en lien avec les choses à venir, a bien un effet immédiat : elle affecte le présent, elle conditionne la marche, elle éclaire le chemin. La vie d'un chrétien, aujourd'hui, est autant conditionnée par son espérance que par sa foi.

_________________

 

1 C'est par exemple ce que dit Jacques : "Je te montrerai ma foi par mes oeuvres" (2.18).

 

2 Le chapitre 22 de Genèse montre bien comment l'espérance conditionne la marche par la foi. Abraham est âgé, sa femme est stérile, mais ils ont eu un enfant, Isaac, comme Dieu l'avait dit. C'est par lui que la promesse d'une postérité va s'accomplir. Un jour, Dieu dit à Abraham : "Prends ton enfant que tu aimes, va sur la montagne et offre-le en holocauste. Abraham se leva de bon matin, scella son âne, pris son fils et s'en alla" (22.2-3). Ce dernier verset démontre la foi – on pourrait dire : la marche chrétienne. Et Dieu bénira Abraham à cause de cette foi. Lire Hébreux 11.17-19. Le philosophe Soren Kierkegaard a écrit tout un livre sur cette marche d'Abraham montant sur la montagne avec son fils, son âne, le bois, le feu et le couteau pour le sacrifice. Chaque pas était un pas de foi. Mais qu'est-ce qui a permis à cette foi de demeurer jusqu'au bout ? L'ordre que Dieu avait donné, et sa promesse. L'ordre a nourri la foi, la promesse a nourri l'espérance que ce que Dieu avait promis s'accomplirait de manière certaine – quand bien même l'évidence criait le contraire !

 

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Lire aussi les passages difficiles

Dans sa doctrine sur l'Ecriture, Jean Calvin a affirmé que celle-ci est claire. Ses contradicteurs, parmi lesquels Michel Servet, se sont gaussés de lui : Si l'Ecriture est claire, pourquoi passer tant de temps à l'expliquer dans les sermons et les commentaires ? En logique toute humaine, ils avaient raison. Mais pas dans la perspective de la Bible elle-même.

 

 

1. Les sages et les intelligents

 

 

Quand Jésus enseigne ses disciples, ceux qui auraient dû comprendre ont été déroutés, comme Nicodème1, et ceux qui étaient les moins équipés ont perçu le sens profond de ses paroles, comme la femme cananéenne ou l'aveugle Bartimée2. On se souvient de nombreux quiproquos dans les dialogues, comme avec la femme samaritaine par exemple. La lumière se fait peu à peu, par des voies détournées. Quand Jésus parle en paraboles, il dit clairement que c'est afin que certains comprennent et d'autres pas. Ceux qui comprennent, ce sont ceux à qui cela est donné3. On se souvient de cette parole étonnante de Jésus : "Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants" (Mt 11.25).

 

 

C'est dans ce sens que Calvin dit que l'Ecriture est claire. Il veut dire par là qu'il n'est pas nécessaire d'être un universitaire pour en comprendre le sens. Il veut dire aussi que Dieu ne s'est pas révélé de manière confuse, soit parce qu'il serait lui-même confus, soit par "jeu"... Le Psaume 119 exprime cela à maintes reprises : "La révélation de tes paroles éclaire, elle donne de l'intelligence aux simples" (v. 130).

 

 

C'est la raison pour laquelle les Réformateurs ont oeuvré pour que le texte même de l'Ecriture soit rendu accessible à tous, dans la langue parlée par tous – tandis que jusqu'alors, elle était réservée aux clercs et aux savants. A cet égard, le pari de la Réforme tient dans cette formule : Il n'est pas nécessaire d'être intelligent pour lire l'Ecriture, mais lire l'Ecriture rend intelligent. Ainsi, les bergères amenaient-elles des portions de la Bible avec elles, tandis qu'elles gardaient leur troupeau.

 

 

Une parole des Proverbes dit cela aussi en pointant l'attitude du coeur : "Les hommes livrés au mal ne comprennent pas ce qui est juste, mais ceux qui cherchent l'Éternel comprennent tout" (Pr 28.5). Cela confirme le sens de la notion biblique d'intelligence qui n'est pas exactement la même que celle que nous entendons aujourd'hui. Il faut ajouter quelque chose : ceux qui cherchent l'Eternel comprennent-ils absolument tout ? Bien sûr que non. Il faut entendre ; tout ce qui est nécessaire, tout ce qui est utile, ce qui implique que l'intelligence consiste notamment à renoncer à tout comprendre, en tout cas tout de suite ou avant le moment opportun. Luther l'a dit ainsi : "Il faut être fou pour chercher à connaître ce qu'il n'a pas plu à Dieu de révéler". Quand à notre difficuté à comprendre ce qui est révélé, elle est imputable à notre "lenteur à croire". Cela signifie que nous ne connaîtrons certaines choses qu'à la résurrection (1 Co 13.12), ou bien seulement plus tard dans notre vie, quand cela sera utile ou... quand notre maturité se sera accrue.

 

 

2. Des enseignants

 

 

Cela signifie-t-il qu'il n'est pas besoin que la Bible soit enseignée ? Pas du tout, et cela n'est pas contradictoire. Ainsi, les lettres de Paul sont adressées à tous les chrétiens, petits et grands, maîtres et serviteurs, mais des enseignants doivent cependant oeuvrer dans les églises, en "veillant sur eux-mêmes et sur leur enseignement"4. Tous sont-ils enseignants, demande Paul (1 Co 12.29) ? Tous ne le sont pas.

 

 

Comment expliquer cela ? L'explication tient au fait que l'entendement des hommes, y compris des chrétiens, est embrumé, lent à croire, lent à comprendre, du fait de la nature corrompue. Cela est dit tant de fois dans la Bible qu'il est sage d'en tenir compte ! Est-il donc inutile de lire la Bible tout seul ? Bien sûr que non, car celui qui lit la Bible avec un coeur sincère se tient devant Dieu et l'Esprit saint va peu à peu mettre en lumière des aspects nouveaux de ce qui est révélé. Mais de la même manière que les disciples ont été enseignés par Jésus, et les premiers chrétiens par les apôtres (Ac 2.42), de même aujourd'hui les chrétiens doivent être au bénéfice d'enseignants fidèles. Remplacent-ils le Seigneur ? Pas du tout, ils travaillent de sa part. Sont-ils infaillibles ? Aucunement. Seule l'Ecriture l'est. Mais comme le montre le Psaume 119 lui-même, c'est une activité continue, jamais achevée.

 

 

La pensée de la Réforme tient en deux mots : grâce et responsabilité. La grâce, c'est le recours à Dieu qui donne sans tenir compte des mérites, qui apporte la lumière à celui qui se tient devant Lui, notamment aux "simples", aux "pauvres", aux "enfants"5. La responsabilité, c'est la nécessité de gérer avec application et sérieux ce qui nous a été confié, notamment en fonction de dons et de vocations spécifiques. Dans ce sens, la Réforme a encouragé une lecture simple des Ecritures, disant que l'intention de l'auteur et le sens le plus évident du texte étaient généralement ce qu'il fallait garder. En même temps, elle a mis en valeur l'étude approfondie du texte, à partir du texte lui-même, dans sa langue originale et dans les contextes historiques et culturels de chaque période concernée. En ce sens, la prédication et l'enseignement sont un travail (1 Th 5.12 ; 1 Tm 5.17 ; Jc 3.1). Le fruit du ministère de l'enseignant ne dépend-il que de son travail ? Non. Ce travail sera rendu fécond par la prière, comme l'atteste l'apôtre Pierre (Ac 6.4).

 

 

3. L'unité de la Bible

 

 

Tout le monde sait que la Bible est diverse dans ce qui la constitue. On ne peut pas ne pas en tenir compte. Les époques, les lieux, les auteurs, les styles littéraires varient grandement. On se souvient aussi qu'il y a deux récits de la Création, qu'il y a quatre Evangiles. En même temps, nous croyons qu'il y a un seul Evangile6, qui d'ailleurs est déjà présent dès les premières pages de la Bible, et aussi qu'il y a un seul Auteur qui s'est exprimé au travers d'hommes choisis7. Ainsi, il n'est pas exagéré de dire que la Bible forme un tout, avec un centre qui est le Seigneur Jésus-Christ. Ruben Saillens l'a exprimé ainsi : "Le Christ tout entier dans la Bible toute entière".

 

 

De cela découle un principe important : la Bible s'explique par la Bible. Cela signifie que si des recherches historiques, ethnologiques et pourquoi pas psychologiques peuvent apporter des éléments utiles, les clés de compréhension du message biblique résident dans la Bible elle-même. Une vérité biblique est-elle mise en lumière ? Elle va apporter cette lumière à un grand nombre d'autres vérités demeurées obscures. On peut ainsi parler d'une compréhension dynamique de la Bible qui s'inscrit dans le temps.Chaque verset de la Bible est éclairé par tous les autres ; et chaque verset de la Bible apporte de la lumière à tous les autres. On comprend dès lors l'utilité, la nécessité de lire la Bible en entier et de regarder cette fréquentation du texte biblique comme une activité jamais achevée. Cela est d'ailleurs vrai pour la lecture simple comme pour la lecture savante.

 

 

La nature et l'unité du texte biblique justifient l'élaboration d'une saine théologie. En quoi cela consiste-t-il ? Cela consiste à repérer, dans l'Ecriture, les vérités qui apparaissent comme majeures, de premier ordre. Reconnues en tant que telles, ces vérités/doctrines éclaireront toutes les autres, les mettant dans une perspective juste. En un sens, c'est la lecture savante - qui n'exclut pas la lecture simple. C'est la lecture des enseignants – à divers niveaux – qui ne doit pas être méprisée. Jean Calvin justifie cette élaboration théologique – qui doit se situer ni au-dessus ni à côté de l'Ecriture mais soumise à elle – avec cette phrase : "Toutes les doctrines sont importantes, mais toutes ne sont pas aussi importantes"8.

 

 

4. Présupposés, texte, doctrines

 

 

Personne ne lit la Bible d'une manière neutre ou innocente. Qui que nous soyons, nous l'abordons avec des notions qui nous habitent, de par l'éducation ou suite à telle ou telle expérience. Ces notions, qui orientent notre compréhension du monde ou de la vie, constituent des présupposés. Tout lecteur de la Bible, qu'il en soit conscient ou inconscient, lit la Bible avec des présupposés (des lunettes) justes ou erronés, hérités de la famille, de la culture, de telle ou telle philosophie, etc. Par exemple, une personne matérialiste ou conservatrice ou progressiste lit la Bible... avec ses lunettes matérialistes, conservatrices ou progressistes, ce qui influencera inévitablement sa lecture. En un sens, on pourrait dire que chacun peut trouver dans la Bible ce qu'il y met ! On comprend le danger que cela constitue.

 

 

Si le lecteur est attentif à la Parole qu'il lit (ou qu'il entend annoncer), après que son coeur ait été touché (Ac 2.37 ; 16.14), cette Parole va peu à peu mettre en lumière ses présupposés, les corriger et parfois les remettre complètement en question. Cela ne se fera pas en un jour. Telle personne, par exemple, pense qu'il demeure en l'homme des aspects préservés du péché, des qualités naturelles qu'il s'agirait de développer pour devenir meilleur ou pour mériter quelque chose. Le contact avec la Parole de Dieu va peu à peu démentir ces pensées et faire apparaître qu'il ne demeure rien en l'homme qui ne soit contaminé et que nul mérite ne peut être présenté devant Dieu. Ce changement va-t-il s'opérer aisément ? Probablement pas. Il en est de même pour d'innombrables autres présupposés "hérités de nos pères" qui vont se heurter à la Parole de Dieu et nous la faire trouver difficile à entendre, comme l'ont dit les disciples de Jésus eux-mêmes.

 

 

Ainsi, la lecture du texte biblique va évoluer... avec le lecteur, devenant parfois bien différente de celle des premiers moments. Cette évolution témoigne de l'oeuvre transformatrice de Dieu dans les coeurs, dans les mentalités, comme en témoigne si bien le Psaume 119.

 

 

La cohérence de la Bible va rendre possible l'apparition progressive de doctrines (d'enseignements) sur des points importants : la nature de Dieu, la nature de l'homme, celle du péché, du salut, de l'espérance, etc. Au fur et à mesure que ces doctrines vont se préciser, elles vont remplacer les présupposés du départ et rendre possible une pensée peu à peu accordée avec la pensée de Dieu (Ps 36.10).

 

 

Ainsi, il y a un mouvement qui doit s'opérer, passant des présupposés au texte biblique, du texte aux doctrines, des doctrines aux présupposés peu à peu corrigés, la maturité consistant en un accord de plus en plus grand entre les trois éléments de ce cercle. C'est probablement ce que Paul entend quand il écrit : "Nous renversons les raisonnements et toute hauteur qui s'élève contre la connaissance de Dieu, et nous amenons toute pensée captive à l'obéissance de Christ" (2 Co 10.5).

 

 

6. La lecture dynamique

 

 

Devant une difficulté de compréhension, il convient donc de s'interroger : où se situe l'obstacle à prendre en compte : au niveau d'un présupposé erroné, au niveau d'une doctrine déséquilibrée ou au niveau du texte peut-être mal compris ?

 

 

La lecture de la Bible et la prière permettront à celui qui a déjà beaucoup appris d'apprendre encore, sur lui-même, sur le monde et sur Dieu. En substance, la découverte de l'ampleur du péché avec ses méfaits n'est jamais achevée, pas plus que la découverte de la grâce et de l'amour infini de Dieu. Mais combien de raisonnements, combien de fausses assurances, combien d'échafaudages devront-ils être jetés à terre, y compris ceux qui nous paraissaient les plus ingénieusement assemblés ?

 

 

On pourrait dire qu'un chrétien est "en panne" ou freiné dans sa marche quand tel ou tel présupposé philosophique, idéologique ou religieux est ancré dans son coeur et sa pensée au point de résister, des années durant peut-être, face au témoignage de l'Ecriture appuyé par le témoignage du Saint-Esprit.

 

 

Si par exemple un lecteur pense que Dieu aime tous les hommes de la même manière, ou que tous les hommes sont frères ou que tous seront sauvés, il ne manquera pas de rencontrer des passages qui semblent dire le contraire. Ces passages lui paraîtront difficiles ! Soit il mettra ces passages en doute (même sans se l'avouer), soit il adoptera une interprétation ou une doctrine qui l'arrangent (on y arrive toujours), soit il corrigera sa conviction du départ, considérant que le texte a raison plutôt que lui. Un seul élément est infaillible : le texte, à condition qu'il soit correctement compris !

 

 

Cette condition suppose une juste attitude du coeur : me suis-je bien laissé enseigner jusqu'à maintenant ou suis-je encore attaché à des conceptions erronées qui devraient céder ? Mon attitude est-elle celle d'un disciple qui apprend ou celle d'un maître qui sait tout ? Me suis-je humilié devant Dieu afin d'apprendre de lui, comme le dit le Psaume 119 : "Il m'est bon d'être humilié, afin que j'apprenne tes statuts" (v. 67). Cela est important, primordial. Mais cela ne suffit pas.

 

 

La condition d'une compréhension correcte suppose aussi une étude conséquente du texte biblique, de son contexte, etc, les textes clairs éclairant ceux qui le sont moins. L'étude du texte relève de l'exégèse : étude du sens de chaque terme en référence au texte original hébreu ou grec, études des textes parallèles, etc. Aussi importante soit-elle, l'exégèse ne peut se passer d'une connaissance suffisante des doctrines majeures de l'Ecriture, puisque les doctrines tirées de l'Ecriture éclairent l'Ecriture.

 

 

7. Quelques exemples

 

 

a. "Le soleil... se lève à une extrémité des cieux et se couche à l'autre extrémité" (Ps 19.7). La difficulté posée par ce texte disparaît si on prend en compte l'intention de l'auteur : elle n'est pas de nous instruire sur le mouvement des astres mais de souligner la majesté et la permanence de ce mouvement qui disent la grandeur et la fidélité de Dieu (Ps 119.90-91).

 

 

b. "Toute la terre se prosterne devant toi et chante en ton honneur" (Ps 66.4). L'affirmation est au présent. Voyons-nous qu'une telle chose existe ? Une première résolution tient à l'hébreu dont beaucoup de mots peuvent être traduits de multiples façons. Le mot traduit par 'terre' peut aussi désigner 'le pays'. On aurait donc pu traduire : Tout le pays. C'est un peu différent ! Un autre élément peut être pris en compte : si dans chaque pays il y a ne serait-ce que quelques croyants qui se prosternent devant Dieu, le verset 4 du Psaume 66 dit alors une vérité : le pays est en quelque sorte représenté par les saints qui l'habitent.

 

c. "Tu ouvres ta main et tu rassasies à souhait tout ce qui a vie" (Ps 145.16). Belle affirmation, mais que penser de ceux qui ont faim ? Comme nous l'avons indiqué dans l'exemple précédent, il y a dans la Bible ce qu'on pourrait appeler un universalisme défini. Universalisme : "Toutes les familles de la terre seront bénies en toi" ; défini : "Je bénirai ceux qui te béniront". Le même verset dit les deux dimensions (Gn 12.3). Le contexte immédiat, dans le Psaume 145, confirme cela : "L'Eternel est prêt de tous ceux qui l'invoquent, de tous ceux qui l'invoquent avec sincérité ; il accomplit les désirs de ceux qui le craignent" (145.18-19). Le fondement n'est pas la Déclaration des droits de l'homme, mais l'alliance de Dieu envers son peuple, distincte de l'alliance qu'il a établie avec Noé et toutes les créatures.

 

 

Ici, on voit que la dimension doctrinale doit être prise en compte, en plus de la dimension exégétique. Ainsi, quand nous lisons que "l'Eternel soutient tous ceux qui tombent, qu'il redresse tous ceux qui sont courbés" (145.14), la portée du tous ne couvre pas nécessairement tous les hommes, mais ceux qui "espèrent en Dieu", comme le dit le v. 15. Les versets suivants confirment ce sens : "Il accomplit les désirs de ceux qui le craignent, il entend leur cri et il les sauve. L'Éternel garde tous ceux qui l'aiment, et il détruit tous les méchants" (19-20).

 

 

d. "De même que tous meurent en Adam, tous revivront en Christ" (1Co 15.22). Beaucoup de questions peuvent accompagner la portée du mot tous, notamment dans le Nouveau Testament. Pris au pied de la lettre, le v. 22 affirme le salut de tous les hommes sur la base de la résurrection de Jésus-Christ. De quel droit pourrions-nous réduire cette affirmation ? Le verset 23, cependant, définit la portée de la deuxième affirmation du v. 22 : "Christ comme prémices, puis ceux qui appartiennent à Christ". Des autres, il n'est plus question. Ainsi, dans le même verset 22, les deux mots 'tous' (le même en grec !) désigne une fois l'ensemble des hommes sans exception et l'autre fois l'ensemble des rachetés du Seigneur : tous, mais eux seuls.

 

 

Cette logique particulière est développée au chapitre 5 de la lettre aux Romains, où Paul parle de deux humanités : une en Adam et une en Christ. Chaque fois, une totalité est évoquée, mais elles ne sont pas identiques9 ! On peut comprendre qu'une telle révélation soit en mesure de bousculer un certain nombre de présupposés.

 

 

e. Les saints, les frères, le prochain... Affirmer que ces termes sont synonymes peut paraître étonnant, voire choquant, comme de dire que les pauvres ou les 'petits' dont parle le Nouveau Testament désignent les disciples de Christ. Si on donne à ces termes le sens que la Bible leur donne, et non le sens profane qui s'impose trop souvent, alors leur portée apparaît différente. Est-ce indifférent ? Bien sûr que non : les implications sont innombrables, faisant du regard et de la vie chrétienne tout autre chose qu'un idéalisme, une utopie.

 

 

"Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans ce qui est juste" (2 Tm 3.16).

 

« Tout le monde considèrerait la singulière navigation de Jonas comme un conte de fée si elle n’était racontée dans les Saintes Ecritures. Mais précisément parce qu’elle est racontée dans les Saintes Ecritures, je ne saurais la mettre en doute, sauf à mettre en doute, du même coup, tous les miracles consignés dans la Bible... Si tu ne peux pas comprendre... alors accorde au Saint-Esprit l’honneur d’être plus érudit que toi. Car il t’est demandé de ne pas oublier que ce que tu lis dans l’Ecriture, Dieu lui-même l’a écrit. Et parce que c’est Dieu qui parle, il n’y a pas lieu pour toi de faire dire à Sa parole ce que toi, tu aimerais qu’elle dise » Luther.

__________________

Notes :

 

 

1"Tu es docteur d'Israël et tu ne sais pas ces choses !" (Jn 3.10).

 

2Mt 15.22 ; Mc 10.47

 

3"Il répondit : Il vous a été donné de connaître les mystères du royaume de Dieu ; mais pour les autres, cela leur est dit en paraboles, afin qu'en voyant ils ne voient point, et qu'en entendant ils ne comprennent point" (Lc 8.10). Remarquons qu'il en est de même pour la foi, selon ce que dit Jésus : "C'est pourquoi je vous ai dit que nul ne peut venir à moi, si cela ne lui a été donné par le Père" (Jn 6.65).

 

4"Veille sur toi-même et sur ton enseignement ; persévère dans ces choses, car, en agissant ainsi, tu te sauveras toi-même, et tu sauveras ceux qui t'écoutent" (1 Tm 4.16).

 

Ces termes dans le Nouveau Testament désignent les disciples (Mt 10.42 ; Jn 21.5...).

 

Ga 1.8-9.

 

Hé 1.1-2 ; 2 Pi 1.20-21.

 

Dans ce sens il y a deux manières d'être hérétique : en enseignant des choses fausses ou en accordant à une vérité une place qui ne correspond pas à celle que la Bible elle-même lui donne. Prendre une vérité secondaire et en faire un enseignement de premier ordre relève d'une forme d'hérésie, c'est-à-dire d'un choix qui ne respecte pas la mesure biblique.

 

9Il y a là, de toute évidence, un élément doctrinal de premier ordre, car l'ensemble de l'Ecriture est porté par cette double perspective. "L'Eternel regarde du haut des cieux, il voit tous les fils de l'hommes, tous les habitants de la terre" (Ps 33.13s). "Voici, l'oeil de l'Eternel est sur ceux qui le craignent, sur ceux qui espèrent en sa bonté" (33.18).

 

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Eglises établies : cinq points faibles

 

 

Il est important d'avoir des ennemis (Jésus en a eu) car ils connaissent assez bien nos points faibles et nos défauts, et ils peuvent nous aider à les découvrir. Il ne faut pas croire tout ce que peuvent dire nos ennemis car le mensonge peut fort bien se trouver mêlé à la vérité ; cependant nous pouvons leur dire merci quand ils nous renseignent sur ce qui ne va pas chez nous.

Les chrétiens qui se réunissent dans des "églises de maison" ne sont pas tous des ennemis, loin de là. Beaucoup sont des frères et sœurs précieux dans la foi, et dès lors que la communication est possible (ce n'est pas toujours le cas), il y a beaucoup à apprendre à leur contact. Si la communication est possible, il est probable qu'eux aussi apprendront en écoutant les chrétiens qui sont membres d'églises qui existent depuis plus de 100 ou 200 ans. Ils seront peut-être amenés à réfléchir sur les écueils qui les guettent, je pense notamment aux dérives séparatrice, mystique ou perfectionniste qui causent d'assez graves dégâts.

 

 

Mais pour l'heure, ce sont nos propres écueils qu'il s'agit d'entendre, en les écoutant. Il y en a beaucoup et nous n'allons pas les recenser tous ici. Retenons-en quelques uns en essayant d'éviter l'auto-flagellation et les excuses faciles. L'analyse proposée sera juste ébauchée.

 

 

1. Parmi les critiques les plus courantes se trouvent celles qui concernent la personne et le ministère des pasteurs. Ce seul point, pour des raisons très diverses, suffit à justifier le regard désapprobateur de nombreux chrétiens partisans des églises de maisons. Ils y voient la reproduction de la figure centrale du prêtre qui confisque à son profit ce qui revient normalement à l'ensemble des fidèles. Cela, disent-ils, fait des chrétiens de simples auditeurs à qui on confie éventuellement des tâches subalternes. Cela explique, selon eux, que la maturité des chrétiens soit relativement faible et n'évolue pas.

 

 

Ce qui est juste. Il est vrai que la personne du pasteur, dans bien des cas, occupe une place centrale qui peut poser problème. Le reproche de reproduire le modèle clérical peut être entendu. La survivance du modèle concordataire1 est malheureusement perceptible en maints endroits. Ailleurs, le modèle associatif fait du pasteur le permanent salarié de l'église entouré d'une équipe d'administrateurs, ce qui est guère mieux. Le pasteur, doué ou pas, fidèle ou pas, plus ou moins omniprésent, plus ou moins épuisé, peut finir par boucher l'horizon de l'église, reléguant le Seigneur quelque part au-delà.

 

 

Ce qui ne l'est pas. Le pasteur peut devenir un obstacle, mais ce n'est pas nécessairement le cas. On pourrait mentionner un très grand nombre de cas, dans le passé et actuellement, où le ministère du pasteur est fécond et favorise la croissance de l'église, en nombre et en maturité. Il y a donc une mauvaise, une médiocre et une bonne manière de vivre le ministère pastoral au sein d'une église locale.

 

 

Ce que l'on doit (se) rappeler. Le ministère pastoral (et les ministères institués d'une manière plus générale) sont bibliques. Ces ministères sont donnés à l'Eglise par le Seigneur lui-même (Ep 4.8, 11), et qui les méprise méprise Celui qui les a donnés. La manière peut donc être critiquée, mais pas le principe.

 

 

L'appellation 'ministère pastoral' désigne souvent les ministères de la Parole (Ep 4.11) qui sont des ministères de direction spirituelle. Tant qu'ils sont fidèles, ces ministères détiennent une autorité légitime. "Obéissez à vos conducteurs et ayez pour eux de la déférence, car ils veillent sur vos âmes comme devant en rendre compte ; qu'il en soit ainsi, afin qu'ils le fassent avec joie, et non en gémissant, ce qui ne vous serait d'aucun avantage" (Hé 13.17).

 

Ces ministères œuvrent de manière collégiale. Le terme 'ancien' est toujours au pluriel. Si l'un a prééminence sur les autres (1 Tm 5.20 ; Ti 1.5-6, 13), c'est de manière temporaire (situation pionnière) et pas de manière absolue.

 

Ces ministères ont pour objectifs principaux l'édification de l'Eglise (sa croissance dans l'unité) et l'équipement de chaque chrétien en vue de son propre ministère (Ep 4.11-16). Dans cette optique, ils désignent constamment la personne du Seigneur Jésus comme Celui de qui, par qui est pour qui sont toutes choses.

 

Aux églises historiques de réformer ce qui doit l'être.

 

 

2. Avec la critique du pasteur se trouve celle de la théologie. Le pasteur a fait des études de théologie : soit il a perdu la foi, soit sa foi est engoncée dans des concepts de nature académique, universitaire. Il a un diplôme, mais depuis quand un diplôme "fait-il" un serviteur de Dieu ?

 

 

Ce qui est juste. Il est vrai qu'on peut se demander si le modèle universitaire est le meilleur pour former des serviteurs de Dieu. Il est vrai que la théologie peut se nourrir des sciences humaines au point d'utiliser la Parole écrite de Dieu sans la servir. Il est vrai que cela peut nourrir un langage théorique, abscons, des ministères éloignés des besoins des fidèles.

 

 

Ce qui ne l'est pas. Ces dérives sont possibles, mais pas inévitables. Les Réformateurs du XVIème siècle ont démontré que l'on peut étudier l'Ecriture avec soin et de manière systématique tout en lui demeurant soumis. L'absence de théologie, tout comme la mauvaise théologie, expose à toutes les dérives.

 

 

Ce que l'on doit (se) rappeler. L'Ecriture, y compris après la Pentecôte, demeure le fondement solide de la Foi (Lc 24.27, 45-47 ; Ac 18.28 ; Ep 2.20 ; 2 Tm 3.16 ; 2 Pi 1.20-21). Elle n'est pas seulement le support d'une exhortation, mais aussi celui d'un enseignement (Mt 22.33 ; Ac 2.42 ; 5.28 ; 20.27 ; Ro 12.7 ; 16.17). Cela suppose son unité et sa cohérence autour de thèmes principaux qui doivent être reconnus comme tels et qui vont éclairer l'ensemble. Ce travail est difficile mais nécessaire (1 Tm 4.13, 16 ; 5.17; Ti 2.7).

 

Une phrase de Jean Calvin montre cette nécessité : "Toutes les doctrines de l'Ecriture sont importantes, mais toutes ne sont pas aussi importantes". En d'autres termes, un enseignement sur un point donné peut être juste et cependant ouvrir la voie à une hérésie s'il ne respecte pas l'équilibre de l'Ecriture tout entière.

 

 

3. Une autre critique concerne la notion même d'église. L'Eglise est devenue une institution, disent les chrétiens attachés aux églises de maisons, organisée pour fonctionner quoi qu'il arrive : si Jésus s'en retire, personne ne s'en rendra compte ! Elle est inféodée à un bâtiment qu'on appelle temple ou église, à une dénomination qui voile l'horizon de l'Eglise universelle... Elle ressemble plus ou moins à une coquille vide où on accomplit ses devoirs religieux, ses bonnes œuvres, ou encore à un club où on se retrouve entre amis pour se faire du bien. On est trop nombreux, on ne se connait pas. En dehors des réunions, il ne reste souvent pas grand chose.

 

 

Ce qui est juste. Tout cela doit être entendu, car nous y reconnaissons une part de la réalité, un risque permanent. Merci de nous le rappeler ! Ce qui est grave, c'est que cela fait de l'ombre à l'Evangile qui est en quelque sorte voilé aux yeux de ceux qui cherchent ; cela ne permet pas l'édification des croyants en tant que membres d'un corps dont Christ est la tête ; cela ne glorifie pas le Seigneur, car une telle église se sert elle même, et non pas le Seigneur.

 

 

Ce qui ne l'est pas. Il n'est pas exclu que certaines églises ou dénominations, traditionnelles ou libérales, cumulent toutes ces dérives. Peut-on encore, dans ces cas, parler d'églises ? Mais repérer un risque et même un défaut – et même plusieurs défauts – ne justifie pas que l'on dénie à une église le nom d'église. Il en est d'une église comme d'une personne : elle peut être en difficulté et ne pas s'en réjouir2. Par ailleurs, il n'est pas juste de dire qu'il ne se vit rien de fraternel au sein des églises.

 

Ce que l'on doit (se) rappeler. L'apôtre Paul a rendu grâce pour l'église de Corinthe avant de lui adresser de nombreux reproches (1 Co 1.4).

 

 

Je cite Jean Calvin : "Partout où la prédication de l'Evangile est écoutée avec respect et où les sacrements ne sont pas négligés, là apparaît pour un temps une réalité de l'Eglise dont on ne peut douter et dont il n'est pas permis de mépriser l'autorité, les avertissements ou les conseils. Ainsi, bien qu'elle soit affaiblie de plusieurs défauts, nous devons la considérer comme Eglise tant que nous y constatons un pur ministère de la Parole et une pure manière d'administrer les sacrements"3.

 

Dans de nombreuses églises, des groupes de quartiers permettent de vivre la dimension fraternelle avec la participation de chacun, ce qui est très important.

 

 

4. Une quatrième critique concerne la sensibilité à l'égard du Saint Esprit. Les églises historiques, disent volontiers les chrétiens dans les églises de maisons, se réfèrent à Dieu, connaissent à peu près Jésus-Christ, mais ignorent presque complètement ce qui touche la personne et l'œuvre du Saint-Esprit. Peu de vie, peu de joie, peu de témoignages, une louange étriquée...

 

 

Ce qui est juste. Ce constat, une fois encore, est juste jusqu'à un certain point. Le Symbole des apôtres lui-même n'est-il pas très concis concernant le Saint-Esprit ? C'est peut-être révélateur, et ce n'est donc pas nouveau. Parler du Saint-Esprit est une chose, mais y être sensible... C'est avec raison que l'Imitation de Jésus-Christ (début du XVème siècle) dit dans sa première leçon : "Il vaut mieux plaire au Saint-Esprit que d'en connaître la définition". Mais l'esprit rationnel conçoit mal cela.

 

 

Ce qui ne l'est pas. Les chrétiens qui disent que les autres ne connaissent pas le Saint Esprit associent généralement sa présence et son action à deux ou trois manifestations extérieures caractéristiques. Ses manifestations – qui d'ailleurs peuvent s'imiter – ne prouvent en réalité pas grand chose. Mieux vaudrait ne pas trop se fier aux apparences (Es 53.3), et éviter d'attribuer au Saint-Esprit ce qui relève souvent de l'émotion (Mt 7.21). Tel paraît sombre, mais une joie profonde habite son cœur...

 

 

Ce que l'on doit (se) rappeler. Les chrétiens qui disent que les autres ne connaissent pas le Saint-Esprit font généralement une autre erreur : ils oublient que le St Esprit est l'agent de la régénération, de la foi et de la vie nouvelle (Ro 5.5). En d'autres termes, il s'agit moins d'en parler que de le laisser agir. Ce sont les fruits de sa présence et de son action qui devront paraître aux yeux de tous (Ga 5.22), plus que telle ou telle manière de s'exprimer. Garder les commandements du Seigneur et aimer les frères dans la foi (1 Jn 3.23-24) est une manière plus sûre d'attester l'action de l'Esprit.

 

 

5. Une cinquième critique touche la dimension de la foi. Les chrétiens qui fréquentent les églises de maisons citent volontiers cette parole de Jésus :"Trouverai-je la foi sur la terre ?" (Lc 18.8). La foi des chrétiens des églises classiques se borne, selon eux, à une certaine pratique religieuse, à l'adhésion à quelques rudiments de catéchisme et à quelques valeurs morales, à la pratique de bonnes œuvres. L'attente de l'action présente du Seigneur est très atténuée, notamment pour ce qui concerne les miracles et la guérison.

 

 

Ce qui est juste. Il est bien vrai qu'une foi qui ne se renouvelle pas finit par s'étioler, par s'assoupir. Qui dira que cela ne le concerne pas, ne concerne pas son église ? Le plus ennuyeux, c'est quand on ne s'en rend plus compte. Cela est notamment regrettable pour ce qui concerne l'accueil des personnes en recherche et des nouveaux convertis qui ont besoin de voir la foi en action, et pas seulement d'en entendre parler.

 

 

Ce qui ne l'est pas. Tout ce qui brille n'est pas de l'or. Il n'est pas juste d'associer la foi à quelques manifestations extraordinaires et d'évaluer celle des autres à cette mesure-là. La patience peut être un signe de foi, tout autant que d'imposer les mains à un malade. On pourrait dire la même chose de la constance, de la persévérance. Il en est de la foi comme de l'amour et comme du Saint-Esprit : c'est le cœur qui est concerné en premier, pas la bouche (1 Jn 3.18).

 

 

Ce que l'on doit (se) rappeler. Quand la Bible parle de la Foi, elle se focalise beaucoup plus sur sa justesse que sur sa quantité. Un peu de foi, "comme un grain de sénevé" (Mt 17.20), c'est déjà la Foi ; et beaucoup de foi "qui transportent les montagnes" (1 Co 13.2) peut consister en peu de chose4. Mieux vaut croire un peu quelque chose de juste que croire de toutes ses forces quelque chose d'équivoque. La Foi est donnée par Dieu : elle ne consiste nullement en une prouesse. Il est vrai qu'il nous revient de l'exercer, tout comme l'amour et la joie, mais le risque "d'y ajouter quelque chose" est malheureusement grand. Cela est particulièrement vrai pour ce qui est des miracles et des guérisons. Le désir d'en voir peut conduire à des actions inconsidérées et parfois ruineuses.

 

Faut-il pour cela les exclure ? Non, mais le don vient de Dieu (1 Co 12.9-10) : à nous seulement de ne pas le laisser en jachère.

________________

 

 

Etant membre d'une église "historique", il me revenait de formuler les critiques que ces églises feraient bien d'entendre, dans la dynamique de la poutre et de la paille.

 

 

Je pourrais aussi parler des critiques que devraient entendre les chrétiens des églises de maisons (il y en a cent sortes différentes), mais il me semble préférable qu'un d'eux le fasse, comme je viens de le faire à grands traits5.

 

 

Une fois ce travail effectué, il me semble assez évident qu'un dialogue fructueux permettrait de s'enrichir mutuellement ; pas seulement de s'enrichir, mais de démontrer la cause commune, et aussi la vérité de ce principe organique : "Qu'il n'y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient également soin les uns des autres. Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; si un membre est honoré, tous se réjouissent avec lui. Vous êtes le corps de Christ et vous êtes ses membres, chacun pour sa part" (1 Co 12.25-26).

 

 

L'enjeu véritable n'est donc pas notre bien-être, mais la démonstration que Christ est vivant aujourd'hui dans et au travers de son Eglise. De cela découle la nécessité de "marcher d'une manière digne de la vocation qui nous a été adressée, en toute humilité et douceur, avec patience, nous supportant les uns les autres avec Amour, nous efforçant de conserver l'unité de l'Esprit par le lien de la paix" (Ep 4.2-3). Ce sera, pour tous ceux à qui cela sera donné de le voir, la démonstration qu'il y a bien "un seul corps, un seul Esprit, comme aussi nous avons été appelés à une seule espérance par notre vocation. Il y a un seul Seigneur, une seule Foi !" (Ep 4.4-5).

 

Servons le Seigneur !

____________________

Notes :

 

1Pour garantir l'égalité entre les cultes et pour exercer sur eux une forme de contrôle, Napoléon établit avec les Eglises un Concordat en 1801. Prêtres et pasteurs sont salariés par l'Etat. Les responsables des églises sont choisis parmi les notables.

 

2Jean Calvin écrit ceci : "L'Eglise romaine n'a pas complètement perdu le titre d'Eglise car l'Evangile n'y est pas complètement absent". Cette phrase est à la fois très dure et pleine de mansuétude. Calvin ne dit pas que c'est bien ainsi, mais il laisse entendre que chacun doit d'abord veiller sur soi-même, et qu'il est redoutable de combattre là où Dieu peut encore agir dans sa grâce.

 

3 J. Calvin : "Il pourra y avoir certains défauts dans la doctrine ou dans la façon d'administrer les sacrements qui pourtant ne devront pas nous détacher de la communion de l'Eglise, car tous les articles de la doctrine de Dieu ne sont pas d'une même sorte. Il y en a dont la connaissance est tellement nécessaire que nul n'en doit douter... Il y en a d'autres qui sont discutés entre les Eglises et néanmoins ne rompent pas leur unité. Il est donc vrai, bien que nous soyons appelés à nous accorder en tout, et puisque nous sommes tous sujets à une part d'ignorance, qu'il faudra pardonner et accepter la communion de l'Eglise tant que les imperfections toucheront des points qui ne sont pas nécessaires à notre salut ou qui ne mettent pas en danger la transmission de la foi... Quant à l'imperfection de la conduite, nous devons bien plus en supporter car il est facile de trébucher à cet endroit. Puisque, bien qu'elle soit sainte (Ep 5.26), le Seigneur prononce que son Eglise sera sujette à misère jusqu'au jour du jugement, c'est en vain que certains la cherchent pure et nette... Il y a toujours eu des personnes qui ont fait croire qu'elles avaient une sainteté parfaite comme si elles eussent été des anges du Paradis, et qui sont arrivées à mépriser la compagnie des autres qu'elles jugeaient trop faibles".

 

4C'est volontairement que nous écrivons Foi : celle qui vient de Dieu, et foi : celle qui vient de l'homme. Le dialogue de Jésus et de Pierre (Mt 16.15-23) révèle fort bien la différence entre les deux.

 

5Il est évident que chacun des points évoqués dans ces pages mériterait un plus long développement.

 

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