Le blog de Charles Nicolas

06 août 2019

L'Evangile frelaté

 

Est-il permis à un pasteur de s'en prendre si peu que ce soit à un tabou ? Certains diront : A ses risques et périls. Je vais effleurer un sujet délicat : avec quelles lunettes lisons-nous l'Evangile ?

Nous portons tous des lunettes

L'Evangile n'arrive jamais sur un terrain neutre, que ce soit un pays ou un individu. Souvent, il peine à trouver un passage pour atteindre les coeurs à cause des conceptions diverses qui peuvent exister, à cause des expériences vécues par chacun. En fait, nous sommes tous porteurs de présupposés, que nous le voulions ou pas. Nos présupposés, ce sont les valeurs plus ou moins conscientes qui nous habitent, qui comptent en premier, qui nous servent de repères ou d'étalons pour évaluer tout le reste – valeurs qui, elles, tendent à échapper à toute évaluation, à toute critique. En général, ces présupposés sont tellement profonds, qu'ils sont intouchables, comme sacrés.

Beaucoup de nos difficultés à nous comprendre et à nous accorder viennent du fait que nous lisons les mêmes textes et observons les mêmes événements avec des présupposés différents. Or, ces présupposés sont rarement dévoilés. L'échec de la prédication, bien souvent, c'est qu'elle glisse sur ces présupposés sans parvenir à les mettre en lumière, à les remettre en question, y compris au bout de nombreuses années. C'est là l'explication de beaucoup d'incompréhensions, de tensions, de querelles entre nous, y compris entre Eglises, entre chrétiens, entre pasteurs. Tout cela affaiblit beaucoup la vie des Eglises et nuit fortement au témoignage de l'Evangile.

En France

La France, avec son histoire, n'est pas un pays neutre, loin de là. L'emprise de la religion catholique romaine (avec le cléricalisme et la confusion des pouvoirs), le rejet de la Réforme (avec la mise au second plan de la Bible), le Siècle des Lumières (avec le primat de la Raison), la Révolution française (avec le soupçon sur la notion d'autorité), le principe de laïcité (nourri de la Libre-pensée), tout cela imprègne les rouages de notre culture, nos rouages, que nous le voulions ou pas.

En France, avec la mise de côté progressive (ou radicale) des valeurs chrétiennes fondamentales, les présupposés idéologiques ont une importance considérable. Le clivage droite/gauche, bien que légèrement fluctuant, coupe plus ou moins le pays en deux. Et certaines Eglises aussi, n'ayons pas peur de le dire, notamment quand les doctrines y sont floues ou considérées comme ayant peu d'importance. Le fameux "on ne fait pas de politique" est souvent une manière peureuse de dire : "Touche pas à mes présupposés".

Le syncrétisme des valeurs

Nous comprenons aisément que le syncrétisme n'est pas une bonne chose. On dira : Les Haïtiens vont à la messe le jour et ils pratiquent le vaudou la nuit. Ce n'est pas bien. Mais nous, nous pratiquons un syncrétisme des valeurs qui pourrait apparaître tout aussi surprenant si nous acceptions de le mettre en lumière. Les maîtres à penser athées de notre culture, au travers de l'école publique, des artistes (littérature, chanson, cinéma...), des médias, nous ont inculqué une vision du monde qui est loin d'être conforme à ce que nous dit la Parole de Dieu. Les résultats ? J'en relève trois qui me paraissent aussi courants que funestes :

  • le rejet de Dieu : la foi n'est pas vraiment transmise à la génération suivante

  • le compromis : la foi est cantonnée à l'église et à la maison (surtout à l'église), à certaines heures du jour et certains jours de la semaine : la vie est comme cloisonnée

  • l'amalgame : l'Evangile perçu comme un idéal compatible avec d'autres idéaux : il est nourri de bons sentiments et de bonne volonté, mais il a souvent perdu ce qui en fait la force.

Et le chrétien ?

Un chrétien ne devrait pas être partisan, c'est à dire tout condamner d'un côté et tout excuser de l'autre. Il devrait, avec discernement, "examiner toutes choses" (1 Th 5.21) courageusement, à la lumière de l'enseignement biblique. Il devrait juger avec bienveillance : en retenant la part de grâce qui peut exister dans telle ou telle mesure, d'où qu'elle vienne – et un esprit critique : en débusquant les présupposés contraires à la Parole de Dieu. Cet exercice n'est pas facile ; il est pourtant indispensable.

Le théologien allemand Rudolph Bultmann a montré que tout lecteur de la Bible chemine avec trois points d'appui : le texte biblique, un certain nombre de doctrines et des présupposés. En un sens, les présupposés, c'est ce qui est premier. Par exemple, des présupposés humanistes (qui considèrent que l'Homme est la valeur première, qui croient aux "forces de progrès") vont conduire à une compréhension humaniste de l'Evangile.

Les valeurs de gauche

Je ne sais si on me pardonnera d'aborder ce sujet. Il me semble qu'il le faut, pourtant. Les valeurs de gauche ont la particularité de ressembler à celles de l'Evangile sans en avoir ni le centre, ni la finalité, ni la vraie substance.Les présupposés de gauche sont nourris, consciemment ou pas, de philosophies anti-chrétiennes et se présentent avec la générosité de l'Evangile.

Ils font de l'homme le centre et la finalité de toutes choses quand la Bible dit que la vocation première de l'homme est de servir Dieu. Ces présupposés font de l'homme premièrement une victime quand la Bible fait de l'homme premièrement un être responsable. Ils s'inscrivent dans une vision progressiste et parlent de foi en l'homme alors que la Bible démontre l'incapacité, pour l'homme, de progresser moralement. Ils appliquent à l'ensemble des hommes ce que la Bible applique au peuple de Dieu, faisant de l'Evangile une utopie, ce qu'il n'est pas. Ils opposent l'autorité et l'amour quand la Bible montre ces deux vertus parfaitement accordées en Dieu. Ils font des préceptes de la loi morale une menace d'asservissement alors que la Bible en fait l'expression de la volonté bonne de Dieu. Ils font de l'autodétermination de l'homme par lui-même le principe de la liberté quand la Bible en fait le principe même du péché...

Si cela est demeuré voilé aux yeux de beaucoup jusqu'à un passé relativement récent, il semble impossible de ne pas s'en rendre compte aujourd'hui. La légalisation du "mariage" homosexuel a été une étape significative dans la rébellion contre l'ordre créationnel. Où cela va-t-il s'arrêter ?

Les valeurs de droite

Bien qu'entachées de corruption elles aussi – et donc critiquables, voire condamnables, en tout cas dans leurs excès – les valeurs de droite ne me semblent pas prendre, de la même manière, le contre-pied des préceptes bibliques comme le font les présupposés de gauche. Les valeurs de droite ne ressemblent pas à l'Evangile. Elles n'ont donc pas le même pouvoir séducteur. Elles n'idolâtrent pas le pseudo-évangile des Droits de l'homme, en tout cas pas de la manière quasi religieuse que l'on observe généralement à gauche.

On me fera remarquer que l'amour de l'argent est une idolâtrie (Col 3.5) et que le libéralisme économique sans frein est source de nombreuses injustices. Cela n'est pas contestable. Mais l'amour de l'argent (ou du pouvoir) est-il l'apanage d'un parti ?

Plusieurs lecteurs de ces lignes seront tentés de dresser une liste des inepties énoncées ou pratiquées par des hommes de droite et de faire l'inventaire des progrès acquis par le militantisme de gauche. Je connais cela. Je ne fais ici aucunement l'apologie de la droite qui, elle aussi, peut être amorale, qui, elle aussi, pourrait devenir persécutrice. Ce n'est pas la droite qui a raison, c'est l'Evangile non dilué, non édulcoré, tel qu'il est exposé dans l'Ecriture (1 Co 15.1-2).

Que faire ?

Nous devrions revenir à Dieu sans discuter. Je ne dis pas sans réfléchir, je dis sans discuter, en mettant un genou à terre. Nous devrions cesser de projeter sur le texte biblique nos propres conceptions, cesser de choisir ce qui nous convient, cesser de nous contenter d'un "plus petit dénominateur commun" dans des messages destinés à faire consensus mais qui ne disent presque plus rien.

Du moins si nous avons soif de voir, dans notre pays, briller la lumière pure de l'Evangile de Jésus-Christ.

Charles Nicolas

Ecrit en 2014

 

 

Posté par CharlesNicolas à 09:54 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,


02 août 2019

Bien-être et spiritualité

 

Ces deux mots ou expressions sonnent aujourd'hui comme un slogan publicitaire. On pourrait les trouver sur les boîtes de tisane, sur les emballages de légumes bio, avec la promotion pour des vêtements de sport, des voitures ou des stages de remise en forme.

Bien-être et spiritualité, personne n'est contre, même les athées. Mais que met-on derrière ces mots ? Peu importe, diront certains. Cela sonne bien, c'est l'essentiel. On est dans l'ère du ressenti. Mais que d'amères déceptions, ensuite... Les champignons vénéneux ont parfois de belles couleurs...

La question, quand on est chrétien, est celle-ci : Est-ce qu'il est suffisant que les mots sonnent bien ?Quand le diable a dit à Eve : Vos yeux s'ouvriront et vous serez comme des dieux, cela sonnait bien. Quand le diable, encore lui, dit à Jésus : Ordonne que ces pierres deviennent des pains (Jésus n'avait pas mangé depuis 40 jours), cela sonnait bien aussi. (Le diable cite même une parole de l'Ecriture, à ce moment). Mais Jésus a dit 'non'.

Est-ce que la Bible est contre le bien-être et la spiritualité ? Non ! A condition qu'on ne mette pas n'importe quoi derrière. Boire de l'alccol procure du bien-être et exacerbe une forme de spiritualité (la Bible met plusieurs fois en parallèle le vin et le St- Esprit). Vous connaissez le résultat... De quelqu'un qui dit des blagues du matin au soir, on dit aussi qu'il est spirituel ; mais de quelle spiritualité parle-t-on ?

Ne nous laissons pas bercer par la douce musique des mots. Tout ce qui brille n'est pas de l'or.

 

1. Le bien-être

Dieu n'est pas contre. Quand Dieu crée l'homme et la femme (1er récit de la Création), il les place dans un jardin, et "tout était très bon"(Gn 1.31). Quand Dieu crée l'homme (2ème récit de la Création), il voit qu'il est seul et crée la femme. C'était pour leur bien-être, c'est sûr.

Quand lieu donne les Dix commandements, après la sortie d'Egypte : Tu ne te feras pas d'image taillée, tu travailleras six jours et te reposeras le 7ème, tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d'adultère, était-ce pour leur faire du mal ou pour préserver leur bien-être ? Quand Dieu dit : Honore ton père et ta mère, il ajoute : Afin que tu vives longtemps dans le pays que Dieu te donne.

Dans le même sens, je lis dans le Nouveau Testament : "Si quelqu'un veut aimer la vie et voir des jours heureux, qu'il préserve sa langue du mal et ses lèvres des paroles trompeuses" (1 Pi 3.10). Ce verset révèle bien l'intention de la loi de Dieu : c'est une loi de vie et de bien-être. Un jour, une femme a dit à Jésus : Heureux le sein qui t'a porté. Et Jésus a répondu :Heureux plutôt ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la gardent(Lc 11.28. Cf. Jn 13.17).

Tout cela est dit 176 fois dans le Psaume 119 : « Combien j'aime ta loi ; elle est tout le jour l'objet de ma méditation. Elle est pour moi plus douce que le miel, plus précieuse que mille objets d'or et d'argent »... Cela ne fait-il pas envie ? On est impatient que cette réunion se termine pour aller se replonger dans la lecture de la Bible, dans ce face à face avec Dieu et avec sa parole.

On pourrait parler sur ce registre jusqu'à demain soir sans s'arrêter. Une dernière parole pour la route : "Désirez, comme des enfants nouveau-nés, le lait spirituel et pur de la Parole, si vous avez goûté que le Seigneur est bon" (1 Pi 2.2-3). Et encore cette merveilleuse confidence de David dans le Psaume 131 : "J'ai l'âme calme et tranquille comme un enfant sevré dans les bras de sa mère ; j'ai l'âme comme un enfant sevré". Est-ce que je suis dans le sujet ? Il me semble que oui.

Dieu est-il contre le bien-être ? Nous pouvons répondre 'non', sans hésitation. C'est important de le dire (et d'abord de le penser nous-mêmes), car un doute peut exister, qui va créer une retenue. Rappelons-nous qu'Adam et Eve ont eu peur de Dieu : après avoir péché, ils se sont cachés. Cette peur peut demeurer aujourd'hui, et en un sens, cela est normal. Est-ce parce que Dieu est méchant ? Non ! C'est parce que notre conscience n'est pas tranquille ; à juste titre. Mais ce que Dieu désire, c'est notre bien.

 

2. En premier, Dieu

Notons bien ceci, dans tous les versets déjà mentionnés, chaque fois, le bien-être évoqué est en lien étroit avec la présence sainte et pure de Dieu, en accord avec sa volonté. Cela apparaît on ne peut plus clairement au Psaume 37 : "Fais de l'Eternel tes délices, et il te donnera ce que ton coeur désire".

Là intervient une notion capitale, malheureusement souvent oubliée, la notion de sainteté : le bien-être n'est jamais une fin en soi. Il est le fruit d'une communion retrouvée avec Dieu. Le fruit est excellent, mais il est second. Ce qui est premier, c'est l'honneur de Dieu.

Cela est dit très clairement dans la prière que Jésus nous a enseignée : les 3 premières demandes et les 3 dernières affirmations de cette prière ont Dieu pour objet : ton nom, ta volonté, ton règne ; ton règne, ta puissance et ta gloire ! La priorité n'est pas mon bien-être ; la priorité, c'est Dieu et sa sainteté, son règne et sa gloire. Est-ce contre nous ? Non. Et je peux recevoir de ce Dieu le pain, le pardon et la protection contre les pièges du diable – c'est-à-dire mon bien-être. Mais celui qui vient en premier, c'est Dieu. Le premier des Dix commandements le dit très bien : « Tu n'auras pas d'autre dieu devant ma face1. »

On pourrait le dire ainsi : le bien-être de l'homme passe par Dieu. Et plus précisément encore, par Jésus-Christ : "Nous avons la paix avec Dieu, par notre Seigneur Jésus-Christ, en qui nous avons la réconciliation".

Ce mot 'réconciliation' est vraiment important, car il associe justement ma volonté et celle de Dieu. Et là, il faut se rappeler une vérité capitale : nous avons été créés pour Dieu. "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ta force, de toute ta pensée", ce n'est pas une loi ajoutée, une loi en plus... ; c'est une loi créationnelle, pourrait-on dire. C'est la loi initiale qui est rappelée : cette loi est faite pour nous et nous sommes faits pour elle ! C'est cela la notion de sainteté (il ne s'agit pas avant tout d'une 'morale'). C'est cela la véritable spiritualité.

 

3. La maturité

Jésus nous en montre – on pourait dire : nous en démontre – le chemin tout au long de sa vie. Je pense à cette parole : Que ta volonté soit faite, et non la mienne ! En prononçant ces mots, Jésus sanctifie son Père : c'est sa volonté qui importe plus que tout, car elle seule est juste et bonne ; et il se sanctifie lui-même. Que lisons-nous juste après ? "Alors, un ange lui apparut du ciel pour le fortifier" (Lc 22.43). Et après ? Après, c'est la trahison de Judas, le procès, les crachats, les coups, la croix...

Et le bien-être ? Le bien-être, je l'ai dit, est le fruit de la communion avec Dieu. Il n'est donc pas premier, il est second. La maturité, c'est de comprendre cela. Si je dois choisir entre la volonté sainte de Dieu et le bien-être, je choisis la volonté de Dieu. L'apôtre Pierre le dit dans sa première lettre : "Car il vaut mieux souffrir, si telle est la volonté de Dieu, en faisant le bien qu'en faisant le mal" (3.17).

J'ai appelé cette partie : la maturité ; vous comprenez pourquoi. Je l'illustre souvent avec cette parole d'un chrétien âgé et souffrant sur son lit, qui m'a dit quand je l'ai quitté : Ne priez pas pour que j'aille mieux ; priez pour que je sois fidèle. C'est la maturité.

On peut encore le dire ainsi : Mieux vaut souffrir avec Dieu qu'être bien sans Dieu. Êtes-vous d'accord avec cela ? En dehors de la foi, c'est une folie. Dans la foi, c'est une grande sagesse.

Cette sagesse, reconnaissons-le, n'est pas aisée à vivre. D'abord parce que notre nature est dissipée, vite séduite, très préoccupée d'elle-même... Ensuite parce que nous sommes entourés de personnes qui ignorent ce que signifie aimer la volonté de Dieu. C'est pour cela qu'il est important, non seulement de lire la Bible et de prier seul chez soi, mais aussi de se réunir avec d'autres chrétiens fidèles chaque fois que cela est possible. Et pas seulement dans un temple le dimanche matin.

Enfin, non seulement ceux qui nous entourent connaissent assez rarement la volonté de Dieu, mais ils courent après des faux dieux, de fausses promesses, de fausses spiritualités, séduits qu'ils sont par tous les mensonges que les médias véhiculent à profusion tous les jours... Ce monde est "sans espérance et sans Dieu", dit Paul (Ep 2.12). Son mot d'ordre se réduit souvent à ce slogan (cité par Paul) : "Mangeons et buvons car demain nous mourrons" (1 Co 15.32). Ce n'est pas nouveau. Notre slogan est différent, déjà cité par David : "Mieux vaut un jour dans tes parvis que mille ailleurs !" (Ps 84.10).

Charles NICOLAS

_________________________

1Je note les titres de plusieurs livres édités récemment : Mettre Dieu au coeur de la prédication. Remettre Christ au centre de la prédication... Cela est significatif de la dérive humaniste qui s'est développée depuis assez longtemps.

Posté par CharlesNicolas à 18:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

31 juillet 2019

La foi a besoin de l'espérance

 

1. L'espérance et la foi

L'espérance est proche de la foi. Une différence existe cependant, puisque Paul écrit quetrois réalités demeurent : la foi, l'espérance et l'amour. Comment distinguer l'espérance de la foi dans la vie de tous les jours ?

La foi se conjugue au présent. Elle reçoit de Dieu et vit maintenant ce qu'il y a à recevoir et à vivre avec Dieu maintenant. Dieu appelle Abraham, lui demande de quitter son pays et de se mettre en route vers un pays inconnu. Quand ? Maintenant. Abraham se lève et s'en va. C'est la foi. Jésus dit à Pierre : Laisse tes filets et suis-moi. Pierre laisse ses filets et suit Jésus. En Jean 10, Jésus parle de la foi quand il dit : "Mes brebis écoutent ma voix et elles me suivent" (v. 27). Les verbes sont au présent.

L'espérance, c'est la certitude des choses promises, encore à venir. Dieu dit à Abraham : “Regarde les étoiles du ciel et compte-les si tu le peux. Telle sera ta postérité” (Gn 15.5 ; cf. 21.17). Le verbe est au futur. Abraham a cent ans et sa femme est stérile... Abraham est mort sans voir sa postérité ; mais ces choses ont été devant lui comme un horizon certain.

2. L'espérance conditionne la manière de vivre

Deux personnes marchent sous la pluie. Une d'elles ne sait pas où elle va ; l'autre le sait et c'est un endroit magnifique. Croyez-vous que ces deux personnes vont voyager de la même manière ? En un sens oui... Mais en réalité pas du tout ! Une des deux ne voit que le chemin (et peut-être ses rêves). L'autre voit déjà le pays promis, plein de lumière. Celle du Seigneur lui-même.

La Bible parle des hommes qui sont "sans espérance et sans Dieu dans le monde". Quelle tristesse ! Cela concerne-t-il seulement l'au-delà ? Pas du tout. Cela concerne la manière de vivre de tous les jours. "Si les morts ne ressuscitent pas, mangeons et buvons car demain nous mourrons" (1 Co 15.32). Ceux qui ont une espérance mangent et boivent également, mais pas de la même manière. Le présent est conditionné par l'espérance – ou par l'absence d'espérance, autant que par la foi. Le monde nous le montre tous les jours.

L'usage des biens matériels, le mariage, l'activité professionnelle, l'engagement citoyen... tout est conditionné par l'espérance qui nous habite – ou par l'absence d'espérance.

3. L'espérance permet la persévérance

L'espérance semble être pour beaucoup une réalité abstraite. Rien n'est plus faux. L'espoir est abstrait ; pas l'espérance. Abraham quitta tout et partit "car il attendait la cité qui a de solides fondements, celle dont Dieu est l'architecte et le constructeur" (Hé 11.10). L'espérance nourrit et fortifie la foi pour la marche.

Dans le désert du Sinaï, la foi permettait au peuple d'Israël de se diriger chaque jour avec la nuée et de recevoir chaque jour la manne comme nourriture sans avoir besoin de faire des provisions ; l'espérance permettait de garder dans le cœur le but du voyage, la terre promise, comme une certitude. Quand les Israélites ont perdu la vision de la terre promise, leur foi s'est affaiblie et au lieu de partir à la conquête, ils ont eu peur.

De même, il est dit que Jésus “en vue de la joie qui lui était réservée, a souffert la croix et méprisé la honte" (Hé 12.2). L'espérance de Jésus a fortifié sa foi, et sa foi a permis son obéissance au milieu des pires oppositions.

4. Dans la détresse, mais non dans le désespoir

« Ayant une telle espérance, nous usons d'une grande assurance » (2 Co 3.12. B.S). Notre assurance, reconnaissons-le, demeure tant que les choses vont bien. « Seigneur, fais que tout aille bien ! » Mais comment vivons-nous les contrariétés, les échecs, l'opposition ? Et comment vivrions-nous la persécution, sachant que celle-ci n'est pas exclue pour les chrétiens fidèles, y compris dans nos pays de tradition chrétienne ?

La foi permet une dynamique et une communion. Elle nous permet de marcher et d’œuvrer en recevant le secours de Dieu pas après pas. Mais quand tout ce qui survient semble contredire ce qu'on a attendu, ce qu'on a demandé ? Et devant la mort, que reste-t-il ? L'espoir peut s'effondrer, pas l'espérance.

Voilà un chrétien gravement malade. Que faire ? La foi s'attend à la puissance de Dieu qui guérit. Et si Dieu n'accorde pas la guérison ? Alors l'espérance attire les regards vers les biens incorruptibles que les voleurs ne peuvent dérober, que la rouille ne peut détruire. L'espérance attire les regards vers la résurrection qui donnera à ceux qui sont « en Christ » des corps incorruptibles !

Beaucoup de chrétiens cherchent à nourrir leur foi, mais ils négligent la dimension de l'espérance. Il est vrai que celle-ci est difficile à affirmer aujourd'hui, plus que la foi1. Il faut vivre au présent, dit-on. Ce n'est pas faux. Mais si l'espérance manque, la foi risque de s'épuiser. Et l'amour aussi. C'est ce qui arrive souvent...

En réalité, même s'il a de la tristesse dans son cœur, la lumière qui brille à l'horizon éclaire le visage du croyant, même s'il ne s'en rend pas compte lui-même.

Charles NICOLAS

_________________

1L'espérance fallacieuse des religieux fanatisés rend également difficile l'affirmation de l'espérance chrétienne.

Posté par CharlesNicolas à 18:30 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,

29 juillet 2019

L'Engagement

 

Hébreux 10.5-7 ; 1 Pierre 2.11-12 ; 3.14-17

J'ai gardé en mémoire depuis longtemps l'image d'une affiche inhabituelle : elle représente le martyre de St Sébastien qui vécut au IIIème siècle. On y voit un jeune homme à demi nu, attaché à une colonne, les poignets liés au-dessus de sa tête. Il est vivant. Son visage exprime une grande souffrance. Plusieurs flèches traversent ses membres et son corps. On peut lire l'inscription suivante : Si vous pensez qu'être chrétien est difficile aujourd'hui, regardez seulement quelques siècles en arrière.

En un sens, on pourrait dire qu'il s'agit d'une contre-publicité... Un peu comme si un restaurateur disait à ceux qui passent : Ici, c'est assez cher et pas très bon !

1. Ne voulez-vous pas vous en aller ?

En y réfléchissant, je me demande si Jésus et les apôtres n'ont pas usé de contre- publicité, eux aussi. Le contraire de la séduction. Un peu comme quand Dieu dit à Gédéon : Les hommes qui sont avec toi sont trop nombreux : ils pourraient penser qu'ils ont remporté la victoire par leur propre force. Commande à tous ceux qui ont peur de rentrer chez eux.

De même, à la fin du chapitre 6 de l'Evangile de Jean, nous lisons que "dès ce moment, plusieurs des disciples se retirèrent, et ils n'allaient plus avec lui". Et Jésus dit aux douze, qui restent : "Et vous, ne voulez-vous pas aussi vous en aller ?" (6.66). C'est ce que j'appelle une contre-publicité.

On le voit aussi quand des pharisiens viennent interroger Jésus sur la question du divorce. L'ayant entendu, ils disent : Si c'est ainsi, mieux vaut ne pas se marier ! Jésus vient seulement de rappeler ce qu'est le mariage, c'est-à-dire que dès l'instant où on se marie, on est prêt à donner sa vie – c'est-à-dire à mourir – pour une autre personne, pour son conjoint ; puis pour ses enfants. En un sens, c'est dissuasif !

Quand nous avons échangé avec Serge sur le thème de l'engagement, j'ai noté ceci : L'engagement est à la fois coûteux et libérateur. Pourquoi coûteux ? Je viens de le dire : donner sa vie – ou perdre sa vie, si vous voulez – c'est forcément coûteux. C'est renoncer. Ce mot, à lui seul, est une contre-publicité ! C'est pourquoi, même quand on évangélise, aujourd'hui, on ne le prononce plus. On dit : Tu es heureux ; mais avec Jésus, tu seras encore plus heureux ! Vous voyez Jésus ou les apôtres dire cela une seule fois ? On ne le voit jamais.

Il y a des théologiens modernistes qui font l'apologie de ce genre d'accommodement. Par exemple un Musulman qui découvre Jésus-Christ peut rester musulman, disent-ils. Pourquoi devrait-il abandonner 14 siècles de traditions et de culture ? Il peut cumuler les avantages des deux religions. Pas de rupture, pas de persécution... Plus besoin de choisir ! Normalement, on appelle cela le syncrétisme. Demandez à un Musulman qui découvre l'Evangile ce qu'il pense de cela. En réalité, celui qui fait cela croit gagner, mais il perd tout !

2. Choisir !

Si l'Evangile est libérateur – et pas seulement coûteux – c'est parce qu'il nous place devant des choix. C'est ainsi dès le début : "Quitte ton pays, dit Dieu à Abram, et va dans le pays que je te montrerai !". Il n'était pas possible de concilier les deux. "Laisse tes filets et suis-moi ! Ils laissèrent leurs filets et le suivirent". Aux chrétiens de Thessalonique, Paul écrit : " On raconte comment vous vous êtes convertis à Dieu, en abandonnant les idoles pour servir le Dieu vivant et vrai" (1 Th 1.9).

Abandonner, quitter, renoncer, choisir... ces mots difficiles font partie de l'expérience de la foi. Ils sont inhérents à la dimension de l'alliance. Le mariage en est l'illustration parfaite. Ils sont nécessaires pour vivre un amour véritable. Et même pour vivre une joie véritable, y compris quand il y a un prix à payer.

 

3. Payer le prix

Les textes bibliques qui en témoignent sont innombrables. Dans Actes 5, on a interdit aux apôtres de continuer à parler de Jésus-Christ. Ils ont répondu (gentiment) que cela n'était pas possible, car Dieu leur avait commandé d'en parler. Résultat : les chefs des Juifs sont furieux et les menacent sérieusement. Nous lisons : "Les apôtres se retirèrent de devant le sanhédrin, joyeux d'avoir été jugés dignes de subir des outrages pour le nom de Jésus" (5.41). Comment entendons-nous cela ?

Tout engagement est à la fois coûteux et libérateur. Le refus de choisir, l'hésitation, l'indécision, la tentation de tout concilier avec des excuses et des raisonnements, c'est en réalité une manière de trahir, de tout perdre. C'est pour cela sans doute que Martin Luther, avec sa manière à lui, disait : Si tu veux pécher, pèche vraiment, et ensuite repens-toi vraiment et tu connaîtras la joie d'avoir un Sauveur ! En d'autres termes : Ne reste pas entre les deux !

En relisant la 1ère lettre de Paul aux Thessaloniciens, j'ai été frappé par les nombreuses mentions d'outrages et de persécutions vécus par les chrétiens de ce temps. "Après avoir souffert et reçu des outrages à Philippes, comme vous le savez, nous prîmes de l'assurance en notre Dieu, pour vous annoncer l'Evangile de Dieu, au milieu de bien des combats" (2.2). "Vous avez souffert de la part de vos propres compatriotes les mêmes maux que les églises d'ici ont souffert de la part des Juifs. Ce sont eux qui ont fait mourir le Seigneur Jésus et qui nous ont persécutés" (2.14b-15).

"C'est pourquoi, (...) nous envoyâmes Timothée pour vous affermir et vous exhorter au sujet de votre foi, afin que personne ne fût ébranlé au milieu des tribulations présentes ; car vous savez vous-mêmes que nous sommes destinés à cela. Et lorsque nous étions auprès de vous, nous vous annoncions d'avance que nous serions exposés à des tribulations, comme cela est arrivé, et comme vous le savez. (...) En conséquence, frères, au milieu de toutes nos calamités et de nos tribulations, nous avons été consolés à votre sujet, à cause de votre foi. Car maintenant, nous vivons, puisque vous demeurez fermes dans le Seigneur" (1 Th 3.1-8).

Vous voyez le contraste entre les termes : affermir, exhorter, persécuter, ébranler, 3 fois le mot tribulations, calamités, consoler, fermes dans le Seigneur... "Vous savez, dit Paul,que nous sommes destinés à cela". Destinés à cela ?! Comme c'est étonnant. Nous l'avions un peu oublié.

Nous savons que notre Seigneur a souffert sur cette terre. Nous disons volontiers qu'il a souffert pour nous – ce qui est vrai ; mais nous entendons volontiers : à notre place. Cela n'est pas écrit. Il a souffert parce qu'il a choisi d'aimer Dieu et de faire sa volonté – c'est-à-dire exactement ce que nous disons à Dieu chaque matin dans la prière : Seigneur, aujourd'hui je t'aime et je veux faire ta volonté. N'est-ce pas notre vocation ? C'est notre vocation. C'est à cela que nous sommes destinés ! ET CELA COMPREND LA POSSIBILITE DE SOUFFRIR. C'est écrit !

Quiconque s'attache à cette vocation, non seulement honore le Seigneur mais il ouvre le chemin devant ses frères et soeurs chrétiens pour qu'ils fassent de même. Et en plus, il touche la conscience de ceux qui le voient vivre et à qui Dieu dit : C'est cela, vivre dignement.

4. Faire peur ou faire envie ?

Je suis en train de décrire, là, ce qu'est un disciple de Jésus, tout simplement. La question qui me vient à l'esprit (pour moi-même, déjà) est la suivante : Est-ce que cela fait peur ou est-ce que cela fait envie ? "Les apôtres se retirèrent de devant le sanhédrin, joyeux d'avoir été jugés dignes de subir des outrages pour le nom de Jésus" (5.41). Comment entendons-nous cela ? Je le formule autrement : L'alliance de salut qui m'est offerte en Jésus-Christ rend-elle possible que je puisse souffrir pour mon Seigneur ? Je le dis encore avec d'autres mots : La grâce qui m'a été révélée peut-elle nourrir en moi le désir d'être responsable, c'est-à-dire de répondre présent à l'appel – en délaissant ce qui me retient en arrière ?

Frères et soeurs, le Seigneur nous appelle à effectuer des choix. Nous en avons déjà fait. Il y en aura d'autres encore. Chaque choix peut être une victoire, chaque choix peut être une nouvelle liberté acquise, une occasion de grandir, une occasion de joie. Prêcher cela est important. Le vivre l'est beaucoup plus !

Je voudrais, pour terminer, rappeler une dimension de la vie chrétienne qui est rarement évoquée. Cela tient en peu de mots. La foi du chrétien n'est pas seulement la foi EN Jésus ; elle est aussi la foi DE Jésus. Voilà qui nous rapproche étonnamment de lui ! L'Esprit que Jésus a reçu était-il un autre Esprit que celui que nous avons reçu ? "Il y a un seul Esprit, et aussi une seule foi", dit Paul. Notre foi, dès lors qu'elle est juste, est la foi DE Jésus.

C'est la foi qui dit oui à ce que Dieu veut, et donc qui dit non à ce que Dieu réprouve. C'est la foi qui prend plaisir aux commandements de Dieu, comme le dit si magnifiquement le psaume 119. C'est la foi qui peut souffrir pour le Seigneur, qui peut renoncer, qui peut mourir s'il le faut. C'est la foi qui est agréable à Dieu car elle l'honore, ce qui est la chose la plus juste qui puisse exister dans ce monde. C'est exactement notre vocation de chrétiens !

Charles NICOLAS

 

 

 

 

 

Posté par CharlesNicolas à 18:56 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

27 juillet 2019

Où en es-tu de ta vocation ?

 

Si le monde est le fruit d'une énorme explosion, alors il n'y a pas de vocation, si ce n'est celle qui est imposée par la nécessité de survivre ou par la recherche d'un bien-être temporaire. “Mangeons et buvons car demain nous mourrons...”.

Il est significatif que le dictionnaire donne au mot vocation une dimension religieuse : Appel de Dieu touchant un peuple, une personne, afin qu'il vienne à lui. Mouvement intérieur par lequel on se sent appelé par Dieu. Il est intéressant aussi de remarquer que cette définition est double : la vocation, c'est l'appel adressé ; c'est aussi la réponse à l'appel. “Abraham, lors de sa vocation, partit” (Hé 11.8). Une autre traduction dit : “Par la foi, répondant à l'appel de Dieu, Abraham obéit et partit”.

1. L'humilité et la grandeur

Dans ce récit, l'appel apparaît à la fois comme un impératif et comme une faveur immense : cet appel va donner à la vie d'Abraham un sens bien différent. Berger il était, berger il demeure ; mais maintenant son activité s'inscrit dans un dessein immense ! Maintenant, il est un instrument dans la main de Dieu, avec tout ce que cela comporte d'humilité et de grandeur.

L'humilité est bien visible dans l'appel adressé à Marie : “Comment cela peut-il se faire ?... Je suis la servante du Seigneur”. Mais la joie est là également, qui couronne celui ou celle qui répond à l'appel de Dieu. “Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit se réjouit en Dieu mon sauveur, parce qu'il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante. Et voici, toutes les nations me diront bienheureuse !” (Lc 1.46-48). Quelle différence avec la vie sans but de celui qui ne vit que pour lui-même1.

2. Le sens et le but

L'Evangile est trop souvent présenté comme une offre seulement. Ce n'est là qu'une partie de la vérité. L'Evangile est aussi un appel, adressé à tout homme, à se mettre en route pour servir. “Repentez-vous car le Royaume de Dieu s'est approché” clament Jean-Baptiste et Jésus après lui (Mt 3.2). “Comme il passait le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André qui jetaient un filet dans la mer car ils étaient pêcheurs. Jésus leur dit : Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes. Aussitôt, ils laissèrent leurs filets et le suivirent” (Mc 1.14-18).

L'Evangile est d'abord un appel, un appel à délaisser ce qui alourdit, ce qui entrave ma vie, ce qui m'empêche d'entendre la voix de Dieu et d'entrer dans ma vocation de serviteur, de servante. “Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas prêt pour le Royaume de Dieu”, dit Jésus (Lc 9.62). Cette vocation à servir est universelle et d'une importance sans égale. “Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu le serviras lui seul !”(Mt 4.10). Quiconque oublie cela s'égare dans une infidélité, dans une voie sans issue.

3. La vocation de servir

Vers la fin de sa vie, l'apôtre Paul a écrit aux chrétiens d'Ephèse : Je suis partagé entre deux désirs contraires : j'aimerais quitter cette vie pour être avec Christ, ce qui serait bien préférable ; mais à cause de vous, il est important que je demeure ici-bas (Ph 1.24). Celui qui recherche en premier la satisfaction et l'épanouissement personnels passe à côté de sa vocation : il fait de lui-même une idole qu'il sert. Que devient l'amour dans une telle perspective ? De nombreuses études ont montré qu'une société de consommation en quête incessante de bien-être et de loisirs n'était pas en mesure de répondre aux besoins les plus profonds du coeur humain, malgré la surabondance des moyens à sa disposition2.

Dans ce sens, il est assez facile d'observer que si un cadeau fait plaisir à un enfant, rendre un service à la mesure de ses forces lui apporte une joie bien plus grande encore. En devenant serviteur, Jésus a rappelé que tout homme a une vocation de serviteur : c'est là ce qui correspond le plus exactement à sa nature d'être créé par Dieu et pour Dieu.

Pierre demande aux 'anciens', d'agir de manière 'désintéressée'. Cela signifie-t-il qu'ils ne doivent pas s'intéresser à ce qu'ils font ? Pas du tout. Cela signifie qu'ils ne doivent aucunement le faire dans la recherche d'un intérêt personnel. Ce n'est pas pour eux !

Quand j'étais aumônier aux Armées, beaucoup de jeunes soldats me disaient : Le service national ne me rapporte rien ! Je leur rappelais que ce n'était pas là le but du service national. Le but était qu'après avoir beaucoup reçu (normalement) pendant 20 ans de leur vie, ces jeunes hommes aient maintenant à servir la communauté nationale. Servir : le mot difficile à apprendre ! C'est pourtant le mot de la maturité...

La Bible associe la notion de service au renoncement à soi-même, jusqu'à la possibilité de donner sa vie. Jésus en est bien sûr le plus bel exemple (Mt 20.28 ; Ph 2.7-8), mais cela concerne directement la notion de vocation : celle de tous, celle des chrétiens d'une manière particulière (Jn 21.18 ; 1 Th 2.8...).

Enfin, la Bible associe les notions de service et de don de soi à l'amour (Jn 15.13). Cela concerne très directement – en plus des relations fraternelles (1 Jn 3.16) – la dimension conjugale3. Nous serions certainement très affligés si nous pouvions voir combien l'amour véritable est rare, d'une manière générale.

4. Doué pour servir

Dire d'une personne qu'elle est douée signifie littéralement qu'elle a reçu un don. Mais pour quoi faire ? Des dons pour quoi ? Pour moi... ou pour servir ?

Le grec du Nouveau Testament emploie le mot diaconie pour désigner l'engagement à servir, quelle que soit la nature de ce service. Les diacres (diaconos), dans l'église, sont les organisateurs et les modèles de cette vocation qui concerne, en fait, chaque membre. Cette réalité doit premièrement trouver sa place dans les maisons, avec ce même esprit de service, y compris avec les enfants.

Dans sa première lettre aux chrétiens de Corinthe, Paul rappelle que tout don vient de Dieu, et que dans les Eglises, ces dons sont donnés à chacun, comme Dieu le veut “pour l'utilité commune” (1 Co 12.7). Il précise qu'à la diversité des dons correspond la diversité des fonctions, comme avec les membres du corps – et qu'en conséquence, chacun est important et chacun a besoin des autres. Il précise que le don (ou le service) qui pourrait paraître le moins important peut, en réalité, être très important ; et qu'il importe avant tout que chacun soit fidèle dans le service qui lui a été confié. Pierre le dit aussi : “Comme de bons intendants des diverses grâces de Dieu, que chacun mette au service des autres le don qu'il a reçu” (1 Pi 4.10).

5. Tout don vient de Dieu

La Bible nous apprend à distinguer nettement l'Eglise et le monde. Le service mutuel au sein de l'Eglise est nettement une priorité : tout ce que tu fais pour un frère ou une soeur dans la foi, c'est à Christ que tu le fais ! (Mt 10.42 ; 25.40 ; Ro 12.13 ; Hé 6.10...).

Mais la Bible enseigne aussi que la Création tout entière est l'oeuvre de Dieu et demeure l'objet de ses soins incessants (Ps 33.5 ; 119.90-91 , Ac 14.16-17...). En d'autres termes, Dieu accorde aussi des dons aux hommes d'une manière générale, y compris à ceux qui ne le connaissent pas. Ces hommes feront de ces dons l'usage qu'ils veulent, bien ou mal, mais le don vient de Dieu.

Martin Luther le dit d'une manière très parlante : “C'est Dieu qui lange l'enfant et lui donne la bouillie, mais il le fait par les mains de la mère”. L'enfant est un don de Dieu ; l'instinct maternel est un don de Dieu ; les ressources pour mener à bien cette mission (cette vocation) sont aussi un don de Dieu. Ce qui est souhaitable, c'est que chacun soit conscient de cela et reçoive le ferme désir d'être fidèle. Est-ce que cela ne concerne que les mamans chrétiennes ? Non.

6. Servir Dieu en toutes choses

Certains considèrent le travail comme un mal nécessaire. Ce n'est pas ce que dit la Bible. Avant la Chute, Adam et Eve n'avaient pas 'rien à faire'. La vocation de cultiver et garder (Gn 2.15) comprend un très grand nombre de vocations dites 'professionnelles' aujourd'hui. Le fait que ce travail soit devenu pénible n'en ôte pas le sens. Par exemple, un cultivateur ou un boulanger ne travaille pas seulement pour “gagner sa vie”, mais aussi et, en un sens d'abord, pour nourrir correctement la population. On peut dire cela pour toutes les professions (ou presque ).

Paul dit que le magistrat (chrétien ou pas) est un serviteur de Dieu, chargé de réprimer les malfaiteurs pour que ceux qui sont justes puissent vivre paisiblement (Ro 13). Ainsi, qu'il le sache ou pas, le magistrat agit de la part de Dieu. Cela signifie-t-il qu'il agira nécessairement bien ? Non, mais il le devrait et il rendra compte ! Luther dit qu'il en est de même pour toutes les fonctions, tous les métiers, etc.

Quant aux chrétiens, ils entendent cette exhortation de Paul : “Quoi que vous fassiez, en parole ou en oeuvre, faites tout pour la gloire de Dieu” (1 Co 10.31 ; Co 3.17). Cela signifie quoi ? Avec humilité, avec fidélité, avec reconnaissance, avec confiance, dans un esprit de service. Seulement le dimanche ? Non, tous les jours. Est-ce triste ? Au contraire !

Si nous servons dans chaque domaine comme répondant à une vocation que Dieu nous adresse, écrit Calvin, alors nous constaterons un grand équilibre et de réelles correspondances entre les différentes parties de notre vie. Nous aurons aussi un vif désir d'être fidèles et même irréprochables, sachant que d'un service accompli de cette manière, il résulte beaucoup de bienfaits pour les autres”.

Être époux ou épouse est une vocation. Celui qui n'a pas cet appel, mieux vaut qu'il s'abstienne ; et celui ou celle qui l'a, qu'il/elle prenne sa vocation au sérieux. La vocation au célibat est importante, non pas motivée par l'égoïsme, mais par une manière différente de servir, c'est-à-dire de donner sa vie.

A la vocation du mariage se greffe souvent la vocation parentale, si dévaluée aujourd'hui. Jean Calvin dit comme Martin Luther, avec d'autres mots : “Dieu met l'enfant dans les bras de la mère et lui dit : Prends soin de lui de ma part, maintenant”.

7. Collaborateur de Dieu

On raconte qu'un jardinier faisait un jour admirer à son pasteur la beauté de ses plates-bandes en pleine floraison. Impressionné, le pasteur se répandit en louanges envers Dieu. Mais le jardinier lui dit : “Vous auriez dû voir l'état du jardin quand Dieu s'en occupait tout seul !” Il est vrai que Dieu fournit le sol, la semence, le soleil et la pluie ; il est vrai que c'est Lui qui fait croître (Mc 4.27 ; 1 Co 3.6). Mais c'est à nous de labourer, semer, tailler, récolter. De même, c'est aux parents d'élever leurs enfants : Dieu ne le fera pas à leur place.

Un bon instituteur, un bon maire, une bonne infirmière, un bon maçon, un bon garagiste, un bon policier, un bon musicien accomplissent des services utiles, même s’ils ne sont pas chrétiens. Il serait ingrat de ne pas le reconnaître. Dieu, pendant le temps de sa patience, maintient ces vocations pour que la vie demeure sur cette terre, malgré l'étendue du mal, malgré les nombreuses défaillances qui se peuvent constater.

8. Quelle est ma vocation ?

Quand j'étais adolescent, un chrétien m'a dit un jour : Il y a trois grands choix dans la vie. Le choix de la foi, le choix du mariage4 et le choix de la profession.

Quelle est la volonté de Dieu pour ma vie ? Quelles sont les oeuvres qu'Il a préparées d'avance pour moi (Ep 2 10) ? Dès son plus jeune âge l'enfant devrait être porteur de cette question qui le décentre de lui-même tout en le responsabilisant. L'appréhension ou la légèreté avec lesquelles les engagements de la vie adulte sont pris, bien souvent, ne seraient plus les mêmes si cette écoute de la volonté de Dieu était davantage développée5.

Est-ce à dire qu'il est aisé de découvrir sa (ses) vocation(s) ? Pas toujours. Cela demande une grande écoute, une grande sincérité. “N'a-t-il pas fallu que Dieu appelât six fois Moïse ?”, fait remarquer Luther.

Quels sont les dons que Dieu m'a accordés ? Que m'enseignent les expériences acquises ? A quels besoins suis-je particulièrement sensible ? Quels fruits ai-je déjà pu porter qui ont pu être constatés ? Quels encouragements ai-je déjà reçus de la part des autres ? Ma motivation est-elle généreuse ou égoïste ?

Répondre à l'appel de Dieu, dans quelque domaine que ce soit, peut impliquer un prix à payer (des renoncements, etc.). Mais c'est aussi la seule manière de goûter la paix qu'Il donne. En réalité, l'homme découvre et devient ce qu'il doit être quand il accueille dans son coeur la volonté de Dieu et s'offre pour servir avec reconnaissance. Charles NICOLAS

Charles NICOLAS

__________________________

Notes :

1“Si certains sont plus éveillés que les autres, écrit Jean Calvin, ou comprennent mieux certaines choses, ou ont l'esprit plus agile pour inventer ou apprendre une tâche ou un art, dans cette diversité de dons Dieu montre la richesse de sa grâce et nous rappelle que personne ne devrait se vanter puisque tout ce que nous avons, nous l'avons reçu comme un don”.

2On peut mentionner, parmi beaucoup d'autres, le livre de Jean-Claude Guillebaud : La tyrannie du plaisir.

3L'amour de l'homme pour son épouse, l'amour de la femme pour son mari sont l'un et l'autre un don de soi. Ce don de soi est de l'ordre de la soumission pour l'épouse ; il est de l'ordre du sacrifice pour le mari. Un des deux est-il plus facile que l'autre ? Ce qui sera difficile, c'est s'il n'y a pas la réciprocité.

4Se marier ou pas, et si oui, quand et avec qui ?

5. “Dieu sait à quel point l'homme est enclin à l'inquiétude, écrit Jean Calvin, avec quelle facilité il est emporté de-ci, de-là ; combien il est exposé à l'ambition, à la cupidité au point où il court après un trop grand nombre de choses. C'est pour le secourir de cette folie que Dieu confie à tout homme des tâches précises, des responsabilités particulières auxquelles il doit se consacrer. Chacun peut donc considérer que sa situation est voulue par Dieu et correspond à une vocation à laquelle il convient de s'appliquer”.

“Ce sera un allègement bien grand, dans toutes les tâches, les charges, les services avec toutes les difficultés qui peuvent survenir, si chacun est bien persuadé que Dieu n'est pas absent de cela, mais au contraire guide et conduit, dit encore Calvin. Les magistrats s'emploieront plus volontiers à leur charge, le père de famille s'attachera à son devoir avec meilleur courage ; bref, chacun se portera plus patiemment dans sa situation et surmontera les peines, les inquiétudes et déceptions avec plus de facilité s'il sait qu'il ne porte pas de fardeau plus lourd que celui que Dieu a mis sur ses épaules. De plus, un grand encouragement sera apporté, y compris dans les travaux les plus ordinaires, et les tâches, même très modestes, deviendront un excellent témoignage si nous les pratiquons comme une vocation reçue de Dieu”.

___________________________

 

 

Annexe

 

Le chrétien est l’homme le plus libre ; maître de toutes choses il n’est l'esclave de personne. L’homme chrétien est en toutes choses le plus serviable des serviteurs ; il est l'esclave de tous”

 

Martin Luther, Traité de la liberté chrétienne.

 

 

 

 

Posté par CharlesNicolas à 15:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,


25 juillet 2019

Le rôle des femmes dans l'Eglise

Beaucoup d'ouvrages partisans ont été écrits sur ce sujet ces dernières années. Je me borne à donner ici quelques éléments succincts.

En un sens, les vocations sont les mêmes : l'un et l'autre sont créés à l'image de Dieu ; l'un et l'autre sont pécheurs ; l'un et l'autre sont devenus enfants de Dieu, rachetés par le sang de Christ et habités par l'Esprit saint. L'apôtre Pierre, tout en signalant que les femmes sont "un sexe plus fragile" (1 Pi 3.7), rappelle aux hommes qu'elles vont "hériter avec eux de la grâce de la vie". Cela rend possible beaucoup d'engagements communs, de responsabilités partagées, de participations, de contributions, de collaborations, et une grande mesure de réciprocité, à bien des égards.

Remarquons qu'il en est de même dans une maison1. Mille tâches peuvent y être réalisées par un homme ou une femme : le plus disponible ou le plus qualifié peut y aller, en accord avec son conjoint. Remarquons que Paul parle de la femme qui dirige sa maison (1 Tm 5.14. ce n'est pas le même verbe qu'en 3.4, mais il n'est pas moins fort).

Pour autant, les rôles sont-ils interchangeables ? Jusqu'à un certain point, oui (cf. le premier récit de la Création). Mais pas entièrement (cf. le second récit de la Création). Divers enseignements de Paul le rappellent (1 Co 11.3 ; 1 Th 2.7-8, 11-12). L'homme et la femme ont une vocation à servir et à donner leur vie, comme Christ l'a fait (pour des hommes et des femmes) et comme l'Eglise le fait (l'Eglise composée d'hommes et de femmes). Mais Christ et l'Eglise, bien que formant "tout un", ne sont pas interchangeables. Il y a là un mystère, c'est-à-dire une réalité que nous ne pouvons comprendre entièrement, mais que nous devons respecter avec beaucoup d'attention.

Est-ce une question de compétence ? Non. Est-ce une question de spiritualité ? Non. C'est une question de délégation. En un sens, il est demandé la même chose à tous : il n'y a pas une lettre de Paul pour les hommes et une pour les femmes ! Et cependant, sans idée de mérite aucune, la délégation confiée aux hommes n'est pas en tous points similaire à celle qui est confiée aux femmes. Ce qui est demandé, c'est que chacun soit fidèle dans ce qui lui est propre.

Et l'autorité ? La femme n'est pas dépourvue d'autorité, et celle qui est irréprochable jouit d'une grande autorité, reconnue par tous. Il en est de même pour un homme. Il s'en suit qu'une femme sérieuse a une autorité plus grande que celle d'un homme négligent. Cependant Paul dit qu'il n'est pas convenable qu'une femme – en tant qu'aide – exerce une autorité sur un homme. Il y a à cela des raisons strictement bibliques qui ne sont pas abolies dans le Nouveau Testament (elles le seront dans la nouvelle Création). Il y a aussi une raison anthropologique (ou psychologique) qui y est liée : par nature, la femme a un fort ascendant sur l'homme, pour la raison rappelée par Paul : « Tout homme existe par la femme » (1 Co 11.12). Cet ascendant est tel que si une femme exerce une autorité sur un homme, elle le fait régresser, elle ressuscite en lui la posture de l'enfant. Les deux seront alors perdants. C'est probablement la raison pour laquelle Paul écrit : « Que chaque homme aime son épouse, et que l'épouse respecte son mari »2.

La soumission mutuelle (Ep 5.21) inclut les hommes et les femmes. Elle implique l'écoute. Dans la maison comme dans l'Eglise, que les hommes écoutent ce qu'ont à dire les femmes ; puis qu'ils assument le risque de décider. Ainsi, chacun est responsable au plus haut point.

Si le ministère de pasteur n'était qu'un ministère d'accompagnement ou d'exhortation, hommes et femmes pourraient l'assumer. Mais le ministère pastoral contient aussi une dimension de direction (collégiale) qu'il revient aux hommes d'assumer. Qu'ils l'assument comme de bons serviteurs.

Charles NICOLAS

____________________

1La maison est-elle un lieu de second ordre ? Non, c'est là que tout commence, c'est là que se prépare, s'apprend et se communique l'essentiel ! Toute carence au niveau de la maison aura des conséquences multiples et durables partout ailleurs. L'école peut-elle rattraper ce qui a manqué dans la maison ? Certainement pas.

2Ce qui n'empêche évidemment pas que l'homme respecte son épouse et que celle-ci aime son mari (Tite 2.4). Je recommande la lecture du livre L'amour et le respect, d'Emerson EGGERICHS. Ed EMMI, Québec, 2013.

 

 

 

 

Posté par CharlesNicolas à 10:28 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

23 juillet 2019

Un peu de paix, c'est déjà beaucoup

 

Nous nous souvenons de la devise des Vaudois, au XIIème siècle :

Lux lucet in tenebris – La lumière luit dans les ténèbres

 

Nous nous souvenons aussi de la devise des Réformateurs au XVIème siècle :

Post tenebras lux ! - Après les ténèbres, la lumière !

 

Ces deux devises soulignent deux aspects différents de la réalité sans se contredire. Dans les deux cas, la lumière et les ténèbres sont mentionnées : de manière concomitante pour les Vaudois (en même temps) ; de manière successive pour les Réformateurs (l'une après l'autre). Un jour, il n'y aura plus que la lumière (Ap 22.5). Mais pour ce qui concerne le temps présent, il y a bien les deux.

La devise des Vaudois reprend les paroles mêmes de Jean dans le Prologue de son Evangile (Jn 1.5a). Cette parole est tout à la fois extraordinairement pessimiste (les ténèbres envahissent tout) et extraordinairement positive : envahissantes, les ténèbres ne sont pas totales, car un peu de lumière suffit à les dissiper.

Un peu de paix, c'est déjà beaucoup !

 

La même pensée est présente au travers des Béatitudes (Mt 5.1-12). Comme pour toutes les prophéties de l'Ecriture, chaque Béatitude annonce un exaucement immédiat (Heureux maintenant !) et un exaucement différé (avec le verbe au futur : ils seront consolés). Le futur peut indiquer un avenir proche ou lointain (dans une heure ou dans 10 ans), dans le temps présent (avant ma mort) ou dans le temps à venir (après la résurrection).

Des croyants de l'Ancienne alliance, l'épître aux Hébreux dit : "C'est dans la foi qu'ils sont tous morts, sans avoir obtenu les choses promises ; mais ils les ont vues et saluées de loin, reconnaissant qu'ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre" (Hé 11.13). Abraham n'a pas pu voir Jésus ; pourtant Jésus peut dire : "Abraham, votre père, a tressailli de joie de ce qu'il verrait mon jour: il l'a vu, et il s'est réjoui" (Jn 8.56). Dans cette parole de Jésus, le futur et le présent se mêlent, car ce qui va s'accomplir plus tard a déjà son commencement tout de suite.

Un peu de paix, c'est déjà beaucoup.

 

Cela est exactement l'espérance, tout à la fois proche et distincte de la foi. "L'espérance est une ancre de l'âme, sûre et solide, qui pénètre au-delà du voile" (Hé 6.19). C'est-à-dire qu'alors même que les flots sont encore agités, l'espérance ancre notre vie là où il n'y a plus d'agitation. C'est pourquoi Paul et Silas pouvaient chanter les louanges de Dieu alors même qu'ils étaient enchaînés au fond d'un cachot : la réalité à venir était pour eux plus sûre que la réalité présente. Leur foi ne dépendait pas de ce qu'ils voyaient ; elle était nourrie par l'espérance. Or, "l'espérance ne trompe pas parce que l'amour de Dieu est versé dans nos coeurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné" (Ro 5.5).

Nous parlons volontiers de la foi ; nous négligeons la dimension de l'espérance. La foi reçoit maintenant ce que Dieu veut donner maintenant ; l'espérance reçoit maintenant ce que Dieu tient en réserve pour demain. Il ne faut pas confondre. Les deux sont nécessaires.

Ainsi, par la foi, Jésus peut dire que "sa joie est parfaite" (Jn 17.13). En même temps, nous savons qu'il a été un homme de douleur, un serviteur souffrant. Nous savons aussi qu'il a accepté la souffrance "en vue de la joie qui lui était réservée" (Hé 12.2). Cela, c'était son espérance.

Un peu de joie, c'est déjà beaucoup !

 

De même, Paul qui dit que nous devons toujours nous réjouir dans le Seigneur avoue que cependant "la mort est un gain. J'ai le désir de m'en aller et d'être avec Christ, ce qui de beaucoup est le meilleur" (Ph 1.21-23).

Jean conjugue aussi le présent et le futur d'une manière réaliste et instructive. "Bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu ; et ce que nous sommes n'a pas encore été manifesté ; mais nous savons que lorsque cela sera manifesté, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est. Quiconque a cette espérance en lui se purifie comme lui-même est pur" (1 Jn 3.2-3).

L'apôtre Paul reprend lui aussi ce thème du déjà et du pas encore : "Car c'est en espérance que nous sommes sauvés. Or, l'espérance qu'on voit n'est plus espérance : ce qu'on voit, peut-on l'espérer encore ? Maissi nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l'attendons avec persévérance" (Ro 8.24-25).

Un peu de paix, c'est déjà beaucoup.

 

C'est là le principe des prémices : quelques cerises ou quelques grains de blé ont exactement la même saveur que la récolte tout entière. Quand Jésus dit : Je vous donne ma paix, il ne ment pas. Mais ce n'est pas toute la paix à laquelle nous aspirons. C'est un peu de sa paix, qui est véritable, établie sur la réconciliation avec son Père. Si c'était toute la paix, le Saint-Esprit ne serait pas appelé le Consolateur...

Un peu de paix, c'est déjà beaucoup.

 

Ainsi en est-il pour nos corps. Ils sont semés corruptibles ; ils ressusciteront incorruptibles. Les corps incorruptibles, c'est pour plus tard ! Mais dans nos corps corruptibles, sujets à beaucoup de maux, le Saint-Esprit nous rappelle la vérité éternelle de Dieu, son amour parfait en Jésus-Christ. C'est l'héritage qui ne se corrompt pas (Mt 6.19-21 ; 1 Pi 1.4).

Un peu de paix, c'est déjà beaucoup.

 

Charles NICOLAS

 

 

 

 

 

Posté par CharlesNicolas à 10:14 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

18 mars 2019

Le témoignage silencieux

 

Ce titre est un peu étonnant... Il introduit une dimension importante du témoignage chrétien, spécialement en aumônerie, mais pas seulement là. Non à cause de la crainte ou de la timidité, mais à cause de la sagesse. Vous vous rappelez ce que Paul écrit à ce sujet : "Ce n'est pas un esprit de timidité que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d'amour et de sagesse" (2 Tm 1.7). Le mot 'sagesse', ici, n'est pas le mot sophia, mais un mot qui signifie 'mesure', de pondération. Un esprit de mesure, c'est un esprit qui prend le temps, qui laisse de la place au silence, à l'écoute. Que sert-il de dire une chose vraie si ce n'est pas ce qui correspond au besoin de cette personne, à ce moment là ? Un témoin n'est pas d'abord quelqu'un qui parle, c'est quelqu'un qui écoute, c'est quelqu'un qui observe. C'est quelqu'un qui parle sobrement, quand il le faut.

 

1. Le principe de la loi et de l'aumônerie

Le service en aumônerie nous impose un cadre assez précis qu'il convient de respecter avec beaucoup d'attention. Voici ce que dit la Circulaire ministérielle du 19 janvier 1976 : "Les aumôniers sont chargés d'assurer, suivant les dispositions du règlement intérieur des établissements, le service du culte auquel ils appartiennent et d'assister les malades qui en font la demande par eux-mêmes ou par l'intermédiaire de leur famille ou ceux qui, à l'entrée, ont déclaré appartenir à un culte de leur choix".

Il apparaît clairement que l'initiative, normalement, ne nous appartient pas. Elle appartient au patient ou à la personne âgée qui en fait la demande ou qui exprime cette demande par l'intermédiaire de sa famille ou du personnel médical. Notre premier devoir est d'entendre cette demande, même si elle est chuchotée, puis d'y répondre en tenant compte de sa nature – car toutes les demandes ne sont pas de la même nature ! C'est la raison pour laquelle on dit parfois qu'il faut "abandonner tout projet que l'on pourrait avoir sur cette personne" afin d'entendre (comprendre) au mieux à quel niveau se situe cette demande2. Bien écoutée, cette demande pourra évoluer, éventuellement, pour devenir plus profonde...

Cela signifie-t-il qu'il ne s'agit que d'attendre dans un coin sans rien faire ? Non. Nous pouvons aller au devant des personnes (patients, familles, soignants, églises...) pour faciliter l'expression de leur attente, mais jamais pour formuler cette attente à leur place. Par exemple, avec l'accord du responsable du Service, il me semble possible de saluer les personnes qui ont demandé qu'on laisse la porte de leur chambre ouverte. Saluer et se présenter ; puis répondre aux questions s'il y en a. Et laisser Dieu conduire.

 

2. La citation de Dietrich Bonhoeffer sur l'écoute 

« Le premier service que l'on doit au prochain est de l'écouter. De même que l'amour de Dieu commence par l'écoute de sa Parole, ainsi le commencement de l'amour pour le frère consiste à apprendre à l'écouter3.

Les chrétiens, et spécialement les prédicateurs, croient souvent devoir toujours « offrir » quelque chose à l'autre lorsqu'ils se trouvent avec lui ; et ils pensent que c'est leur unique devoir. Ils oublient qu'écouter peut être un service bien plus grand que de parler.

Qui ne sait pas écouter son frère bientôt ne saura même plus écouter Dieu ; même en face de Dieu, ce sera toujours lui qui parlera... Nous devons écouter avec les oreilles de Dieu, afin de pouvoir nous adresser aux autres avec sa parole » (De la vie communautaire).

Je relève simplement ici le parallèle que Bonhoeffer fait avec la prière... "Ecouter peut être un service plus grand". On pourrait dire qu'écouter c'est simplement éviter de se tromper, de sauter les étapes : on croit gagner du temps, alors qu'on en perd. Cf. tous les quiproquos dans les dialogues... Quand nous rencontrons une personne (même si nous croyons la connaître), nous ignorons tant de choses sur elle4 !

Je cite l'Ecclésiaste : "Ne te presse pas d'ouvrir la bouche, et que ton coeur ne se hâte pas d'exprimer une parole devant Dieu ; car Dieu est au ciel, et toi sur la terre : que tes paroles soient donc peu nombreuses" (Ec 5.1). On se souvient que la Bible recommande plusieurs fois de se tenir "en silence devant Dieu" (Lam 3.26...).

Rappelons-nous la rencontre de Jésus avec les disciples d'Emmaüs. Qu'observons-nous ? Qu'avant toute chose, Jésus a observé (témoin) ces disciples et a relevé qu'ils étaient tristes. Il savait bien pourquoi. Mais il leur demande pourquoi. Il aurait pu les interrompre, mais il ne les interrompt pas. Et ils marchent ensemble. Enfin, quand il pense que c'est le moment (pas forcément à la première visite), il leur parle.

 

3. Le témoignage silencieux

Si nous vivons quelque chose avec le Seigneur, nous n'avons pas besoin de nous presser d'ouvrir la bouche. Je voudrais évoquer quelques passages de l'Ecriture.

Moïse a passé 40 jours avec le Seigneur. Pas de douches sur cette montagne. Je lis : "Moïse descendit de la montagne de Sinaï ; et il ne savait pas que la peau de son visage rayonnait, parce qu'il avait parlé avec l'Éternel" (Ex 34.29). Quand l'apôtre Paul évoque cet épisode, il ne dit pas que ce fut un événement unique, il dit qu'il en est de même pour nous chaque fois que nous contemplons le Seigneur (2 Co 3.18. Cf. Etienne en Ac 6.15). Est-ce que cela a un rapport avec la couleur de nos cheveux, ou avec notre santé ? Pas du tout. Cela a un rapport avec notre coeur.

Je pense à la prise de Jéricho et à cette parole de Josué : "Vous ne crierez point, vous ne ferez point entendre votre voix, il ne sortira pas un mot de votre bouche jusqu'au jour où je vous dirai : Poussez des cris ! Alors vous pousserez des cris" (Jo 6.10).

Je pense à Jésus devant Pilate. Jésus avait dit que devant les tribunaux le Saint- Esprit nous donnerait les paroles à dire ; mais là, Jésus demeure silencieux... Pourquoi ? Il peut arriver qu'un silence donne un meilleur témoignage que des paroles maladroites5. Dietrich Bonhoeffer dit qu'on ne doit la vérité qu'à ceux qui aiment la vérité. Il se pourrait que ce soit le sens des paroles de Jésus en Matthieu 7.6 (les perles aux pourceaux). On pourrait aussi reprendre la parabole du semeur : aucun semeur ne fait exprès de semer le long du chemin, dans les endroits pierreux ou dans les broussailles. Bien sûr, ce n'est pas à nous de connaître exactement le coeur d'une personne... mais pouvons-nous l'ignorer totalement ?

Je pense à la lumière ("Vous êtes la lumière du monde") : elle est silencieuse. Je pense au sel ("Vous êtes le sel de la terre") : il ne dit rien. Je pense à une bonne odeur ("Vous êtes la bonne odeur de Christ") : elle ne fait pas de bruit. Je pense à "une lettre écrite sur les coeurs" (2 Co 3.3) : on la lit seulement. Je pense à la foi démontrée par les oeuvres (c'est-à-dire les fruits – un fruit, ça ne parle pas) et aussi aux épouses qui gagneront leur mari sans paroles (1 Pi 3). Chaque fois, nous entendons une grande exigence de proximité avec le Seigneur, de transparence, d'amour. Est-ce le plus facile ? Non.

 

4. Etre prêt

Dans les milieux chrétiens zélés, on a souvent cité cette parole de Paul : "Rachetez le temps car les jours sont mauvais" (Ep 5.16) comme s'il fallait "mettre les bouchées doubles" en se précipitant pour parler de Jésus à tout moment. Le texte dit autre chose. Il dit : "Saisissez l'occasion". Il ne s'agit pas de gagner du temps (kronos), mais de comprendre le moment, l'occasion que Dieu a préparés (kaïros). Tout le contexte le montre (vv. 15, 17). On lira avec intérêt Colossiens 4.2-6, qui va dans le même sens. Etre prêt, si on nous le demande, à dire l'espérance qui est en nous.

C'est exactement ce que dit l'apôtre Pierre : "Sanctifiez dans vos coeurs Christ le Seigneur, étant toujours prêts à vous défendre, avec douceur et respect, devant quiconque vous demande raison de l'espérance qui est en vous" (1 Pi 3.15).

Je voudrais ici mentionner cette parole de François de Sales (1567-1622) : "Tu dois témoigner de Christ tous les jours. Au besoin, use de paroles. Parle de lui seulement si on t'interroge ; mais vis de telle sorte qu'on t'interroge".

Jésus lui-même a procédé comme cela ; et encore, quand il voyait que la demande n'était pas droite, il ne répondait pas. Je pense à ce qui s'est passé sur la croix. Les deux brigands l'ont invoqué. A-t-il répondu aux deux ? Non. Seulement au second. Il y avait pourtant une certaine urgence à dire certaines choses !

Remarque :L'expression "en toute occasion, favorable ou non" (2 Tm 4.2) ne signifie pas : n'importe quand ! Elle signifie : quand c'est facile ou quand c'est difficile6 – mais seulement quand Dieu nous le demande. En réalité, c'est Jésus qui agit, et nous devons voir comment il agit. C'est ce que signifie : "Vous serez mes témoins !".

 

5. Parler trop ou trop tôt cache quelque chose

Il arrive que nous visitions des personnes qui parlent sans cesse. Quelle impression cela laisse-t-il ? Quelle impression allons-nous laisser, une fois que la personne se retrouvera seule ? En réalité, tout commence quand nous nous en allons...

Une personne qui se presse de répondre à une question (au lieu de s'assurer qu'elle a bien compris, par exemple) ou de donner un conseil, cherche avant tout à se rassurer elle-même. Ce n'est pas la meilleure manière de communiquer1. Remarquer combien souvent le Seigneur pose des questions à ses interlocuteurs pour avancer dans le dialogue. Nous pouvons procéder de la même manière, sans nous précipiter pour parler de nous-mêmes pour donner un conseil ou citer un verset de la Bible.

De même, celui qui est principalement guidé par ses émotions n'est pas réellement attentif à celui ou celle qui est devant lui2. Peut-il être un bon visiteur ?

Nous sommes convaincus aussi de la vérité de cette parole du Psaume 37 :"Mieux vaut le peu du juste que l'abondance de beaucoup de méchants" (37.16)3. Nous avons un Dieu qui se plaît à accomplir de grandes choses à partir de petites choses, qui accomplit des oeuvres admirables à partir de ce qui est sans apparence (1 Co 1.21-31).

"Je suis faible" dira quelqu'un. Cela tombe bien, car Dieu agit très volontiers au travers de ceux qui sont faibles. Le mot 'faible' en grec signifie : qui ne tient pas debout tout seul. Il y a donc une sorte de faiblesse qui permet à Dieu d'agir à travers nous. Tout le monde est-il donc en mesure d'effectuer des visites en aumônerie ? Non.

Nous ne sommes pas des marchands. Nous ne recherchons pas notre intérêt. Nous sommes "désintéressés" (1 Tm 3.3). Nous n'avons aucune ambition d'efficacité, de résultats, de rentabilité... Nous sommes des serviteurs attentifs, disponibles. Si nous écoutons comme Dieu désire que nous écoutions, et s'il y a une parole à dire, cette parole nous sera donnée.

Charles NICOLAS

_________________

 

2On a bien une intention, mais pas de projet (qui ne laisserait finalement pas de place à l'autre).

3 Bonhoeffer associe les mots prochain et frère, comme le fait la Bible : il s'agit des chrétiens (Cf. Ep 4.25...).

4Bien sûr, Dieu peut nous inspirer... mais cela passe encore par une écoute attentive de notre part !

5"Repousse les discussions folles et inutiles, sachant qu'elles font naître des querelles" (2 Tm 2.23. Cf. 1 Tm 6.5).

6 Cf. Pierre reniant Jésus, ou les apôtres en Ac 4 et 5.

7. Celui qui va visiter une personne en deuil peut bien, en chemin, s'interroger : Qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui dire ? C'est la question à ne pas se poser. Se préparer, oui, mais comment savoir à l'avance ce que je dirai ?

8. Voir l'annexe 2 sur le secret professionnel. La capacité de garder une confidence pour soi est un signe de la possibilité d'une personne de visiter en aumônerie !

9. A la notion de justice ("Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice..."), j'aime associer la notion de justesse, de précision, d'exactitude. Cela suppose une grande écoute.

 

Posté par CharlesNicolas à 18:30 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,

01 mars 2019

Quand tu pries

 

Matthieu 6.5-13 ; Actes 16.33-36

C'est quand même intéressant d'entendre Jésus parler de la prière. Vous ne trouvez pas ? Que dit-il ? Il rappelle que, malheureusement, tout ce que l'homme touche, il le tord et l'abime. Même les choses les plus belles et les plus saintes. Même la prière !

Aujourd'hui, on dirait : Il y a des personnes qui ne prient pas, et des personnes qui prient. Celles qui prient, c'est bien. Jésus ne dit pas cela. Il dit : Il y a des personnes qui prient, mais d'une mauvaise manière. Voilà comment vous devez prier. Et il donne deux conseils. On devrait bien y faire attention. En fait, la Bible mentionne beaucoup de mauvaises manières de prier... On va y revenir avec le deuxième conseil.

 

* Le premier conseil se trouve au verset 6 : Quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte et prie ton Père qui est là dans le lieu secret. Est-ce que nous le faisons ?

Au début de ce passage, ce qui me frappe c'est la manière avec laquelle Jésus passe du 'vous' au 'tu'. Au verset 5 il dit : "Quand vous priez". Au verset 6 : "Quand tu pries". Qu'est-ce que cela nous dit ? Cela nous dit qu'il faut commencer par prier tout seul. C'est très important. Dieu veut cela. On pourrait dire que Dieu a besoin de cela. Et nous aussi. Alors, il faut le faire. C'est comme deux fiancés : à un certain moment, il faut qu'ils soient tout seuls.

Bien sûr, il ne faut pas toujours être seul et le passage d'Actes 16 que nous avons lu, avec Lydie, montre que des femmes avaient l'habitude de prier ensemble au bord d'une rivière. Mais Jésus nous dit qu'il faut commencer par prier tout seul. On peut donc penser que chacune de ces femmes priait toute seule chez elle ; puis, elles se réunissaient pour prier toutes ensemble. Pareil pour les hommes, évidemment.

J'ai envie de poser une question : A-t-on le droit de prier ensemble si on n'a pas d'abord prié tout seul ?On pourrait même dire cela, peut-être, pour les cantiques ! Sinon, on court le risque d'être des hypocrites, comme Jésus le dit au verset 5.

Je rencontre presque chaque jour des hommes et des femmes qui me disent : Je suis croyant(e), mais pas pratiquant(e). Je ne vais pas au temple1. Alors je leur dis : Avez-vous une chambre ? Y a-t-il une porte à votre chambre ? Savez-vous ce que dit Jésus ? Et je cite Matthieu 6.62.

Evidemment, je trouve intéressant ce détail : Ferme ta porte. Seul(e) devant Dieu avec le Seigneur Jésus. Jésus a très souvent prié seul, à l'écart. C'était nécessaire pour lui. Combien plus pour nous ! Faisons-le. Ayons des rendez-vous privés avec Dieu, seul à seul, chaque jour. Dieu attend ces moments. Ne le faisons pas attendre.

 

* Le deuxième conseil se trouve au verset 9 : "Voilà donc comment vous devez prier". Et là, Jésus donne comme modèle la prière qu'on appelle le Notre Père.

Au XVIème siècle, les Réformateurs et les pasteurs expliquaient toute la foi et toute la vie chrétienne à partir du Notre Père. Ils pouvaient en parler une année entière. Nous, il nous reste 10 minutes.

Voilà donc ce que je vais retenir pour ce matin : cette prière commence avec Dieu et se termine avec Dieu. C'est très important.

Bien sûr, il y a une grande liberté dans la prière. Au Psaume 13, David commence en disant : "Jusqu'à quand, Eternel ! m'oublieras-tu sans cesse ? Jusqu’à quand me cacheras-tu ta face ? Jusqu’à quand aurai-je des soucis dans mon âme, et chaque jour des chagrins dans mon coeur ?". C'est un cri déchirant. Là, David ne commence pas par Dieu, il commence par lui. On peut donc le faire. Mais ce n'est pas un modèle. Le modèle, c'est de commencer avec Dieu et de finir avec Dieu.

Regardez comme la prière de Jésus commence : Notre Père qui es aux cieux, que ton Nom soit sanctifié, que ta volonté soit faite, que ton règne vienne ! La prière de Jésus commence comme cela. Et la nôtre ? La prière de Jésus ne commence pas par : Je, je, je, ou : Moi, moi, moi. Elle commence par : ton Nom, ta volonté, ton règne. (Vous remarquez que c'est la même chose. C'est juste une insistance). Ton Nom, ta volonté, ton règne !

Vous imaginez ce que cela signifie dans le coeur du croyant qui prie : ce qui est important pour lui, ce qu'il aime... Certes, il aime être en bonne santé, qu'il fasse beau et que tout se passe bien, comme tout le monde. Mais ce qui vient en premier, c'est le Nom de L'Eternel, sa volonté et son règne. Quel modèle ! Jésus a suivi ce modèle. Il nous montre le chemin. Nous devons faire pareil.

Et comment la prière de Jésus se termine-t-elle ? Par Dieu ! "Car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire pour les siècles des siècles !". Dieu est vraiment au commencement et à la fin de la prière. C'est cela "sanctifier son Nom", d'ailleurs. Cela veut dire que Dieu n'est pas une réalité parmi d'autres : la famille, la santé, la maison, etc. Cela signifie qu'Il a la toute première place, bien avant tout le reste ! Cela veut dire que notre vie commence et se termine avec Dieu, quelles que soient les circonstances. Cela veut dire que notre journée commence et se termine avec Dieu, quelles que soient les circonstances. Cela veut dire que tout commence et se termine avec Dieu, par Lui et pour Lui. C'est cela la vie chrétienne. Ce n'est pas seulement d'aller au temple, bien sûr !

Entre le début de la prière et la fin, le chrétien peut demander à Dieu ce dont il a besoin : le pain de chaque jour, le pardon, la protection... Bien sûr ! On peut tout demander à Dieu. "Faites connaître vos besoins à Dieu", dit Paul (Ph 4.6). Mais notre premier sujet de prière, si nous l'aimons, c'est Dieu lui-même. "Notre Père qui es aux cieux, que ton Nom soit sanctifié, que ta volonté soit faite, que ton règne vienne ! Car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire pour les siècles des siècles ! Amen."

                                                                                                                                                                                                       Charles NICOLAS

 

1. C'est à tort qu'on appelle le temple : la maison de Dieu. Dieu n'a pas de maison. Dans le Nouveau Testament, chaque chrétien est un temple (puisque Christ habite en lui), et la maison de l'Eternel, c'est la communion entre les chrétiens, comme le dit le Psaume 133.

2. J'appelle Ph 4.4 ("Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur") le verset 4x4. Là, c'est le verset 6x6. Six roues motrices.

___________

 

 

Posté par CharlesNicolas à 18:30 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : ,

25 février 2019

La marche dns la lumière (2)

 

Matthieu 3.4-6 ; Jean 17.6-10, 15-19 ; Jacques 5.14-16a,19-20

"Confessez donc vos péchés les uns les autres et priez les uns pour les autres afin que vous soyez guéris". On le fait très peu. Et moi qui vais prêcher sur cette parole, est-ce que je le fais ?

1. On aime la lumière, mais elle peut faire peur

L'Evangile de Jean commence en parlant de Jésus comme Celui qui est la Parole éternelle de Dieu, et aussi comme Celui qui est la lumière. Avec ces mots à la fois merveilleux et dramatiques : "La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas reçue" (Jn 1.5).

J'imagine un voyageur égaré en pleine nuit, dans une immense forêt. Pas de route ; à peine quelques sentiers tortueux. Soudain, derrière les arbres, il aperçoit une lueur, celle d'une maison. Enfin quelqu'un ! Du feu, une chaise, une table, de la soupe, un lit... Mais ce voyageur est un malfaiteur. Et le voilà partagé : s'approcher, toquer à la porte, demander de l'aide ? Ou au contraire faire demi-tour et s'éloigner sans bruit ? La lumière attire, mais elle peut aussi faire peur. Ainsi en est-il avec ce verset.

Au chapitre 3 de Jean, Jésus explique pourquoi les hommes, tout en ayant besoin de Dieu et de son amour, craignent de s'approcher de lui. Ce n'est pas parce que c'est compliqué ; c'est parce que "leurs actes étant sombres, ils préfèrent l'ombre à la lumière" (Jn 3.19 – je le dis avec mes mots). Ils n'aiment pas l'ombre, mais ils préfèrent l'ombre à la lumière... Si vous allez à des noces et qu'en y allant, vous tombez dans la boue, vous préférerez rester à la cuisine que d'entrer dans la salle des convives. Et si vous voulez qu'on vous donne un vêtement propre, il faudra d'abord accepter qu'on vous voit avec vos vêtements souillés...

2. L'humilité précède la goire

Il est difficile d'accepter de paraître devant les autres tels que nous sommes. Pourtant, c'est ce à quoi nous sommes appelés en tant que chrétiens. "Confessez donc vos péchés les uns les autres afin que vous soyez guéris". L'expression "afin que vous soyez guéris", évidemment retient notre attention.

Ce qui est curieux, c'est qu'avec l'onction d'huile (juste avant), le verbe guérir n'apparaît pas. On a le verbe sauver (dans le sens de secourir) : "La prière de la foi sauvera le malade" ; on a le verbe relever : "Le Seigneur le relèvera" ; et on a le verbe pardonner : "Si le frère ou la soeur qui a demandé l'onction d'huile a commis des péchés, il lui sera pardonné". Le but, nous l'avions dit, n'est pas seulement d'aller mieux. Le but est d'être restauré dans la foi pour servir le Seigneur et les frères avec un esprit renouvelé.

Et juste après le passage de l'onction d'huile, il y a cette parole que nous recevons aujourd'hui : "Confessez donc vos péchés les uns aux autres afin que vous soyez guéris". Là, il n'est plus question de personnes malades ou épuisées, mais de tout le monde, puisqu'il est écrit : "Confessez donc vos péchés les uns aux autres". Les uns aux autres, c'est tous, sans exception. Le pasteur aussi ? Le pasteur aussi.

Le mot 'donc' ("Confessez donc vos péchés...") montre qu'il y a un lien avec ce qui précède. La perspective est la même : c'est d'être en mesure de servir le Seigneur et les frères avec un esprit renouvelé, heure après heure, jour après jour.

3. Découvrir Dieu et mon péché

C'est encore Jean, dans sa 1ère lettre, qui explique cela. Nous y lisons que "Dieu est lumière, et il n'y a pas en lui de ténèbres" (1 Jn 1.5). Et juste après : "Si quelqu'un dit qu'il n'a pas de péché, c'est un menteur". Qu'apprenons-nous là ? Que s'approcher de Dieu suppose une double révélation : celle de la sainteté de Dieu et celle de mon péché.

On se souvient de Pierre après la pêche miraculeuse : "Quand il vit cela, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus, et dit : Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur" (Lc 5.8). Ce fut également l'expérience du brigand repentant sur la croix : "Pour nous, c'est justice, car nous recevons ce qu'ont mérité nos crimes ; mais celui-ci n'a rien fait de mal" (Lc 23.41). On se souvient aussi de la manière avec laquelle Martin Luther résume l'Evangile : "Dieu déclare juste celui qui se déclare pécheur !". C'est la vie dans la lumière qui commence ! C'est aussi la marche dans la lumière, c'est-à-dire pas seulement une fois, mais tous les jours.

4. Quel rapport avec la guérison ?

"Afin que vous soyez guéris". On se souvient des paroles de Jésus au paralytique : "Mon enfant, tes péchés te sont pardonnés" (Mt 9.2). Il n'était pas venu pour cela ; mais c'est ce que Jésus lui dit. Etre paralysé, c'est grave et cela empêche d'avancer ; mais le péché est plus grave encore et empêche aussi d'avancer ! Le péché qui n'est pas mis en lumière, c'est ce qui nous paralyse ! Il y a des personnes qui découvrent cela quelques jours avant de mourir seulement... C'est dommage.

La marche dans la lumièren'est pas une manière de vivre très prisée. On préfère largement préserver la sphère privée. "Cela ne regarde que moi". Ma maison, mon couple, mes enfants, mon argent, mes péchés...

Bien sûr, ce qui est à moi est à moi : c'est à moi de le gérer, pas aux autres. Pourtant, l'apôtre écrit : "Confessez vos péchés les uns aux autres et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez guéris" (v. 16). Il faut comprendre que la notion de guérison, ici, concerne le péché tout autant que la maladie ; tout ce qui dévie, y compris les mauvaises doctrines, tout ce qui nous éloigne de la voie de Dieu.

"Confessez donc vos péchés...". Cela signifie que si on ne le fait pas, il manquera des guérisons, des délivrances, des relèvements... Cela signifie que si on ne le fait pas, les choses resteront en l'état : malgré la lecture de la Bible, malgré les prières, malgré les prédications... Comme nous sommes aujourd'hui, nous serons encore demain et dans 10 ans. Nos paroles ne seront pas confirmées par des changements dans nos vie. Alors on dira que l'Evangile n'est pas puissant ! Il l'est, mais cela nécessite que nous marchions dans la lumière (Mt 3.4-6). Qu'est-ce que cela implique ? Que je sois capable de reconnaître mon péché, sans l'excuser, devant un frère ou une soeur, chaque fois que cela est nécessaire.

5. Marcher dans la lumière

Nous parlons facilement du péché des autres, reconnaissons-le. Pour les nôtres, nous sommes plus discrets. Plus pudiques. Est-ce juste ? La pudeur, c'est bien ; la dissimulation c'est moins bien, car c'est une forme de mensonge (1 Pi 2.1)

- Comment ça va ? - Oh ! Bien... En fait, cela ne va pas bien. On a donc menti.

J'imagine un dialogue :

- Marcher dans la lumière, c'est quoi ?

- C'est reconnaître ouvertement une faute quand le Seigneur me la révèle.

- Ouvertement ? - Oui.

- Cela veut dire quoi ? - Cela veut dire de manière précise, à haute voix, devant le Seigneur ; et aussi, parfois, devant les autres.

- Devant les autres ? - Oui.

- Mais pas n'importe comment ! - Bien sûr que non. Du coup, on ne le fait jamais ! Or, Jacques écrit : "Confessez vos péchés les uns les autres et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez guéris" – c'est-à-dire relevés pour marcher dans la foi !

Frères et soeurs, ce qui est caché peut-il être guéri ? Avons-nous encore un tel amour propre ? une telle image de nous ? un tel honneur à défendre ?

Dans un couple, si au lieu de voir les fautes et les manquements de l'autre, chacun dit ouvertement les siens... vous ne croyez pas qu'il y aura des guérisons ? Et entre frères et soeurs dans la famille ! Et entre parents et enfants ! Et entre frères et soeurs chrétiens ! Le premier qui reconnaît son péché, n'introduit-il pas la dimension de la grâce qui guérit ? La plupart des Réveils sont nés comme cela. C'est l'amour de la Vérité ; c'est la vérité de l'Amour !

Si quelqu'un d'entre nous peut dire à un autre : - "Voilà le péché contre lequel je lutte en ce moment", c'est cela l'amour de la Vérité ; et la vérité de l'Amour ! C'est aussi la différence entre l'Eglise de Jésus-Christ et une association sympathique.

C'est aussi ce qui permet de vivre ce dont parle la fin de notre texte : "Mes frères, si quelqu'un parmi vous s'est égaré loin de la vérité, et qu'un autre l'y ramène, qu'il sache que celui qui ramènera un pécheur de la voie où il s'était égaré sauvera une âme de la mort et couvrira une multitude de péchés" (5.19-20).

Cela non plus nous ne le faisons pas (ou mal). Pourquoi ? Parce que l'étape qui précède, c'est celle d'avoir reconnu ouvertement mon propre péché.C'est la dynamique de la poutre et de la paille. Si mon péché a été mis en lumière et que j'en suis guéri (c'est plus que pardonné), alors je peux, avec humilité et amour, sans esprit de jugement, rejoindre un frère ou une soeur qui est en difficulté avec son propre péché. Pour l'aider, de la part du Seigneur.

En vérité, chaque fois qu'un chrétien rencontre un autre chrétien, la tentation du péché devrait s'éloigner de lui. Jésus a prié pour cela ! Demandons à Dieu de nous donner cette liberté de marcher dans la lumière, afin que nous soyons guéris. Simplement pour aller mieux ? Non, pour servir le Seigneur et les frères.

Ch. Nicolas

__________________

 

 

Posté par CharlesNicolas à 18:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,