Le blog de Charles Nicolas

11 janvier 2021

Un peu de sel, s'il vous plaît (14)

 

L'homme libre et doté de raison

Emmanuel Macron a dit récemment dans une conférence de presse, répondant au président égyptien Al Sissi, que sur la base des valeurs universelles des Lumières et de la Révolution (sic), l'homme était maintenant libre et doté de raison. Il l'a dit 3 fois, affirmant d'un ton péremptoire qu'il n'y a rien au-dessus de l'être humain (re-sic). On pourrait se demander si un président de la République est nécessairement compétent pour affirmer de telles choses, et si c'est son rôle...

Ces jours-ci, le sociologue nancéen Gérald Bronner publie un livre intitulé Apocalypse cognitive (PUF), sur le rôle et les dangers des écrans. Aujourd'hui, dit-il, tout notre environnement est organisé pour que la face obscure de notre cerveau prenne de plus en plus d'importance dans la vie publique. Il explique que notre disponibilité mentale a été multipliée par 8 depuis le début du XIXème siècle (grâce à la technologie).

Et il interroge : Que va-t-on faire de cette richesse ? et répond : Le cambriolage de ce trésor est en train de se produire par une logique de marché et par l'arme du crime idéale : l'écran. Ce n'est pas l'écran en lui-même qui est dangereux, c'est le marché de l'information, complètement dérégulé, qui capte constamment notre attention par trois amorces principales : ce qui touche l'égo, ce qui touche le sexe et ce qui touche les conflits de personnes. Autrement dit, les fournisseurs de contenu jouent sur nos instincts les plus basiques.

Sommes-nous plus manipulables qu'avant ? Nous le sommes, répond le sociologue ; dans la mesure où cette dérégulation de l'offre va de plus en plus tenter d'épouser la demande et activer les aspects les plus ancestraux de notre cerveau. C'est vraiment l'homme préhistorique qui revient sur le devant de la scène contemporaine ! (…) Le refus de voir cette réalité conduit à nous fonder sur une anthropologie naïve, produisant des idéologies qui se fracasseront toutes sur la réalité.

Comme c'est un sociologue, il a le droit de le dire. Mais je me demande ce que pense le président Macron de ce genre de progrès.

Sigmund Freud a écrit : Si c'est la raison qui fait l'homme, alors celui-ci sera conduit pas les sentiments. Et nous avons déjà montré que les sentiments ne sont pas fiables.

Qui est celui qui dit qu'il n'y a pas de Dieu, selon la Bible ? C'est l'insensé (Ps 14.1). Les insensés font peur.

Ch.N.

 

 

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05 janvier 2021

Un peu de sel, s'il vous plaît (13)

 

 

L'Eglise sceptique

 

Le pasteur André Trocmé, celui qui organisa l'accueil des enfants juifs au Chambon-sur-Lignon pendant la dernière guerre mondiale, a écrit : Pourquoi faut-il que l'Eglise devienne sceptique au moment où le monde a soif d'absolu ?

Ma première pensée a été : Ce n'est pas seulement aujourd'hui que l'Eglise est tentée par le scepticisme. Ce constat est à la fois rassurant et inquiétant. Rassurant parce que l'Eglise a survécu à son propre scepticisme, grâce à Dieu. Inquiétant car en cette matière, la notion de progrés est décidemment très relative.

Ma seconde pensée a été : La soif d'absolu du monde existe bel et bien, mais elle demeure trés relative, toutefois. Par ailleurs, la soif d'absolu peut conduire à des drames autant qu'à des prouesses. En d'autres termes, ce n'est pas essentiellement parce que le monde aurait soif d'absolu que l'Eglise devrait avoir un message fort ; c'est plutôt par fidélité à Dieu et à sa Parole. Qu'ils t'écoutent ou qu'ils ne t'écoutent pas, tu leur diras mes paroles (Ez 2.7).

Ma troisième pensée a été : Où sont les prophètes fidèles, aujourd'hui ? Bien-sûr, ce n'est pas seulement une question de volonté humaine. Bien-sûr, c'est Dieu qui les appelle et les envoie. Mais s'il en manque, va-t-on dire que c'est la faute de Dieu ?

Voilà ma dernière pensée : Les prophètes sont en même temps attendus et craints. Crains, surtout.

Ch. N.

 

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28 décembre 2020

Un peu de sel, s'il vous plaît (12)

 

 

Martin Niemöller (1892-1984)

 

Au moment de la montée en puissance du pouvoir nazi qui noyaute peu à peu l'Église allemande, le pasteur Martin Niemöller, pourtant partisan du régime hitlérien et ancien commandant des Corps francs, appelle les pasteurs hostiles aux mesures antisémites à s'unir au sein d'une nouvelle organisation, le ''Pfarrernotbund'', la ''Ligue d'urgence des pasteurs'', qui respecterait les principes de tolérance énoncés par la Bible et une profession de foi réformatrice. Cet appel a un grand écho : à la fin de l'année 1933, 6 000 pasteurs, soit plus d'un tiers des ecclésiastiques protestants, ont rejoint ce groupe dissident.

La «Ligue d'urgence des pasteurs», soutenue par des protestants à l'étranger, adresse au synode une lettre de protestation contre les mesures d'exclusion et de persécution prises envers les Juifs et envers les pasteurs refusant d'obéir aux nazis. Malgré les protestations, Martin Niemöller est déchu de ses fonctions de pasteur et mis prématurément à la retraite au début du mois de novembre 1933. Mais la grande majorité des croyants de sa paroisse décide de lui rester fidèles, et il peut ainsi continuer à prêcher et à assumer ses fonctions de pasteur.

Niemöller est arrêté en 1937 et envoyé au camp de Sachsenhausen. Il est ensuite transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau.

Libéré du camp à la chute du régime nazi en 1945, il se consacre par la suite, jusqu'à sa mort en 1984, à la reconstruction de l'Église protestante d'Allemagne

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23 décembre 2020

Violences conjugales

 

Courrier au rédacteur d'une revue pastorale

Je ressens le désir de partager quelques rapides remarques au sujet du numéro spécial de la revue sur les violences conjugales. S'il y avait un courrier des lecteurs – pourquoi n'y en aurait-il pas un, d'ailleurs ? – j'aurais travaillé un peu plus la chose, mais à toi je peux écrire comme ça vient !

Bravo pour le thème. C'est un sujet délicat, douloureux, central si on retient – en plus des blessures – l'obstacle spirituel que le manque d'égards dans le couple occasionne (1 Pi 3). L'article d'H. Blocher est magnifique. Par contre, je ressens un malaise à lire certains autres articles. A quoi cela est-il dû ?

Je sais bien qu'on trouve dans les églises des difficultés semblables à celles qu'on trouve dans le monde. Je n'ignore pas qu'un mauvais usage de la grâce peut même entraîner des problèmes supplémentaires. Mais il y a une manière de le dire et de proposer des remèdes qui devrait se singulariser par rapport à ce qui se fait partout. Je ne pense pas que s'inscrire à la suite du discours féministe soit la bonne manière. Je crois même que cette manière de faire est susceptible d'aggraver les choses.

Parfois, il est vrai, on a honte d'être un homme quand on considère combien se comportent comme des goujats. Beaucoup d'épouses ou concubines ont à en souffrir durablement. Cela est pitoyable et il est important d'agir. Le malaise, cependant, n'est pas que chez les femmes. Beaucoup d'hommes, c'est notoire, peinent à se situer et à assumer leur vocation. Pour cela, ils auraient besoin d'être aidés et premièrement par leur épouse – n'est-ce pas la vocation première des épouses ? Or, pour diverses raisons qu'on pourrait analyser, beaucoup d'épouses n'aident pas. Plus grave, beaucoup d'épouses sont contaminées par l'esprit revanchard que le féminisme nourrit partout et revendiquent le droit de dominer (à leur manière), à leur tour. Les conséquences sont navrantes. Le récent procès de Jonathan Daval a été éloquent à ce sujet ; c'était à pleurer.

Je voudrais mentionner ici le livre du Dr Emerson Eggerichs : L'Amour et le Respect que tu connais sans aucun doute et qui traite magnifiquement la question. Le sous-titre dit tellement bien les choses : L'amour auquel elle soupire tant, le respect dont il a désespérément besoin. Evidemment, il est complémentariste... L'amour manque, c'est sûr ; mais le respect aussi, beaucoup.

Il est vrai qu'on peut bien citer deux ou trois versets qui nous arrangent pour ne pas changer les choses. Mais il y a une manière de relativiser systématiquement les versets qui ne sont pas au goût du jour qui rappelle étrangement ce que font les théologiens libéraux qui vont alléguer le contexte culturel ou telle subtilité de la langue originale pour écarter ce qui les dérange (par exemple, sur la correction physique des enfants, dans un des articles). Parler de la soi-disant soumission des femmes... Pourquoi pas de la soi-disant soumission de l'Eglise, tant qu'on y est ? Je crains que cette manière de faire ne soit pas aidante ; je crains même qu'elle prépare des 'retours de bâton' cuisants.

Je dirais que cet angle d'approche psychologique, sociologique, victimisant, stigmatisant... traduit une compréhension relativement horizontale de la Parole de Dieu qui ne constitue pas un témoignage constructif. Merci d'entendre cet écho et de le partager avec la rédaction, s'il te plaît.

Cher X, avec mes encouragements reçois mes bien cordiales salutations dans le Seigneur.

Charles (Alès, le 25 nov. 2020)

 

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21 décembre 2020

Un peu de sel, s'il vous plaît (11)

 

 

Culture de mort

 

Les têtes de mort s'affichent partout. Dans les vitrines, mais aussi sur les blousons et les boucles de ceinture des gars, sur les sacs à main et les vêtements des jeunes femmes, sur les casquettes et certains jouets des enfants. Sur le front de certaines têtes de mort se trouve une croix à l'envers, allez savoir pourquoi.

L'Est Républicain du 15 déc. 2015 : Bataclan : un prêtre vosgien parle d' un « concert inspiré par Satan ». (...) Lors de son sermon, l’abbé F. Schneider est revenu sur les attentats du 13 novembre. Il a notamment salué la mémoire des personnes mortes aux terrasses des cafés parisiens. Dans ce contexte, l’auditoire s’attendait à ce qu’il en fasse de même avec les 90 victimes du Bataclan. Mais ce ne fut nullement le cas. Au contraire, l’abbé Schneider a tenu un discours qui en a désarçonné plus d’un puisqu’il a qualifié la représentation donnée par les « Eagles of Death Metal » de concert « inspiré par Satan ». Une certaine consternation s’est alors emparée des fidèles présents. En guise de protestation, certains n’ont d’ailleurs pas pris part à la communion.

D’autres sont allés bien plus loin, à l’image du maire. Présent lors de cette messe, l’édile a décidé d’alerter l’évêque de Saint-Dié. (...) Convoqué le vendredi suivant, le prêtre a visiblement eu droit à une mise au point sans équivoque. Il devra aussi présenter des excuses publiques. Je me suis permis d'écrire au vicaire général de l'évêché de St Dié.

Quelques jours plus tard, le journal nous apprend que le prêtre a regretté ses propos. Par ailleurs, un autre prêtre plus jeune, membre d'un groupe de métal musique, viendra dans la paroisse vosgienne pour expliquer la diversité des styles musicaux...                                                                                                                       Ch.N.

 

 

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18 décembre 2020

Les personnes âgées sont-elles hors communion ?

 

1. Le fameux masque

Certains chrétiens sont en train de se demander si le masque sur le nez nuit à la communion. Je n'ai pas osé écrire empêche la communion, mais je pense que pour certains il s'agit de cela. Il me semble qu'il serait plus juste de dire que le masque gêne l'expression de la communion, ce qui est regrettable sans doute, mais pas si grave que cela. Une extinction de voix, ou la surdité, ou tout simplement l'éloignement géographique empêchent également l'expression de la communion.

En écrivant cela, je ne nie pas le malaise, voire la souffrance qui peuvent être ressentis par certains. Je songe à ce que l'apôtre Paul écrit à ses chers frères et sœurs de l'église de Thessalonique : Pour nous, frères, après avoir été quelque temps séparés de vous, de corps mais non de cœur, nous avons eu d'autant plus ardemment le vifdésir de vous voir (1 Th 2.17). Un vif désir, quand il est contrarié, peut bien entraîner une vive souffrance. Mais n'avons-nous pas déjà vécu et dépassé maintes contrariétés ?

C'est encore Paul qui écrit, aux chrétiens de Rome cette fois : Je ne veux pas vous laisser ignorer, frères, que j'ai souvent formé le projet d'aller vous voir... ; mais j'en ai été empêché jusqu'ici (Ro 1.13). Empêché ! Nous avons rencontré et nous rencontrons des contrariétés de diverses sortes, et nous en rencontrerons encore, et de bien plus difficiles peut-être. Ne soyons pas découragés pour cela. Les anges ne portent pas de masque, mais nous ne sommes pas encore comme les anges (Mt 22.30). Encore un peu de patience.

2. Seul(e) dans sa maison

Il se pourrait que, pendant ce temps, d'autres choses nuisent réellement à la communion. Je pense notamment aux personnes âgées ou fragiles qui, alors qu'elles souhaiteraient se joindre aux réunions de l'Eglise, ne le peuvent plus. Toutes ne sont pas équipées pour suivre les émissions transmises par l'ordinateur. Et quand bien même. Ces personnes, un peu comme celles qui se trouvent dans une chambre d'hôpital ou dans une maison de retraite, peuvent avoir de la peine à repousser des pensées de découragement, d'amertume, voire d'incrédulité. On est vite oublié me disait un chrétien, un jour.

Si ce chrétien ou cette chrétienne qui se sentent oubliés souffrent, même en silence, alors toute l'église souffre, même si elle n'en est pas consciente. Or, une église qui souffre, surtout peut-être quand elle n'en est pas consciente, perd ses forces, perd sa joie, perd son témoignage... La parabole de la brebis perdue le dit, qu'on pourrait appeler aussi la parabole du troupeau blessé. On a bien chanté, on a bien prêché, mais d'autres, à l'heure du repas sont seuls devant leur assiette.

En réalité, être seul devant son assiette n'est pas un drame. Etre adulte, c'est être en mesure de rester seul(e). Ce qui est un drame, par contre, c'est quand un doute prend place sur la réalité de la communion qui existe entre les chrétiens.

A cet égard, il faut dire, je crois, que les maisons sont un lieu aussi important que les salles de culte, les temples ou les églises. Visiter dans les maisons, recevoir dans sa maison, cela me paraît d'une toute première importance. A bien des égards, les maisons priment sur les lieux de réunion. Non pas pour constituer des lieux de repli frileux, mais pour être des lieux de rencontre, de partage, d'écoute, de soutien, de prière... Si les maisons sont hospitalières, l'église le sera aussi.

3. Diaconie, diaconat

Visiter ou être visité(e), c'est vivre en plus petit l'incarnation du Fils de Dieu. C'est beaucoup plus grand qu'il n'y paraît. Ce n'est pas seulement social ou affectif. Qui vous reçoit me reçoit, dit le Seigneur à ses disciples, et qui me reçoit reçoit celui qui m'a envoyé (Mt 10.40). Ce n'est pas seulement horizontal.

L'apôtre Paul le dit au sujet de l'assistance destinée aux saints (2 Co 9.1), c'est-à-dire le soutien des membres les plus vulnérables de l'église : les personnes âgées, les personnes malades, les personnes seules, les personnes démunies. Il y en a ! Cette assistance apportée par l'ensemble des membres constitue la diaconie de l'église. Quand elle est organisée, cela relève du diaconat1.

Le secours de cette assistance, écrit Paul, non seulement pourvoit aux besoins des saints, mais il est encore une source abondante de nombreuses actions de grâces envers Dieu (2 Co 9.12). Ce n'est pas seulement horizontal !

Nous devrions nous souvenir que ce type d'engagement découle directement, normalement, de la présence du Seigneur au sein de son peuple, en fonction de ce principe qui court tout au long de l'Ecriture : ce que l'on fait à un membre du corps de Christ, on le fait à Christ ! Une telle prise de conscience, avec les actes qui en découlent, devrait se vivre et se développer autour du repas du Seigneur.

4. Le repas du Seigneur

Toute la vie de l'Eglise peut se construire, en effet, à partir du repas du Seigneur : instruction, avertissements, encouragements, communion, soutien fraternel... C'est tout simplement la réalité de l'alliance dans laquelle notre foi se déploie.

Et ceux qui sont seuls chez eux ? S'ils sont seuls alors qu'ils souhaiteraient être présents, il paraît de la plus haute importance de leur apporter le pain et le vin du repas du Seigneur. Ce n'est pas parce que les Catholiques le font que nous ne devons pas le faire !

Réfléchissons un instant : ceux et celles qui sont isolés dans leur maison n'ont-ils pas davantage besoin encore de ce signe que ceux qui ont chanté les cantiques dans l'assemblée et écouté la prédication ? Ils en ont plus besoin ! D’autant plus si nous comprenons que ce repas n'est pas qu'un mémorial, mais qu'il est aussi une proclamation de la foi et de l'espérance de l'Eglise : Vous annoncez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne (1 Co 11.26). Ce repas ne renouvelle pas la mort de Jésus-Christ, non ; mais il renouvelle l'alliance dans laquelle notre foi s'affermit.

Je crois qu'à cet égard, pas un seul membre connu de l'église ne devrait être oublié, ni dans les quartiers, ni dans les villages ou les campagnes, ni dans les Maisons de retraite. Mais ne faut-il pas prendre garde de ne pas le vivre n'importe comment ? Certes oui ! Mais ce n'est pas une raison pour ne pas le faire.

Les anciens ou le conseil pastoral de l'église devraient veiller à cela avec soin : lister les personnes à visiter, puis constituer des équipes de deux personnes : deux anciens, deux diacres, un ancien et un diacre, un ancien et un membre fidèle, un diacre et un membre fidèle, deux membres fidèles... pour aller rejoindre ceux et celles qui sont dans les maisons et vivre avec eux le repas de communion, sobrement, sérieusement, joyeusement. Une fois par mois, par exemple. Il suffit que les personnes qui iront aient été désignées : dès lors, elles ne sont pas seules, l'église entière est avec elles pour visiter !

Il faudrait apprendre, bien sûr, si cela ne s'est jamais fait : ne pas être trop long, tenir compte de l'état de la personne, de sa compréhension de ce qui se vit, de son état de fatigue, de son environnement immédiat. Il faudrait qu'un retour puisse être fait aux anciens, ou aux diacres si des besoins d'assistance ont été découverts.

On peut imaginer aisément que de tels moments puissent être porteurs de joie, mais aussi de guérison, à la manière dont Jacques en parle (Jc 5.13-16), avec ou sans onction d'huile. On peut même imaginer que des vocations puissent se dévoiler à l'occasion d'une telle pratique.

Si les maisons sont des lieux de grâce et de bénédiction, l'Eglise le sera aussi.    Ch.N.

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1Il faut rappeler que dans la Bible le diaconat est un ministère qui s'accomplit dans l'église, ministère qu'il ne faut donc pas confondre avec l'action sociale ou l'aide humanitaire.

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16 décembre 2020

Vouloir ce que Dieu veut !

Nous avons auprès de lui cette assurance, que si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute. Et si nous savons qu'il nous écoute, quelque chose que nous demandions, nous savons que nous possédons la chose que nous lui avons demandée (1 Jean 5.14-15).

Autres lectures : Hébreux 10.5-9a ; Jean 15.7-8 ; Jean 11.39-42

 

Dieu entend-il toutes les prières ? Oui. Les écoute-t-il toutes ? Non.

Le poète François de Malherbe a écrit en 1599 un magnifique poème intitulé : Consolation à Monsieur du Périer pour la mort de sa fille. Il y a dans ce poème quelques uns des plus beaux vers de la littérature française. J'en lis les derniers vers :

La Mort a des rigueurs à nulle autre pareilles : on a beau la prier, la cruelle qu'elle est se bouche les oreilles et nous laisse crier. De murmurer contre elle et perdre patience il est mal à propos ! Vouloir ce que Dieu veut est la seule science qui nous mette en repos.

Si nous pouvions retenir cette dernière parole... Elle contient la leçon que je veux partager aujourd'hui : Vouloir ce que Dieu veut est la seule science qui nous mette en repos.

Je voudrais, à partir du Ps 139, parler de la prière.

Voici le tout début du Psaume :

 Éternel ! tu me sondes et tu me connais, tu sais quand je m'assieds et quand je me lève, tu pénètres de loin ma pensée ; tu sais quand je marche et quand je me couche, et tu pénètres toutes mes voies.

Et les tout derniers versets : 

Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon coeur ! Éprouve-moi, et connais mes pensées ! Regarde si je suis sur une mauvaise voie, et conduis-moi sur la voie de l'éternité !

 

Le Ps 139 est une prière intimiste : Tu sais quand je m'assieds, quand je me lève, tu connais tout de moi ! Mais alors, pourquoi prier ? Pourquoi entrer dans sa chambre, fermer la porte et parler à Dieu ? Comment prier selon la volonté de Dieu ?

Je ne vais pas reprendre chaque verset de ce Psaume ; seulement le premier verset : "Tu me sondes et tu me connais" (c'est une affirmation) ; et le dernier : "Sonde-moi, ô Dieu et connais mon coeur !" (c'est une demande).

Que remarquons-nous ? Deux choses aux moins :

* Tout d'abord, qu'une prière peut commencer par une affirmation. Par exemple : "Seigneur, tu es mon berger, je ne manquerai de rien !". Il est vrai que certaines prières peuvent commencer par des tâtonnements et même des 'pourquoi', comme le montre le Ps 13. Mais ici, nous voyons que nos prières peuvent aussi commencer par une affirmation de foi qui s'appuie sur une affirmation de l'Ecriture, qui part de ce que Dieu est, de ce que Dieu fait. "Tu me sondes et tu me connais...".

* Ensuite, nous observons que la demande, à la fin, reprend exactement les termes de l'affirmation ! - Tu me sondes et tu me connais... (C'est un fait). - Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon coeur ! (C'est une demande). Ce sont les deux mêmes verbes !

La volonté de David est accordée à celle du Seigneur.                                                                                   Il veut ce que Dieu veut !

Vouloir ce que Dieu veut est la seule science qui nous mette en repos.

Souvenons-nous de la prière d'Abraham quand il a intercédé pour Sodome (Gn 18). Notez que ce n'était pas son projet. Abraham ne s'est pas dit : Tiens, je vais prier pour Sodome. C'est Dieu qui est à l'initiative : "Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire ?" (18.17). En fait, ce n'est pas Abraham qui a besoin de Dieu, là ; c'est Dieu qui a besoin d'Abraham (comme intercesseur)1. Vous voyez l'inversion des rôles ? C'est pourquoi la prière ne consiste pasà attirer Dieu dans notre volonté, dans nos plans, mais plutôt à entrer dans les siens. Vouloir ce que Dieu veut...

Quand Abraham prie, il commence lui aussi par une affirmation : - Seigneur, tu es un Dieu juste, qui ne traite pas l'innocent comme le coupable. Loin de là ! Alors, s'il y a 30 justes à Sodome, n'épargneras-tu pas la ville ? Et Dieu répond : S'il y a 30 justes, j'épargnerai la ville. C'est cela l'intercession : c'est prier selon Dieu.

On a l'impression que c'est Dieu lui-même qui prie... au travers d'Abraham ! La volonté propre d'Abraham ne compte pas ; son intérêt non plus. Quelqu'un d'autre est entré en action : l'Esprit saint !Il fallait juste un homme disponible...

On pense à ce qu'écrit Paul : "De même aussi l'Esprit nous aide dans notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu'il nous convient de demander dans nos prières. Mais l'Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables" (Ro 8.26). Je crois qu'on peut dire ceci : c'est Dieu qui inspire la prière qu'il va exaucer ! On est bien loin de ceux qui pensent qu'à force de prières ils seront exaucés2...

Jésus, bien sûr, a vécu cela. On se souvient de sa prière à Gethsémané, troublée au début, puis qui se range à la volonté de Dieu : "Toutefois, que ta volonté soit faite, et non la mienne". Ce renoncement de Jésus à sa propre volonté signifiait la croix. Juste après nous lisons : "Alors, un ange lui apparut du ciel pour le fortifier" (Lc 22.42-43)3.

Saul de Tarse, avant de rencontrer le Seigneur, pensait bien faire la volonté de Dieu. Cependant, il est clair que c'est sa propre volonté qu'il faisait. Il priait bien sûr, comme tout Pharisien qui se respecte, mais il faisait toujours sa propre volonté. Cela peut être notre cas aussi... Sa rencontre avec Jésus met tout cela sens dessus dessous : terrassé, Saul demeure sans voir et sans manger trois jours et trois nuits. Il est brisé. Puis Dieu dit à Ananias, un disciple : "Va voir Saul car il prie. Cet homme est un instrument que j'ai choisi pour faire ma volonté". Entendons bien ces mots : - Car il prie, dit Dieu. C'est un peu comme si Dieu disait : "Enfin il prie ! Enfin il s'intéresse à ma volonté. Enfin il écoute ce que j'ai à lui dire. Enfin sa volonté est accordée à la mienne. Je vais pouvoir faire de lui un instrument dans ma main !".

Le fils prodigue gardant les pourceaux a appris cela. Il est seul, il n'a rien à manger, pas même ce que mangent les pourceaux. Lui aussi est brisé. Nous lisons qu' "étant entré en lui-même, il se dit : Je me lèverai, j'irai vers mon père et je lui dirai : Mon père, je ne suis pas digne d'être appelé ton fils ; traite-moi comme un de tes serviteurs". Qui lui a soufflé ces mots ? Aussitôt, il se lève et il retourne chez son père (Lc 15). Et bientôt la joie va remplir son coeur et le coeur de son père.

Curieusement, il n'est pas parlé de prière dans ce passage. Saul priait mais faisait sa propre volonté ; le fils prodigue, dans le silence, a entendu la voix de Dieu, comme une prière que Dieu lui adressait, et il s'est approprié les mots de cette prière, il les a fait siens : - Je me lèverai, j'irai vers mon père...

Vouloir ce que Dieu veut est la seule science qui nous mette en repos.

Ce repos est le fruit d'une abdication : c'est la fin de nos résistances, de nos marchandages, de notre volonté propre. "On te dira ce que tu dois faire", dit Jésus à Saul ! (Ac 9.6. Cf. Jn 21.18).

Se placer DANS la volonté de Dieu est sans aucun doute le premier objectif de la prière. Si la volonté de Dieu est représentée par un cercle, c'est là que je reviens et demeure. Ce cercle, c'est Christ ! C'est exactement le sens du "Demeurez en moi"de Jésus. Dans ce même passage, il peut dire : Sivous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez et cela vous sera accordé (Jn 15.7). C'est aussi le sens de "demeurez dans ma parole". Cela, bien sûr, nous dit quelque chose d'important sur le lien entre la lecture de la Bible et la prière.

Je relis ce qu'écit Jean : "Nous avons auprès de lui cette assurance que si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute. Et si nous savons qu'il nous écoute, quelque chose que nous demandions, nous savons que nous possédons la chose que nous lui avons demandée" (1 Jn 5.14-15).

Jésus l'a vécu le premier. Il l'a vécu à notre place, une fois pour toutes. Il l'a vécu aussi pour que nous puissions nous aussi le vivre avec lui – plus exactement en lui.

Remarquons que c'est le sens de l'expression : Prier au  nom  de  Jésus. Ce n'est pas une formule magique. Si ma prière est insensée ou simplement pas conforme à la volonté de Dieu, ajouter le nom de Jésus ne changera rien. Dire "au nom de Jésus" signifie que c'est comme si c'était lui qui s'exprimait au travers de moi, par ma bouche ! Il vaut mieux qu'il soit d'accord ! C'est aussi le sens du mot Amen.

Quand Jésus a dit à Lazare de sortir du tombeau, il savait que c'était la vonoté de Dieu, et pas le sienne propre. La prière que Dieu exauce, c'est celle que Dieu inspire4 ! C'est la prière à laquelle Dieu peut dire 'amen'.

Souvenons-nous aussi que Dieu nous dit ou nous demande généralement une chose à la fois. C'est cela qu'il me faut entendre aujourd'hui. Si je le reçois et si j'obéis (Vouloir ce que Dieu veut...), alors je suis bientôt prêt pour le pas suivant. Chaque oui que je prononce devant Dieu, dans la foi, favorise le oui suivant5 !

Ne soyons pas découragés. Souvenons-nous simplement que le chemin de la prière est un chemin d'écoute autant que de paroles. L'écoute reçois la volonté de Dieu. Transformons en prières personnelles ce que Dieu a révélé pour nous dans sa Parole. "Tu me sondes et tu me connais. Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon coeur !"

Vouloir ce que Dieu veut est la seule science qui nous mette en repos. Entrons dans ce repos !

Ch.N.

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1 De même pour Marie : elle n'a rien demandé. L'initiative est à Dieu. "Qu'il me soit fait selon ta parole", dit-elle.

2Il convient de discerner – et ce n'est pas aisé – entre la persévérance dans la prière et l'obstination. La persévérance est nécessaire bien souvent : il y a là la dimension d'un combat déterminé : on se souvient de Moïse priant pendant que le peuple luttait (Ex 17.11-12), on se souvient de la veuve et du juge inique (Lc 18.1ss), on se souvient de Jésus intercédant sans cesse pour nous... L'obstination commence quand nous continuons à demander alors qu'il ne le faut plus. Voir Gn 18.32-33 ; Dt 3.26 ; Mt 6.7-8 ; 2 Co 12.8-9... Il arrive que Dieu commence à agir au moment où on s'arrête de demander...

3 Il est écrit que Jésus a appris l'obéissance par les choses qu'il a souffertes (Hé 5.8).

4 Ce que nous rappelons ici ne concerne pas que la prière : cela concerne aussi les "paroles opportunes" que nous sommes appelés à dire à certains moments, ce que Paul appelle les dons spirituels : "A l'un est donnée par l'Esprit une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; à un autre le don de guérison par le même Esprit, à un autre le don d'opérer des miracles, à un autre une parole prophétique par le même Esprit..." (1 Co 12.8ss). C'est le contraire de celui ou celle qui se débrouille tout seul pour se sortir d'affaire. C'est le fruit de la grâce agissante dans nos vies et au travers de nous. C'est le fruit d'une volonté livrée, disponible, accueillante, accordée !

 

5 Les non aussi, d'ailleurs : si je dis trop souvent non à Dieu, bientôt je n'entendrai même plus ce qu'il me demandera.

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14 décembre 2020

Un peu de sel, s'il vous plaît (10)

 

 

 

Culte solennel ou culte festif ?

 

 Il n'y a pas si longtemps, dans les Eglises réformées évangéliques, on parlait de culte solennel à l'occasion des rencontres exceptionnelles (synodes, conventions...). En général, on mentionnait le nom du prédicateur. Maintenant on parle de culte festif, et on donne le nom du chanteur ou du groupe de chant qui va animer.

C'est de la communication, me direz-vous, et on n'a rien contre le fait qu'un culte soit aussi festif. Mais le changement de paradigme est quand même significatif. On pourrait avoir l'impression que le message est le suivant : Il faut bien qu'il y ait un culte, mais ne vous inquiétez pas, on va quand même s'amuser. On vise évidemment les jeunes, mais pas seulement.

L'expression culte solennel mettait l'accent sur le sérieux : le sérieux dans l'écoute de la Parole de Dieu et le sérieux dans la consécration de nos vies à Dieu dans tous les domaines de la vie. Je pense à la formule de Charles de Gaulle : On n'est pas sur terre pour rigoler.

L'expression culte festif – quoi qu'on dise – met l'accent sur le plaisir qu'on va y trouver tous ensemble. Ce n'est pas mal en soi ; mais ce n'est plus la même chose.

Les optimistes diront qu'un culte peut bien concilier la solennité et la dimension festive. Ce n'est pas faux : les Psaumes dans leur ensemble et certains Psaumes en particulier associent la gravité et le caractère joyeux de la foi. Ce n'est pas impossible donc, mais ce n'est pas si facile, reconnaissons-le. Pourquoi ? Parce que les motivations que l'on flatte avec l'expression culte festif mettent à la seconde place (j'allais dire excluent pratiquement) la gravité : le monde est morose, réjouissons-nous plutôt !

Les pessimistes auront à l'esprit la prophétie de Paul : Les hommes aimeront le plaisir plus que Dieu(2 Tm 3.4). Ils aimeront encore Dieu (on l'espère), mais le plaisir avant tout. L'avertissement de Paul est solennel (!). Il parle d'une société qui est déjà – ou qui sera bientôt – sans espérance et sans Dieu.

Ch.N.

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12 décembre 2020

L'amour de Dieu est-il inconditionnel ?

 

Dans les discours d'aujourd'hui sur l'accompagnement spirituel ou la relation d'aide – ou plus largement sur les relations fraternelles ou tout simplement humaines – il est courant d'entendre parler d'accueil inconditionnel, d'amour inconditionnel ou encore de non-jugement. Ces notions assez radicales sont d'autant plus difficiles à remettre en question qu'elles paraissent contenir la réponse parfaite à toutes les mesquineries du passé. Quiconque voudrait s'interroger sur leur véritable pertinence donnerait l'impression de vouloir s'attaquer à l'Evangile lui-même. Qu'est-ce à dire ?

1. Le contexte

Ces expressions ont connu leur terrain d'envol dans des contextes définis, celui de l'action sociale, celui de la psychanalyse ou encore celui d'une certaine théologie empreinte de sociologie et de psychanalyse. Parler d'accueil inconditionnel dans le domaine social, c'est s'assurer qu'on n'usera pas de discrimination dans l'aide à apporter aux personnes en difficulté. Cette disposition est très heureuse. Parler de non-jugement en psychanalyse, c'est offrir la possibilité à celui qui parle de tout dire sans recevoir ipso facto une leçon de morale ; tout dire, tout entendre, pour pouvoir comprendre et si possible aider. Cela peut s'avérer très précieux. Parler d'amour inconditionnel c'est, en théologie, se référer à l'amour immérité de Dieu (ce n'est pas en raison de nos qualités ou de nos œuvres), ou encore à l'assurance du salut que peut avoir celui qui croit en Jésus-Christ. Parlant des brebis de son troupeau, Jésus dit : Je leur donne la vie éternelle, elles ne périront jamais et personne ne les ravira de ma main (Jn 10.28).

Ainsi, ces trois expressions ont-elles une réelle légitimité dans un certain contexte, jusqu'à un certain point, et il serait dommage de les rejeter purement et simplement. Ce qui pose question, par contre, c'est l'emploi généralisé de ces formules, leur utilisation... inconditionnelle.

2. Les contre-exemples bibliques

Que l'amour de Dieu soit immérité, c'est un fait qui ne peut se contredire. Que l'amour de Dieu soit inconditionnel, cela est loin d'aller de soi, si on entend l'amour de Dieu d'une manière générale. Quand le Psaume 1er recommande de ne pas s'asseoir sur le banc des moqueurs, on n'y voit pas l'expression d'un accueil ou d'un amour inconditionnels.Quand Jésus parle d'une porte large qui conduit à la perdition (Mt 7.13), il sous-entend sans ambiguïté qu'il y a une manière de vivre qui exclut l'amour de Dieu.

En somme, il n'y a jamais de mérites, mais il y a des conditions qui sont imposées par les termes de l'alliance que Dieu offre et dans laquelle Il s'engage. Si mon peuple sur qui est invoqué mon Nom s'humilie, prie et me cherche... (2 Ch 7.14) : cette parole fait bien apparaître une condition. Tout ne revient pas au même. En réalité, on trouve beaucoup de conditions dans la Bible qui ne nient pas la réalité de la grâce : elles en indiquent au contraire le chemin.

Jean-Baptiste a-t-il accueilli tous ceux qui se sont approchés de lui ? Il a parlé sévèrement à certains, les appelant races de vipères (Mt 3.7). Jésus a-t-il accueilli tous ceux qui se sont tenus devant lui ? La réponse est non. Etait-ce un manque d'amour ? Alors qu'il est sur la croix, Jésus est entouré par deux malfaiteurs qui, tous les deux, s'adressent à lui. Un seul sera accueilli ; à l'autre, Jésus ne dira pas même un mot.

3. Juger ou ne pas juger ?

Le verbe juger est assez souvent utilisé dans la Bible, tantôt avec le sens positif de discerner, tantôt avec le sens négatif de mépriser ou condamner. Le nombre d'emplois positifs est très nettement supérieur. Avec Moïse jugeant le peuple, bientôt secondé pour cela par les anciens (Ex 18.13, 21-23) ; avec Salomon qui, pour ce faire, recevra de Dieu la sagesse et l'intelligence (2 Ch 1.11), nous comprenons que juger signifie exercer un discernement en vue d'aider. C'est dans ce sens que Paul demandera aux Corinthiens s'il n'y a pas parmi eux un homme sage qui puisse juger (départager) entre ses frères, plutôt que d'avoir des querelles (1 Co 6.5).

Mais n'est-il pas écrit aussi qu'il ne nous convient pas de juger (Mt 7.1 ; Ro 14.10) ? Cela est écrit, et le mot grec est le même. Mais le contexte montre, dans ce cas, que celui qui exerce un jugement ne le fait pas de la part de Dieu (ce qui est légitime), mais à la place de Dieu (ce qui ne convient pas). Cela apparaît clairement quand Paul écrit : Mais toi, pourquoi juges-tu ton frère ? Ou toi, pourquoi méprises-tu ton frère ? puisque nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Christ (Ro 14.10-11).

Il est significatif de voir que peu après avoir dit de ne pas juger (à la place de Dieu), Jésus recommande de ne pas donner les choses saintes aux chiens, de ne pas jeter les perles aux pourceaux (Mt 7.6), ce qui nécessite un sérieux discernement. Entre les deux passages, il y a la parabole de la poutre et de la paille (7.3-5) qui, elle aussi, indique le chemin d'un nécessaire discernement en vue d'aider.

4. Ne pas faire acception de personnes

L'expression ne pas faire acception de personnes, que l'on trouve plusieurs fois dans le Nouveau Testament, n'est pas aisée à comprendre à première lecture. Elle peut cependant nous aider à saisir le sens juste des expressions que nous examinons ici.

Plusieurs comprennent cette expression comme s'il s'agissait de ne jamais faire de différence entre les personnes. Est-ce le sens ? Dans le livre des Actes, Pierre dit : En vérité, je reconnais que Dieu ne fait pas acception de personnes ; mais en toutes nations, celui qui le craint et qui pratique la justice lui est agréable (10.34-35). Y aurait-il une contradiction entre les deux parties de la phrase ? Que dit Pierre ? Il dit que les distinctions traditionnelles que font les Juifs (entre Juifs et non-Juifs) ne correspondent pas à celles que Dieu fait. Il n'y a donc plus de différences à faire à ce niveau-là. Cependant, une autre différence demeure : entre celui qui craint Dieu et celui qui ne le craint pas ! C'est pour cela que les notions d'accueil inconditionnel ou de non-jugement peuvent s'avérer trompeuses si elles sont utilisées de manière absolue.

Ce qui est juste, c'est de ne pas faire de différence en fonction de l'apparence, ou de nos goûts, ou de notre intérêt personnel ; c'est de ne pas user de préférence1. Cette impartialité du regard est naturellement demandée aux magistrats qui agissent de la part de Dieu (Ro 13.4) et non à sa place ; elle est demandée aux anciens dans les églises, qui doivent eux aussi être loyaux, désintéressés (1 Tm 3.3 ; 1 Pi 5.2). Elle est demandée à nous tous, si nous désirons agir comme des serviteurs avisés, approuvés par leur maître.

Il y a donc une manière juste d'accueillir, d'aimer et même de juger, et il y a une manière dévoyée qui sera, selon les cas, trop sévère ou trop laxiste. Une est selon Dieu, l'autre est selon l'homme. Il importe de juger entre les deux.

5. L'amour croit-il tout ?

Croyants et incroyants aiment 1 Corinthiens 13 où on peut lire notamment que l'amour croit tout (v. 7). Beaucoup en déduisent que l'amour tient toutes choses comme étant égales, que l'amour ne dit jamais non. Est-ce juste ? La réponse est au verset 6 : L'amour ne se réjouit pas de l'injustice, mais il se réjouit de la vérité. On doit comprendre que la vérité et la justice recouvrent une même réalité, celle de la volonté juste de Dieu. Quand l'amour (on pourrait mettre là le nom de Jésus-Christ) voit une chose que Dieu approuve, il se réjouit et dit oui. Quand il voit une chose que Dieu désapprouve, il s'attriste et dit non.

A cette lumière, nous comprenons que le verset 7 ne dit pas que l'amour croit 'tout et n'importe quoi', mais que l'amour croit et espère tout ce qui est juste et vrai, tout ce que Dieu approuve, sans retenue, entièrement2. C'est le sens du Psaume 119, ou encore de ce qu'écrit Paul aux Philippiens : Que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est digne d'être aimé, tout ce qui est digne d'approbation, ce qui est vertueux et digne de louange, soit l'objet de vos pensées (4.7-8). Cette énumération impose bien une totalité (tout ce qui est vrai, et pas seulement ce qui me plaît), mais elle est aussi excluante de tout le reste !

Les notions d'accueil inconditionnel, d'amour inconditionnel etde non-jugement devraient être utilisées avec parcimonie, sous peine de promouvoir un Evangile trompeur3. Est-ce faire une restriction à l'amour que de dire cela ? C'est plutôt rendre justice à l'amour de Dieu qui seul est vrai.  Ch.N.

________________

1 Les premiers versets de Jacques 2 illustrent parfaitement cela : Supposons qu'il entre dans votre assemblée un homme avec un anneau d'or et un habit magnifique...

2La Bible du Semeur traduit : en toutes circonstances.

 

3Voir l'article : Dieu aime-t-il le pécheur ? (Ch. N.).

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10 décembre 2020

La grâce générale est-elle au cœur de l'Evangile ? (1)

 

I. La grâce générale

1. Définition

La grâce commune est la disposition par laquelle les bénédictions imméritées de Dieu sont accordées à tous les hommes, les croyants comme les incroyants. C'est le sens du mot 'commune' : non pas que cette grâce soit banale, car elle est tout sauf banale ; mais elle est dite 'commune' parce qu'elle concerne toute la descendance d'Adam, c'est-à-dire tous les hommes sans exception.

a. Tous les hommes ? Oui, parfois le mot 'tous' dans le Nouveau Testament désigne l'ensemble des hommes. Par exemple : Par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché la mort, et ainsi la mort s'est étendue à tous les hommes parce que tous ont péché (Ro 5.12). La mention de la mort comme salaire du péché (Ro 6.23) ne désigne pas seulement le terme de l'existence sur cette terre, mais tout le cortège des maux qui affligent les hommes : la rupture de communion avec Dieu, la solitude, la tristesse, la honte, la peur, le désespoir...

Le fait qu'il n'y ait pas d'exception pour ce qui est des conséquences du péché implique une vision pessimiste de la condition humaine et même de la vie sur cette terre d'une manière générale (Ecc 1.18). Cette vision pessimiste ne rend que plus belle la réalité de la grâce commune.

b. Pourquoi ces bénédictions imméritées sont-elles appelées une grâce ? Adam et Eve ne moururent pas dès l'instant où ils péchèrent, bien que la condamnation commençât à s'appliquer dans leur vie. Le chapitre 4 de la Genèse commence ainsi : Adam connut Eve sa femme, elle conçut et enfanta un fils. Autrement dit, sur une terre qui a été maudite et alors que la relation avec Dieu a été brisée, un enfant va naître, puis un second. Non seulement la vie continue, bousculée par beaucoup de chaos il est vrai, mais elle est ponctuée de bénédictions diverses, en vertu de l'alliance offerte à Noé et, par lui à tous les êtres vivants (Gn 8.22 ; 9.8-17). Paul se réfèrera à cette alliance : Bien que Dieu ait laissé les nations suivre leur propre voie, il n'a cessé de rendre témoignage de ce qu'il est en faisant du bien, en donnant du ciel les pluies et les saisons fertiles, en vous donnant de la nourriture en abondance et en remplissant vos cœurs de joie (Ac 14.16-17). Ce qui est significatif c'est que Paul s'adresse là à des non-Juifs, Lystre se situant dans l'actuelle Turquie. Il parle bien de la grâce commune.

c. Quelles sont ces bénédictions imméritées ? Elles sont innombrables. A Athènes, cette fois, Paul rappelle que les hommes (tous les hommes) reçoivent de Dieu la vie, le mouvement et l'être (Ac 17.28). On pourrait dire : chaque bouffée d'air que l'on respire, chaque pulsation de notre cœur, chaque fonctionnement de nos organes, toute nourriture que la terre produit, toute relation apaisée, le mariage chaque fois qu'il subsiste, les enfants qui naissent et grandissent, l'aptitude à découvrir, à communiquer, à travailler, à “créer”, etc.

On peut ajouter à cette liste la vocation des magistrats (élus ou pas) qui, croyants ou pas, sont appelés serviteurs de Dieu (Ro 13.4). On peut même affirmer que toutes les vocations qui donnent aux hommes et aux femmes des tâches de service utiles pour le bien commun relèvent de cette grâce générale. Croyants ou pas, il y a des époux et des épouses fidèles, des parents dévoués, des voisins serviables, des instituteurs, des infirmiers, des garagistes, etc. qui accomplissent leur tâche, visible ou discrète, d'une manière remarquable, en tout cas bénéfique.

On peut encore ajouter à cette liste toutes les ressources de ce que nous appelons la Nature, avec les lois de la Création qui subsistent, à commencer par la course des astres dans le ciel, jusqu'à la santé dont la plupart d'entre nous jouissons, sans oublier la compagnie apaisante de beaucoup d'animaux, etc.

Toutes ces choses bonnes qui subsistent démontrent-elles que les hommes sont bons ? Non. Elles démontrent que Dieu met des limites à l'étendue et aux conséquences du mal et qu'il rend possible que des êtres corrompus demeurent capables d'un certain bien, comme le dit Jésus : Méchants comme vous êtes, vous donnez de bonnes choses à vos enfants (Mt 7.11. Cf Ro 2.14-15). C'est pourquoi ces bonnes choses sont appelées des grâces. Elles sont provisoires il est vrai, mais ce sont néanmoins des grâces précieuses.

2. Implications

Les implications de cette réalité sont nombreuses et importantes. J'en mentionne quelques unes :

a. Il n'y a pas d'autonomie de la vie. Rien n'existe 'tout seul'. C'est par la parole de Dieu que tout subsiste aujourd'hui (Ps 119.90-91). Job le dit ainsi au sujet de ses enfants, de ses troupeaux : L'Eternel a donné, l'Eternel a repris ; que le nom de l'Eternel soit béni (Jb 1.21). C'est la vision juste. Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? demande Paul (1 Co 4.7). Cette question vaut pour les réalités spirituelles, mais aussi pour tout le reste. L'apôtre, dépouillé de toute prétention, écrit : Ce n'est pas à dire que nous soyons par nous-mêmes capables de concevoir quelque chose commevenantdenous-mêmes. Notre capacité, au contraire, vient de Dieu (2 Co 3.5). Là, il parle en tant que chrétien, mais le principe est applicable de manière plus générale pour tous et pour tout.

b. Ce n'est pas le mal qui est surprenant, c'est le bien. Nous nous habituons trop vite au soleil qui se lève, à l'eau qui coule, à être en bonne santé, à vivre dans un pays en paix, à voir les magasins achalandés, etc. Quand on considère la situation spirituelle et morale de l'humanité au regard de Dieu, rien de tout cela n'est 'normal'. Revenant d'un pays en guerre, je m'étais dit : En fait, c'est partout la guerre ; il y a seulement des endroits où cela se voit plus.

Mais le mal (le mal commis, le mal subi) n'est-il pas considérable ? Il l'est. Cependant, il le serait bien davantage si Dieu n'en restreignait pas les effets. Cela concerne tous les maux qui se vivent sur la terre, depuis les cataclysmes et les maladies jusqu'aux agissements des méchants, avec leurs conséquences. Même un brigand insensible met une limite au mal qu'il commet. C'est là encore une marque de la grâce commune.

Le fait que les biens dont nous jouissons nous paraissent normaux, voire constituer un dû, démontre une forme de cécité vis-à-vis de notre situation réelle. Pourquoi l'homme vivant se plaindrait-il ? demande le prophète Jérémie. Que chacun se plaigne de ses propres péchés ! (Lam 3.39).

Nous parlons volontiers de l'amour de Dieu, moins de son irritation. J'ai dit irritation ; j'aurais pu dire colère ou courroux (Ro 1.18 ; Hé 10.31). Si nous considérons les bienfaits que Dieu accorde à l'ensemble des hommes (y compris aux plus pauvres d'entre eux) malgré son irritation, alors nous commençons à comprendre ce qu'est la grâce commune.

c. L'humilité et la reconnaissance devraient remplir les cœurs. Cela découle de ce que nous venons de rappeler. Imaginons un instant que l'humilité et la reconnaissance (cela paraît paradoxal, mais cela ne l'est pas) remplissent les cœurs. Voyons-nous tout ce que cela entraînerait : dans chacune de nos vies d'abord, dans nos relations, nos engagements, notre aptitude à vivre les épreuves, etc. ?

Ce rappel constitue une manière légitime de faire réfléchir ceux que nous rencontrons, y compris ceux et celles qui se disent incroyants. Combien de fois as-tu dit merci depuis ce matin pour tout ce que tu as reçu ? Mais n'est-il pas injuste de demander aux pauvres d'être reconnaissants ? Pas du tout, ils devraient l'être aussi, l'Evangile le montre de plusieurs manières.

d.Sur les bons et sur les méchants. On peut le redire : ce qui est rappelé ici convient à tous les êtres humains sans exception. Dieu fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes (Mt 5.45). A bien des égards les conditions sont les mêmes pour tous, croyants ou pas, chrétiens ou pas. Les moustiques ne font pas la différence, les virus non plus et les os d'un chrétien ne sont pas plus solides que ceux d'un non chrétien. Il en est de même en situation de conflit, de famine, de crise économique, etc.

Cela constitue une forme de solidarité entre les hommes, une fraternité universelle diront certains. C'est une des réalités que garantit la laïcité dans notre pays : à l'hôpital, un médecin (chrétien ou pas) soignera tous ses patients (chrétiens ou pas) exactement de la même manière. Pas de discrimination. C'est bien ainsi.

Peut-on proposer une définition plus précise de la grâce commune ? Je retiens celle que formule Wayne GRUDEM : La grâce commune est la grâce au nom de laquelle Dieu accorde aux humains d'innombrables bénédictions qui ne font pas partie du salut.1           (à suivre)

 

 

1 Théologie systématique, Excelsis 2010, p. 723

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