Le blog de Charles Nicolas

04 décembre 2017

Levons-nous !

 

 

 

Levons-nous et bâtissons !

 

Esdras 1.5 ; 3.1-3 ; Lc 14.28-30; Ac 4.31-33 ; Ph 2.1-4

 

Les livres d'Esdras et de Néhémie nous parlent de la reconstruction de la ville de Jérusalem, au retour de l'exil. Vous savez, c'est là où l'on voit les ouvriers qui travaillent d'une main et tiennent une arme dans l'autre... Vous me direz que cela n'est pas très pratique ! C'était très concret, en tout cas ; et ils n'avaient pas le choix. Et c'est comme cela qu'ils ont rebâti la ville.

Le livre d'Esdras raconte cela, un peu comme le livre des Actes raconte le début de la première église. Pour notre instruction. Au chapitre 3, trois faits sont rapportés, qui correspondent à 3 principes spirituels permanents. Ce sont ces 3 principes que je veux présenter maintenant.

 1. La nécessité de s'accorder

C'est là quelque chose qui est tout à la fois pratique et spirituel.

Je lis au v.1 : "Le peuple s'assemblacomme un seul homme à Jérusalem". Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie qu'ils étaient tous parfaitement d'accord ! Dans un pays où le président de la République est élu avec 50,2 % des voix, cela paraît suspect. Il est vrai que les dictatures usent de moyens douteux pour obtenir de larges majorités. Mais là, c'est plus qu'une large majorité et il n'y a pas de moyen douteux. Comment expliquer cela ?

L'explication se trouve un peu plus haut, au chapitre 1 où on lit ceci : "Tous ceux dont Dieu réveilla l'esprit se levèrent pour aller bâtir la maison de l'Eternel à Jérusalem" (1.5). Ainsi, ce qui paraît impossible (ou suspect) humainement parlant paraît finalement tout naturel (et désirable) quand Dieu réveille l'esprit de son peuple. Cela est confirmé historiquement. Au début du livre des Actes, nous lisons que les premiers chrétiens "persévéraient dans l'enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain et les prières" (2.42) ; et que "la multitude de ceux qui avaient cru n'était qu'un coeur et qu'une âme..." (4.32). Et Dieu était au milieu d'eux. Et cela s'est vécu de multiples fois dans l'Histoire de l'Eglise, chaque fois que l'Eglise a connu un Réveil et qu'elle pu avancer sérieusement.

Deux questions :

1. Cela est-il si important, CELA EST-IL NECESSAIRE ? Cela est très important et je crois que cela est nécessaire. En tout cas si nous désirons voir Dieu agir au milieu de nous. On peut dire qu'être accordés, est à la fois une conséquence de l'oeuvre de Dieu et une condition. Jésus le dit clairement à ses disciples : "Si deux d'entre vouss'accordent sur la terre pour demander une chose quelconque à Dieu..." (Mt 18.19).

Si deux s'accordent. On pense aux guitares, aux flûtes et au piano avant le culte. Est-ce superflu ? Est-ce que cela se fait en deux secondes ? Est-ce que c'est fait une fois pour toutes ? Dieu a les oreilles fines. Il ne suffit pas d'être assis ensemble pour être accordés. L'Amen qu'on dit ensemble devrait être comme une signature...

Etre accordés n'est pas qu'une question de confort. C'est une condition pour servir. Le coeur de chaque homme (mais aussi de toute église, grande ou petite) est comme une coupe que Dieu veut remplir de sa présence ; mais si cette coupe est fêlée, elle ne pourra pas se remplir : elle perdra ce qu'elle reçoit au fur et à mesure.

2. Si cela est si important, COMMENT CELA PEUT-IL SE FAIRE ? Cette question est évidemment capitale. En un sens, Dieu seul peut le réaliser, nous l'avons vu : "Tous ceux dont Dieu réveilla l'esprit se levèrent". Soyons d'abord sûrs de cela. Il existe des moyens humains, mais ce ne seront toujours que de pâles imitations. Il nous faut supplier Dieu de nous accorder profondément les uns aux autres, sur une base qui ne soit pas seulement amicale (on s'entend bien), sentimentale (il y a longtemps qu'on se connaît) ou pragmatique (on a besoin les uns des autres). Il faut plus que cela !

Mais faut-il seulement le demander à Dieu ? Bien sûr que non. Il faut que celui ou celle qui prie laisse Dieu diriger sa vie. Diriger, c'est-à-dire donner la direction. Est-ce là quelque chose d'exceptionnel ? C'est le commencement de la vie chrétienne ! Je pense à ces paroles d'Esaïe : "Tes oreilles entendront derrière toi la voix qui dira : Voici le chemin, marchez-y !" (30.21).

Le livre d'Esdras nous donne le nombre de ceux qui étaient retournés à Jérusalem : 42360 personnes - qui "se levèrent comme un seul homme", c'est-à-dire qui laissèrent là chacun ses préférences, sa volonté, ses occupations, ses plans, ses projets, pour servir un projet commun dans une commune soumission à la volonté de Dieu.

2. Sanctifier le Seigneur

Deuxième fait : "Ils bâtirent l'autel du Dieu d'Israël" (Edras 3.2). (Autel et pas hôtel). Déjà, bâtir des murailles et un temple, c'était beaucoup ! Au v. 7, nous lisons : "Cependant, les fondements du temple de l'Eternel n'étaient pas encore posés". Pourquoi commencer avec la construction d'un autel ? Tout simplement pour ne pas se tromper d'objectif ! C'est si facile... On met en place un programme, des plans, une organisation, des objectifs... et quand c'est fini, on se rend compte qu'on a fait ça POUR NOUS. Il semblait que c'était pour Dieu, mais c'était pour nous. Dieu pose alors la question : "Est-ce pour moi que vous avez fait cela ?" (Za 7.5).

En fait, ce n'était pas si clair. C'est comme celui qui dit à quelqu'un : Je t'aime. En fait, souvent il ne pense qu'à lui-même. Le jour où il s'en aperçoit, il se met à pleurer. On pense au coeur blessé de Dieu. "Ce peuple m'honore de la bouche et des lèvres, mais son coeur est éloigné de moi" (Es 29.13). Pourtant, ces gens priaient ou chantaient des cantiques ! Cf. Au temps de Noé (Mt 24.38).

Construire d'abord un autel, c'était s'assurer que leur volonté, leurs projets ne passaient PAS AVANT ceux de Dieu. C'est cela, sanctifier le Seigneur. C'est exactement cela."Que ta volonté soit faite". "Le peuple se leva comme un seul homme". "Que ton nom soit sanctifié". "Ils bâtirent un autel". Non seulement reconnaître que Dieu est saint, mais aussi que tout doit être ordonné (mis en ordre) PAR LUI et POUR LUI. Pour ne pas travailler en vain...

3. Se consacrer à Dieu

Le 3ème fait rapporté apporte une réponse. "Ils offrirent des holocaustesà l'Eternel" (3.3). Ici, il faut simplement rappeler ce qu'est un holocauste. C'est une offrande qui est non seulement apportée à l'autel, sacrifiée (mise à mort), mais aussi entièrement consumée. Pas consommée ; consumée ! Ce n'est pas un sacrifice ou une offrande pour le pardon ou pour la reconnaissance. C'est un sacrifice ou une offrande de consécration, qui signifie : Comme cet animal offert et consumé, je m'offre à toi sans rien garder. Il n'y a rien pour moi. Je m'offre à toi entièrement, sans retour. Et je n'exclus pas de donner ma vie s'il le faut.

Frère et soeur, en réalité l'Amour demande cela. L'unité spirituelle le demande aussi. "Alors le peuple s'assembla comme un seul homme à Jérusalem". La présence de Dieu au milieu de nous le réclame également. Comment Dieu pourrait-il régner en même temps que nous ? La capacité de lutter et de résister le demande encore. Au chapitre 4, les ennemis sont là qui usent de moyens considérables pour décourager le peuple de Dieu et interrompre son travail. Intimidations, accusations... Mais le peuple répond : "Nous sommes les serviteurs du Dieu des cieux et de la terre, et nous rebâtissons sa maison" (Es 5.11. Cf.Né 2.20).

Serons-nous tous en mesure de répondre cela à celui qui voudra nous intimider ? L'Eglise a besoin de chrétiens comme cela. On pense à Daniel et ses compagnons qui se sont trouvés dans une fournaise pour avoir refusé d'adorer et de servir un autre Dieu que l'Eternel (Da 3.15-23. Cf. Ac 4.19-20 ; 5.29). Notre ville aussi a besoin de tels chrétiens ; notre pays également !

On a fait des chrétiens des gens seulement doux et gentils. Mais un chrétien est prêt à mourir pour servir Dieu fidèlement. Sinon, est-il chrétien ? Les kamikases ne sont pas nos modèles. Notre modèle est Jésus-Christ. Mais Jésus-Christ est mort pour accomplir la volonté de Dieu. On n'obéit pas à Dieu sans mourir à nore propre volonté.

"Le peuple de Dieu se leva comme un seul homme. Ils bâtirent un autel à l'Eternel et ils y offrirent des holocaustes." Ces 3 faits rapportés sont en réalité inséparables.

Vous savez comment cela se prépare ? Tout seul, à genou, dans la chambre.

Ch. Nicolas

 

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13 octobre 2017

Christ au coeur de mon ministère (3)

 

 

3. Christ au coeur de mes paroles

 

C'est la suite logique. Cela fait un tout. Les paroles découlent de la vie personnelle et du ministère. Je risque donc de me répéter.

 

1. L'importance du coeur. J'ai cité notamment cette parole de Jésus : "C'est de l'abondance du coeur que la bouche parle" (Mt 12.34)1. Si le coeur n'est rien, les paroles ne sont rien. Mais le coeur n'est pas rien... Enlevez le coeur, que reste-t-il ? "Quand ce peuple s'approche de moi, il m'honore de la bouche et des lèvres ; mais son coeur est éloigné de moi, et la crainte qu'il a de moi n'est qu'un précepte de tradition humaine" (Es 29.13). Parole reprise par Jésus (Mc 7.6). On sent une profonde tristesse, et de l'irritation. Nous pouvons être tout sauf indifférents à cela. Il y a des prières et des chants qui lassent le Seigneur...

On pourrait dire ceci : Dieu attache à notre coeur une importance beaucoup plus grande que ce que nous imaginons. Je cite cette parole étonnante de l'apôtre Jacques : "C'est avec jalousie que Dieu chérit l'Esprit qu'il a fait habiter en nous" (Jc 4.5)2.. Il y a donc un lieu que Dieu désire, convoite... On se souvient de ce que dit Paul : "L'Esprit témoigne à notre esprit..." (Ro 8.16). C'est dans le coeur que cela se passe, semble-t-il, le coeur qui est donc un temple – qui fait de notre corps un temple – où le Saint-Esprit habite (1 Co 3.16), où réside aussi l'Amour-agapé qui y a été versé (Ro 5.5).

 

2. Le poids des paroles. Chacune de nos paroles est signée ! Chacune de nos paroles engage notre personne tout entière. Jésus le dit : "Par tes paroles tu seras justifié, et par tes paroles tu seras condamné" (Mt 12.37. Cf. 10.27)3.

Mentir n'est jamais bien. Si un non-chrétien ment, ce n'est pas bien. Mais si un chrétien ment... c'est pire ! Est-ce nier la grâce que de dire cela ? Pas du tout. C'est être sensible à l'Esprit. C'est pourquoi l'apôtre Paul, après avoir parlé de la maturité du chrétien et de la vocation commune à "professer la vérité dans l'amour" (Ep 4.15), écrit: "C'est pourquoi, renoncez au mensonge, et que chacun de vous parle selon la vérité à son prochain ; car nous sommes membres les uns des autres4... Qu'il ne sorte de votre bouche aucune parole mauvaise, mais, s'il y a lieu, quelque bonne parole, qui serve à l'édification et communique une grâce à ceux qui l'entendent. N'attristez pas le Saint Esprit de Dieu" (4.25-30).

Le verset 29 rappelle cette vocation des paroles de notre bouche, de toutes nos paroles, finalement (Cf. Ep 5.4) : édifier (c'est-à-dire favoriser la maturité et l'unité du corps de Christ, y compris dans les contacts individuels) et communiquer une grâce : une aide de la part de Dieu. Cela devrait nous faire envie !

Ce passage nous parle aussi de la sobriété dans les paroles. Déjà Jacques l'écrivait : "Qu'il y en ait peu qui enseignent..." (3.1). Paul dit : "...s'il y a lieu, quelque bonne parole" (sans s !). Y compris dans nos prières, peut-être (Ec 5.1).

Deux écueils apparaissent : parler légèrement, inutilement ou de manière injuste, car on aura à le regretter tôt ou tard ; et se taire quand une parole est attendue. Dans les deux cas il y a une sorte de trahison de la vocation qui est la nôtre. En tant qu'êtres humains d'abord ; en tant que chrétiens ensuite.

Imaginons un procès. Un témoin s'approche pour prendre la parole : c'est un faux témoin. Il va embrouiller les pistes. Les conséquences peuvent être graves, surtout s'il est habile. Un autre témoin s'approche : il n'a rien vu, mais il veut parler. "Quand j'étais petit, etc.". Cela ne fait rien avancer. On a perdu du temps. Un vrai témoin est présent dans la salle : il était là, il a vu ce qui s'est passé. Mais il a peur. Il se tait. Quel dommage ! Comment avancer ? On se souvient de Pierre reniant Jésus (Mt 26.69-75).

On a sommé les premiers chrétiens de se taire, vous vous souvenez (Ac 4.17 ; 5.28). Avec des menaces. Mais Quelqu'un de plus grand leur demandait de parler. Ils l'ont fait. Nous nous sommes souvent laissés intimidés, reconnaissons-le. Pas étonnant qu'il y ait peu de persécution, en France.

Cela est, encore une fois, lié au ministère de chaque chrétien. Notre ministère est de le rappeler. On pourrait mentionner encore beaucoup de passages : "Que votre parole soit oui, oui, non, non..." (Mt 5.37). Où donc est la différence entre les chrétiens et ceux qu'on appelle "les serviteurs de Dieu" ?

 

3. Dans l'Eglise et dans le monde. Je cite l'apôtre Pierre : "Si quelqu'un parle, que ce soit comme annonçant ce que Dieu a révélé (Segond 21) ; si quelqu'un remplit un service, qu'il le remplisse selon la force que Dieu communique..." (1 Pi 4.11).

Je reviens un instant sur le cadre premier de notre ministère : s'agit-il de cadre de l'Eglise ou est-ce plus large ? Ce n'est pas si évident. Quand nous lisons : "Si quelqu'un remplit un ministère...", il est question d'un service ou d'un engagement qui correspond aux dons que Dieu a donnés à chacun. "Que chacun de vous mette au service des autres le don qu'il a reçu" (1 Pi 4.10). Chacun, c'est tous, mais il s'agit de chrétiens (cf. 1 Co 12.4-7). "Au service des autres" : il s'agit également des chrétiens, comme le dit aussi l'expression "les uns pour les autres", peu avant (1 Pi 4.8) ; comme le dit aussi Paul : c'est "pour l'utilité commune" (1 Co 12.7).

Le cadre et l'objectif, c'est clairement l'édification de la communauté (Cf. Ep 4.29). Le mot édification, dans ce contexte, ne signifie pas seulement "faire du bien", mais "construire un édifice", et il est question du corps de Christ, que les membres soient rassemblés ou isolés ! C'est clair dans le Nouveau Testament : les ministères (de la Parole, mais aussi dans le registre de la diaconie) sont pour l'Eglise !

Quant à l'Eglise, avec Christ "c'est tout un"5. Je cite Paul : "Comme le corps est un et a plusieurs membres, et comme tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu'un seul corps, ainsi en est-il de Christ" (1 Co 12.12). Il appelle 'Christ' l'Eglise : pas la tête de l'Eglise, mais l'Eglise elle-même !

Ainsi, Christ au coeur de mon ministère et de mes paroles, cela signifie notamment un ministère et des paroles dont Christ est à la fois la source et la finalité (1 Th 5.24). C'est par Lui et pour Lui : lui qui m'appelle, c'est Lui qui le fait..., de telle sorte que je suis tout à la fois acteur et témoin de cela. "Ce n'est pas vous qui parlerez, c'est l'Esprit de votre Père qui parlera en vous" (Mt 10.20).

Et quand je ne suis pas avec un (ou des) chrétien(s) ? Je suis toujours un serviteur de Christ, bien sûr, mais mon objectif n'est plus l'édification (dans le sens biblique du terme) ou la communion, c'est le témoignage. C'est sensiblement différent. C'est important aussi !

 

A ce sujet, je retiens quatre passages significatifs :

 

a. "Soyez toujours prêts à vous défendre, avec douceur et respect, devant quiconque vous demande raison de l'espérance qui est en vous" (1 Pi 3.15). Cela rejoint assez exactement la citation de François de Sales. Attendre qu'on nous interroge. Mais quand cela survient, être en mesure de dire une parole claire qui mentionne, d'une manière ou d'une autre, l'espérance que nous avons en Jésus-Christ.

 

b. "Si la trompette rend un son confus, qui se préparera au combat ?" (1 Co 14.8). Dans la lettre de Paul, il est clairement question de l'édification de l'Eglise. Mais on peut aussi entendre cette parole pour ce qui est du témoignage vis-à-vis de ceux du dehors. Je pense à toutes les formules diluées, passe-partout, tous ces mots importants dont le sens est flou... On ne prend pas beaucoup de risque, en les disant, mais que transmet-on ? Cela signifie-t-il que l'on a toujours une parole inspirée ? Non. Si on ne sait pas, il vaut mieux dire qu'on ne sait pas plutôt que de dire n'importe quoi. Je remarque que Dietrich Bonhoeffer recommande de ne pas livrer la vérité à ceux qui n'aiment pas la vérité. Il est arrivé que Jésus ne dise pas ce qu'il savait (Mt 21.27). Il y a aussi "les perles aux pourceaux" (Mt 7.6)....

 

c."Quand je dirai au méchant : Tu mourras ! si tu ne l'avertis pas, si tu ne parles pas pour détourner le méchant de sa mauvaise voie et pour lui sauver la vie, ce méchant mourra dans son iniquité, et je te redemanderai son sang" (Ez 3.18). Il s'agit de la maison d'Israël (v. 17). Mais cela peut avoir une implication plus large, aussi.

 

d. "Priez pour moi, afin qu'il me soit donné, quand j'ouvre la bouche, de faire connaître hardiment et librement le mystère de l'Évangile" (Ep 6.19. Cf. Co 4.3). Paul a prêché l'Evangile dans l'Eglise et au dehors. Avait-il besoin qu'on prie pour lui pour qu'il parle hardiment ? On a l'impression que non. Mais lui savait que oui, car il ne suffit pas de parler pour parler... Cela, tout le monde peut le faire.

 

4. D'abord écouter. Je voudrais terminer en parlant de l'importance de l'écoute. J'ai déjà cité l'Ecclésiaste : "Ne te presse pas d'ouvrir la bouche, et que ton coeur ne se hâte pas d'exprimer une parole devant Dieu ; car Dieu est au ciel, et toi sur la terre : que tes paroles soient donc peu nombreuses" (5.1).

Je cite Dietrich Bonhoeffer : "Le premier service que l'on doit au prochain est de l'écouter. De même que l'amour de Dieu commence par l'écoute de sa Parole, ainsi le commencement de l'amour pour le frère consiste à apprendre à l'écouter... Les chrétiens, et spécialement les prédicateurs, croient souvent devoir toujours « offrir » quelque chose à l'autre lorsqu'ils se trouvent avec lui ; et ils pensent que c'est leur unique devoir. Ils oublient qu'écouter peut être un service bien plus grand que de parler... Qui ne sait pas écouter son frère bientôt ne saura même plus écouter Dieu ; même en face de Dieu, ce sera toujours lui qui parlera... Nous devons écouter avec les oreilles de Dieu, afin de pouvoir nous adresser aux autres avec sa parole" (De la vie communautaire).

Je ne veux pas développer trop ce point, seulement partager ce que je dis aux visiteurs bénévoles de l'aumônerie hospitalière : Si vous écoutez attentivement ce que la personne vous dit – ce qui suppose qu'on peut l'interroger pour s'assurer qu'on l'a bien comprise, ou lui proposer d'aller plus loin – et s'il y a quelque chose à lui dire, cette chose vous sera donnée. Il y a donc une parole opportune qui sera peut-être donnée, conditionnée par une double écoute : l'écoute de la personne et l'écoute de Dieu. Bonhoeffer nous dit que c'est la même écoute, la même disposition.

Il y a à cela une application à la prière. Christ au coeur de mes paroles, cela concerne la prière aussi. Là aussi, il est écrit de ne pas multiplier les paroles (Mt 6.7). "Nous ne savons pas ce qu'il convient de demander dans nos prières, dit Paul (Ro 8.26), mais l'Esprit...". Il est évident que la prière est constituée autant d'écoute que de paroles. Et là encore, je crois que l'écoute permet de dire la prière opportune : la prière que Dieu exauce, c'est celle qu'il inspire ! Jean le dit clairement (Jn 15.7 ; 1 Jn 5.14-15).

La question pourrait être celle-ci : Le Seigneur peut-il dire 'amen' à ma prière ?

Ce que je rappelle là, ce n'est rien d'autre que le message de la grâce. Tout vient de Dieu ! "Sans moi, vous ne pouvez rien faire". En suis-je réellement persuadé ?

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1La traduction de la liturgie romaine dit : " Ce que dit la bouche, c'est ce qui déborde du coeur". C'est bien dit.

2La traduction Segond révisée dite "de Genève" (1979) dit : "C'est avec jalousie que Dieu chérit...". La TOB dit : "Dieu désire jalousement...". La Bible en français courant dit : "Dieu réclame avec jalousie...".

3 Jacques aussi : "Nous bronchons tous de plusieurs manières. Si quelqu'un ne bronche pas en paroles, c'est un homme parfait, capable de tenir tout son corps en bride" (Jc 3.2).

4Ce verset tend à démontrer (comme beaucoup d'autres) que le terme prochain désigne les membres du peuple de Dieu.

5"M'est avis que Christ et l'Eglise, c'est tout un". Parole attribuée à Jeanne d'Arc.

 

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Christ au coeur de mon ministère (2)

 

 

2. Christ au coeur de mon ministère

J'ai cité Saint François de Sales pour introduire le premier temps de réflexion. Je voudrais introduire ce second temps avec une citation de Martin Luther. Il dit : "C'est Dieu qui lange l'enfant et lui donne la bouillie, mais il le fait par les mains de la mère". Cette simple phrase dit beaucoup. Jean Calvin exprime la même pensée avec d'autres mots : "Dieu met l'enfant dans les bras de la mère et dit : Prends soin de lui de ma part, maintenant".

 

1. Le principe de délégation. Tout ministère (toute vocation, dirait Luther, à commencer par celles d'époux-épouse ou de parent, mais aussi celle de cultivateur, de boulanger, de magistrat, d'enseignant...) vient de Dieu et est exercé au nom de Dieu, c'est-à-dire de sa part. C'est la vraie légitimité, le vrai sens, la posture correcte.

On pourrait appeler cela 'la vision chrétienne du monde' : c'est Dieu qui le fait, mais il le fait par les mains de quelqu'un, croyant ou pas. C'est toute l'humilité mais aussi toute la grandeur du service accompli, quel qu'il soit. L'humilité car c'est la position des serviteurs et des servantes : le contraire de l'instinct de propriété, de la vanité, de la prétention... La grandeur, c'est celle de participer à quelque chose de beaucoup plus grand qu'il ne semble1 ; c'est aussi le contraire de la vulgarité, de la légèreté, de la lâcheté, de l'indécision, de l'égocentrisme...

Aussi par les incroyants ? Oui. Paul le dit pour les magistrats (Ro 13.4). Cela se fait alors de manière implicite, pourrions-nous dire. Cela relève de la grâce commune. Ce n'est pas une grâce à salut, mais c'est une grâce quand même et elle est précieuse. "Méchants comme vous êtes, vous donnez de bonnes choses à vos enfants", dit Jésus (Mt 7.11). C'est de la part de Dieu !

Un des constats, c'est que des non-chrétiens peuvent faire de cette grâce commune un usage excellent, meilleur que celui de certains chrétiens négligents... La Bible même en témoigne. Nous rencontrons des non-chrétiens admirables, dévoués, généreux, consciencieux. C'est une grâce que Dieu leur accorde et nous accorde au travers d'eux. Est-ce que cela fait d'eux des chrétiens ? Non.

Est-ce que cela signifie que l'amour (de Dieu) est dans leur coeur ? Je crois que non et m'appuie pour cela sur le début d'1 Corinthiens 13 : des oeuvres admirables peuvent être réalisées sans amour. C'est ainsi. Elles sont admirables, mais il manque l'essentiel. Evidemment, je ne me place pas, pour dire cela, sur le terrain social ou humanitaire – que je ne dénigre pas pour autant.

Il y a un homme dans l'Evangile qui a compris d'une manière admirable (Jésus l'a admiré !) le principe de délégation. C'est le centenier de Luc 7. Cet homme est un craignant Dieu : il aime la nation d'Israël, se soucie de son serviteur et ne s'estime pas digne de recevoir Jésus dans sa maison. Dieu lui a révélé qui était Jésus, à qui il déclare : Dis un mot et mon serviteur sera guéri. Comment explique-t-il cela ? Par le principe de délégation : "Moi qui suis soumis à des supérieurs, je dis à mon serviteur : Fais ceci, et il le fait..." (Lc 7.8).

 

2. Christ ou les hommes ? Christ au coeur de mon ministère.Cela paraît tellement évident qu'on pourrait trouver superflu d'en parler. Et pourtant... Quand je reviens d'une pastorale, ma fille Laëtitia me demande : Alors, vous avez parlé de Jésus ou de l'Eglise ? Pour diverses raisons, on a tellement mis l'homme au coeur et comme finalité du service, que Dieu en est parfois devenu un élément secondaire, accessoire. Sous le prétexte de bien communiquer, d'être intégré, d'être en phase, on a passé sous silence ce qui avait peu de chance d'être compris par les incroyants. Au moins, on n'est pas persécuté ! Et pour se démarquer du matérialisme ou du tout économique, on fait de l'homme la référence majeure, comme tout le monde ou presque... "Le spirituel, c'est l'humain". Ah bon ?

On en est arrivé, parfois, à une sorte d'horizontalité du message, ramené à sa dimension culturelle (respecter chaque tradition), sociale ("le pauvre, c'est Christ"), psychologique (tous les discours sur les "représentations de Dieu" ou le développement de soi), immédiate ("peu importe l'espérance, ce qui compte, c'est maintenant"), pour en arriver à la "spiritualité sans Dieu" ("Nous n'avons pas le monopole de la spiritualité"). Mon sentiment, c'est que tout cela répond à l'attente de ceux qui n'ont pas soif – ou de ceux qui ont été blessés par des attitudes excessives dans l'autre sens, il est vrai. Mais ceux qui ont soif, ceux qui cherchent, ceux-là devront chercher encore2.

Vous m'entendez parler de cela avec un air critique. Je ne cacherai pas que j'ai beaucoup appris au contact de cette école de penser. Mais j'en ai vu les limites, aussi. Et une des questions qui ont surgi a été celle-ci : Qu'en est-il du principe de délégation ? Autrement dit : Qui est premier, Dieu ou moi ? Dieu ou nous ?Cela change tout3. Est-il anodin, en théologie, de se servir principalement des outils des sciences humaines, comme si là résidaient les clés pour la meilleure compréhension de la révélation biblique ?

 

3. L'équipement des saints (Ep 4.11). Le point que je veux évoquer ici peut paraître délicat à certains. Les ministères ne sont pas pour le monde, ils sont pour l'Eglise. Y compris celui d'évangéliste, y compris celui du diacre, y compris celui d'aumônier – comme le veut d'ailleurs l'esprit de la loi. Cela ne signifie pas que nous demeurons cloîtrés dans des lieux confinés, car l'Eglise est partout !

Cela est visible dans les lettres de Paul. Quel voyageur ! Quel esprit large ! Il est l'apôtre des païens : il est "hors des murs". Mais son objectif est toujours l'Eglise, les chrétiens, les "frères" (Ro 15.25-26) et ceux que Dieu appelle à le devenir (Ac 13.48-49 ; 18.9-10), avec ces trois objectifs principaux qui résument l'ensemble de ses écrits : l'unité spirituelle, l'amour fraternel et la sainteté de vie. Si l'Eglise vit cela, quand bien même elle serait petite et dispersée, elle sera un chandelier qui éclaire ceux qui sont autour – non pas pour créer un monde meilleur, mais pour attirer à Jésus-Christ. "Ils verront que vous êtes mes disciples"(Jn 13.35).

Un mot contient cela : le mot 'édification' qui n'a pas, dans le Nouveau Testament, le sens individualiste que nous connaissons ("ce livre m'édifie"), mais qui a toujours un sens communautaire : être édifiés ensemble, comme un corps (Ep 2.20-21). Pourquoi est-il important de rappeler cela : à cause de l'unité qui existe entre l'Eglise en tant que corps et la personne même de Jésus-Christ. C'est tout un ! (lire 1 Co 12.12). En ce sens, servir l'Eglise (je ne parle pas tellement de l'institution ici) et servir les frères, c'est servir Christ, directement !

Quand j'aime et visite mon frère ou ma soeur chrétien, c'est Christ que j'aime et visite, c'est Christ qui l'aime et le visite. Cela ne devrait jamais être oublié.

Comme aumôniers militaires, nous pouvons comprendre ce que signifie équiper un soldat en vue d'unemission. Tout un programme : rendre apte, donner les outils, etc. C'est autre chose que seulement dire des phrases ou être sympas... C'est autre chose que seulement accompagner. Accompagner est important mais ne suffit pas. La focalisation sur l'accompagnement retient la dimension des blessures et du confort (qui est légitime), mais elle met en oubli la dimension de la responsabilité, de la vocation, de la participation à l'oeuvre, avec tous les écueils de la victimisation et de l'assistanat que nous observons aujourd'hui.

 

4. L'opprobre et l'honneur. A la vocation de chrétien sont possiblement attachés un grand honneur..., mais aussi de l'opprobre. Deux occasions de chute, reconnaissons-le.

L'honneur. "Vous m’avez accueilli comme un envoyé de Dieu, comme Christ Jésus"écrit Paul (Ga 4.14). C'est la dimension des ambassadeurs ! Celui qui est envoyé porte une partie de l'honneur, de l'autorité même, de celui qui l'envoie. "Qui vous reçoit me reçoit, et qui me reçoit reçoit Celui qui m'a envoyé", dit Jésus (Mt 10.40). Cela nous concerne ! C'est incroyable, cette parole ! Il m'arrive de dire, quelques fois, au chevet des personnes que je visite : Aujourd'hui, Jésus s'est approché de vous pour vous dire quelque chose. Je ne me prends pas pour le Seigneur. Mais je me souviens des promesses de Jésus. Et j'essaie de prendre mon ministère au sérieux. "Que par ma bouche tes paroles soient données" dit le cantique.

Tellement d'honneur qu'il faut bien que nous soyons humiliés aussi, comme Jean-Baptiste, comme Paul (2 Co 12.7), pour ne pas devenir des personnes insupportables...

L'opprobre. Ou l'ignominie. "Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite : Le serviteur n'est pas plus grand que son maître. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; s'ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre" (Jn 15.20). Auparavant, Jésus a utilisé le verbe haïr. "Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï avant vous" (15.18). On ne le cite pas souvent. Cela ne semble pas positif. Cela fait "secte"4.

On aimerait plaire à tous. On confond aimer et plaire. C'est la raison pour laquelle les parents ne corrigent plus leurs enfants. Vous vous souvenez de ce que Paul écrit à ce sujet : "Et maintenant, est-ce la faveur des hommes que je désire, ou celle de Dieu ? Est-ce que je cherche à plaire aux hommes ? Si je plaisais encore aux hommes, je ne serais pas serviteur de Christ" (Ga 1.10).

Il y a donc ce paradoxe dans l'Ecriture : nous devons avoir devant les autres une attitude irréprochable (Ph 2.14-15 ; 1 Pi 2.12), et même jouir d'une bonne réputation (1 Tm 3.7) ; et en même temps accepter d'être vilipendé, regardés comme moins que rien : "Nous sommes devenus comme les balayures du monde, le rebut de tous, jusqu'à maintenant" (1 Co 4.13)... à cause de Christ ! Etait-ce uniquement pour autrefois ? Pourquoi serait-ce uniquement pour autrefois ?

Et pour équiper les chrétiens, c'est-à-dire pour leur donner envie de marcher sur cette voie-là, il est évident que nous devons y marcher nous-mêmes (1 Jn 2.6). On pense à Jean le Baptiste...

 

5. Un mot sur l'espérance. Ce n'est pas dans l'air du temps. Je me souviens d'un repas à Canjuers à la table du chef de corps. Nappes blanches et verres à pied. Comme l'aumônier était là, on a parlé de valeurs chrétiennes et de sujets semblables. A la fin du repas, le colonel s'est levé : C'est bien beau tout ça, mais il faut maintenant passer aux choses sérieuses ! Il s'agissait que les chars soient prêts pour la manoeuvre.

L'espérance, c'est ce qui conditionne la marche aujourd'hui. Paul le dit : "Si les morts ne ressuscitent pas, mangeons et buvons car demain nous mourrons..." (1 Co 15.32). Or, je sens des doutes dans les esprits au sujet de l'espérance chrétienne. "Un Tiens vaut mieux que deux Tu l'auras". En fait, si toutes les traditions religieuses sont justes, elles sont également toutes fausses. Que reste-t-il ? Or, je l'ai dit, l'espérance conditionne la marche. S'il n'y a rien devant, on s'arrête.

Cela est dit d'une manière très claire dans la lettre aux Hébreux : "Nous donc aussi, puisque nous sommes environnés d'une si grande nuée de témoins, rejetons tout fardeau, et le péché qui nous enveloppe si facilement, et courons avec persévérance dans la carrière qui nous est ouverte, ayant les regards sur Jésus, le chef et le consommateur de la foi, qui, en vue de la joie qui lui était réservée, a souffert la croix, méprisé l'ignominie, et s'est assis à la droite du trône de Dieu. Considérez, en effet, celui qui a supporté contre sa personne une telle opposition de la part des pécheurs, afin que vous ne vous lassiez point, l'âme découragée. Vous n'avez pas encore résisté jusqu'au sang, en luttant contre le péché. Et vous avez oublié l'exhortation qui vous est adressée comme à des fils : Mon fils, ne méprise pas le châtiment du Seigneur, et ne perds pas courage lorsqu'il te reprend..." (Hé 12.1-5).

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Je crois que je suis dans le sujet. La question qui peut être posée est encore celle-ci : Christ peut-il dire amen à ma manière de vivre et à mon ministère ? Etre approuvé de Dieu ! A commencer quand je reconnais mes fautes. Mais aussi quand je marche fidèlement. Est-ce contraire à la grâce ? Je ne le crois pas5.

 

1Cf. Le tailleur de pierres : "Je bâtis une cathédrale".

2John PIPER, Replacer Dieu au coeur de la prédication (Ed. BLF, 2012). Graeme GOLDSWORTHY, Christ au coeur de la prédication (Excelsis, 2005).

3Je pense au terme 'frère', utilisé actuellement à toutes les sauces, à la manière d'un remède miracle. Dans la même phrase, parfois, on le trouve pour désigner la fraternité en Christ, la fraternité citoyenne et la fraternité 'en humanité'. Tout cela est-il équivalent ? Est-ce vraiment sérieux ?

4Cf. La demande des institutions : oeuvrer pour le "vivre ensemble". Cf. L'aumônerie hospitalière au Canada...

5 Ici, je voudrais rapidement évoquer deux écoles concernant le rapport entre la vie personnelle et le ministère. Je schématise : il y a l'école réformée, qui distingue les deux (sans les séparer, toutefois) et qui souligne que la puissance est dans la Parole elle-même et pas dans le ministre. Dieu utilise les plus faibles, car c'est Lui qui fait l'oeuvre, essentiellement. Il y a aussi l'école méthodiste qui dit, en substance, qu'un serviteur de Dieu ne pourra jamais amener quiconque plus loin que là où il est arrivé lui-même. Si ce qu'il dit vient du coeur, il touchera les coeurs. S'il est brisé, il peut prêcher le brisement ; s'il est consacré, il peut prêcher la consécration.(On peut lire E.M. Bounds : Puissance par la prière. http://sentinellenehemie.free.fr/embounds15.htm). Il me semble que les deux sont vrais. Le récit d'Actes 19.13-16 illustre bien le lien qui existe entre la vie personnelle et le ministère.

 

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Christ au coeur de mon ministère (1)

 

 1. Christ au coeur de ma vie personnelle

Le Frère Roger, de Taizé, a dit : "Tu dois témoigner de ta foi au Christ, tous les jours. Au besoin, sers-toi de mots. Ne parle du Christ qu’à ceux qui t’interrogent. Mais vis de telle façon qu’on t’interroge !" Cette parole est d'abord attribuée à St François de Sales (1567-1622).

 

1. Tous concernés. Cette phrase n'est-elle adressée qu'à ceux qu'on appelle généralement "les serviteurs de Dieu" ? Non, elle est adressée à tous les chrétiens, sans exception – comme la grande majorité des lettres du Nouveau Testament. C'est sans doute un des drames de l'Eglise instituée que d'avoir confisqué ce qui appartient normalement à l'ensemble des disciples de Christ au profit des ministères établis1. Et cela n'est pas le seul fait de l'Eglise romaine. Non seulement la vocation des chrétiens ne devrait pas être confiée aux seuls pasteurs, mais une des missions spécifiques des pasteurs est de faire en sorte que chaque chrétien ne demeure un enfant toute sa vie mais entre lui-même dans son propre ministère.

 

a. La dimension des modèles. Je sais que ce n'est pas à la mode, mais voyez-vous, s'il n'y a pas de modèles, nous parlerons pour pas grand chose. "Vis de telle façon qu’on t’interroge !"

Paul écrit à Timothée : Que personne ne méprise ta jeunesse ; mais sois un modèle pour les fidèles, en parole, en conduite, en charité, en foi, en pureté" (1 Tm 4.12. Cf. Ti 2.7). On est bien dans notre sujet. Mais voilà que Paul écrit aussi aux chrétiens de Thessalonique : "... vous êtes devenus un modèle pour tous les croyants de la Macédoine et de l'Achaïe" (1 Th 1.7). C'est plutôt positif, n'est-ce pas ? Nous sommes beaucoup plus observés que nous le croyons. Ce que je vis prêche plus fort que ce que je dis ! Ce qui ne signifie pas qu'il ne faille rien dire !

Je pense aux mots : 'irréprochable'2, 'irrépréhensible'3, que l'on trouve dans les lettres de Paul, et qui sont placés devant chaque chrétien. Cela non plus n'est pas dans l'air du temps. On se vante plutôt de ses défauts, aujourd'hui. Paul, lui s'en lamentait. N'avait-il donc rien compris à la grâce de Dieu ? Mais la grâce de Dieu est justement ce qui nourrit le désir de marcher "comme Christ a marché" (1 Jn 2.6).

On a parfois tronqué la formule de Luther en retenant : "Toujours pécheur, toujours justifié" - en oubliant le "toujours repentant" qui se trouve entre les deux ! C'était pour éviter de parler du péché. La question pourrait se poser aujourd'hui : percevons-nous la repentance comme un amoindrissement de l'être humain ou comme une voie d'affranchissement, de restitution de notre véritable identité ? – à condition qu'elle ne soit pas le fruit d'une manipulation, bien entendu. Je pense au petit livre de Basiléa Schlinck, soeur de Darmstadt : Le repentir, secret d'une vie bienheureuse.

 

b. La dimension de la responsabilité individuelle. "Vis de telle sorte qu'on t'interroge".C'est une parole que j'entends d'abord pour moi, puis que je peux dire à quelqu'un d'autre. Savoir dire oui et savoir dire non, quand il faut4. Déjà l'enfant dans la cour de l'école. Savoir faire corps et savoir se démarquer. Parler aux consciences ! Sans arrogance. Ce n'est rien d'autre que l'esprit prophétique à la portée de tous les disciples de Christ. Tous ! "Puisse tout le peuple de l'Éternel être composé de prophètes ; et veuille l'Éternel mettre son esprit sur eux !" (Nb 11.29). Y a-t-il un domaine où cette phrase ne puisse pas être prononcée ?

"Seulement, conduisez-vous d'une manière digne de l'Evangile de Christ", écrit Paul (Ph 1.27). Le mot 'digne', en grec, pourrait être rendu par : qui a du poids. Le contraire de léger ! Ne soyons pas légers ! Ne rendons pas l'Evangile léger...

 

2. La dimension du coeur. Je m'appuie sur le contenu du Sh'ma Israël qui pourrait se résumer ainsi : "Ces commandements que je te donne aujourd'hui seront dans ton coeur et dans ta maison" (Dt 6.6ss). On pourrait en parler très longuement.

 

a. C'est quoi, le coeur ? "Garde ton coeur plus que toute autre autre chose, car de lui viennent les sources de la vie" (Pr 4.23). Je ne prétends pas répondre avec une parfaite exactitude à cette question. Mais peut-on se contenter d'une compréhension vague5, celle des magazines par exemple ?

Je cite quelques versets avant de partager ma compréhension, en me limitant à l'Evangile de Matthieu. Ecoutons (avec notre coeur).

"Heureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu !" (5.8).

"Là où est ton trésor, là aussi sera ton coeur" (6.21).

"C'est de l'abondance du coeur que la bouche parle" (12.34).

"Le coeur de ce peuple est devenu insensible. Ils ont endurci leurs oreilles, et ils ont fermé leurs yeux, de peur qu'ils ne comprennent de leur coeur, qu'ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse" (13.15).

"Le malin vient et enlève ce qui a été semé dans son coeur" (13.19).

"Ce peuple m'honore des lèvres, mais son coeur est éloigné de moi" (15.8).

"Ce qui sort de la bouche vient du coeur, et c'est ce qui souille l'homme" (15.18).

"C'est du coeur que viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les impudicités, les vols, les faux témoignages, les calomnies" (15.19).

"Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, et de toute ta pensée" (22.37).

Dans cette dernière parole, je pense que le coeur, l'âme et la pensée sont bien sûr étroitement liés et constituent, ensemble, la personne tout entière. Cependant, je ne pense pas que ces termes soient équivalents. Pas plus que dans cette parole de Paul : "Que votre être tout entier, l'esprit, l'âme et le corps, soit conservé irrépréhensible..." (1 Th 5.23). Soma–le corps, psyché–l'âme, pneuma–l'esprit ne peuvent être confondus, même si la Bible ne s'exprime pas comme un traité d'anthropologie, même si chacun des trois peut définir la personne dans son entier6.

N'importe qui comprend ce qu'est le corps (encore que...) ; n'importe qui comprend ce qu'est l'âme (encore que...). Le corps et l'âme se touchent, c'est évident, et interfèrent l'un sur l'autre en permanence, en contact étroit avec ce qui nous entoure. Mais l'esprit ? Les animaux ont un corps et une âme. L'esprit est le propre de l'homme. L'esprit n'est pas sans l'âme, ni même sans le corps. Mais quelle est sa spécificité ? Il me semble qu'on peut dire ceci : tandis que le corps et l'âme sont naturellement sollicités, tournés et nourris d'eux-mêmes et de leur environnement, l'esprit reçoit de Dieu. "L'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu" (Ro 8.16).

Le coeur, me semble-t-il, est le lieu où réside l'esprit/Esprit. "Notre coeur ne brûlait-il alors qu'il nous expliquait les Ecritures en chemin ?" (Lc 24.32. Cf. Jc 4.5). "L'amour de Dieu est versé dans nos coeurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné" (Ro 5.5).

Que savons-nous de notre coeur, finalement ? Quels en sont les accès ? Nous risquons de vivre une grande partie de notre temps à la périphérie de nous-mêmes. Tout nous y pousse ! Mais c'était déjà le cas pour le fils prodigue, avant qu'il soit "rentré en lui-même" (Lc 15.17). Dans mon ministère d'aumônier hospitalier, je vois des personnes de 80 ans qui découvrent la dimension du coeur (c'est-à-dire de l'esprit/Esprit, de Dieu et finalement d'eux-mêmes), quelques jours seulement avant de mourir.

Pouvons-nous comprendre la différence de nature entre la paix "psychique" et la paix "de l'esprit" ? Entre la joie psychique et la joie de l'Esprit ? Entre l'amour psychique et l'amour que verse l'Esprit ? Ils se ressemblent comme un faux billet ressemble à un vrai ! Et si nous nous trompions, bien souvent...

A la dimension du coeur est liée celle du brisement. "Dieu ne dédaigne pas un coeur contrit"(Ps 51.19). Cela non plus n'est pas dans l'air du temps. Je vais quand même le dire en une phrase : Autant de brisement, autant de puissance dans le ministère par la présence vivante et vivifiante de Jésus-Christ7.

 

b. La dimension de la maison8. "Ces commandements seront dans ton coeur et dans ta maison. Tu les inculqueras à tes enfants. Tu en parleras quand tu te lèveras et quand tu te coucheras..." (Dt 6.6ss). C'est Christ dans ma vie personnelle !9

Christ au coeur de mon ministère. En tant que pasteurs, nous avons un mandat spécifique. En un sens, je le redis, c'est celui de tous les chrétiens. C'est déjà beaucoup ; commençons par cela. Si le non-chrétien peut témoigner de la grâce de Dieu de manière implicite (on pourrait dire : à son corps défendant), le chrétien témoigne de la grâce de Dieu de manière explicite – même s'il ne dit pas qu'il est chrétien de manière explicite.

Qu'il le dise ou pas, si un chrétien est chrétien, on sait qu'il est chrétien, même dans l'état de laïcité qui est le nôtre10. En tout cas, on devrait savoir qu'il est chrétien. Quelques uns se moqueront de lui, du moins à certains moments ; d'autres viendront le trouver pour l'interroger, comme le fit Nicodème. Il pourra aussi arriver que celui qui s'est moqué le matin vienne sérieusement poser une question le soir même... Je l'ai vu. C'est ce que dit François de Sales.

La maison, c'est le réalisme de l'Ecriture. On pourrait développer cela longuement. Le Dieu de la Bible est le Dieu des maisons. "Moi et ma maison, nous servirons l'Eternel" (Jos 24.15). "Quand tu pries, entre dans ta chambre..." (Mt 6.6). "Maris, usez de sagesse envers vos épouses, afin qu'il n'y ait pas d'obstacle à vos prières" (1 Pi 3.7). "Il faut que l'ancien dirige bien sa propre maison ; sinon, comment prendra-t-il soin de l'Eglise de Dieu ?" (1 Tm 3.4-5). Je n'allonge pas. Je pense que nous avons de quoi échanger.

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1"Les pasteurs ne sont pas faits prêtres au milieu des fidèles, car tous le sont ! " Martin Luther.

21 Co 1.8 ; Ph 1.10 ; 2.15 ; 1 Th 3.13 ; 1 Tm 3.2 ; 5.7 ; Ti 1.6, 7. Appliqué aux serviteurs de Dieu , mais aussi à tous.

3Ep 1.4 ; 5.27 ; Ph 2.15 ; Co 1.22 ; 1 Th 5.23 ; 2 Pi 3.14 ; Jude 1.24. Même remarque que ci-dessus.

4 Le règlement militaire prévoit une clause de désobéissance en cas d'ordre inique... "Je voudrais bien vous obéir, mais je dois d'abord obéir à Dieu" (Ac 4.19-20 ; 5.29).

5Comme on le fait avec d'autres mots importants, comme le mot 'prochain', par exemple...

6Oscar Cullmann a contribué à rétablir la distinction entre l'âme et l'esprit, en distinguant la pensée grecque de la pensée hébraïque, notamment dans son livre : Immortalité de l'âme ou Résurrection des morts ?, Delachaux et Niestlé, 1956.

7Cette présence est rendue effective par le Saint-Esprit (Jn 14.12-21. Cf. 15.7). Je songe à cette parole de Napoléon : "Il existe deux forces dans le monde : l'épée et l'esprit. Mais à la fin, celle qui l'emporte, c'est l'esprit".

8 J'ai apporté vingt heures de cours au Sénégal sur ce thème, il y a quelques mois.

9 Prenez le Psaume 119 qui mentionne la Parole de Dieu et ses commandements dans chacun de ses 176 versets : vous pouvez chaque fois remplacer le terme qui les désigne par le nom de Jésus-Christ !

10Je pense à ce qu'écrit Isabelle Lévy, formatrice en milieu hospitalier : "L'infirmière croyante doit laisser sa foi aux vestiaires".

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12 octobre 2017

Joie et tristesse dans le coeur de Dieu

 

 

Joie et tristesse dans le coeur de Dieu

 

Charles NICOLAS

 

Quand on a prévu ce sujet, il y a un an, je me suis dit que ce serait un sujet facile. Puis, au fur et à mesure que la date approchait... Mais nous sommes entre nous et je vais parler simplement de ce thème qui paraît anodin et qui ne l'est pas.

Puisque nous sommes entre nous, je vais commencer en relatant deux souvenirs personnels parmi les plus anciens. Le premier, c'est l'instruction biblique que j'ai reçue de ma mère – d'origine catholique et qui n'est pratiquement jamais allée à l'école – notamment quand elle a lu avec moi le récit de Caïn et Abel. Je devais avoir 3 ou 4 ans. Je me souviens notamment de ce passage : "Au bout de quelque temps, Caïn fit à l'Éternel une offrande des fruits de la terre ; et Abel, de son côté, en fit une des premiers-nés de son troupeau et de leur graisse. L'Éternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande, mais il ne porta pas un regard favorable sur Caïn et sur son offrande. Caïn fut très irrité, et son visage fut abattu " (Gn 4.3-5). Je me suis dit : Pourquoi Dieu a-t-il accepté l'offrande d'Abel et pas celle de Caïn ? Est-ce juste ? Qu'est-ce que cela veut dire ? Je savais que Dieu est parfait. Mais là... Il faut attendre l'épître aux Hébreux pour apprendre qu'Abel a offert un sacrifice avec foi, et pas Caïn. Là, j'avais appris que Dieu est tout sauf indifférent.

Le second souvenir (j'avais entre 5 et 8 ans), c'était le culte dans l'Eglise réformée, en Provence, la liturgie et la lecture des Dix commandements, tous les dimanches, avec ce verset : "Tu ne te feras point d'image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras pas devant elles, et tu ne les serviras point ; car moi, l'Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux..." (Ex 20.4-5).

Un Dieu jaloux ? J'entendais plutôt ma mère me dire que la jalousie était un vilain défaut. Je savais que Dieu était bien sûr parfait, mais... J'ai eu la confirmation que Dieu est tout sauf indifférent. Y compris le Dieu du Nouveau Testament. "C'est avec jalousie que Dieu chérit l'Esprit qu'il a fait habiter en nous" (Jc 4.5)1.

On dit volontiers que les Psaumes offrent une riche palette des sentiments humains. J'ai envie de dire que tout le reste de la Bible offre une large palette des sentiments que Dieu éprouve !

Y songeons-nous assez ?

 

1. Différence et ressemblance

Mon professeur d'hébreu à la faculté de théologie d'Aix-en-Provence, Franck Mickaëli, a écrit un jour : "Dieu a fait l'homme à son image, mais l'homme le lui a bien rendu". On comprend ce que cela veut dire : l'homme s'est souvent représenté Dieu comme ressemblant aux hommes : une sorte de "Bon Dieu", une espèce de père Noël céleste ou de Père fouettard, selon les tendances... Nous sourions, mais la tentation peut exister partout, même à notre insu.

En un sens, la conversion produit – ou nécessite – une conversion de notre regard sur Dieu : Dieu est probablement assez différent de ce que nous imaginons, même quand nous le connaissons, différent de l'image que nous nous faisons de lui2. Regardez combien souvent les disciples ont été étonnés en observant, en écoutant Jésus. Ce fut le cas de Saul sur le chemin de Damas : sidéré, terrassé ! Songez aussi à la vision d'Esaïe qui s'écrie : "Malheur à moi ! Je suis perdu ! Car je suis un homme dont les lèvres sont impures, et j'ai vu le Roi, l'Eternel des armées !" (6.5). Il fallait donc commencer, pour le prophète et tous les autres, par abandonner l'image erronée qu'ils avaient de Dieu : à la fois proche et tout différent, tout différent et proche...

En fait, nous partons tous de quelque part. Nous avons tous eu un papa. Même s'il a été absent : nous avons eu un papa absent ; ou présent, mais comme ceci ou comme cela... Je me souviens d'un pasteur qui disait : Je ne demande jamais rien à Dieu, parce que quand nous étions enfants, nos parents nous donnaient ce dont nous avions besoin, et il ne fallait pas demander. C'était peut-être un peu dommage. Mais aujourd'hui, il y a des enfants qui assaillent leurs parents en réclamant sans cesse non pas ce dont ils ont besoin, mais ce dont ils ont envie ! Est-ce mieux ? Et ils feront pareil avec Dieu : "Je veux ça !".

Notre vision de Dieu doit sans cesse être rendue plus conforme à ce qu'il a lui-même révélé. Ce qu'il a révélé dans sa Parole ; ce qu'il a révélé en Jésus-Christ (Co 1.15 ; Hé 1.1-2). Ce Jésus-Christ qui peut dire à Philippe : "Celui qui m'a vu a vu le Père" (Jn 14.9). Notre vision de Jésus elle-même doit être corrigée sans aucun doute, car il y a beaucoup de paroles de Jésus que nous laissons de côté...

Souvent, les hommes se sont appuyés sur des modèles terrestres pour se représenter Dieu, un Dieu qui reflète leurs cultures, leurs rêves... Tout cela nourrit des fantasmes ou une religiosité, mais pas la foi. Seul ce qui est juste et vrai nourrit la foi3.

La Bible dit clairement que Dieu est esprit (Jn 4.24). Il n'est pas semblable à un homme (Nb 23.19). Il n'a pas de commencement ni de fin. Il est pure lumière, de telle sorte que la lumière du soleil n'est rien, à côté. Pour autant, il n'est pas seulement une énergie, comme on le suggère aujourd'hui. C'est un Dieu personnel, c'est un Dieu qui a une volonté, qui voit, qui entend. "Celui qui a planté l'oreille n'entendrait-il pas ? Celui qui a formé l'oeil ne verrait-il pas ?" (Ps 94.9). Il est aussi la source de l'Amour ! Cela, nous pouvons le dire, pas parce que cela nous fait plaisir, mais parce que c'est écrit. Dieu lui-même nous le fait savoir !

Ainsi, on ne peut pas dire :Dieu ressemble aux hommes, mais on peut dire :L'homme ressemble à Dieu !Cela est dit clairement : "Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance" (Gn 1.26).

Etre créé à l'image et à la ressemblance d'un Dieu unique et personnel, c'est la garantie pour chaque individu d'être regardé comme un être unique et personnel ! Vous imaginez si on oublie cela ? C'est aussi rappeler la différence fondamentale qui existe entre l'homme et les animaux... C'est capital.

Il existe donc deux écueils : confondre le Créateur et la créature (Cf. Ro 1.25) en humanisant Dieu ou en divinisant l'homme, ce qui revient à pratiquer une forme d'idolâtrie ; ou oublier la ressemblance. Les deux dérives sont fréquentes et portent à conséquence. Si Dieu n'est qu'une énergie impersonnelle et si l'homme est un animal évolué, la ressemblance a disparu ! Il y a à cela de très nombreuses implications, dans le domaine éthique notamment.

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Deux facteurs distinguent radicalement l'homme et Dieu : le statut de créature et l'état de péché. Il ne faut jamais l'oublier. Malgré cela, nous pouvons parler de ressemblance. On pourrait dire ainsi : la différence est plus grande que ce qu'on pense. Je cite l'Ecclésiaste : "Ne te presse pas d'ouvrir la bouche, et que ton coeur ne se hâte pas d'exprimer une parole devant Dieu ; car Dieu est au ciel, et toi sur la terre" (5.2). La ressemblance aussi ! Je cite Esaïe : "Comme un homme que sa mère console, ainsi je vous consolerai". C'est Dieu qui parle à son peuple (Es 66.13).

La différence ? Esaïe encore :"Une femme oublie-t-elle l'enfant qu'elle allaite ? N'a-t-elle pas pitié du fruit de ses entrailles ? Quand elle l'oublierait, moi je ne t'oublierai pas" (Es 49.15). Mais en affirmant la différence, Esaïe dit aussi une ressemblance !

La différence ? Jésus dit : "Le mercenaire, à qui n'appartiennent pas les brebis, voit venir le loup, abandonne les brebis, et prend la fuite ; et le loup les ravit et les disperse. Le mercenaire s'enfuit, parce qu'il est mercenaire, et qu'il ne se met point en peine des brebis. Moi, je suis le bon berger" (Jn 10.11-13). Là aussi, en affirmant la différence, Jésus dit une ressemblance en se comparant à un berger proche de ses brebis : elles font partie de sa vie. Je pense encore à cette parole de Paul : "Dieu m'est témoin que je vous chéris tous avec la tendresse de Jésus-Christ" (Ph 1.8). La tendresse de Christ, c'est celle de Paul ou celle de Christ ? C'est celle de Christ, mais à travers Paul, qui dit "Je vous chéris tous !". Si ça ce n'est pas une ressemblance !

Le Psaume 103 dit : "Comme un père a compassion de ses enfants, l'Éternel a compassion de ceux qui le craignent" (v.13). Le mot compassion, en hébreu, désigne les entrailles maternelles qui s'émeuvent, le sein qui se penche sur l'enfant. Comment mieux dire la ressemblance véritable qui existe entre Dieu et les hommes, malgré la différence ?

2. La proximité

On se souvient de la parole de Paul :"Le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien..." (Ph 4.5-6). Le mot 'proche' peut être entendu dans le sens temporel (il vient bientôt, promptement) ou dans un sens spatial (il est auprès de vous). Les deux sens sont proches (!), finalement, avec la même conséquence : Ne vous inquiétez de rien ! Vous voyez que notre compréhension de Dieu a des implications directes sur notre vie4.

On s'approche de notre sujet. Jésus a dit : "Quand on vous livrera, ne vous inquiétez ni de la manière dont vous parlerez ni de ce que vous direz : ce que vous aurez à dire vous sera donné à l'heure même ; car ce n'est pas vous qui parlerez, c'est l'Esprit de votre Père qui parlera en vous" (Mt 10.19-20).

Dans le même sens, Jésus a dit : "Votre Père sait ce dont vous avez besoin" – pas seulement de miettes de pain ou de quelques graines, comme les oiseaux. Et au sujet des oiseaux : "Pas un ne tombe sans la volonté de votre Père. Même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc pas !" (Mt 10.29).

En un sens, cela signifie que c'est le Seigneur qui s'inquiète, qui se soucie pour nous. Le berger est "dans la même galère" que son troupeau. Jésus le dit : "Le mercenaire s'enfuit quand vient le loup", pas le berger. On pourrait dire : Dieu est dans le box des accusés, dans la bataille avec nous5 ! Quand je dis que Dieu s'inquiète, ce n'est pas vraiment le cas ! Mais si je dis que Dieu s'implique, là c'est le cas, et cette implication n'est pas celle d'un robot ! "Qui vous touche touche la prunelle de mon oeil", dit Dieu (Za 2.8).

Je veux citer ici le théologien contemporain John Piper : "L'ensemble des émotions qui habitent en Dieu est infiniment complexe, bien au-delà de notre capacité de compréhension. Qui peut, par exemple, saisir que Dieu entend simultanément les prières de millions de chrétiens dans le monde entier ? Comment comprendre qu'il compatit avec chacun personnellement et individuellement (Hé 4.15), alors même que parmi tous ces chrétiens, certains sont dans la peine et d'autres débordent de joie ? Comment Dieu peut-il "pleurer avec ceux qui pleurent" et "se réjouir avec ceux qui se réjouissent" (Ro 12.15), quand les uns et les autres viennent à lui en même temps, comme cela se passe sans cesse dans la réalité ?

Ou bien, qui peut comprendre comment Dieu peut être terriblement en colère face à tout le péché du monde chaque jour (Ps 7.13), tout en étant à chaque heure de chaque jour dans la joie débordante de savoir que quelque part dans le monde un pécheur se repent (Lc 15.7, 10, 23) ? Qui peut comprendre que Dieu s'attriste des paroles blasphématoires de son peuple (Ep 4.29-30), tout en prenant chaque jour plaisir dans ce peuple (Ps 149.4)?"6 On est bien dans notre sujet.

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Si on parlait de la joie de Dieu... "Il y a de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent" (Lc 15.7). Quand on songe qu'il y a des Eglises qui ont banni les mots 'péché' et 'repentance' de leur vocabulaire... Cela troublait les auditeurs modernes ; tant pis pour la joie dans le ciel !

L'Ancien testament parle déjà de la joie de Dieu, au sujet de son peuple :"Comme un jeune homme s'unit à une vierge, ainsi tes fils s'uniront à toi ; et comme la fiancée fait la joie de son fiancé, ainsi tu feras la joie de ton Dieu". On n'y aurait pas pensé tout seul ; mais c'est le prophète Esaïe qui le dit (Es 62.5). Cela est susceptible de nous rendre sensibles – c'est le but de cet exposé – à la joie comme à la tristesse de Dieu. Cela nous concerne directement : en tant que peuple de Dieu et au nouveau individuel (on ne cesse d'être membre du peuple de Dieu quand on est seul !).

Je pense à un livre lu quand j'étais étudiant, "Mes rendez-vous avec Dieu", sur la prière. Et si Dieu attendait ces moments de prière comme un fiancé attend sa fiancée qui tarde... Jésus évoque sa joie qui est parfaite (Jn 17.13), bien qu'il soit aussi décrit comme ayant beaucoup pleuré (Hé 5.7)...

Je lis Osée chap. 2 qui nous fait entrer, presque de manière impudique, dans le coeur de Dieu avec une dimension dramatique inouïe (c'est un peu long).

"Plaidez, plaidez contre votre mère (il s'agit d'Israël), car elle n'est point ma femme, et je ne suis point son mari ! (C'est Dieu qui parle). Qu'elle ôte de sa face ses prostitutions et de son sein ses adultères ! Sinon je la dépouille à nu, je la mets comme au jour de sa naissance, je la rends semblable à un désert, à une terre aride, et je la fais mourir de soif ; et je n'aurai pas pitié de ses enfants, car ce sont des enfants de prostitution. Leur mère s'est prostituée, celle qui les a conçus s'est déshonorée, car elle a dit: J'irai après mes amants qui me donnent mon pain et mon eau, ma laine et mon lin, mon huile et ma boisson. C'est pourquoi voici, je vais fermer son chemin avec des épines et y élever un mur, afin qu'elle ne trouve plus ses sentiers. Elle poursuivra ses amants et ne les atteindra pas ; elle les cherchera et ne les trouvera pas. Puis elle dira : J'irai et je retournerai vers mon premier mari, car alors j'étais plus heureuse que maintenant. Elle n'a pas reconnu que c'était moi qui lui donnais le blé, le vin nouveau et l'huile ; et l'on a consacré au service de Baal l'argent et l'or que je lui prodiguais. C'est pourquoi je reprendrai mon blé en son temps et mon vin nouveau dans sa saison, et j'enlèverai ma laine et mon lin qui devaient couvrir sa nudité. Et maintenant je découvrirai sa honte aux yeux de ses amants, et nul ne la délivrera de ma main. Je ferai cesser toute sa joie, ses fêtes, ses nouvelles lunes, ses sabbats et toutes ses solennités. Je ravagerai ses vignes et ses figuiers, dont elle disait : C'est le salaire que m'ont donné mes amants ! Je les réduirai en une forêt et les bêtes des champs les dévoreront. Je la châtierai pour les jours où elle se parait de ses anneaux et de ses colliers, allait après ses amants, et m'oubliait, dit l'Éternel.

C'est pourquoi voici, je veux l'attirer et la conduire au désert, et je parlerai à son coeur. Là, je lui donnerai ses vignes et la vallée d'Acor comme une porte d'espérance, et là elle chantera comme au temps de sa jeunesse, comme au jour où elle remonta du pays d'Égypte. En ce jour-là, dit l'Éternel, tu m'appelleras : Mon mari ! et tu ne m'appelleras plus : Mon maître ! J'ôterai de sa bouche les noms des Baals, afin qu'on ne les mentionne plus par leurs noms... Je serai ton fiancé pour toujours ; je serai ton fiancé par la justice, la droiture, la grâce et la miséricorde ; je serai ton fiancé par la fidélité, et tu reconnaîtras l'Éternel" (2.4-22).

Joie et tristesse dans le coeur de Dieu. Quand aux châtiments que Dieu inflige, traduisent-ils une forme de cruauté ? "Lorsqu'il afflige, il a compassion selon sa grande miséricorde ; car ce n'est pas volontiers qu'il humilie et qu'il afflige les enfants des hommes" (Lam 3.32-33. Cf. Hé 12.5-11).

 

3. Les implications pour nous

Nous en avons déjà évoqué et on pourrait encore en mentionner un grand nombre.Je retiens quelques thèmes qui devraient nous rendre sensibles.

 

1. Dieu nous voit. Il paraît que cette inscription est placée dans certains grands magasins aux USA pour dissuader les voleurs ! "Dieu te voit". En France, cela marcherait peu (sauf dans les quartiers musulmans peut-être). Cette conviction que Dieu nous voit tout le temps (et pas seulement quand on est à l'Eglise) a été un des apports significatifs de la Réforme : cela a éveillé la conscience et développé le sens des responsabilités dans tous les domaines de la vie, sans exception7. Une statue peut bien me voir et même me regarder, qu'est-ce que cela me fait ? Mais si un regard personnel et vivant se pose sur moi, est-ce la même chose ? "L'Eternel regarde du haut des cieux, Il voit tous les fils de l'homme ; du lieu de sa demeure il observe tous les habitants de la terre, Lui qui forme leur coeur à tous, qui est attentif à toutes leurs actions" (Ps 33.13-15 Cf. Job 34.21 ; Mc 4.22 ; Hé 4.13).C'est un regard qui nourrit la crainte qui est le commencement de la sagesse. Mais c'est aussi un regard qui apaise : "Voici, l'oeil de l'Éternel est sur ceux qui le craignent, sur ceux qui espèrent en sa bonté, afin d'arracher leur âme à la mort et de les faire vivre au milieu de la famine" (Ps 33.18-19). Fini le sentiment de solitude infini. Acceptons ce regard du Seigneur, recherchons-le, même.

 

2. Dieu est proche de tout ce qui vit, puisque toute vie vient de lui, y compris la fleur des champs qui fleurit et bientôt est fauchée, y compris les oiseaux du ciel qui valent moins de 2 sous les 3 ! Mais il y a une proximité mystérieuse et réelle, trop oubliée, entre Dieu et son peuple, une proximité comparable à celle qui unit Dieu le Père et son Fils Jésus-Christ, de telle sorte que ce que l'on fait à un membre du peuple de Dieu, en bien ou en mal, c'est à Dieu qu'on le fait.J'ai déjà cité le prophète Zacharie : "Qui vous touche touche la prunelle de son oeil" (2.8). Dieu n'a pas de corps, mais il souffre et même vivement ! On se souvient de la parole de Jésus à Saul de Tarse : "Je suis Jésus que tu persécutes" (Ac 9.5). C'est le Christ ressuscité qui s'exprime ainsi, le même qu'aujourd'hui ! "Tout ce que vous avez fait à un des plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait" (Mt 25.40). Le mot 'frère', faut-il le rappeler, désigne les disciples. Tout ce que je fais, en bien ou en mal, à un disciple de Christ, c'est à Christ que je le fais8.Que d'implications ! (1 Co 6.1-8).

 

3. Le péché attriste Dieu. Le théologien John Owen9 dit : "Si vous haïssez le péché en tant que péché, vous devriez être attentifs à tout ce qui attriste l’Esprit de Dieu et pas seulement ce qui vous attriste vous ! Pensez-vous que Dieu va vous aider alors que vous ne faites que rechercher hypocritement votre bien-être en cherchant à éliminer l’angoisse où vous plonge votre péché ? Pensez-vous que l’Esprit Saint va vous délivrer de ce péché sachant que vous allez en commettre un autre, par lequel Il sera de nouveau attristé ? Nous ne devons pas lutter uniquement contre ce qui nous attriste, mais contre tout ce qui, en nous, attriste Dieu. L’œuvre de Dieu c’est que nous parvenions à une obéissance totale, et pas seulement à vaincre une convoitise. Quand nous haïssons seulement les péchés qui ont des retombées négatives dans notre vie, nous ne faisons que montrer que nous méprisons les meurtrissures que ces péchés ont infligées à Christ". Prenons conscience qu'une faute commise par un chrétien attriste Dieu bien davantage que la même faute commise par un non- chrétien.

Dieu est "lent à la colère" (Ex 34.6), mais il n'est pas étranger à la colère (Ro 1.18). La colère de Dieu s'est enflammée contre Balaam qui était parti alors qu'il ne le devait pas (Nb 22.22). Jésus a connu des moments de colère, et nous savons qu'il n'a pas péché. Et pour nous ? L'apôtre Paul écrit : "Mettez-vous en colère, mais ne péchez pas : que le soleil ne se couche pas sur votre colère afin de ne pas donner accès au diable" (Ep 4.26-27)10. Il y a des situations où ne pas se mettre en colère est un péché : un péché d'indifférence. Attention : il ne s'agit pas de donner libre cours à un tempérament coléreux ! Il s'agit d'être lent à la colère... Mais il y a des situations qui nécessitent de saintes colères. Je dirais plus volontiers de saintes irritations.

 

4. Dieu attend quelque chose des hommes et notamment de son peuple, comme le montre le chant du bien-aimé au début du prophète Esaïe (5.1-7). "Mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau fertile. Il en remua le sol, ôta les pierres et y mit un plant délicieux. Il bâtit une tour au milieu d'elle et il y creusa aussi une cuve. Puis il espéra qu'elle produirait de bons raisins, mais elle en a produit de mauvais. Maintenant donc, habitants de Jérusalem et hommes de Juda, soyez juges entre moi et ma vigne ! Qu'y avait-il encore à faire à ma vigne, que je n'aie pas fait pour elle ? Pourquoi, quand j'ai espéré qu'elle produirait de bons raisins, en a-t-elle produit de mauvais ? Je vous dirai maintenant ce que je vais faire à ma vigne. J'en arracherai la haie, pour qu'elle soit broutée ; j'en abattrai la clôture pour qu'elle soit foulée aux pieds. Je la réduirai en ruine ; elle ne sera plus taillée, ni cultivée ; les ronces et les épines y croîtront ; je donnerai mes ordres aux nuées afin qu'elles ne laissent plus tomber la pluie sur elle. La vigne de l'Éternel des armées, c'est la maison d'Israël, et les hommes de Juda c'est le plant qu'il chérissait. Il avait espéré de la droiture et voici du sang versé, de la justice et voici des cris de détresse !"

Quelle tristesse dans le coeur de Dieu malgré sa prescience, malgré sa souveraineté. Dieu attend quelque chose. "Si vous portez beaucoup de fruits, c'est ainsi que mon Père sera glorifié", dit Jésus (Jn 15.8). Et s'il y a peu de fruits ? Il y a donc un écho dans le ciel de ce qui se passe sur la terre, notamment parmi ceux qui lui appartiennent, bien sûr. Et il y a un écho sur la terre, nécessairement, de ce qui se passe dans le ciel : Je ferai cesser toute sa joie, dit le Seigneur, en parlant de son peuple.

 

5. Dieu cherche des intercesseurs. Quand Jésus invite ses auditeurs à se souvenir de la femme de Lot (Lc 17.32), il ne fait pas référence à une parabole. Lot vivait dans une ville corrompue. Nous lisons que "ce juste, qui habitait au milieu d'eux, tourmentait journellement son âme juste à cause de ce qu'il voyait et entendait de leurs oeuvres criminelles" (2 Pi 2.8). Ce que Lot ne savait pas, c'est que Dieu aussi était profondément attristé et irrité de ce qu'il voyait, au point de désirer détruire la ville. Et Dieu a partagé avec Abraham son fardeau ! "Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire ?" (Gn 18.17). Dieu a suscité en Abraham un intercesseur qui a plaidé pour la ville : "S'il y a dix justes, détruiras-tu la ville ? Je ne la détruirai pas, dit l'Eternel" (18.32). Comme avec Ninive. "Encore 40 jours et la ville sera détruite !" Mais vous croyez que Dieu détruit une ville comme cela ? L'histoire de Ninive nous montre que non. "N'aurais-je pas pitié de Ninive, dit Dieu, la grande ville, dans laquelle se trouvent plus de cent vingt mille hommes qui ne savent pas distinguer leur droite de leur gauche, et des animaux en grand nombre !" (Jonas 4.11). Ainsi Dieu a envoyé Jonas comme une sorte de médiateur, comme pour Sodome. Nous comprenons qu'il y a un combat en Dieu entre sa miséricorde et sa sainteté, entre sa justice et son amour. C'est aussi ce que nous voyons à la croix.

Ainsi, la prédication est comme une intercession, mais aussi l'évangélisation et le diaconat qui consiste à soutenir les membres les plus fragiles de l'Eglise : c'est de la part de Dieu et c'est pour Dieu !Tandis que nous ramenons souvent tout à nous-mêmes. Même la louange nous la ramenons à nous-mêmes : une belle mélodie, un peu de rythme, des paroles positives, et on dit : la louange, ça fait du bien. Mais ça fait du bien à qui ? C'est pour qui, la louange : pour nous ou pour Dieu ?

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Il est vrai qu'il y a un lien entre la joie de Dieu et la nôtre, nous l'avons vu, entre la tristesse de Dieu et la nôtre. Dans les deux sens. C'est-à-dire que notre joie (quand elle est pure) réjouit Dieu et notre tristesse (quand elle est pure) touche Dieu. Mais l'inverse devrait être vrai également. C'est en tout cas le signe d'un chrétien mature, d'un peuple de Dieu mature : ressentir la joie de Dieu et ressentir la tristesse de Dieu11... Par le Saint-Esprit. Se rendre compte quand Dieu est réjoui et quand Dieu est attristé. Vous imaginez, quelqu'un qui dit qu'il aime le Seigneur, qui l'attriste et qui ne s'en rend même pas compte !

C'est là une des motivations profondes du chrétien mature : délaisser ce qui attriste Dieu (Ep 4.30) ; rechercher ce qui le réjouit. Et considérer la tristesse de Dieu avant la mienne ; et la joie de Dieu avant la mienne. Désirons cela ! Cela se traduit simplement par cette courte phrase que Jésus a prononcée :"Toutefois, que Ta volonté soit faite, et non la mienne". C'est la prière par excellence.

La joie de l'Eternel et la nôtre... Il y a une strophe d'un cantique ancien qui le dit joliment. Ces vers semblent désuets mais ils ne le sont pas : "Dans mon âme un beau soleil brille : son rayon doux et joyeux répand un éclat qui scintille. C'est le sourire de Dieu"(Ailes de la foi n° 644).

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Annexe

 

Prier selon la volonté de Dieu

L'apôtre Jean nous apprend que Dieu entend toutes les prières mais qu'il n'écoute que celles qui sont conformes à sa volonté (1 Jn 5.14s). Le verbe écouter signifie : accorder de l'attention, agréer, accueillir dans son coeur, acquiescer. Heureusement que Dieu ne dit pas oui à toutes nos prières ! Mais ce n'est pas que cela : il y a des prières que non seulement Dieu n'écoute pas (qui sont donc inutiles, ce qui est déjà ennuyeux), mais qui lassent Dieu, qui l'attristent, qui l'irritent peut-être(Pr 28.9 ; Es 1.11-12 ; Mt 6.5). N'est-ce pas important de le savoir ?

"Nous ne savons pas ce qu'il convient de demander dans nos prières, dit Paul. Mais l'Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables" (Ro 8.26-27). Etre sensible à la joie et à la tristesse de Dieu, être sensible à la volonté de Dieu, c'est simplement être sensible à ce que dit le Saint-Esprit – qui est nécessairement conforme à ce que Dieu a révélé dans l'Ecriture. L'Ecriture et l'Esprit, l'Esprit et l'Ecriture. "Je serre ta parole dans mon coeur afin de ne pas pécher contre toi" (Ps 119.11). "Mieux vaut pour moi la loi de ta bouche que mille objets d'or et d'argent" (119.72). On découvre que ce qui réjouit Dieu et ce qui réjouit le croyant, en fait, ce sont les mêmes choses ! "La joie de l'Eternel sera votre force !" (Né 8.10). "Car nous faisons ce qui lui est agréable" (1 Jn 3.22). "C'est une joie pour le juste de pratiquer la justice !" (Pr 21.15)12.

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1La traduction Segond révisée dite "de Genève" (1979) dit : "C'est avec jalousie que Dieu chérit...". La TOB dit : "Dieu désire jalousement...". La Bible en français courant dit : "Dieu réclame avec jalousie...".

2C'est la raison pour laquelle la seconde parole de la Loi commande de "ne pas se faire d'image taillée ni de représentation quelconque des choses qui sont dans le ciel.." (Ex 20.4).

3 Par exemple, aujourd'hui, des théologiens américains et même français ont développé une pensée appelée 'Open theism', ou 'Théologie du Process', qui suggère que Dieu est faible, en devenir, évolutif ; un Dieu qui a besoin des hommes autant que les hommes ont besoin de lui ; un Dieu qui ne sait pas comment les choses se termineront, finalement. Cela dépend... C'est une forme de 'progressisme' qui touche Dieu. Nous sommes incertains quant à l'avenir ; Dieu aussi ! J'en parle car cela frappera à notre porte, si ce n'est déjà fait. C'est tendance.

4 Charles Spurgeon dit au chrétien : "Cesse de déshonorer ton Seigneur en portant sans cesse un front soucieux !"

5 Je pense encore à cette parole de l'Exode : "L'Éternel combattra pour vous ; et vous, gardez le silence" (14.14. Cf. Dt 1.30 ; 3.22 ; 2 Ch 32.8 ; Né 4.20 ; Es 30.32 ;Za 14.3).

6 Dieu veut-il que tous les hommes soient sauvés ? - p. 67.

7 On ne va pas à l'église le dimanche, on est l'Eglise tous les jours ! Ce n'est pas pareil.

8Y compris donner un verre d'eau. "Mais si quelqu'un scandalisait un de ces petits qui croient en moi..." (Mt 18.6).

9John OWEN (1616-1683) fut un pasteur et un théologien puritain anglais.

10La traduction Segond dit : "Si vous vous mettez en colère, ne péchez pas..." , mais cela ne rend pas le sens original.

11Cf. "L'amour ne se réjouit pas de l'injustice ; l'amour se réjouit de la vérité" (1 Co 13.6). Cette affirmation impose de comprendre la suite ainsi : "L'amour croit entièrement" (13.7) et non : "l'amour croit tout" (!).

12Paul dit que "l'amour se réjouit de la vérité" (1 Co 13.6). Cela nous parle bien sûr du chrétien et de Dieu !

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11 avril 2017

Des anciens et des diacres dans l'Eglise

 

Des diacres et des anciens dans l'Eglise

 

Résumé

 

1.La double dimension du ministère : pastoral et diaconal

 

a. Cette double dimension n'est pas évoquée ici de manière arbitraire

Elle est présente de manière significative dans le Nouveau Testament ; elle est retenue et développée par les Réformateurs ; elle est présente dans toutes les églises réformées (presbytériennes) dans le monde. Elle est clairement mentionnée dans notre Discipline

"(...) Dieu appelle, d'autre part, certains membres de l'Eglise à exercer soit un ministère pastoral, soit un ministère diaconal "(art. 1er sur les ministères - extrait).

 

b. Cette distinction est-elle importante pour nous ?

Elle est importante pour la raison suivante : les ministères dans l'Eglise n'agissent pas à la place de l'Eglise, mais pour elle et avec elle, en vue du ministère de l'Eglise toute entière.Ainsi chaque ministère, s'il est fidèle, nourrit et féconde la vocation de l'ensemble des membres, selon les deux axes mentionnés : pastoral (Col 3.16 ; 1 Th 5.11) ou diaconal (Ro 12 ; 1 Co 12 ; 1 Pi 4.10).

2. Un même objectif : l'unité spirituelle de l'Eglise et sa croissance

En France, peut-être plus qu'ailleurs, on est habitué à séparer le spirituel du matériel et du pratique. Le spirituel est associé au culte et aux études bibliques. Le matériel ou le pratique est regardé comme profane. Cette manière de voir ne correspond pas du tout à la vision biblique.

En réalité, ces deux axes de ministère sont spirituels l'un et l'autre : ils visent tous les deux l'unité et le développement de l'Eglise autour de la personne de Jésus, et agissent en son Nom. Ils donnent à l'enseignement son autorité car celui-ci est porté par un vécu.

O - Ainsi, les personnes qui sont au bénéfice du ministère de la Parole (Ep 4.17 ; Hé 3.13) sont aussi au bénéfice de l'assistance fraternelle (Ro 12.13 ; Hé 6.10)  ; et inversément.

 

3. Des dons et des appels distincts

Etroitement associés, ces deux axes de ministères sont distincts et ne peuvent pas être confondus.

 

a. La tâche de nature pastorale. En fait, en quoi consiste précisément « la tâche pastorale » ?

Je propose de laisser parler la Discipline de notre Union :

Article 2. Le ministère pastoral est confié aux anciens.

Article 3. Le ministère biblique d'ancien consiste à diriger l'Eglise selon les Ecritures. L'ancien enseigne la doctrine évangélique, recherche l'unité du peuple de Dieu dans la vérité et veille sur la pureté du message proclamé (1 Tm 4.13, 16 ; 2 Tm 1.14 ; 3.16 ; 4.1-5). Par un ministère de prière et d'exhortation collégiale, les anciens encouragent les fidèles pour que chacun, renouvelé par l'Esprit de Dieu, vive selon la Parole de Dieu.

Article 8. La formation permanente (des anciens) portera essentiellement sur les 2 points suivants :

a) connaissance de la Bible, des textes de base de l'Union nationale, de la Discipline ;

b) développement de l'aptitude de l'ancien à exercer, avec l'ensemble du Conseil presbytéral et le pasteur, la fonction pastorale de l'Eglise.

O - Le service de nature pastorale se caractérise par l'enseignement et l'exhortation.Il a en vue l'unité de l'Eglise dans la fidélité à l'Ecriture et la croissance(l'équipement et la maturité de chacun et de tous)1. Il s'exerce notamment dans le cadre des visites.

 

b. Le ministère des diacres se décline sur deux axes :

- le soutien (assez souvent de manière continue, prolongée) aux personnes fragilisées de l'église (âgées, malades, seules, démunies...) ;

- le soutien par la prise en charge des tâches d'organisation, de gestion (finances, secrétariat, entretiens divers, préparations pratiques de rencontres, etc.).

L'expression biblique qui définit la tâche diaconale est « l'assistance destinée aux saints ».

« Il est superflu que je vous écrive touchant l'assistance destinée aux saints » dit Paul (2 Co 9.1). « Pourvoyez aux besoins des saints » (Ro 12.13).

 

Que dit notre Discipline ? "C'est un ministère d'assistance et de soutien qui s'exerce prioritairement au sein de l'Eglise : - assistance et soutien des plus faibles (personnes seules, malades, âgées, isolées, en situation précaire, orphelins...) ; - prise en charge des tâches matérielles et organisationnelles de l'Eglise en appui au ministère des anciens. Le service des diacres ne remplace pas la diaconie de toute l'Eglise ; il tend au contraire à la développer" (art. 44).

O - Le service de nature diaconale se caractérise par le soutien, l'assistance. Il a en vue l'unité et la croissance de l'Eglise par les gestes de soutien, par le développement de l'entraide au profit des membres les plus fragiles. Il a en vue également de décharger pasteurs et anciens pour que ceux-ci se consacrent à leurs tâches spécifiques.

4. Et maintenant ?

Tout ne se passe pas lors des réunions du Conseil, mais aussi entre les réunions, selon ces trois pôles qui doivent entrer de plus en plus dans leur vocation propre :

    • pasteur(s) et anciens

    • diacres dans le soutien auprès des personnes

    • diacres dans le soutien par les tâches de gestion, organisation, entretien, etc.

 

Ils se réuniront selon le rythme qui paraîtra le plus opportun (chaque semaine, tous les 15 jours...),

Pour chacun des trois, il s'agit de : - discerner les besoins

- discerner la réponse appropriée

- discerner les personnes aptes à servir avec leur(s) don(s).

Chacun de ces trois domaines peut se partager en domaines plus précis encore, selon les nécessités, toujours dans l'objectif de mettre à l'oeuvre le plus de membres possibles et de décharger ceux qui sont trop chargés. Les anciens délèguent aux diacres, mais gardent un rôle de supervision.

Les réunions du Conseil dans son ensemble (anciens et diacres) peuvent être plus espacées (tous les deux mois ?). Tout n'y est pas repris, mais seulement les points saillants ou ceux qui nécessitent une concertation plus large. Il s'agit, en quelque sorte, d'assurer un suivi des équipes de travail.

O - Ces ministères ne sont donc pas cloisonnés. Ils sont seulement distincts (pas confondus) et associés (pas séparés). C'est la seule manière de les respecter et de les rendre féconds.

 

Charles NICOLAS

(2015)

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1. Enseignement des enfants (confié à des moniteurs), des jeunes, des jeunes couples, des jeunes parents, des nouveaux convertis, des prédicateurs, des liturges ; réflexion dans le domaine doctrinal et éthique...

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10 avril 2017

Peut-on rebaptiser ?

 

Peut-on rebaptiser ?

 

La question du baptême cristallise beaucoup de difficultés entre les églises et au sein même des églises, révélant par là les faiblesses de notre compréhension ou de notre façon d'administrer ce sacrement.

La question posée ici est celle du re-baptême. Ou, pour être plus précis, la question de la demande de baptême exprimée par une personne adulte ayant vécu une conversion mais ayant été baptisée petit enfant (baptême catholique ou protestant).

La position "anabaptiste" consiste à baptiser un adulte qui confesse sa foi sans se poser la question du baptême que la personne aurait reçu étant bébé. Le baptême des bébés n'étant pas un vrai baptême à leurs yeux, il n'y a donc pas re-baptême. C'est la position de la plupart des églises évangéliques (baptistes, méthodistes, pentecôtistes, églises de Réveil, etc.). Pour les plus "exigeants" d'entre eux, un baptême d'adulte par aspersion n'est pas un baptême non plus. La personne peut donc recevoir un vrai baptême (par immersion).

La position "sacramentaliste" consiste à reconnaître tout baptême pratiqué, dans quelque condition que ce soit, dès lors que la formule trinitaire a été prononcée (Mt 28.19). Cette position est celle de la plupart des églises dites "historiques". Elle s'est notamment imposée dans ces églises dans les années 70 au sein du mouvement oecuménique, comme une mesure de respect vis-à-vis de l'Eglise romaine.

Dans notre Union d'églises, ces deux positions se rencontrent, ce qui n'est pas très rigoureux. Il serait important, pour une question comme celle-ci, de se fonder sur des éléments scripturaires et théologiques, plutôt que sur des éléments de tradition, de diplomatie ecclésiale ou de sentimentalité.

 

1. Le premier sens du baptême est en lien avec la conversion

Le premier sens du baptême est en lien avec la nouvelle naissance et la conversion. Il concerne donc des personnes en âge de raison. Il signifie en effet notre union à Jésus-Christ dans sa mort et sa résurrection en vue de marcher en nouveauté de vie. Il implique, comme la cène, la dimension communautaire. Ce sens-là est clairement formulé par les Réformateurs du XVI° siècle. (Le baptême des enfants des fidèles n'est mentionné qu'en second lieu).

 

Ce que dit le Catéchisme de Genève (Calvin 1545) :

Question 329 : Quel est donc pour vous le vrai sens du baptême ?

Réponse : Il est dans la foi et dans la repentance.

- le baptisé tiendra pour certain qu'il est en paix avec Dieu, puisque le sang du Christ le purifie de toutes ses fautes ;

- la présence du Saint-Esprit sera pour lui une expérience vraiment vivante, et il en témoignera par ses oeuvres ;

- enfin, dans un effort sans cesse renouvelé, il réduira les tentations au silence et servira Dieu et sa justice (= sa volonté).

 

Ce que dit la Confession de foi de La Rochelle (1559) :

Le baptême nous est donné en témoignage de notre adoption, parce que nous sommes alors greffés au corps de Christ afin d'être lavés et nettoyés par son sang, puis renouvelés par son Esprit pour vivre une vie sainte.

Or, quoique le baptême soit un sacrement de foi et de pénitence, néanmoins, parce que Dieu reçoit dans son Eglise les petits enfants avec leurs parents, nous disons que, par l'autorité de Jésus-Christ, les petits enfants engendrés des fidèles doivent être baptisés.

 

Ce que dit la Confession de Westminster(1649) :

Le baptême est un sacrement du Nouveau Testament institué par Jésus-Christ, non seulement pour recevoir solennellement le baptisé dans l'Eglise visible, mais aussi pour lui être un signe et sceau de l'Alliance de grâce, de son insertion en Christ, de la régénération, de la rémission de ses péchés, de son offrande de lui-même à Dieu par Jésus-Christ pour marcher en nouveauté de vie. Bien que ce soit un péché grave de mépriser ou de négliger cette ordonnance, la grâce et le salut ne sont cependant pas si étroitement attachés au baptême que nul ne puisse être régénéré ou sauvé sans lui, ou que tout baptisé soit indubitablement régénéré.

Cette dernière définition (des églises réformées aux USA) évoque bien, elle aussi, le baptême de l'adulte qui confesse sa foi.

 

2. C'est en second lieu que le baptême concerne aussi les enfants des fidèle

Le 'quoique' et le 'néanmoins' de la Confession de foi de La Rochelle indiquent bien que le premier sens du baptême concerne l'adulte converti. C'est par son sens second (comme signe d'appartenance à l'Alliance de grâce) qu'il est donné aussi aux enfants des fidèles, c'est-à-dire aux enfants dont un des deux parents au moins est un membre communiant de l'Eglise. Le baptême, alors, ne fait pas entrer l'enfant dans l'Alliance de grâce : il est le signe que l'enfant est dans l'Alliance de grâce par sa naissance dans un foyer chrétien.

Nous retrouvons cela dans l'enseignement de Pierre à la Pentecôte : "La promesse est pour vous (ceux qui répondent à la prédication par la foi), pour vos enfants et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera" (Ac 2.39). Ceux qui sont au loin, on ne les connaît pas encore, mais nos enfants, on les connaît !

Il faut admettre que la pratique généralisée du baptême des petits enfants a créé une situation qui nécessite de fermes résolutions. Je cite ici le théologien réformé Jean-Jacques von Allmen, dans son livre Pastorale du baptême :

"Etant entendu que ce n'est pas le principe du baptême des enfants de chrétiens qui est en cause, il n'en faut pas moins reconnaître qu'une pratique s'est développée et répandue, celle du pédobaptisme généralisé et quasi imposé, qui fait gravement problème. Le pédobaptisme généralisé est dangereux parce qu'il atténue la conscience que l'Eglise doit avoir d'elle-même comme peuple eschatologique ; et celle-ci risque fort de ne pas savoir résister si le monde veut l'absorber. Je me demande si le pédobaptisme indiscriminé, dans une période où l'Eglise est minoritaire et où, par conséquent, elle reprend conscience de son devoir missionnaire, ne sabote pas ce renouveau apostolique. Que faire, en effet, quand l'Eglise trouve des baptisés lorsqu'elle atteint et convertit des incroyants ? "

Avec lucidité, J.J. Von Allmen évoque les conséquences d'une pratique irresponsable du baptême des petits enfants qui crée des situations anormales. Ainsi, tout en reconnaissant la légitimité du baptême des enfants des fidèles, nous sentons-nous libres de ne pas accorder de valeur à ce baptême quand il est pratiqué sans fondement biblique et disciplinaire.

 

3. Que signifie l'expression paulinienne : il y a un seul baptême ?

Ceux qui ont défendu la reconnaissance baptismale, quelles que soient les conditions dans lesquelles le baptême était pratiqué, ont souvent cité cette affirmation de Paul : "Il y a un seul baptême" (Ep 4.6). Usant d'une méthode d'interprétation simpliste, ils ont considéré que le mot 'baptême' désignait naturellement le baptême d'eau, comme si le Nouveau Testament ne parlait que du rite extérieur quand il utilise le mot 'baptême'.

On ne peut faire ici l'exégèse complète de ce passage, mais considérons l'énumération que l'apôtre propose ici : "Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance ; il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous" (Ep 4.4-6). Connaissant Paul, qui dit n'avoir baptisé personne sinon une seule famille (1 Co 1.16), on peut bien se demander s'il aurait inclus le rite du baptême d'eau dans une telle évocation de réalités spirituelles de premier plan.

La réalité, c'est que Paul parle souvent du baptême spirituel (dont le baptême d'eau n'est que le signe extérieur) qui s'opère quand, par la foi et par l'action du Saint-Esprit, un croyant reconnaît en Jésus-Christ son Sauveur et devient un avec lui, comme immergé en lui pour former "une même plante avec lui" (Ro 6.5). Qu'on relise dans ce sens Romains 6.2-7 qui ne parle pas du baptême d'eau mais de cette expérience unique qu'est la régénération du croyant et son union avec Christ, expérience qui est appelée baptême1. On retrouvera cet usage du mot 'baptême' en Galates 3.26, Colossiens 2.12.

Ainsi, c'est bien indûment que l'unicité du baptême dont parle Paul a été appliquée au baptême d'eau, faisant de celui-ci un rite à l'importance exagérée.

Cela signifie-t-il que la pratique du baptême d'eau pourrait se faire librement, sans discipline ? Pas du tout.

 

4. Ni anabaptistes ni sacramentalistes

Les anabaptistes n'accorderont aucune valeur à un baptême d'enfant, même si ce baptême a été pratiqué conformément à la discipline qui veut que, avec les adultes qui confessent la foi, les enfants dont un des deux parents au moins est un membre engagé dans l'église puissent être baptisés.

Nous agirons autrement et considèrerons que les enfants nés dans l'Alliance de grâce peuvent porter le signe de cette appartenance. Ces enfants n'auront pas besoin d'être baptisés une nouvelle fois, quand bien même ils s'éloigneraient de la foi pour y revenir et professer leur appartenance à Jésus-Christ. Le signe qui accompagnera cette conversion sera la participation à la cène.

Quand une personne se convertit, qui n'est pas née dans un foyer chrétien, le baptême et la cène sont pris dans un même temps, accompagnés d'une profession de la foi. Pour ce qui est des enfants nés dans un foyer chrétien, ces deux signes sont comme étirés dans le temps, le premier annonçant et appelant le second.

 

Les sacramentalistes accordent une telle valeur au rite extérieur et à la formule qui l'accompagne qu'ils le considèrent comme absolument unique, quelles que soient les conditions dans lesquelles il a été pratiqué2. C'est ainsi que dans le contexte oecuménique, certains Protestants se sont engagés à reconnaître le baptême catholique3.

Nous agirons autrement et considèrerons que rien dans la foi dont nous parle le Nouveau Testament ne permet d'accorder une telle importance à un rite extérieur, pas même l'expression "un seul baptême" qui ne parle pas du baptême d'eau.

Ainsi, avec le souci pastoral qui doit accompagner toute demande de baptême, nous regarderons si la personne qui a été baptisée petit enfant l'a été conformément à la discipline qui nous paraît nécessaire (un de ses parents au moins était dans la foi). Si c'est le cas, le re-baptême ne devrait pas être envisagé (car au baptême d'adulte, il convient également de ne pas accorder plus d'importance qu'il n'en faut). On tiendra compte cependant de la concience qu'a pu avoir la personne d'avoir réellement été au bénéfice d'un environnement chrétien durant son enfance. Si ce n'était pas le cas, une demande de baptême pourrait, me semble-t-il, être entendue.

Si, comme c'est assez souvent le cas, la personne a reçu un baptême d'enfant (catholique ou protestant) par tradition (quand bien même ses parents l'auraient "envoyée au catéchisme"), il n'y a pas de raison sérieuse pour considérer que ce baptême est un véritable baptême. Si elle est en mesure de professer son appartenance au Seigneur et si elle demande à être baptisée, cela devrait pouvoir être fait avec joie.

Ch. Nicolas

(2015)

_____________________

1Il est évident que la conception romaine du baptême, avec la doctrine de la régénération baptismale, provient de ce sacramentalisme qui applique au rite extérieur ce que la Bible dit du baptême spirituel, la nouvelle naissance.

2Même si, quand ils sont sérieux, ils reconnaissent que le baptême n'a son sens et n'est réellement opérant que quand il est accompagné de la foi.

3Il reste à vérifier si l'inverse est vrai. Néanmoins, les points d'achoppement qui demeurent entre ces deux Eglises sont bien la notion des ministères et celle des sacrements. Voir le document BEM, à ce sujet.

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07 avril 2017

Un seul baptême ?

 

Un seul baptême ?

Le rite et la réalité

 

Entre les mains des hommes, les choses les plus belles deviennent des sujets de discorde. Ainsi en est-il du baptême et du repas du Seigneur1. Que penser, par exemple, de l'expression : "baptême protestant" ou "baptême catholique" ? Comment se situer par rapport à un tel usage de ce mot ?

Plusieurs raisons peuvent expliquer les difficultés de compréhension ou de blocage. Une de ces raisons est sans doute que l'on parle souvent du baptême, comme s'il n'existait qu'un baptême, tandis que le Nouveau Testament parle de plusieurs baptêmes2. On peut en mentionner trois :

- le baptême des prosélytes3 ou baptême de Jean-Baptiste, basé sur la repentance et la confession des péchés ;

- le baptême d'eau au nom du Seigneur Jésus4, comme témoignage de notre foi et de notre appartenance au peuple des disciples,

- le baptême en Christ5, qui n'est pas un rite extérieur mais l'expérience d'union à Jésus-Christ, dans sa mort et sa résurrection, par la nouvelle naissance6.

Alors, pourquoi Paul dit-il qu'il y a "un seul baptême" (Ep 4.5-6)? Y a-t-il là une contradiction ?
Pas du tout. Paul parle ici du baptême en Christ, de l'expérience évidemment unique par laquelle un homme ou une femme sont venus à Christ dans la foi, et sont devenus un avec lui, dans sa mort et sa résurrection. Cela est produit et scellée par le Saint-Esprit en vue de marcher en nouveauté de vie. Cela peut-il être produit par un rite extérieur – reçu enfant ou adulte ? Aucunement.

Le baptême de Jean et le baptême d'eau au nom de Jésus n'ont-ils donc aucun rapport avec cela ?
Il y a un rapport – le baptême de Jean préparant la venue du Messie et la prédication de l'Evangile ; le baptême d'eau au nom de Jésus rendant témoignage de notre foi et de notre appartenance au corps de Christ – mais en aucun cas ils ne peuvent être confondus.

Ces trois baptêmes ont donc un sens ; mais un seul est vraiment capital, nécessaire : le baptême spirituel qui nous unit à Christ, nous faisant participant de sa mort et de sa résurrection. Cependant, le mot 'baptême' désignant aussi le rite extérieur, la confusion s'est introduite dans la chrétienté, le rite extérieur étant bien-sûr plus facile à "administrer" que l'expérience intérieure.

Nous remarquons que si l'apôtre Paul pratique le baptême d'eau dans le livre des Actes7, il n'en parle pratiquement plus jamais dans ses lettres aux églises. Aux Corinthiens, il écrit : "Je rends grâces de ce que je n'ai baptisé aucun de vous, excepté Crispus et Gaïus, afin que personne ne dise que vous avez été baptisés en mon nom. J'ai encore baptisé la famille de Stéphanas ; du reste, je ne sache pas que j'aie baptisé quelque autre personne. Ce n'est pas pour baptiser que Christ m'a envoyé, c'est pour annoncer l'Evangile" (1 Co 1.14-17).

En écrivant cela, Paul distingue bien ce qu'opère la Parole de Dieu dans le coeur et ce que signifie le rite extérieur. Le rite extérieur a son importance, mais il est second. L'expérience intérieure est première. Comment devient-on enfant de Dieu ? En recevant la Parole de Dieu – en recevant Jésus-Christ – dans son coeur, par la foi8. Mille baptêmes ne pourront jamais opérer cela (Ga 5.6).

Quand, ailleurs, Paul parle du baptême, il parle du baptême en Christ, de l'expérience par laquelle le croyant devient un avec son Sauveur, par l'action de l'Esprit et au moyen de la foi. Il peut écrire : "J'ai été crucifié avec Christ ; et si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi ; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré lui-même pour moi"9. Cette expérience correspond à la nouvelle naissance. On ne naît de nouveau qu'une fois. Il y a donc bien "un seul baptême", par lequel on devient un avec Christ.

Lisons le passage où se trouve cette expression : "Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation ; il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, et parmi tous, et en tous »10. Les réalités spirituelles mentionnées ici émanent toutes de Dieu seul. Le corps dont il est question est le Corps de Christ, c'est-à-dire son Eglise : non pas l'institution gérée par les hommes mais l'ensemble de ceux qui lui appartiennent par une vraie foi. Comment le baptême d'eau pourrait-il trouver sa place dans une telle énumération ? Quand Paul dit qu'il y a un seul baptême, il est assez évident qu'il parle du baptême spirituel qui "fait" le chrétien.

Notons que le 'tous' de l'expression : "Père de tous, parmi tous et en tous" désigne évidemment les chrétiens. Tous mais eux seuls ; eux seuls mais tous ! Ainsi, les expressions 'baptême catholique' ou 'baptême protestant' n'ont véritablement aucun sens.

Un passage important se trouve au début de Romains 6.Il vaut la peine de le citer en entier.« Que dirons-nous donc ? Demeurerions-nous dans le péché, afin que la grâce abonde ? Loin de là ! Nous qui sommes morts au péché, comment vivrions-nous encore dans le péché ? Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, c’est en sa mort que nous avons été baptisés ? Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions en nouveauté de vie. En effet, si nous sommes devenus une même plante avec lui par la conformité à sa mort, nous le serons aussi par la conformité à sa résurrection, sachant que notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché fût détruit, pour que nous ne soyons plus esclaves du péché; car celui qui est mort est libre du péché. Or, si nous sommes morts avec Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui, sachant que Christ ressuscité des morts ne meurt plus; la mort n’a plus de pouvoir sur lui. Car il est mort, et c’est pour le péché qu’il est mort une fois pour toutes ; il est revenu à la vie, et c’est pour Dieu qu’il vit. Ainsi vous-mêmes, regardez-vous comme morts au péché, et comme vivants pour Dieu en Jésus-Christ »11.

Quand Paul dit : "Nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ", Paul parle-t-il du baptême d'eau ? Nullement. Il parle du baptême spirituel par lequel on devient chrétien. Cela signifie : Nous tous qui avons été unis à Jésus-Christ par la foi, nous sachant pécheurs et perdus sans lui, rachetés et sauvés avec lui. Par la foi (qui est elle-même un don de Dieu), nous sommes "en Christ" et lui en nous. Le rite extérieur n'opère pas cela. Seul le Saint-Esprit le peut. Nous savons que l'expression "en Christ" désigne très exactement la position du chrétien12.

Sans cette expérience d'union à Christ, il n'y a aucune vie chrétienne authentique possible. Il est extrêmement malheureux que des milliers, peut-être des millions de personnes se croient chrétiennes parce qu'elles ont reçu un baptême d'eau, tandis qu'elles ne connaissent pas le Seigneur Jésus personnellement. Elles s'évertuent à vivre comme des chrétiens, sans l'être devenus, en plaçant leur attente dans la supposée efficacité des oeuvres ou des rites – ce qui est le propre d'une démarche religieuse, et non le propre de la foi.

Charles NICOLAS –  2016

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1Le document BEM (Baptême, Eucharistie, Ministères), rédigé en 1982, rappelle que des désaccords importants demeurent entre Catholiques et Protestants sur ces trois sujets.

2Hébreux 6.2 mentionne "la doctrine des baptêmes". Certains ont repéré 7 baptêmes différents dans le N.T.

3Mt 21.25 ; Mc 4.1-4 ; Ac 1.22 ; 13.24 ; 18.25 ; 19.3-4.

4Ou au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Mt 3.13-17 ; Ac 8.29-38.

5Mc 1.8 ; Ac 2.41 ; 18.8 ; Ro 6.1-7 ; Ga 3.27.

6En Marc 10.38-40, Jésus parle du "baptême dont il doit être baptisé" : il s'agit de sa mort sur la croix. Lui seul va accomplir cela ; mais chaque chrétien va y être associé par la nouvelle naissance, en étant uni à sa mort pour vivre d'une nouvelle vie avec lui et en lui. Le baptême d'eau n'opère pas cela : il en est le signe seulement.

7Ac 16.33 ; 18.8 ; 19.4-5 ;

8Jn 1.12-13 ; Jc 1.18.

9Ga 2.20.

10Ep 4.4-6. Voir aussi 1 Co 12.12-13.

11Ro 6.1-11.

12Lire Ro 8.1 ; 2 Co 5.17 ; Ga 3.27 ; Ep 1.1 ; 2.10, 13 ; 3.6 ; 4.15, 32 ; Ph 1.1 ; 4.7, 21 ; Co 2.1, 11 ; 1 Th 4.16.

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06 avril 2017

Le perfectionisme

 

Le perfectionnisme

 

Il existe maints ouvrages pour dénoncer le relâchement des chrétiens et l'assoupissement des églises, mais il est moins fréquent de voir traiter la tentation opposée qui touche également nombre de chrétiens : le perfectionnisme.

Le perfectionnisme est pour la perfection ce que l'intégrisme est pour l'intégrité : une utilisation excessive, un mauvais usage qui, au lieu de porter de bons fruits, en porte d'amers.

En quoi consiste cette erreur et comment y échapper ?

Le perfectionniste ne retient que deux aspects de la réalité présente, le bien et le mal. Il veut rejeter le mal et s'attacher au bien, ce qui semble être une bonne disposition. Il oublie deux choses cependant :

  • le mal n'est pas seulement extérieur à l'homme, mais intérieur, et nos meilleures intentions sont elles aussi contaminées, souillées par le péché ;

  • le bien que Dieu nous demande de vivre, nous n'avons pas la capacité de le pratiquer pour répondre à son attente (Rom 7.18-19).

 

Ainsi, celui qui vient à la lumière est-il conduit à un double constat :

  • il ne peut par ses propres forces lutter contre le péché qui est attaché à son cœur : il doit renoncer à cette lutte ;

  • il ne peut par ses propres forces accomplir le bien que Dieu attend de lui : il doit aussi y renoncer...

 

Ce double renoncement (relaté en Romains 7) suppose un tel échec de notre volonté propre et de nos prétentions qu'il équivaut à une mort (Rom 6.4 ; 7.4-6), une sorte d'anéantissement de notre ancienne nature et à un recours total à la grâce de Dieu : non seulement pour le pardon de nos péchés, mais aussi pour la purification et pour l'obéissance de la foi – qui est tout autre chose que l'obéissance de la loi (Rom 10.1-4 ; Gal 5.4).

Le perfectionniste n'est jamais satisfait, sauf quand son illusion est totale vis-à-vis de lui-même (Luc 18.11). Il est malheureux car il est tour à tour confronté à la tentation de se croire meilleur ou pire que les autres. Il est seul. Il ne fait pas confiance : il prend les autres pour des sots. Il est malheureux – et il rend son entourage malheureux – car il est difficilement accessible, étant prisonnier de ses raisonnements nourris de crainte ou de prétention (Rom 10.21). Enfin, le perfectionniste pense souvent qu'il est le seul à souffrir. Il a peu de compassion.

Le perfectionniste est inévitablement exposé au légalisme, car il place les principes qu'il a sélectionnés au dessus de toute autre considération (Mat 23.23-24). Il fait tout par devoir. Il peut aussi, à certains moments, être tenté de tout lâcher, tellement son cœur a besoin d'amour et de liberté... Le perfectionniste a du mal à accepter d'être aimé tel qu'il est. Il reçoit peu d'amour et en donne peu (1 Cor 13.1-3). Il a peu de joie et en communique peu...

Le perfectionniste ne peut vivre une communion intime avec son Sauveur (Gal 5.4-6). En réalité, si un perfectionniste rencontrait Jésus, il trouverait maintes choses à lui reprocher !

Le perfectionniste doit apprendre ou ré-apprendre qu'il ne peut pas davantage marcher dans la volonté de Dieu par ses propres forces qu'il ne pouvait obtenir le salut par ses propres forces. Il doit accepter que sa dépendance vis-à-vis de l'amour de Dieu, de la grâce qui est en Jésus-Christ et du secours du St Esprit est totale. C'est là une grande humiliation assurément, un brisement même, mais qui seront suivis par un relèvement bienfaisant avec des forces et une joie nouvelles (Jacques 4.10 ; 1 Pierre 5.6).

Seule cette acceptation mettra le perfectionniste en repos, irriguera son cœur de grâce et d'amour, mettra un terme à ses raisonnements de propre justice ou de culpabilité, mettra un terme à l'esprit de jugement ou de supériorité à l'égard des autres.

Seule cette acceptation introduira dans sa vie la dimension du Royaume de Dieu qui glorifie le Seigneur.

Charles Nicolas

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05 avril 2017

L'espérance, qui en parle ?

 

L'espérance, qui en parle ?

 

Que dit Paul ensuite ? "Mais à cause de vous, il est plus nécessaire que je demeure dans cette vie". A cause de vous, ou : pour vous ! C'est exactement la prière de Jésus peu avant son procès. "Père, si tu voulais éloigner de moi cette coupe ; toutefois, non pas ma volonté, mais la tienne !". C'était déjà mourir ! C'était déjà renoncer à la vie. C'était à cause de nous. C'était pour nous. Et la lettre aux Hébreux nous apporte un éclairage, concernant Jésus : "A cause de la joie qui lui était réservée, il a accepté la souffrance, la honte, la croix". En d'autres termes, c'est par son espérance (la joie qui lui était réservée) que Jésus a nourri son amour (donner sa vie) et sa foi (l'obéissance jusqu'au bout). Et si c'était cela, marcher d'une manière digne de l'Evangile...

Je vais dire quelque chose de délicat, ici. Parler aujourd'hui de mourir s'il le fallait à cause de la foi pourrait bien inquiéter les journalistes et les pouvoirs publics. Et quelques uns s'empresseraient de dire : Mourir à cause de la foi ? Loin de là !!!

Loin de là ??? Je vais poser une question : Est-ce parce que certains le vivent par embrigadement et par fanatisme, cela devrait être exclu, dans la perspective de l'Evangile ? (je précise : dans la perspective de l'Evangile) ? Eh bien non. La capacité de donner sa vie – y compris physiquement, est une démonstration de la maturité de l'Amour chrétien. Cela concerne l'amour des parents pour leurs enfants, cela concerne l'amour conjugal, cela concerne l'amour fraternel qui est le même que l'amour pour Christ. Cela concerne avant tout l'amour pour Christ.

En disant cela, Paul nous parle aussi de l'espérance qui l'habite. Pas le tombeau, mais la présence vivante du Sauveur. "Etre avec Christ, ce qui, de beaucoup, est le meilleur", dit-il. Quelqu'uns ont peut-être cela dans la tête aussi. Je l'espère. Je n'ose pas demander de lever la main si c'est le cas. Je devrais, peut-être...

Cela nous montre quelque chose de très important : pour le chrétien, la vie présente est préciseuse, nullement dépendante du hasard, mais elle doit être regardée à la lumière de l'espérance qui nous habite. En d'autres terme, c'est l'espérance qui m'habite qui éclaire le temps présents, l'étape présente. Vous voyez comment on s'approche du thème de ce soir : "Marcher d'une manière digne de l'Evangile". Qu'est-ce que cela veut dire ?

Un jour, il n'y aura plus que l'Amour. Mais pour le moment, il doit y avoir la foi, l'espérance et l'amour. Les 3 sont absolument liés ("Trois choses demeurent", dit Paul). On parle volontiers de l'amour bien-sûr. On se demande lequel, d'ailleurs. On parle quelques fois de la foi. Ce n'est pas totalement interdit. On se demande de quelle foi aussi, d'ailleurs, parfois. Mais l'espérance, qui en parle ? Or, si l'espérance manque, je doute qu'il y ait beaucoup de foi et beaucoup d'amour... Or, l'espérance manque souvent. Notamment aujourd'hui et ici. Reconnaissez qu'on n'en parle très peu, et avec gène ; même dans l'église.

Ch. Nicolas

(2016)

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