Le blog de Charles Nicolas

11 avril 2017

Des anciens et des diacres dans l'Eglise

 

Des diacres et des anciens dans l'Eglise

 

Résumé

 

1.La double dimension du ministère : pastoral et diaconal

 

a. Cette double dimension n'est pas évoquée ici de manière arbitraire

Elle est présente de manière significative dans le Nouveau Testament ; elle est retenue et développée par les Réformateurs ; elle est présente dans toutes les églises réformées (presbytériennes) dans le monde. Elle est clairement mentionnée dans notre Discipline

"(...) Dieu appelle, d'autre part, certains membres de l'Eglise à exercer soit un ministère pastoral, soit un ministère diaconal "(art. 1er sur les ministères - extrait).

 

b. Cette distinction est-elle importante pour nous ?

Elle est importante pour la raison suivante : les ministères dans l'Eglise n'agissent pas à la place de l'Eglise, mais pour elle et avec elle, en vue du ministère de l'Eglise toute entière.Ainsi chaque ministère, s'il est fidèle, nourrit et féconde la vocation de l'ensemble des membres, selon les deux axes mentionnés : pastoral (Col 3.16 ; 1 Th 5.11) ou diaconal (Ro 12 ; 1 Co 12 ; 1 Pi 4.10).

2. Un même objectif : l'unité spirituelle de l'Eglise et sa croissance

En France, peut-être plus qu'ailleurs, on est habitué à séparer le spirituel du matériel et du pratique. Le spirituel est associé au culte et aux études bibliques. Le matériel ou le pratique est regardé comme profane. Cette manière de voir ne correspond pas du tout à la vision biblique.

En réalité, ces deux axes de ministère sont spirituels l'un et l'autre : ils visent tous les deux l'unité et le développement de l'Eglise autour de la personne de Jésus, et agissent en son Nom. Ils donnent à l'enseignement son autorité car celui-ci est porté par un vécu.

O - Ainsi, les personnes qui sont au bénéfice du ministère de la Parole (Ep 4.17 ; Hé 3.13) sont aussi au bénéfice de l'assistance fraternelle (Ro 12.13 ; Hé 6.10)  ; et inversément.

 

3. Des dons et des appels distincts

Etroitement associés, ces deux axes de ministères sont distincts et ne peuvent pas être confondus.

 

a. La tâche de nature pastorale. En fait, en quoi consiste précisément « la tâche pastorale » ?

Je propose de laisser parler la Discipline de notre Union :

Article 2. Le ministère pastoral est confié aux anciens.

Article 3. Le ministère biblique d'ancien consiste à diriger l'Eglise selon les Ecritures. L'ancien enseigne la doctrine évangélique, recherche l'unité du peuple de Dieu dans la vérité et veille sur la pureté du message proclamé (1 Tm 4.13, 16 ; 2 Tm 1.14 ; 3.16 ; 4.1-5). Par un ministère de prière et d'exhortation collégiale, les anciens encouragent les fidèles pour que chacun, renouvelé par l'Esprit de Dieu, vive selon la Parole de Dieu.

Article 8. La formation permanente (des anciens) portera essentiellement sur les 2 points suivants :

a) connaissance de la Bible, des textes de base de l'Union nationale, de la Discipline ;

b) développement de l'aptitude de l'ancien à exercer, avec l'ensemble du Conseil presbytéral et le pasteur, la fonction pastorale de l'Eglise.

O - Le service de nature pastorale se caractérise par l'enseignement et l'exhortation.Il a en vue l'unité de l'Eglise dans la fidélité à l'Ecriture et la croissance(l'équipement et la maturité de chacun et de tous)1. Il s'exerce notamment dans le cadre des visites.

 

b. Le ministère des diacres se décline sur deux axes :

- le soutien (assez souvent de manière continue, prolongée) aux personnes fragilisées de l'église (âgées, malades, seules, démunies...) ;

- le soutien par la prise en charge des tâches d'organisation, de gestion (finances, secrétariat, entretiens divers, préparations pratiques de rencontres, etc.).

L'expression biblique qui définit la tâche diaconale est « l'assistance destinée aux saints ».

« Il est superflu que je vous écrive touchant l'assistance destinée aux saints » dit Paul (2 Co 9.1). « Pourvoyez aux besoins des saints » (Ro 12.13).

 

Que dit notre Discipline ? "C'est un ministère d'assistance et de soutien qui s'exerce prioritairement au sein de l'Eglise : - assistance et soutien des plus faibles (personnes seules, malades, âgées, isolées, en situation précaire, orphelins...) ; - prise en charge des tâches matérielles et organisationnelles de l'Eglise en appui au ministère des anciens. Le service des diacres ne remplace pas la diaconie de toute l'Eglise ; il tend au contraire à la développer" (art. 44).

O - Le service de nature diaconale se caractérise par le soutien, l'assistance. Il a en vue l'unité et la croissance de l'Eglise par les gestes de soutien, par le développement de l'entraide au profit des membres les plus fragiles. Il a en vue également de décharger pasteurs et anciens pour que ceux-ci se consacrent à leurs tâches spécifiques.

4. Et maintenant ?

Tout ne se passe pas lors des réunions du Conseil, mais aussi entre les réunions, selon ces trois pôles qui doivent entrer de plus en plus dans leur vocation propre :

    • pasteur(s) et anciens

    • diacres dans le soutien auprès des personnes

    • diacres dans le soutien par les tâches de gestion, organisation, entretien, etc.

 

Ils se réuniront selon le rythme qui paraîtra le plus opportun (chaque semaine, tous les 15 jours...),

Pour chacun des trois, il s'agit de : - discerner les besoins

- discerner la réponse appropriée

- discerner les personnes aptes à servir avec leur(s) don(s).

Chacun de ces trois domaines peut se partager en domaines plus précis encore, selon les nécessités, toujours dans l'objectif de mettre à l'oeuvre le plus de membres possibles et de décharger ceux qui sont trop chargés. Les anciens délèguent aux diacres, mais gardent un rôle de supervision.

Les réunions du Conseil dans son ensemble (anciens et diacres) peuvent être plus espacées (tous les deux mois ?). Tout n'y est pas repris, mais seulement les points saillants ou ceux qui nécessitent une concertation plus large. Il s'agit, en quelque sorte, d'assurer un suivi des équipes de travail.

O - Ces ministères ne sont donc pas cloisonnés. Ils sont seulement distincts (pas confondus) et associés (pas séparés). C'est la seule manière de les respecter et de les rendre féconds.

 

Charles NICOLAS

(2015)

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1. Enseignement des enfants (confié à des moniteurs), des jeunes, des jeunes couples, des jeunes parents, des nouveaux convertis, des prédicateurs, des liturges ; réflexion dans le domaine doctrinal et éthique...

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10 avril 2017

Peut-on rebaptiser ?

 

Peut-on rebaptiser ?

 

La question du baptême cristallise beaucoup de difficultés entre les églises et au sein même des églises, révélant par là les faiblesses de notre compréhension ou de notre façon d'administrer ce sacrement.

La question posée ici est celle du re-baptême. Ou, pour être plus précis, la question de la demande de baptême exprimée par une personne adulte ayant vécu une conversion mais ayant été baptisée petit enfant (baptême catholique ou protestant).

La position "anabaptiste" consiste à baptiser un adulte qui confesse sa foi sans se poser la question du baptême que la personne aurait reçu étant bébé. Le baptême des bébés n'étant pas un vrai baptême à leurs yeux, il n'y a donc pas re-baptême. C'est la position de la plupart des églises évangéliques (baptistes, méthodistes, pentecôtistes, églises de Réveil, etc.). Pour les plus "exigeants" d'entre eux, un baptême d'adulte par aspersion n'est pas un baptême non plus. La personne peut donc recevoir un vrai baptême (par immersion).

La position "sacramentaliste" consiste à reconnaître tout baptême pratiqué, dans quelque condition que ce soit, dès lors que la formule trinitaire a été prononcée (Mt 28.19). Cette position est celle de la plupart des églises dites "historiques". Elle s'est notamment imposée dans ces églises dans les années 70 au sein du mouvement oecuménique, comme une mesure de respect vis-à-vis de l'Eglise romaine.

Dans notre Union d'églises, ces deux positions se rencontrent, ce qui n'est pas très rigoureux. Il serait important, pour une question comme celle-ci, de se fonder sur des éléments scripturaires et théologiques, plutôt que sur des éléments de tradition, de diplomatie ecclésiale ou de sentimentalité.

 

1. Le premier sens du baptême est en lien avec la conversion

Le premier sens du baptême est en lien avec la nouvelle naissance et la conversion. Il concerne donc des personnes en âge de raison. Il signifie en effet notre union à Jésus-Christ dans sa mort et sa résurrection en vue de marcher en nouveauté de vie. Il implique, comme la cène, la dimension communautaire. Ce sens-là est clairement formulé par les Réformateurs du XVI° siècle. (Le baptême des enfants des fidèles n'est mentionné qu'en second lieu).

 

Ce que dit le Catéchisme de Genève (Calvin 1545) :

Question 329 : Quel est donc pour vous le vrai sens du baptême ?

Réponse : Il est dans la foi et dans la repentance.

- le baptisé tiendra pour certain qu'il est en paix avec Dieu, puisque le sang du Christ le purifie de toutes ses fautes ;

- la présence du Saint-Esprit sera pour lui une expérience vraiment vivante, et il en témoignera par ses oeuvres ;

- enfin, dans un effort sans cesse renouvelé, il réduira les tentations au silence et servira Dieu et sa justice (= sa volonté).

 

Ce que dit la Confession de foi de La Rochelle (1559) :

Le baptême nous est donné en témoignage de notre adoption, parce que nous sommes alors greffés au corps de Christ afin d'être lavés et nettoyés par son sang, puis renouvelés par son Esprit pour vivre une vie sainte.

Or, quoique le baptême soit un sacrement de foi et de pénitence, néanmoins, parce que Dieu reçoit dans son Eglise les petits enfants avec leurs parents, nous disons que, par l'autorité de Jésus-Christ, les petits enfants engendrés des fidèles doivent être baptisés.

 

Ce que dit la Confession de Westminster(1649) :

Le baptême est un sacrement du Nouveau Testament institué par Jésus-Christ, non seulement pour recevoir solennellement le baptisé dans l'Eglise visible, mais aussi pour lui être un signe et sceau de l'Alliance de grâce, de son insertion en Christ, de la régénération, de la rémission de ses péchés, de son offrande de lui-même à Dieu par Jésus-Christ pour marcher en nouveauté de vie. Bien que ce soit un péché grave de mépriser ou de négliger cette ordonnance, la grâce et le salut ne sont cependant pas si étroitement attachés au baptême que nul ne puisse être régénéré ou sauvé sans lui, ou que tout baptisé soit indubitablement régénéré.

Cette dernière définition (des églises réformées aux USA) évoque bien, elle aussi, le baptême de l'adulte qui confesse sa foi.

 

2. C'est en second lieu que le baptême concerne aussi les enfants des fidèle

Le 'quoique' et le 'néanmoins' de la Confession de foi de La Rochelle indiquent bien que le premier sens du baptême concerne l'adulte converti. C'est par son sens second (comme signe d'appartenance à l'Alliance de grâce) qu'il est donné aussi aux enfants des fidèles, c'est-à-dire aux enfants dont un des deux parents au moins est un membre communiant de l'Eglise. Le baptême, alors, ne fait pas entrer l'enfant dans l'Alliance de grâce : il est le signe que l'enfant est dans l'Alliance de grâce par sa naissance dans un foyer chrétien.

Nous retrouvons cela dans l'enseignement de Pierre à la Pentecôte : "La promesse est pour vous (ceux qui répondent à la prédication par la foi), pour vos enfants et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera" (Ac 2.39). Ceux qui sont au loin, on ne les connaît pas encore, mais nos enfants, on les connaît !

Il faut admettre que la pratique généralisée du baptême des petits enfants a créé une situation qui nécessite de fermes résolutions. Je cite ici le théologien réformé Jean-Jacques von Allmen, dans son livre Pastorale du baptême :

"Etant entendu que ce n'est pas le principe du baptême des enfants de chrétiens qui est en cause, il n'en faut pas moins reconnaître qu'une pratique s'est développée et répandue, celle du pédobaptisme généralisé et quasi imposé, qui fait gravement problème. Le pédobaptisme généralisé est dangereux parce qu'il atténue la conscience que l'Eglise doit avoir d'elle-même comme peuple eschatologique ; et celle-ci risque fort de ne pas savoir résister si le monde veut l'absorber. Je me demande si le pédobaptisme indiscriminé, dans une période où l'Eglise est minoritaire et où, par conséquent, elle reprend conscience de son devoir missionnaire, ne sabote pas ce renouveau apostolique. Que faire, en effet, quand l'Eglise trouve des baptisés lorsqu'elle atteint et convertit des incroyants ? "

Avec lucidité, J.J. Von Allmen évoque les conséquences d'une pratique irresponsable du baptême des petits enfants qui crée des situations anormales. Ainsi, tout en reconnaissant la légitimité du baptême des enfants des fidèles, nous sentons-nous libres de ne pas accorder de valeur à ce baptême quand il est pratiqué sans fondement biblique et disciplinaire.

 

3. Que signifie l'expression paulinienne : il y a un seul baptême ?

Ceux qui ont défendu la reconnaissance baptismale, quelles que soient les conditions dans lesquelles le baptême était pratiqué, ont souvent cité cette affirmation de Paul : "Il y a un seul baptême" (Ep 4.6). Usant d'une méthode d'interprétation simpliste, ils ont considéré que le mot 'baptême' désignait naturellement le baptême d'eau, comme si le Nouveau Testament ne parlait que du rite extérieur quand il utilise le mot 'baptême'.

On ne peut faire ici l'exégèse complète de ce passage, mais considérons l'énumération que l'apôtre propose ici : "Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance ; il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous" (Ep 4.4-6). Connaissant Paul, qui dit n'avoir baptisé personne sinon une seule famille (1 Co 1.16), on peut bien se demander s'il aurait inclus le rite du baptême d'eau dans une telle évocation de réalités spirituelles de premier plan.

La réalité, c'est que Paul parle souvent du baptême spirituel (dont le baptême d'eau n'est que le signe extérieur) qui s'opère quand, par la foi et par l'action du Saint-Esprit, un croyant reconnaît en Jésus-Christ son Sauveur et devient un avec lui, comme immergé en lui pour former "une même plante avec lui" (Ro 6.5). Qu'on relise dans ce sens Romains 6.2-7 qui ne parle pas du baptême d'eau mais de cette expérience unique qu'est la régénération du croyant et son union avec Christ, expérience qui est appelée baptême1. On retrouvera cet usage du mot 'baptême' en Galates 3.26, Colossiens 2.12.

Ainsi, c'est bien indûment que l'unicité du baptême dont parle Paul a été appliquée au baptême d'eau, faisant de celui-ci un rite à l'importance exagérée.

Cela signifie-t-il que la pratique du baptême d'eau pourrait se faire librement, sans discipline ? Pas du tout.

 

4. Ni anabaptistes ni sacramentalistes

Les anabaptistes n'accorderont aucune valeur à un baptême d'enfant, même si ce baptême a été pratiqué conformément à la discipline qui veut que, avec les adultes qui confessent la foi, les enfants dont un des deux parents au moins est un membre engagé dans l'église puissent être baptisés.

Nous agirons autrement et considèrerons que les enfants nés dans l'Alliance de grâce peuvent porter le signe de cette appartenance. Ces enfants n'auront pas besoin d'être baptisés une nouvelle fois, quand bien même ils s'éloigneraient de la foi pour y revenir et professer leur appartenance à Jésus-Christ. Le signe qui accompagnera cette conversion sera la participation à la cène.

Quand une personne se convertit, qui n'est pas née dans un foyer chrétien, le baptême et la cène sont pris dans un même temps, accompagnés d'une profession de la foi. Pour ce qui est des enfants nés dans un foyer chrétien, ces deux signes sont comme étirés dans le temps, le premier annonçant et appelant le second.

 

Les sacramentalistes accordent une telle valeur au rite extérieur et à la formule qui l'accompagne qu'ils le considèrent comme absolument unique, quelles que soient les conditions dans lesquelles il a été pratiqué2. C'est ainsi que dans le contexte oecuménique, certains Protestants se sont engagés à reconnaître le baptême catholique3.

Nous agirons autrement et considèrerons que rien dans la foi dont nous parle le Nouveau Testament ne permet d'accorder une telle importance à un rite extérieur, pas même l'expression "un seul baptême" qui ne parle pas du baptême d'eau.

Ainsi, avec le souci pastoral qui doit accompagner toute demande de baptême, nous regarderons si la personne qui a été baptisée petit enfant l'a été conformément à la discipline qui nous paraît nécessaire (un de ses parents au moins était dans la foi). Si c'est le cas, le re-baptême ne devrait pas être envisagé (car au baptême d'adulte, il convient également de ne pas accorder plus d'importance qu'il n'en faut). On tiendra compte cependant de la concience qu'a pu avoir la personne d'avoir réellement été au bénéfice d'un environnement chrétien durant son enfance. Si ce n'était pas le cas, une demande de baptême pourrait, me semble-t-il, être entendue.

Si, comme c'est assez souvent le cas, la personne a reçu un baptême d'enfant (catholique ou protestant) par tradition (quand bien même ses parents l'auraient "envoyée au catéchisme"), il n'y a pas de raison sérieuse pour considérer que ce baptême est un véritable baptême. Si elle est en mesure de professer son appartenance au Seigneur et si elle demande à être baptisée, cela devrait pouvoir être fait avec joie.

Ch. Nicolas

(2015)

_____________________

1Il est évident que la conception romaine du baptême, avec la doctrine de la régénération baptismale, provient de ce sacramentalisme qui applique au rite extérieur ce que la Bible dit du baptême spirituel, la nouvelle naissance.

2Même si, quand ils sont sérieux, ils reconnaissent que le baptême n'a son sens et n'est réellement opérant que quand il est accompagné de la foi.

3Il reste à vérifier si l'inverse est vrai. Néanmoins, les points d'achoppement qui demeurent entre ces deux Eglises sont bien la notion des ministères et celle des sacrements. Voir le document BEM, à ce sujet.

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07 avril 2017

Un seul baptême ?

 

Un seul baptême ?

Le rite et la réalité

 

Entre les mains des hommes, les choses les plus belles deviennent des sujets de discorde. Ainsi en est-il du baptême et du repas du Seigneur1. Que penser, par exemple, de l'expression : "baptême protestant" ou "baptême catholique" ? Comment se situer par rapport à un tel usage de ce mot ?

Plusieurs raisons peuvent expliquer les difficultés de compréhension ou de blocage. Une de ces raisons est sans doute que l'on parle souvent du baptême, comme s'il n'existait qu'un baptême, tandis que le Nouveau Testament parle de plusieurs baptêmes2. On peut en mentionner trois :

- le baptême des prosélytes3 ou baptême de Jean-Baptiste, basé sur la repentance et la confession des péchés ;

- le baptême d'eau au nom du Seigneur Jésus4, comme témoignage de notre foi et de notre appartenance au peuple des disciples,

- le baptême en Christ5, qui n'est pas un rite extérieur mais l'expérience d'union à Jésus-Christ, dans sa mort et sa résurrection, par la nouvelle naissance6.

Alors, pourquoi Paul dit-il qu'il y a "un seul baptême" (Ep 4.5-6)? Y a-t-il là une contradiction ?
Pas du tout. Paul parle ici du baptême en Christ, de l'expérience évidemment unique par laquelle un homme ou une femme sont venus à Christ dans la foi, et sont devenus un avec lui, dans sa mort et sa résurrection. Cela est produit et scellée par le Saint-Esprit en vue de marcher en nouveauté de vie. Cela peut-il être produit par un rite extérieur – reçu enfant ou adulte ? Aucunement.

Le baptême de Jean et le baptême d'eau au nom de Jésus n'ont-ils donc aucun rapport avec cela ?
Il y a un rapport – le baptême de Jean préparant la venue du Messie et la prédication de l'Evangile ; le baptême d'eau au nom de Jésus rendant témoignage de notre foi et de notre appartenance au corps de Christ – mais en aucun cas ils ne peuvent être confondus.

Ces trois baptêmes ont donc un sens ; mais un seul est vraiment capital, nécessaire : le baptême spirituel qui nous unit à Christ, nous faisant participant de sa mort et de sa résurrection. Cependant, le mot 'baptême' désignant aussi le rite extérieur, la confusion s'est introduite dans la chrétienté, le rite extérieur étant bien-sûr plus facile à "administrer" que l'expérience intérieure.

Nous remarquons que si l'apôtre Paul pratique le baptême d'eau dans le livre des Actes7, il n'en parle pratiquement plus jamais dans ses lettres aux églises. Aux Corinthiens, il écrit : "Je rends grâces de ce que je n'ai baptisé aucun de vous, excepté Crispus et Gaïus, afin que personne ne dise que vous avez été baptisés en mon nom. J'ai encore baptisé la famille de Stéphanas ; du reste, je ne sache pas que j'aie baptisé quelque autre personne. Ce n'est pas pour baptiser que Christ m'a envoyé, c'est pour annoncer l'Evangile" (1 Co 1.14-17).

En écrivant cela, Paul distingue bien ce qu'opère la Parole de Dieu dans le coeur et ce que signifie le rite extérieur. Le rite extérieur a son importance, mais il est second. L'expérience intérieure est première. Comment devient-on enfant de Dieu ? En recevant la Parole de Dieu – en recevant Jésus-Christ – dans son coeur, par la foi8. Mille baptêmes ne pourront jamais opérer cela (Ga 5.6).

Quand, ailleurs, Paul parle du baptême, il parle du baptême en Christ, de l'expérience par laquelle le croyant devient un avec son Sauveur, par l'action de l'Esprit et au moyen de la foi. Il peut écrire : "J'ai été crucifié avec Christ ; et si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi ; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré lui-même pour moi"9. Cette expérience correspond à la nouvelle naissance. On ne naît de nouveau qu'une fois. Il y a donc bien "un seul baptême", par lequel on devient un avec Christ.

Lisons le passage où se trouve cette expression : "Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation ; il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, et parmi tous, et en tous »10. Les réalités spirituelles mentionnées ici émanent toutes de Dieu seul. Le corps dont il est question est le Corps de Christ, c'est-à-dire son Eglise : non pas l'institution gérée par les hommes mais l'ensemble de ceux qui lui appartiennent par une vraie foi. Comment le baptême d'eau pourrait-il trouver sa place dans une telle énumération ? Quand Paul dit qu'il y a un seul baptême, il est assez évident qu'il parle du baptême spirituel qui "fait" le chrétien.

Notons que le 'tous' de l'expression : "Père de tous, parmi tous et en tous" désigne évidemment les chrétiens. Tous mais eux seuls ; eux seuls mais tous ! Ainsi, les expressions 'baptême catholique' ou 'baptême protestant' n'ont véritablement aucun sens.

Un passage important se trouve au début de Romains 6.Il vaut la peine de le citer en entier.« Que dirons-nous donc ? Demeurerions-nous dans le péché, afin que la grâce abonde ? Loin de là ! Nous qui sommes morts au péché, comment vivrions-nous encore dans le péché ? Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, c’est en sa mort que nous avons été baptisés ? Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions en nouveauté de vie. En effet, si nous sommes devenus une même plante avec lui par la conformité à sa mort, nous le serons aussi par la conformité à sa résurrection, sachant que notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché fût détruit, pour que nous ne soyons plus esclaves du péché; car celui qui est mort est libre du péché. Or, si nous sommes morts avec Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui, sachant que Christ ressuscité des morts ne meurt plus; la mort n’a plus de pouvoir sur lui. Car il est mort, et c’est pour le péché qu’il est mort une fois pour toutes ; il est revenu à la vie, et c’est pour Dieu qu’il vit. Ainsi vous-mêmes, regardez-vous comme morts au péché, et comme vivants pour Dieu en Jésus-Christ »11.

Quand Paul dit : "Nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ", Paul parle-t-il du baptême d'eau ? Nullement. Il parle du baptême spirituel par lequel on devient chrétien. Cela signifie : Nous tous qui avons été unis à Jésus-Christ par la foi, nous sachant pécheurs et perdus sans lui, rachetés et sauvés avec lui. Par la foi (qui est elle-même un don de Dieu), nous sommes "en Christ" et lui en nous. Le rite extérieur n'opère pas cela. Seul le Saint-Esprit le peut. Nous savons que l'expression "en Christ" désigne très exactement la position du chrétien12.

Sans cette expérience d'union à Christ, il n'y a aucune vie chrétienne authentique possible. Il est extrêmement malheureux que des milliers, peut-être des millions de personnes se croient chrétiennes parce qu'elles ont reçu un baptême d'eau, tandis qu'elles ne connaissent pas le Seigneur Jésus personnellement. Elles s'évertuent à vivre comme des chrétiens, sans l'être devenus, en plaçant leur attente dans la supposée efficacité des oeuvres ou des rites – ce qui est le propre d'une démarche religieuse, et non le propre de la foi.

Charles NICOLAS –  2016

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1Le document BEM (Baptême, Eucharistie, Ministères), rédigé en 1982, rappelle que des désaccords importants demeurent entre Catholiques et Protestants sur ces trois sujets.

2Hébreux 6.2 mentionne "la doctrine des baptêmes". Certains ont repéré 7 baptêmes différents dans le N.T.

3Mt 21.25 ; Mc 4.1-4 ; Ac 1.22 ; 13.24 ; 18.25 ; 19.3-4.

4Ou au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Mt 3.13-17 ; Ac 8.29-38.

5Mc 1.8 ; Ac 2.41 ; 18.8 ; Ro 6.1-7 ; Ga 3.27.

6En Marc 10.38-40, Jésus parle du "baptême dont il doit être baptisé" : il s'agit de sa mort sur la croix. Lui seul va accomplir cela ; mais chaque chrétien va y être associé par la nouvelle naissance, en étant uni à sa mort pour vivre d'une nouvelle vie avec lui et en lui. Le baptême d'eau n'opère pas cela : il en est le signe seulement.

7Ac 16.33 ; 18.8 ; 19.4-5 ;

8Jn 1.12-13 ; Jc 1.18.

9Ga 2.20.

10Ep 4.4-6. Voir aussi 1 Co 12.12-13.

11Ro 6.1-11.

12Lire Ro 8.1 ; 2 Co 5.17 ; Ga 3.27 ; Ep 1.1 ; 2.10, 13 ; 3.6 ; 4.15, 32 ; Ph 1.1 ; 4.7, 21 ; Co 2.1, 11 ; 1 Th 4.16.

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06 avril 2017

Le perfectionisme

 

Le perfectionnisme

 

Il existe maints ouvrages pour dénoncer le relâchement des chrétiens et l'assoupissement des églises, mais il est moins fréquent de voir traiter la tentation opposée qui touche également nombre de chrétiens : le perfectionnisme.

Le perfectionnisme est pour la perfection ce que l'intégrisme est pour l'intégrité : une utilisation excessive, un mauvais usage qui, au lieu de porter de bons fruits, en porte d'amers.

En quoi consiste cette erreur et comment y échapper ?

Le perfectionniste ne retient que deux aspects de la réalité présente, le bien et le mal. Il veut rejeter le mal et s'attacher au bien, ce qui semble être une bonne disposition. Il oublie deux choses cependant :

  • le mal n'est pas seulement extérieur à l'homme, mais intérieur, et nos meilleures intentions sont elles aussi contaminées, souillées par le péché ;

  • le bien que Dieu nous demande de vivre, nous n'avons pas la capacité de le pratiquer pour répondre à son attente (Rom 7.18-19).

 

Ainsi, celui qui vient à la lumière est-il conduit à un double constat :

  • il ne peut par ses propres forces lutter contre le péché qui est attaché à son cœur : il doit renoncer à cette lutte ;

  • il ne peut par ses propres forces accomplir le bien que Dieu attend de lui : il doit aussi y renoncer...

 

Ce double renoncement (relaté en Romains 7) suppose un tel échec de notre volonté propre et de nos prétentions qu'il équivaut à une mort (Rom 6.4 ; 7.4-6), une sorte d'anéantissement de notre ancienne nature et à un recours total à la grâce de Dieu : non seulement pour le pardon de nos péchés, mais aussi pour la purification et pour l'obéissance de la foi – qui est tout autre chose que l'obéissance de la loi (Rom 10.1-4 ; Gal 5.4).

Le perfectionniste n'est jamais satisfait, sauf quand son illusion est totale vis-à-vis de lui-même (Luc 18.11). Il est malheureux car il est tour à tour confronté à la tentation de se croire meilleur ou pire que les autres. Il est seul. Il ne fait pas confiance : il prend les autres pour des sots. Il est malheureux – et il rend son entourage malheureux – car il est difficilement accessible, étant prisonnier de ses raisonnements nourris de crainte ou de prétention (Rom 10.21). Enfin, le perfectionniste pense souvent qu'il est le seul à souffrir. Il a peu de compassion.

Le perfectionniste est inévitablement exposé au légalisme, car il place les principes qu'il a sélectionnés au dessus de toute autre considération (Mat 23.23-24). Il fait tout par devoir. Il peut aussi, à certains moments, être tenté de tout lâcher, tellement son cœur a besoin d'amour et de liberté... Le perfectionniste a du mal à accepter d'être aimé tel qu'il est. Il reçoit peu d'amour et en donne peu (1 Cor 13.1-3). Il a peu de joie et en communique peu...

Le perfectionniste ne peut vivre une communion intime avec son Sauveur (Gal 5.4-6). En réalité, si un perfectionniste rencontrait Jésus, il trouverait maintes choses à lui reprocher !

Le perfectionniste doit apprendre ou ré-apprendre qu'il ne peut pas davantage marcher dans la volonté de Dieu par ses propres forces qu'il ne pouvait obtenir le salut par ses propres forces. Il doit accepter que sa dépendance vis-à-vis de l'amour de Dieu, de la grâce qui est en Jésus-Christ et du secours du St Esprit est totale. C'est là une grande humiliation assurément, un brisement même, mais qui seront suivis par un relèvement bienfaisant avec des forces et une joie nouvelles (Jacques 4.10 ; 1 Pierre 5.6).

Seule cette acceptation mettra le perfectionniste en repos, irriguera son cœur de grâce et d'amour, mettra un terme à ses raisonnements de propre justice ou de culpabilité, mettra un terme à l'esprit de jugement ou de supériorité à l'égard des autres.

Seule cette acceptation introduira dans sa vie la dimension du Royaume de Dieu qui glorifie le Seigneur.

Charles Nicolas

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05 avril 2017

L'espérance, qui en parle ?

 

L'espérance, qui en parle ?

 

Que dit Paul ensuite ? "Mais à cause de vous, il est plus nécessaire que je demeure dans cette vie". A cause de vous, ou : pour vous ! C'est exactement la prière de Jésus peu avant son procès. "Père, si tu voulais éloigner de moi cette coupe ; toutefois, non pas ma volonté, mais la tienne !". C'était déjà mourir ! C'était déjà renoncer à la vie. C'était à cause de nous. C'était pour nous. Et la lettre aux Hébreux nous apporte un éclairage, concernant Jésus : "A cause de la joie qui lui était réservée, il a accepté la souffrance, la honte, la croix". En d'autres termes, c'est par son espérance (la joie qui lui était réservée) que Jésus a nourri son amour (donner sa vie) et sa foi (l'obéissance jusqu'au bout). Et si c'était cela, marcher d'une manière digne de l'Evangile...

Je vais dire quelque chose de délicat, ici. Parler aujourd'hui de mourir s'il le fallait à cause de la foi pourrait bien inquiéter les journalistes et les pouvoirs publics. Et quelques uns s'empresseraient de dire : Mourir à cause de la foi ? Loin de là !!!

Loin de là ??? Je vais poser une question : Est-ce parce que certains le vivent par embrigadement et par fanatisme, cela devrait être exclu, dans la perspective de l'Evangile ? (je précise : dans la perspective de l'Evangile) ? Eh bien non. La capacité de donner sa vie – y compris physiquement, est une démonstration de la maturité de l'Amour chrétien. Cela concerne l'amour des parents pour leurs enfants, cela concerne l'amour conjugal, cela concerne l'amour fraternel qui est le même que l'amour pour Christ. Cela concerne avant tout l'amour pour Christ.

En disant cela, Paul nous parle aussi de l'espérance qui l'habite. Pas le tombeau, mais la présence vivante du Sauveur. "Etre avec Christ, ce qui, de beaucoup, est le meilleur", dit-il. Quelqu'uns ont peut-être cela dans la tête aussi. Je l'espère. Je n'ose pas demander de lever la main si c'est le cas. Je devrais, peut-être...

Cela nous montre quelque chose de très important : pour le chrétien, la vie présente est préciseuse, nullement dépendante du hasard, mais elle doit être regardée à la lumière de l'espérance qui nous habite. En d'autres terme, c'est l'espérance qui m'habite qui éclaire le temps présents, l'étape présente. Vous voyez comment on s'approche du thème de ce soir : "Marcher d'une manière digne de l'Evangile". Qu'est-ce que cela veut dire ?

Un jour, il n'y aura plus que l'Amour. Mais pour le moment, il doit y avoir la foi, l'espérance et l'amour. Les 3 sont absolument liés ("Trois choses demeurent", dit Paul). On parle volontiers de l'amour bien-sûr. On se demande lequel, d'ailleurs. On parle quelques fois de la foi. Ce n'est pas totalement interdit. On se demande de quelle foi aussi, d'ailleurs, parfois. Mais l'espérance, qui en parle ? Or, si l'espérance manque, je doute qu'il y ait beaucoup de foi et beaucoup d'amour... Or, l'espérance manque souvent. Notamment aujourd'hui et ici. Reconnaissez qu'on n'en parle très peu, et avec gène ; même dans l'église.

Ch. Nicolas

(2016)

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04 avril 2017

Est-ce le temps de jeûner ?

 

Est-ce le temps de jeûner ?

 

Est-ce le temps de jeûner ? Jésus a répondu à cette question en disant que ses disciples jeûneraient quand l'époux leur serait enlevé (Mt 9.15). Le jeûne est la reconnaissance d'une absence, d'un manque que rien d'autre ne peut combler.

                               "Comme une biche soupire après des courants d'eau,

                                Ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu !

                               Mon âme a soif du Dieu vivant :

                               Quand irai-je et paraîtrai-je devant ta face ?" (Ps 42.2-3)

 

Le jeûne, comme la prière, manifeste une faim et une soif de Dieu qui devrait habiter chaque chrétien.

                      "Que ton règne vienne !" (Mt 6.10)

                       "Viens, Seigneur Jésus !" (Ap 22.20)

 

1. Attention aux bonnes choses !

Dans cette recherche de la présence et de la volonté du Seigneur (c'est à dire de son Règne),

la repentance consiste à délaisser définitivement une chose mauvaise et impure qui irrite le Seigneur et m'empêche de m'approcher de lui et de mieux le servir (Mt 3.2 ; 4.17 ; Ac 2.38 ; 26.20) ;

le jeûne, lui, consiste à délaisser pour un temps limité quelque chose de bon et de légitime qui m'empêche de m'approcher de Dieu et de mieux le servir.

Le jeûne, comme la repentance, consiste à dégager la place, à libérer l'espace qui revient à Dieu mais que d'autres biens avaient peu à peu occupés.

C'est rétablir l'ordre des priorités dans la perspective du Royaume de Dieu.

C'est délaisser un bien pour un meilleur.

 

2. Trois exemples

Le jeûne de travail. Le sabbat, qui fait l'objet du 4ème commandement (Ex 20.8), est, selon la définition donnée ci-dessus, un jeûne de travail. Le travail est une bonne chose (Dieu a travaillé 6 jours), mais il risque d'accaparer l'attention et le coeur de l'homme et de la femme au risque de mettre en oubli l'amour et la fidélité de Dieu. "C'est pourquoi l'Eternel a béni le jour du repos et l'a sanctifié" (Ex 20.8, 11).

Le jeûne de pain. Le premier enseignement que nous ayons de Jésus, après qu'il eût jeûné pendant 40 jours, est celui-ci : "L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu" (Mt 4.4). Jésus ne dit pas que le pain est mauvais. Lui-même a eu faim (4.2). Lui-même a nourri la foule de pain (14.19). Mais il avertit contre le risque de se focaliser sur cette nourriture (Mt 6.31-34) et d'oublier que la Parole de Dieu nourrit également l'homme qui la reçoit.

Le jeûne conjugal. C'est une autre forme de jeûne recommandé par l'apôtre Paul dans sa première lettre aux chrétiens de Corinthe. Les relations conjugales sont bonnes, dans le cadre d'un couple fidèle. Mais là aussi un risque existe : que cette relation intime fasse passer au second plan une autre relation intime, celle que chacun doit entretenir avec son Père céleste, dans l'écoute de sa Parole et la prière. Le mot jeûne n'est pas employé dans le texte, mais il s'agit bien de cela : s'abstenir pour un temps de quelque chose de bon pour quelque chose de meilleur. "Ne vous privez pas l'un de l'autre, si ce n'est d'un commun accord, pour un temps, pour vous attacher à la prière. Puis, retournez ensemble" (1 Co 7.5).

 

3. Quand devrait-on jeûner ?

Il n'y a pas de règle. On pourrait dire : chaque fois que cela s'avère nécessaire ! Chaque fois qu'il paraît important de retrouver une bonne écoute de Dieu.

Par exemple, quand la prière "ordinaire" ne semble plus en mesure de rattrapper le terrain perdu de la communion avec le Seigneur ; quand mon oreille ne parvient plus à être attentive à la voix du Berger (Jn 10.3, 27) ; quand trop de richesses ont envahi l'espace et se sont intercalées entre Dieu et moi (Mt 7.19-21 ; 13.22 ; Mc 10.24 ; Col 3.1). Chaque fois que ma relation avec Dieu doit être éclaircie, libérée, resserrée.

Cela peut s'avérer particulièrement important :

- dans une période d'égarement, de trouble, d'humiliation (Juges 20.26-28 ; 2 Sam 12.16 ; Est. 4.3 ; Néh 1.4 ; Ps 137.3-4 ; Jc 5.13) ;

- dans la perspective d'une période difficile, d'un danger à venir, d'un combat à mener (2 Ch 20.3 ; Esd 8.21-23 ; Mt 17.21) ;

- avant une décision importante ou un engagement nouveau, en vue d'une consécration plus grande, un service plus pur ( Mt 4.1-2 ; Ac 13.2-3).

 

4. Qui peut jeûner ?

Le paragraphe précédent permet de répondre. Toute personne qui ressent le besoin de (re) donner à Dieu la première place, d'ordonner ses affections, ses priorités, de mettre ses pensées en conformité avec la pensée de Dieu (Jn 4.32-34) ; toute personne qui comprend que la conversion n'est pas le but, mais le début d'une vie de disciple. Autant dire que tout chrétien peut se sentir appelé à jeûner, régulièrement ou pas.

Il est intéressant de remarquer que, comme la prière, le jeûne peut être une démarche toute personnelle (2 Sm 12.16 ; Mt 6.6, 16) ou une démarche communautaire qui suppose que l'on s'accorde pour un objectif commun (Jonas 3.5-9 ; 2 Ch 20.3 ; Mt 18.19 ; 1 Jn 5.14-15).

 

5. Attention à la motivation !

Tout comme la prière (Pr 28.9 ; Jc 1.6), le jeûne n'est pas un moyen infaillible. En aucun cas il ne peut être comparé à une grève de la faim, un moyen de faire pression pour obtenir ce que l'on veut. C'est même le contraire de cela (Ps 119.67 ; 139.23-24). La motivation du jeûne, c'est la faim et la soif de faire la volonté de Dieu, et pour cela d'entendre ce qu'il veut nous dire (Ps 37.4 ; 119.72), au risque d'être bousculé dans nos projets, notre confort, notre vision personnelle des choses.

"Que ta volonté soit faite, et non la mienne !" (Lc 11.2 ; 22.42).

Nous avons dit que jeûner, c'est laisser un bien pour un meilleur. Mais cela pourrait aussi être vécu dans un but égoïste, intéressé. L'objectif juste est plutôt la consécration, la maturité, l'amour, dans la perspective du Royaume de Dieu.

Donner pour se faire remarquer, prier pour se faire voir, jeûner pour paraître plus pieux (Mt 6.1-6, 16-18), c'est le contraire de la motivation qui accompagne normalement le jeûne.

"Voici le jeûne auquel je prends plaisir, dit l'Eternel : Détache les liens de la méchanceté, dénoue les lien de servitude. Partage ton pain avec celui qui a faim et fais entrer dans ta maison le malheureux sans asile. Alors ta lumière poindra comme l'aurore et ta guérison germera promptement ; ta justice marchera devant toi et la gloire de l'Eternel t'accompagnera" ( Es 58.6-8). Il convient de préciser qu'il s'agit, avec ce texte, d'un appel à vivre au sein du peuple de Dieu.

Le jeûne est l'expression d'un abandon total entre les mains de Dieu pour discerner sa volonté et le servir d'une manière convenable, dans la perspective de Romains 12.1-2 (Cf. Ph 3.7-11).

Le jeûne ne nous rend pas plus forts mais plus faibles, plus conscients de nos faiblesses et donc plus dépendants de la force de Dieu (Mt 4.1-11).

Le jeûne ne nous rend pas plus joyeux mais plus tristes, plus sensibles au péché, à la misère. Plus sensibles à l'Esprit de consolation et de joie, aussi !

 

6. Comment jeûner ?

Pour une personne qui n'a jamais ou que très occasionnellement jeûné, il peut être bien de commencer par s'abstenir d'un repas, en consacrant le temps libéré au recueillement et à la prière.

On peut facilement jeûner pendant deux repas ou une journée entière. C'est déjà une bonne étape. On peut jeûner pendant une période plus longue, mais avec une bonne détermination et quelques précautions

Le jeûne de nourriture est le plus fréquemment mentionné. Nous nous souvenons que c'est en mangeant qu'Adam et Eve se sont égarés, qu'Esaü perdit son droit d'aînesse (Gn 25.27-34 ; Hé 12.16). C'est pour de la nourriture que les Israëlites murmurèrent dans le désert et désirèrent retourner en Egypte (Nb 11.5 ; Lc 21.34-36 ; Ph 3.19. Comparer avec Jn 4.32-34). Prenons conscience de la dépendance affective forte que nous avons souvent à l'égard de la nourriture.

La Bible parle des excès du manger et du boire comme d'une manifestation caractéristique d'un comportement charnel, insensible à l'Esprit de Dieu, au même titre que les querelles ou l'idolâtrie (Ga 5.19-21).

 

7. Jeûner de quoi ?

Nous avons mentionné le jeûne de travail (chaque semaine, pendant le temps d'une maladie...), destiné à rappeler que tout ne dépend pas de notre activité (Ps 127.1-2 ; Ac 14.16-17), à nous replacer dans la dépendance de Dieu (Dt 5.12-15 ; Mt 6.25-34).

Nous avons évoqué le jeûne de relations sexuelles dans le couple, décidé d'un commun accord, pour un temps, afin que Dieu demeure le premier dans nos coeurs (Mt 6.21 ; 1 Co 7.5).

On pourrait évoquer, pour ceux qui sont susceptibles de tomber dans un excès, une dépendance, le jeûne de paroles (Jb 39.37-38 ; Pr 30.32 ; Ecc 5.1 ; Lm 3.28-29 ; Jc 3.2-12), le jeûne de contacts humains (Lm 3.28 ; Mt 14.13, 23...) assez souvent pratiqué par Jésus, le jeûne de fête, de rire (Jc 4.8-10), de musique (Ps 137.3-4), d'exercice physique (1 Tm 4.8), de télévision, d'Internet.

Il ne s'agit pas de renoncer définitivement à ces choses, à moins que Dieu le demande (le célibat, 1 Co 7.32-33), mais de démontrer – et pas en paroles seulement – que nous sommes libres par rapport à ces choses, libres pour en faire un sain(t) usage (Jn 8.36 ; 1 Co 6.12-15 ; Ga 5.1, 13), libre de les perdre s'il le faut (Cf. Mt 10.37).

Il s'agit de montrer à Dieu qu'on l'aime et qu'on aime sa volonté plus que tout (Mt 6.33 ; 22.37-38).

Charles Nicolas

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03 avril 2017

Evangéliser ?

 

Evangéliser ?

 

Quelques remarques

Il est clair qu'évangéliser est la mission qui appartient, encore aujourd'hui, aux évangélistes, mais aussi à chaque chrétien (là où Dieu le place avec les dons qu'Il lui accorde), et donc à l'Eglise. Mais il ne suffit de le dire pour le vivre. Je propose ici quelques remarques lapidaires.

La motivation. Il y a une quinzaine d'années, un projet était lancé dans notre Union : Evangélisation et croissance des EREI. J'avais fait remarquer qu'il était préférable de dire : Evangélisation et croissance de l'Eglise. Mais même ainsi, la motivation peut être équivoque. Quelle est-elle ? Des temples remplis ? De meilleures finances ? Assurer l'avenir de l'institution ?

Le fondement. Evangéliser peut devenir une activité calculée, planifiée, organisée, avec un programme et un budget, à la manière d'un magasin qui fait sa promo. Et Dieu là-dedans : c'est l'objet de la promo ? On va sortir nos beaux sourires pour montrer que c'est super ? Il n'est pas certain que cela soit conforme à notre théologie qui fait de Dieu l'acteur principal dans le coeur.

La manière. Il y a une infinie variété de manières, bien entendu. Pour ma part, je m'interroge sur la justification d'une évangélisation qui s'appuie sur le divertissement. Je m'interroge. Je me demande si, d'une certaine manière, évangéliser n'est pas exactement le contraire du divertissement, c'est à dire : inviter chacun à "entrer en lui-même", le placer devant un choix radical qui fait trembler avant d'apporter la joie.

La cohérence. Il y a beaucoup de chrétiens dans nos églises dans la bouche desquels on n'entend jamais le nom du Seigneur. Ils peuvent parler longuement des pasteurs, des activités, etc., mais du Seigneur, très peu. Cela se remarque aussi au niveau des moments de prière communautaires : on se presse peu pour y ouvrir la bouche. Or, c'est de l'abondance du coeur que la bouche parle. L'évangélisation est un débordement, pas autre chose.

Accueillir. L'évangélisation ne peut être dissociée de la capacité à accueillir ceux que Dieu enverra. Or, accueillir, c'est autre chose qu'ouvrir les portes du temple le dimanche matin. L'accueil des nouveaux chrétiens doit se faire d'abord au niveau des coeurs, au niveau des maisons. Si nous sommes prêts, Dieu enverra. Sommes-nous prêts ?

Le culte. Le culte n'est pas premièrement un lieu d'évangélisation. Cependant, il reflète ce que vit l'église. Lors de chaque culte, il y a un mouvement qui n'est pas sans rappeler la dynamique de l'évangélisation, avec l'appel à la repentance et l'appel à la consécration – que ce soit dans la première partie ou dans la prédication. Comment cela est-il vécu ? Peut-on appeler des personnes du dehors à vivre cela si cela n'est pas vécu de manière conséquente au-dedans ? Tous les membres de l'auditoire ont-ils fléchi les genoux devant le Seigneur ?

Les habitudes. Nos églises, de par leur histoire, ne sont pas naturellement orientées vers l'évangélisation. Elles devraient examiner certaines de leurs habitudes. Les églises qui accueillent souvent des personnes extérieures ne passent pas dans les rangs avec des bourses pour la collecte. Les églises qui accueillent souvent des personnes extérieures ne disent pas "Chers frères et soeurs" à un auditoire composé aux trois quart d'inconvertis (mariages, obsèques...). Etc.

Rendre un son clair. Témoigner et adresser un appel supposent à la fois une grande humilité et une grande assurance, deux vertus qui ne vont pas de soi. Au niveau théologique ou éthique, il est possible que nous ayons des doutes qui ne favorisent pas "le son clair". Ilse peut que nous ayons encore quelques pailles à ôter chez nous, si nous voulons aller plus loin dans la mission d'évangéliser.

Ch. Nicolas

(2015)

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31 mars 2017

Chrétien, un peu, beaucoup, pas du tout...

 

Chrétien, un peu, beaucoup, pas du tout...

 

Comment accompagner les personnes indécises quant à leur position dans la foi ?

 

1. Un petit détail pédagogique

Il me paraît utile de s'adresser à ces personnes, notamment aux jeunes, mais parfois aussi aux adultes), en disant 'tu' ou 'toi', et 'pas seulement 'vous' qui est collectif et donc impersonnel. Cela dans le dialogue à deux, mais aussi dans les exhortations, dans les messages.

Dire : Que penses-tu que ? Où en es-tu ? est différent de : Que pensez-vous ? Où en êtes-vous ? De même que dire : Je n'est pas la même chose que dire : On ou : Nous.

Ce qui manque souvent, chez nous, c'est la dimension prophétique : parler aux consciences. C'est trop facile de se cacher dans un groupe...

 

2.Pour ce qui concerne la conversion et le fait que "Dieu seul connaît les cœurs" (2 Tm 2.19), il faut, tout en admettant que cela est juste, empêcher que cela devienne une excuse pour rester dans le flou.Ainsi, quand Paul écrit que la grâce surabonde là où le péché abonde, il fait en sorte pour que cela ne devienne pas une excuse pour regarder le péché comme une chose sans gravité ! (Ro 6.1-7)

Il est vrai qu'on ne sait pas toujours avec certitude, et cependant il existe une différence absolue entre un chrétien et un non chrétien ! Cela doit être dit.

Une différence pour le temps et pour l'éternité... Cela n'est pas un sujet anodin !

 

3. La première lettre de Jean donne des éléments intéressants et utiles.

J'en retiens sept :

1. L'assurance du salut est non seulement possible, mais elle fait partie de l'équipement du chrétien (1 Jean 5.13).

2. La foi a un caractère objectif : confesser que Jésus est Dieu dans notre condition humaine pour accomplir notre rédemption (1 Jean 4.1-3, 14).

Il y a aussi des critères plus subjectifs et néanmoins repérables, qui sont :

3. Etre en mesure de confesser son péché, autant de fois que nécessaire (1 Jn 1.8-10).

4. Marcher comme un disciple de Jésus (2.6 ; 3.3 ; 4.17).

5. Aimer les frères dans la foi (2.10 ; 3.10, 16-17, 23 ; 4.7-11, 20-21 ; 5.1-2).

6. Aimer la Parole de Dieu et garder les commandements (3.24 ; 4.2-3).

7. On peut ajouter la capacité à se démarquer du monde (2.15-17 ; 3.13 ; 4.5 ; 5.19).

 

Un chrétien qui ne va pas bien (par manque d'enseignement ou par manque de sérieux dans sa marche avec le Seigneur) peut ressembler à un non-chrétien. Néanmoins, s'il est chrétien, plusieurs des éléments mentionnés ci-dessus seront apparents. Si ce n'est pas le cas, un doute est possible sur la réalité de sa conversion. On l'aidera alors en parlant de cela avec lui, de la manière appropriée.

Charles N.

(2015)

 

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30 mars 2017

Se marier avec un non chrétien ?

 

Un chrétien peut-il se marier avec un non chrétien ?

 

Il peut toujours ! Mais, on l'aura compris, la question est : la Bible donne-t-elle des indications assez précises qui indiqueraient qu'un chrétien peut ou ne peut pas se marier avec un non chrétien ?

Comme pour beaucoup de questions, il y aura des personnes qui seront déjà choquées qu'on puisse avoir un doute sur ce sujet – mais dans les deux directions possibles !

Certaines personnes, en effet, peuvent considérer que l'amour qui fait se constituer un couple n'a rien à voir avec une appartenance religieuse ou le fait d'avoir ou pas la foi. L'important est de s'aimer, et donc d'accepter l'autre tel qu'il est – ce qui n'est pas faux.

D'autres, à l'inverse, considèrent que la logique la plus élémentaire serait contrariée si une personne ayant la foi s'unissait, pour une vie commune, avec une personne qui n'aurait pas la foi. Ce serait, à leurs yeux, comme partir en voyage en ayant des destinations différentes...

 

1. Avoir la foi

Plus une question est importante ou délicate, plus il importe d'éviter les approximations ou les quiproquos. Or, l'expression "avoir la foi" peut se prêter à beaucoup d'équivoques, de même d'ailleurs que l'expression "être chrétien".

A Beyrouth ou à Ouagadougou par exemple, on appellera chrétienne une personne qui n'est pas musulmane ; même si elle est athée ou... animiste. Elle est sociologiquement ou culturellement chrétienne. La question de l'identité sociale ou culturelle n'est pas anodine, et la question posée en haut de cette page peut aussi s'entendre sur ce plan-là. Mais ce n'est pas sur ce plan-là que nous l'avons posée.

De même, l'expression "avoir la foi" peut être entendue comme signifiant que l'on n'est pas athée. On n'exclut pas que Dieu existe ; on peut même dire son existence très probable, voire certaine1, et prier de temps en temps. Cela concerne sans aucun doute un très grand nombre de personnes aujourd'hui. Ce n'est pas dans ce sens-là non plus que nous utilisons cette expression, car ce n'est pas le sens que lui donne la Bible.

Dans la Bible, avoir la foi, c'est avoir entendu précisément ce que Dieu dit et y répondre de manière volontaire, par une confiance totale, cela dans le cadre d'une relation établie. Dans ce sens, cela s'apparente à ce qui se vit lors d'un mariage – et la notion d'alliance s'impose, comme cadre dans lequel la foi trouve place. Une autre similitude existe, à cause de cela même : la foi, comme le mariage, suppose un oui prononcé clairement, avec une dimension publique – en tout cas devant des témoins. Ici, on peut citer ce qu'écrit l'apôtre Paul : "C'est en croyant du coeur qu'on parvient à la justice, c'est en confessant de la bouche qu'on parvient au salut" (Ro 10.10).

Enfin, si le mot 'chrétien' peut s'appliquer aujourd'hui à une civilisation, une culture, une nation ou du fait d'une appartenance sociologique à une Eglise catholique, orthodoxe ou protestante, tel n'est pas son sens originel. Un chrétien, c'est un disciple de Jésus-Christ2. C'est dans ce sens-là que nous utilisons ce mot. C'est à cause de ce sens-là que la question que nous évoquons dans ces lignes se pose.

 

2. Comment savoir ?

Certaines personnes, notamment dans certains milieux, sont gênées quand on parle de chrétiens et de non-chrétiens. Dans leur idée, cela est une question trop intime pour que quiconque puisse se prononcer. "Dieu seul le sait !" Ce n'est pas faux3.

Cependant, la Bible parle de manière à ce que l'ignorance ou le flou ne soient pas les caractéristiques principales en la matière. La première lettre de Jean, par exemple, donne plusieurs critères à la fois profonds et observables. Dans cette lettre, la vie chrétienne se manifeste notamment par :

- l'aptitude à reconnaître son péché4

- l'aptitude à désigner Jésus-Christ comme le Sauveur5

- l'amour pour la Parole et pour la volonté de Dieu6

- l'amour pour les frères et soeurs dans la foi7.

Cependant, être chrétien n'implique pas que l'intimité du coeur, comme nous l'avons dit. Etre chrétien implique trois choses qui doivent apparaître aux yeux de tous :

- la capacité de l'énoncer clairement8

- une vie conforme à la foi9

- une dimension communautaire10.

Quand Jésus dit : si ton frère a quelque chose contre toi, ou si ton frère a faim, ou si ton frère a péché, elle parle de personnes clairement identifiées. Il ne s'agit pas de mes amis ou de tout le monde. Il s'agit de ceux et celles qui confessent la même foi et qui ont donc une même espérance. Des droits et des devoirs spécifiques caractérisent les relations entre les frères et soeurs dans la foi, les chrétiens. Cela ne peut pas ne pas entrer en ligne de compte dans la vie d'un couple ou d'une famille, évidemment.

Ces remarques montrent qu'il ne serait pas sage de se prononcer précipitamment pour dire que quelqu'un est chrétien ou qu'il ne l'est pas, car les apparences peuvent être trompeuses. Mais dire cela ne signifie pas qu'on ne peut pas savoir. Sans qu'il soit jamais question d'infaillibilité, il est important de savoir. Pour soi d'abord. Pour d'autres dans certains cas.

 

3. La question des alliances

On l'aura compris, la question est : la Bible donne-t-elle des indications assez précises qui indiqueraient qu'un chrétien peut ou ne peut pas se marier avec un non- chrétien ? Si je devais répondre en un mot, je dirais oui.

Cela est-il dit de manière explicite ? Là aussi, la réponse est affirmative. On peut lire dans le livre de Néhémie : "A cette même époque, je vis des Juifs qui avaient pris des femmes Asdodiennes, Ammonites, Moabites... Je leur dis : Vous ne donnerez pas vos filles à leurs fils, et vous ne prendrez pas leurs filles pour vos fils, ni pour vous. N'est-ce pas en cela qu'avait péché Salomon, roi d'Israël ? Il n'y avait pas de roi semblable à lui parmi la multitude des nations. Néanmoins..." (13.23-26). Ce passage est-il isolé ? Non, il affirme ce qui est dit de mutiples fois ailleurs. Ce n'est pas parce qu'elles sont étrangères que ces personnes ne doivent pas être prises en mariage, c'est parce qu'elles ne connaissent pas le Dieu d'Israël. Traiter alliance avec ces personnes, c'était trahir l'alliance avec Dieu. C'était faire entrer leurs dieux sur un terrain qui devait demeurer saint.

Une recommandation semblable se trouve-t-elle dans le Nouveau Testament ? La réponse est encore une fois oui. Ainsi, l'apôtre Paul écrit-il : "Ne vous mettez pas avec des infidèles (littéralement : des personnes qui n'ont pas la foi) sous un joug étranger... Quelle part a le fidèle avec l'infidèle ? " (2 Co 6.14-15). Là aussi, il ne s'agit pas de s'isoler des incroyants ; il s'agit de ne pas se lier avec eux par une alliance qui engage toute la vie. Le faire serait semblable à commettre une forme d'adultère, c'est- à-dire contracter deux alliances incompatibles (Jc 4.8-10).

Face à une telle exigence, plusieurs peuvent être tentés de faire valoir toutes sortes d'arguments plus ou moins empiriques : Cela peut être un moyen d'amener quelqu'un à la foi ; Dieu nous a dirigés l'un vers l'autre ; il ne comprendrait pas si je lui parlais comme cela ; mais on s'aime, etc. Il peut aussi exister des cas où de telles unions ont eu lieu, par ignorance ou par négligence, et le non-chrétien est finalement devenu chrétien. On peut entendre tout cela, mais aucune de ces raisons ne justifie que l'on ferme son oreille à ce que dit clairement la Parole de Dieu. Il est bien de se marier ; "seulement, que ce soit selon le Seigneur" (1 Co 7.39).

Disons-le aussi : le fait que deux amoureux ou deux fiancés soient chrétiens ne suffit pas pour assurer un mariage solide. Encore faut-il que les deux soient sérieux dans leur désir de marcher dans la foi et capables de s'accorder sur beaucoup de plans. Cela suppose, pour la fille d'avoir l'attitude que l'Eglise doit avoir par rapport à Jésus-Christ ; cela suppose pour le garçon d'avoir la disposition que Christ a eu pour l'Eglise (Ep 5.22-28). Mais comment quelqu'un qui n'a pas accepté Jésus-Christ comme son Sauveur et Seigneur pourrait-il vivre cette dimension ?

Que faire alors ? Oser parler de cela clairement et choisir avant tout d'honorer Dieu et sa Parole. Parler clairement, c'est sans aucun doute la meilleure preuve d'amour qui puisse être donnée. Honorer Dieu, c'est le choix dont on ne se repent jamais. "Car Dieu honore ceux qui l'honorent" (1 Sa 2.30).

Charles NICOLAS

______________________

1On lira à ce sujet Jacques 2.19 : "Les démons aussi croient que Dieu existe, et ils tremblent".

2On peut lire Actes 11.26.

3On peut lire Matthieu 6.6 ; 7.2 ; 2 Timothée 2.19.

4On peut lire 1 Jean 1.8-10.

5On peut lire 1 Jean 4.1-3.

6On peut lire 1 Jean 3.22-23 ; 5.2-5.

7On peut lire 1 Jean 3.10, 16, 23 ; 4.19-5.2.

8On peut lire Matthieu 10.32 ; Actes 4.18-19 ; Romains 1.16.

9On peut lire Matthieu 28.20 ; 1 Jean .6

10On peut lire Jean 13.34-35 ; Actes 2.42 ; 1 Corinthiens 12.27.

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29 mars 2017

Les relations entre églises

 

Les conflits entre Eglises

 

Il ne s'agit en aucun cas d'une conférence, encore moins d'un regard définitif sur un sujet difficile. Seulement quelques repères, des pistes de réflexion suivies, je l'espère, d'un échange constructif.

 

Ma première proposition est pour suggérer qu'il en est d'une église locale comme d'une personne, avec son origine, ses étapes de vie, ses expériences marquantes, sa personnalité, ses atouts et ses faiblesses. Nous voyons l'apôtre Jean écrire aux églises d'Asie mineure comme on écrirait à des personnes. Paul fait de même dans ses lettres1. Quand un pasteur prêche, il s'adresse à la communauté comme constituant une entité particulière, l'invitant à entendre tour à tour et selon les circonstances des paroles de consolation, d'encouragement ou d'appel.

Si cela est vrai, toutes les recommandations qui touchent aux relations entre chrétiens(et il y en a beaucoup, naturellement) peuvent s'appliquer aux églises les unes envers les autres.

  • « Par honneur, usez de prévenance réciproque. » Ro 12.10 Beaucoup d'égards, de précautions...

  • « Pas de procès, surtout devant les infidèles. Mieux vaudrait se laisser dépouiller. » 1 Co 6.1ss

  • « Si ton frère a péché, va et reprends-le... » Mt 18.15 « Accueillez-vous, exhortez-vous... »

La recommandation de Mt 18 montre que, s'il s'agit-là d'un premier échelon, il n'est pas pour autant aisé à vivre ! Quand faut-il aller voir son frère ? Comment ? Dans quel but ? Le faisons-nous ? Pourquoi ? Pourquoi ne le faisons-nous pas ?

Parce que nous ne voulons pas avoir de conflits. La question qui se présente alors est-celle-ci : avons-nous raison ? Les prophètes, Jésus, les apôtres ont-ils agi comme cela ? Paul ne dit-il pas que c'est avec peine qu'il a attristé les Corinthiens en leur faisant des remontrances, mais que cela était pour leur bien et qu'il ne s'en repent pas ? (2 Co 7.8-11). Avons-nous raison de craindre les conflits ? En un sens oui, bien-sûr, dés lors que nos motivations ne sont pas pures. Mais est-ce nécessairement responsable et constructif ? N'est-ce pas de la lâcheté parfois ? Ne risquons-nous pas, craignant de mal faire, de laisser certaines situations se dégrader peu à peu en termes de sincérité, de sainteté, et même d'amour2 ?

 

La deuxième proposition est donc la suivante : Entre églises comme entre personnes, beaucoup de conflits latents, stériles, sans évolution, résultent d'un manque de courage, d'une peur d'assumer des conflits. La vérité et l'amour sont indissociables dans la Bible, dans l'église – et entre églises.3 Certains conflits ne sont-ils pas consécutifs à la fidélité assumée ? Faut-il s'incliner tout le temps ? Faut-il faire des compromis sur tout ? N'y a-t-il pas des paix trompeuses ?

 

La troisième proposition vient en complément : nous constatons tout au long de l'Ecriture qu'entre les membres du peuple de Dieu – et donc entre églises – il peut et doit y avoir à la fois plus d'égards et plus d'exigences. C'est le mode d'être propre aux membres d'un même corps (les églises étant aussi membres d'un même corps, en un sens).

Plus d'égards : « Ne cause pas par ton aliment la perte de celui pour lequel Christ est mort ; abstiens-toi de ce qui peut être pour ton frère une occasion de chute. » (Ro 14.15, 21) « Pourquoi ne vous laissez-vous pas plutôt dépouiller ? » (1 Co 6.7) « En pêchant de la sorte contre les frères, c'est contre Christ que vous pêchez. »(1 Co 8.12) « Vous donner notre propre vie... » (1 Th 2.7-8)

Plus d'exigences : « Si ton frère a péché, va et reprends-le entre toi et lui seul. » (Mt 18.15) « Je vous ai écrit de ne pas avoir de relations avec quelqu'un qui, se nommant frère, est impudique, ou cupide ou idolâtre... N'est-ce pas ceux du dedans que vous avez à juger ? » (1 Co 5.11-13) « Si quelqu'un n'obéit pas à ce que nous écrivons dans cette lettre, n'ayez pas de communication avec lui, afin qu'il éprouve de la honte. Ne le regardez pas comme un ennemi, mais avertissez-le comme un frère. » (2 Th 3.14-15)4 « Exhortez-vous les uns les autres, comme en réalité vous le faites. »

Ces citations ne sont-elles pas à même de baliser aussi nos relations entre églises ? La question peut au moins se poser.

Ici, on pourrait introduire un questionnement sur notre compréhension de l'amour. Est-elle vraiment biblique, ou est-elle nourrie des préceptes de l'humanisme issu du siècle des Lumières et du Romantisme5 ? Admettons que l'amour qui correspond à la dimension du Royaume de Dieu est autre chose que les sentiments qui habitent naturellement notre cœur. Dans ce sens, nous voyons Jésus, mais aussi Paul faire tour à tour preuve de beaucoup de douceur et de beaucoup de sévérité6. Paul, par exemple « se fait tout à tous », mais dira « ne pas chercher à plaire aux hommes, en tant que serviteur de Christ » (Ga 1.10)7 Dans les deux cas, c'est l'intérêt de Christ qui prévaut pour lui.

La question en jeu, en lien avec les propositions 2 et 3, est donc celle des motivations. Sont-elles charnelles (tout humaines, que les intentions soient bonnes ou mauvaises, d'ailleurs !) ou spirituelles (motivées par la pensée de Christ) ? Jacques 3.13 à 18 donne à cet égard un bon éclairage.

 

Je formule une nouvelle proposition (4°) qui complète la précédente : Envers les pasteurs et entre pasteurs, il y a lieu d'user à la fois de plus d'égards et de plus d'exigence qu'envers les membres des églises.

Plus d'égards :

« Souvenez-vous de vos conducteurs. Obéissez à vos conducteurs, ayez pour eux de la déférence. » (Hé 13.7, 17) « Ne reçois pas d'accusation contre un ancien, si ce n'est... » (1 Tm 5.19)

Plus d'exigences : « Prenez garde à vous-même et à tout le troupeau sur lequel le St Esprit vous a établis gardiens... » (Ac 20.28) « Ceux qui pêchent, reprends-les devant tous, afin que les autres éprouvent de la crainte... » (1 Tm 5.20) « Car il faut que l'ancien soit irréprochable... » (Ti 1.7) « Qu'il y en ait peu qui enseignent, car nous serons jugés plus sévèrement. » (Jc 3.1 Cf. 1 Tm 4.16)

En effet, nous pouvons rencontrer de nombreux authentiques chrétiens mal affermis ou professant des croyances non fondées sur la Bible. Sans doute faudra-t-il beaucoup d'égards et de patience pour les inviter à réfléchir sur ces points. Mais si quelqu'un se dit serviteur de Dieu et se permet des fantaisies ou des libertés par rapport à l'enseignement biblique, il paraît justifié de le mettre en garde. N'est-ce pas ce que dit l'apôtre Paul en 2 Tm 3.16-17 : « Toute l'Ecriture est inspirée et utile pour enseigner, convaincre, corriger et instruire dans la justice, afin que l'homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne œuvre. » Cf. Paul et Céphas en Ga 2.11-14.

Qu'est-ce que la vérité ? Il y a tout juste une semaine, je confiai à un pasteur de l'ERF notre difficulté à aborder clairement nos différences théologiques en vue de mieux nous connaître et mieux communiquer8. Il m'a répondu : « N'est-ce pas plutôt une question de personnes ? »

Il n'est pas rare d'entendre dire que les débats de 1938 étaient surtout dus à des questions de personnes. C'est commode, mais est-ce sérieux ?

Il me semble honnête de dire qu'on ne peut ni occulter la dimension subjective des relations (liée à l'éducation, aux tempéraments, aux expériences de vie...) ni tout ramener à cela, de telle sorte que tout serait relatif, chacun étant renvoyé à lui-même et à lui seul ?9 Que quelqu'un ait souffert ou ait été éduqué de telle ou telle manière peut expliquer beaucoup de choses, mais n'excuse pas tout ni ne rend tout licite.

Nos émotions comme nos convictions interfèrent beaucoup, il et vrai, dans nos relations et peuvent être la cause de maints conflits. Il faut y ajouter nos présupposés qui, plus profonds encore et rarement dévoilés, agissent de manière déterminante. Cela joue aussi dans les relations entre églises. Je voudrais me référer à ce que R. Bultman appelle « le cercle herméneutique » comme processus d'élaboration théologique. Il pose un cercle avec 3 pôles :

  • Le premier pôle est celui des présupposés : l'héritage reçu dans mon milieu, les traces laissées par les expériences marquantes de ma vie qui sont devenus autant de clés à partir desquelles je vais regarder et interpréter tout ce que je vois10.

  • Le second est l'approche de l'Ecriture, jamais neutre, forcément éclairée par mes présupposés.

  • Le troisième pôle est le corps de doctrines qui peu à peu se construit, pour autant que l'on considère l'Ecriture comme un tout cohérent.

Si le cercle fonctionne bien, mes doctrines éclaireront et corrigeront progressivement mes présupposés ; ma lecture de la Bible s'en trouvera éclairée pour, à son tour, corriger ou confirmer les doctrines qui sous-tendent mon enseignement, mon comportement11.

Si le cercle fonctionne mal, les présupposés demeurent en dehors, inchangés, et ce sont eux qui dicteront les priorités et le sens de ce que je lirai, penserai et ferai.

Pour revenir à notre sujet, je dirai que les ententes, les connivences, mais aussi beaucoup de relations difficiles, au sein des églises, entre églises et pasteurs, entre pasteurs et entre églises, beaucoup d'irritations, d'incompréhensions, d'oppositions... sont dues au fait que nos présupposés (notre « idéologie » première) interfèrent grandement dans nos paroles, nos choix, notre mentalité, sans jamais être dévoilés. « On ne fait pas de politique », ce qui veut dire : Pas touche !12 On pourrait dire que nos présupposés agissent de manière occulte, ce qui rend les divergences de vues, les oppositions ou les confrontations d'autant plus difficiles à élucider. On en est alors réduits à trouver des explications prétextes, de second ordre, bien insuffisantes pour aboutir véritablement.

 

Ainsi, ma proposition (n° 5)est la suivante : il sera difficile de nous accorder réellement si nous ne faisons pas entrer nos présupposés personnels (et communautaires) dans le cercle herméneutique, c'est à dire si nous ne les exposons pas à la lumière de l'Ecriture et des doctrines qui en découlent. Pour le dire autrement : il sera difficile de nous comprendre et de nous accorder réellement tant que nous n'aurons pas accepté de dévoiler nos présupposés (innés ou acquis). Si nous ne le faisons pas, nous ne faisons que nous croiser ou nous rencontrer superficiellement. Les conflits seront évités tant que nous resterons distants. Notre vision caricaturale de l'autre tiendra lieu de jugement arbitraire. Les dialogues, s'ils existent, n'avanceront pas ou que très peu. Si nous sommes amenés à nous côtoyer de plus près, les conflits émergeront presque inévitablement. Une des raisons est que nous emploierons des mots qui ne signifient pas la même chose, créant des quiproquo innombrables et des malentendus dangereux. Même en disant la même chose, nous ne penserons pas pareil13.

 

La 6° proposition découle de ce qui précède : Le B.A.BA dans nos relations consisterait à définir soigneusement le sens des mots et des expressions qu'on emploie14, pas nécessairement pour convaincre, mais pour nous comprendre vraiment. Nous verrions que les mots ont une histoire et un contenu de sens qui est loin d'être le même pour tous. A plus forte raison quand on appartient à des milieux différents. Je pense que si nos points de vue divergent, nous devrions nous accorder sur le constat de cette divergence ; ainsi nous serions encore au bénéfice d'un accord !

 

La 7° proposition concerne justement la règle de l'accord. Quand Jésus dit : « Si deux s'accordent pour demander une chose... », il justifie jusqu'à un certain point, me semble-t-il, le principe des confessions religieuses et des dénominations. En effet, l'accord dont il s'agit ne brise pas (nécessairement) la communion avec les autres chrétiens. Seulement, « ces deux-là » considèrent que pour une action donnée, pour tel ou tel engagement de courte ou de longue durée, leur travail commun doit reposer sur un accord. Cela peut être pour faire des visites une après-midi, ou pour un voyage missionnaire, ou pour implanter une église, ou pour porter un enseignement...

 

Ces accords sont donc légitimes, mais à deux conditions :

  • que ceux qui se mettent d'accord le soient vraiment et veillent à le demeurer15.

  • que cet accord entre quelques uns ne soit pas séparatiste, ne constitue pas un horizon fermé16.

J'aime à mentionner ici la Déclaration de foi de l'Alliance évangélique17. Pour ceux qui en comprennent l'esprit, elle permet de transcender les clivages dénominationnels sur la base d'un accord qui s'exprime en 12 lignes succinctes mais fondamentales. Elle ne permet pas de s'accorder sur tout, mais sur les axes majeurs de la révélation biblique. Elle est peut-être déjà trop développée pour certains, trop peu pour d'autres, mais pour un grand nombre à travers le monde, elle permet une reconnaissance fraternelle extrêmement significative. Sur la base de cet accord-là, beaucoup de conflits de nature subjective ou touchant des questions de doctrine secondaires devraient trouver leur résolution.

 

Comme notre Eglise-sœur PCA aux USA, je crois que, du point de vue de l'identité et de la communion, notre Union d'églises est :

- premièrement universelle (Credo, Symbole de Nicée),

- deuxièmement évangélique (Déclaration de l'AEF),

- troisièmement réformée (les doctrines particulières de la Réforme)18.

Ici peut se poser la question des Confessions de foi. Sont-elles des facteurs d'unité ou de division ? La question est légitime. Dans notre Union, je crois que l'on peut répondre : d'unité. C'est en tout cas ce qui a prévalu pour la décision de ne pas rejoindre la nouvelle Eglise réformée constituée en 1938 : sa base pluraliste ne passait pas, pour les réformés évangéliques, pour être un gage d'unité. Nous avons là (en 1872, en 1906, puis en 1938 et ce n'est pas fini), malheureusement, un ferment de conflits latent, caractéristique. En effet, à l'intérieur de formes très semblables, nos présupposés divergent grandement19. A certains égards, on peut même considérer que ce que les pluralistes combattent, c'est ce à quoi nous sommes particulièrement attachés20.

 

Nous connaissons ce que Calvin dit de l'Eglise : « Là où l'Evangile est droitement prêché et les sacrement droitement administrés, il ne faut point douter qu'il y ait l'Eglise. »21 Evidemment, quelqu'un demandera : mais que signifie « droitement », en la matière ? Admettons que le verbe « juger », dont on a fait un épouvantail, doit être gardé ici, dans son sens positif en tout cas : il y a bien-sûr un discernement à exercer, ni trop rigoureux ni trop lâche ; non pas tant en fonction des affections personnelles, mais en fonction de références aussi bien établies que possible. N'est-ce pas ce que Paul recommande à Timothée et notre Discipline aux anciens parmi lesquels se trouvent les pasteurs ? Nos présupposés et les doctrines que nous tenons pour majeures devraient se confondre de plus en plus, si nous voulons être conséquents22.

 

Ici ma 8° proposition : « Toutes les doctrines sont importantes, mais toutes ne sont pas aussi importantes. » Je trouve très belle cette affirmation de J. Calvin. On peut, si on veut, remplacer le mot 'doctrine' par le mot 'vérité'. On peut compléter la citation de Calvin par une autre, de St Augustin (je crois) : « Vérité pour les choses premières, liberté pour les choses secondes, charité en toutes choses. »

Je crois qu'il y a hérésie (et donc risque ou nécessité de conflit) non seulement quand un enseignement est erroné mais aussi quand on met sur le même plan les vérités premières et les questions d'importance seconde. Tout le monde sera d'accord avec ce principe, sans doute. Mais quant à déterminer ce qui est premier et ce qui est second, cela demande beaucoup de maturité23. On y parviendra mieux si le « cercle herméneutique » est respecté. On y parviendra plus sûrement en travaillant de manière collégiale, dès lors que l'on est déjà accordés sur des questions importantes. Ici, je rappelle que Calvin considérait que les pasteurs devaient être accordés sur leur enseignement pour que la prédication ait l'autorité qu'elle doit avoir et pour que l'Eglise grandisse24.

 

Ma 9° proposition est la règle du désaccord. Il y a des circonstances, que chacun doit apprécier en conscience en s'entourant s'il le faut des conseils de personnes fiables, des circonstances où il est nécessaire de marquer un désaccord, après s'être assuré que l'on a bien compris ce qui était en jeu. Je crois qu'il ne faudrait pas agir avec précipitation, ni trop tard. Dans certains cas, attendre c'est se faire complice et c'est rendre le positionnement plus difficile à faire entendre ensuite25. La Bible montre qu'il est des cas où il est nécessaire de se séparer ; non pas d'une manière absolue, d'avec tout le monde, mais de toute personnes qui, se nommant frère, pratique volontairement des actes ou cultive une attitude répréhensibles (1 Co 5.9-13)26. Cf. Paul et Céphas en Ga 2.11-14.

Etre en désaccord devrait pouvoir se dire sans esprit de jugement, et s'entendre sans ressentiment. Etre en désaccord ou dire 'non' n'implique pas nécessairement un manque d'amour.

Certains désaccords seront « légers », dans le cas de divergences de compréhension sur tel ou tel sujet d'importance seconde.

D'autres seront plus « lourds », accompagnés d'une claire désapprobation. Je me demande ce que valent les soit-disant 'unités' où il est interdit de dire quoi que ce soit de ce que l'on pense dès lors que cela diffère du « politiquement correct ».

 

La 10° proposition découle des précédentes. Nous sommes d'accord, je pense, pour dire qu'en protestantisme, les dénominations ne constituent jamais l'être de l'Eglise ; seulement une manière d'être. Veillons à ce qu'il en soit ainsi27. Veillons à garder toujours à l'esprit la vision de l'Eglise universelle qui, de loin, doit rester prépondérante28. En termes de relations entre Eglises, nous ne pouvons nier le cadre des dénominations et autres fédérations ou mouvements d'Eglises, car ils correspondent à des réalités qui ont marqué profondément l'histoire et les pensées. Tout cela s'accompagne de règlements, statuts, budgets et stratégies, mais aussi de beaucoup de souvenirs et affections communes qui sont légitimes mais qui ne devraient en aucun cas devenir un critère absolu, une fin en soi29. Beaucoup de rapports d'influence, d'hégémonies, de susceptibilités, d'étroitesses d'esprit ou d'esprit de parti s'estomperaient si nous regardions à Jésus-Christ principalement. Cf. 1 Co 3.1-9.

Par loyauté, veillons à user d'impartialité30 : ne pas « tout passer » pour les uns parce qu'ils sont nos amis, et nous montrer intraitables envers d'autres parce qu'ils sont très différents. On voit cela souvent, malheureusement. La référence ultime, en effet, ne devrait pas être la dénomination mais le corps de Christ, qui est à la fois bien plus vaste et plus précisément défini. Le critère, ce n'est pas mes habitudes ou mes préférences personnelles mais l'enseignement de la Bible et l'amour pour Christ, la dimension du Royaume de Dieu, la communion des saints, de telle sorte que mon jugement s'exercera vis-à-vis des autres églises autrement que ce qui se fait dans le monde. La meilleurs école, pour vivre cela entre églises, est de le vivre déjà dans mon église.

 

Si nous sommes cohérents, nous éviterons deux écueils redoutables :

  • penser que nous sommes les seuls à être fidèles et aimés de Dieu. Ce n'est pas juste.

  • penser que toutes les positions se valent et sont également vraies. Ce n'est pas juste non plus.

 

 

Charles Nicolas – 2010

 

Les relations entre églises : 10 propositions

 

1. Une église est comme une personne. Toutes les recommandations de l'Ecriture qui touchent les relations entre chrétiens peuvent être appliquées aux relations entre églises.

 

2. Entre églises comme entre personnes, beaucoup de conflits latents, stériles, sans évolution, résultent d'un manque de courage, d'une peur d'assumer des conflits.

 

3. Entre les membres du peuple de Dieu – et donc entre églises – il peut et doit y avoir à la fois plus d'égards et plus d'exigences.

 

4. Envers les pasteurs et entre pasteurs, il y a lieu d'user à la fois de plus d'égards et de plus d'exigence qu'envers les membres des églises.

 

5. Il sera difficile de nous comprendre et de nous accorder réellement tant que nous n'aurons pas accepté de dévoiler nos présupposés.

 

6. Le B.A.BA dans nos relations consisterait à définir soigneusement le sens des mots et des expressions qu'on emploie, pas nécessairement pour convaincre, mais pour nous comprendre vraiment.

 

7. « Toutes les doctrines sont importantes, mais toutes ne sont pas aussi importantes. » J. Calvin. L'exercice est difficile, mais la maturité consistera à discerner ce qui est premier de ce qui est second.

 

8. « Si deux s'accordent... ». Le principe responsabilisant de l'accord entre certains chrétiens rend légitime, à certaines conditions, le principe des Confessions de foi, des unions d'églises ou dénominations.

 

9. Le principe du désaccord est lui aussi légitime, par respect et par responsabilité. Comme pour l'accord, il y a divers degrés de désaccords.

 

10. Les dénominations ne touchent pas l'être de l'Eglise ; seulement sa manière d'être. Toute légitimes qu'elles soient, elles ne doivent en aucun cas faire passer au second plan l'enseignement de l'Ecriture, la vision du corps de Christ, la dimension du Royaume de Dieu, l'amour fraternel, la communion des saints.

________________

 

1Les prophètes, Jésus, s'adressent même à des villes comme si elles étaient des personnes avec une identité et une responsabilité propres. Tyr, Sidon, Capernaüm, Béthsaïda, Jérusalem...

2On pourrait trouver une illustration de ce non-interventionnisme dans l'attitude de parents qui laisseraient tout faire, par crainte de se tromper ou de causer du trouble momentanément. L'Ecriture condamne clairement cette attitude (Pr 13.24 ; 15.32 ; 23.13-14 ; 29.15 ; Ep 6.4 ; 1 Tm 3.4...)

3Pr 13.24 ; Ep 4.15-16, 25 ; Hé 12.6, 10...

4 Cf. Hé 12.5-11 « Mon fils ne méprise pas le châtiment du Seigneur, car il châtie ceux qu'il aime et reprend ceux qu'il considère pour ses fils. »

5On pourra lire l'intéressant article de W. Edgard : La discipline biblique ou l'hérésie de l'amour. La Revue réformée.

6Cf. les dimensions maternelle et paternelle auxquelles Paul se réfère en 1Th 27 8 10 11

7Le pasteur Stuart Olliot disait : « Un chrétien qui n'a pas d'ennemis trahit Christ souvent pour être ami de tout le monde. Il faut avoir des ennemis, et les aimer ! »

8Conformément à ce que préconisait le document : Pour une réconciliation des mémoires et pour des relations renouvelées entre ERE et ERF.

9Cf. la prépondérance des références à la sociologie et à la psychanalyse aujourd'hui, dans ce sens.

10Le matérialisme

11Cf. les « C'est pourquoi » ou « ainsi donc » qui jalonnent les lettres de Paul.

12Beaucoup de relations délicates dans les églises et entre églises tiennent à ce qu'on appelle les opinions politiques,  qui sont plutôt des présupposés philosophiques qui forgent notre compréhension de l'homme, du monde, de l'autorité, de la liberté, de la responsabilité, etc. Autrement dit, les choses quotidiennes de la vie.

13Une remarque écrite d'A. Schluchter, il y a 6 ans, au sujet des réformés pluralistes : « Je me demande parfois si nous naviguons sur le même océan ! »

14Pierre Courthial le rappelait souvent.

15Le sociologue J.P. Wilhaime dit que les dénominations sont davantage justifiées si elles correspondent à des convictions assumées que si elles ne sont que la survivance d'attachements affectifs ou traditionnels...

16Je renvoie à la décision prise au Synode général d'Aix en Pce (2002 ou 2003) qui précise les conditions d'association avec les catholiques ou d'autres religions pour certaines manifestations publiques. Il s'agit d'accords gradués.

17Et j'en profite pour dire que je regrette beaucoup que l'avènement du CNEF tende à faire disparaître (?) l'A.E.F.

18Tout n'a pas commencé à la Réforme !

19Quand la pensée libérale et relativisante commence à ce développer, au 19° siècle, Ch. Spurgeon écrit : « Une nouvelle religion est née, qui diffère du christianisme autant que l'eau du vin ». Spurgeon, pourtant, n'avait pas un esprit étroit. Mais sa doctrine était bien bâtie, et elle inspirait toute sa vie et sa prédication. Spurgeon, à la fin de sa vie se séparera même de la Fédération des églises baptistes au sein de laquelle il avait tenu une place importante, car il pensait qu'elle était devenue perméable à « la nouvelle théologie ». Il faut dire que la Fédération baptiste n'avait pas de Confession de foi. Elle considérait que la pratique du baptême des adultes suffisait... On sait que ce n'est pas le cas !

Calvin non plus n'avait pas un esprit étroit. Nous le trouvons tour à tour sévère et plein de mansuétude, et je pense que cela reflète son désir de ressembler à son Seigneur. Nous savons par exemple ce qu'était l'Eglise romaine à son époque. Il écrit : « L'Eglise romaine n'a pas complètement perdu son titre d'Eglise, car l'Evangile n'y est pas totalement absent. » Je trouve que c'est à la fois sévère et plein de mesure. Félix Neff, l'apôtre des hautes Alpes, le rejoint d'une certaine manière quand il écrit: « L'Eglise romaine est comme un arbre dont l'écorce est pourrie et dont le tronc est saint. Si on gratte l'écorce on trouve le tronc solide (le Credo...). L'Eglise libérale est comme un arbre dont l'écorce est belle mais le tronc pourri. Si on gratte l'écorce, il ne reste rien. » Avec les libéraux, il est sévère. Trop ?

20 Délibération de l'ERE d'Alais en 1906 : « Vis-à-vis des Eglises dites libérales, nous sommes animés des intentions les plus fraternelles. Ne pouvant entreprendre avec elles des œuvres spécifiquement religieuses et chrétiennes, parce que nous n'avons pas la même foi, nous sommes cependant disposés à nous unir à elles sur le terrain moral et social. Tous nos efforts tendront à faciliter le groupement de toute la Famille réformée dans une vaste Fédération qui comprendrait toutes nos anciennes paroisses officielles.

Avec les Eglises dites indépendantes (libres, méthodistes, etc.) qui adorent et servent le même Christ que nous, mais qui diffèrent encore avec nous sur certains principes ecclésiastiques d'importance secondaire, nous désirons pratiquer loyalement l'alliance évangélique. Chaque fois que nous en aurons l'occasion, nous nous ferons un devoir et un plaisir de participer avec elles à des œuvres de réveil, d'évangélisation et de mission. »

21Il me semble que cette affirmation ne constitue pas, pour Calvin, une définition de l'Eglise, contrairement à ce que l'on avance parfois.

22 Exemple concret : Quand un pasteur introduit la cène lors d'un culte exceptionnel en disant : « Nous sommes tous créatures de Dieu, donc nous sommes tous invités à la cène », sommes-nous sur un terrain scripturaire ? Est-ce une question secondaire ? Si un membre d'église dit cela, on l'excuse et on lui explique. Mais un pasteur ? Et que penser si dans l'assistance personne ne bronche ni ne remarque rien ? Est-ce là une bonne paix ? Ou est-ce déjà très tard ...

Autre exemple : Quand un pasteur vient me voir et dit : « Moi non plus je ne crois pas à la naissance miraculeuse de Jésus. Mais à la différence de Untel, je ne le dirai pas », que penser ? Question délicate : est-on chrétien quand on ne croit pas à la naissance miraculeuse de Jésus ? Pour éviter les conflits, je ne réponds pas ici. Si je vais voir ce pasteur et lui explique qu'il ne peut pas prêcher devant l'assemblée placée sous ma responsabilité, suis-je un agent de conflit ou le gardien fidèle du troupeau, selon Actes 20.28 ?

23Nous nous y étions essayés au comité de rédaction de Hokhma, à la fin des années 70.

24Aujourd'hui, les milieux progressistes reconnaissent plus volontiers qu'il y a 30 ans les limites du pluralisme...

25 Calvin, dans « les marques de l'Eglise véritable » parle des mœurs et des doctrines, disant qu'il faudra user de beaucoup de patience pour ce qui est des mœurs et de plus de sévérité pour ce qui est des doctrines. On peut penser que cela vaut à l'intérieur de l'église et entre églises.

26 Ici peut se poser la question de l'accueil à la cène, notamment lors de cultes communs avec des églises ayant des ecclésiologies différentes. On pourrait se demander par exemple, si la FPF a raison d'imposer l'inter-communion à des Eglises qui ont des disciplines si différentes. Le protestantisme en soi serait-il une garantie de communion ? Je ne crois pas.

27Cf. Le projet de notre Union : « Evangélisation et croissance des EREI », il y a quelques années, heureusement devenu : « ... et croissance de l'Eglise ».

28 Une question concrète : que faire quand un chrétien quitte une église pour une autre, pour tel ou tel motif ?

29Le pasteur Pierre Verseils a déploré que la loi sur les associations ait parfois altéré notre compréhension de l'église.

30« Ne pas faire acception de personnes. » Jacques 2.1-9

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