Le blog de Charles Nicolas

28 janvier 2023

Place et rôle des enfants (6)

 

III. VISER LA MATURITE

 

Annexes

 

1. Le perfectionnisme

Il existe maints ouvrages pour dénoncer le relâchement des chrétiens et l'assoupissement des églises, mais il est moins fréquent de voir traiter la tentation opposée qui touche un certain nombre de chrétiens (et peut-être chacun de nous à certains moments) : le perfectionnisme.

Le perfectionnisme est à la perfection ce que l'intégrisme est à l'intégrité : une utilisation excessive, un mauvais usage qui, au lieu de porter de bons fruits, en porte d'amers.

Le perfectionniste ne retient que deux aspects de la réalité présente : le bien et le mal. Il veut rejeter le mal et s'attacher au bien, ce qui semble être une bonne disposition. Il oublie deux choses cependant :

  • le mal n'est pas seulement extérieur à l'homme, mais intérieur, et nos meilleures intentions sont elles aussi contaminées, souillées par le péché ;

  • le bien que Dieu nous demande de vivre, nous n'avons pas la capacité de le pratiquer pour répondre à son attente (Ro 7.18-19).

Ainsi, le chrétien qui vient à la lumière est-il conduit à un double constat :

  • il ne peut par ses propres forces lutter contre le péché qui est attaché à son cœur : il doit renoncer à cette lutte ;

  • il ne peut par ses propres forces accomplir le bien que Dieu attend de lui : il doit y renoncer.

Ce double renoncement (que Paul relate au chapitre 7 de sa lettre aux Romains) équivaut à un tel échec de notre volonté propre et de nos prétentions qu'il équivaut à une mort (Ro 6.4 ; 7.4-6), une sorte d'anéantissement de notre ancienne nature et à un recours total à la grâce de Dieu : non seulement pour le pardon de nos péchés, mais aussi pour la purification et pour l'obéissance de la foi – qui est tout autre chose que l'obéissance de la loi (Rm 10.1-4 ; Ga 5.4).

Le perfectionniste n'est jamais satisfait, sauf quand son illusion est totale vis-à-vis de lui-même (Lc 18.11). Il est malheureux car il est tour à tour confronté à la tentation de se croire meilleur ou pire que les autres. Il est seul. Il ne fait pas confiance. Il est malheureux et il rend son entourage malheureux car il est difficilement accessible, étant prisonnier de ses raisonnements nourris de crainte ou de prétention (Ro 10.21). Le perfectionniste est inévitablement exposé au légalisme, car il place les principes qu'il a sélectionnés au-dessus de toute autre considération (Mt 23.23-24). Il peut aussi, à certains moments, être tenté de tout lâcher, tellement son cœur a besoin d'amour et de liberté... Le perfectionniste a du mal à accepter d'être aimé tel qu'il est. Il reçoit peu d'amour et en donne peu (1 Co 13.1-3).

Le perfectionniste ne peut vivre une communion intime avec son Sauveur. En réalité, si un perfectionniste rencontrait Jésus, il trouverait maintes choses à lui reprocher !

Le perfectionniste doit apprendre ou réapprendre qu'il ne peut pas davantage marcher dans la volonté de Dieu par ses propres forces qu'il ne pouvait obtenir le salut par ses propres forces. Il doit accepter que sa dépendance vis-à-vis de l'amour de Dieu, de la grâce qui est en Jésus-Christ et du secours du Saint-Esprit est totale. C'est là une grande humiliation assurément, un brisement même, mais qui seront suivis par un relèvement bienfaisant avec des forces et une joie nouvelles (Ja 4.10 ; 1 Pi 5.6).

Seule cette acceptation mettra le perfectionniste en repos, irriguera son cœur de grâce et d'amour, mettra un terme à ses raisonnements de propre justice ou de culpabilité, mettra un terme à l'esprit de jugement ou de supériorité à l'égard des autres. Seule cette acceptation introduira dans sa vie la dimension du Royaume de Dieu qui glorifie le Seigneur.

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2. Les rôles complémentaires dans la famille

1. Le rôle des mères et la dimension du repos.Ne nous méprenons pas : quand je dis 'repos', je ne dis pas paresse1. Je parle du repos qui, comme dans la foi, précède les engagements, le labeur, les combats2.

Le magnifique Psaume 131 fait des bras maternels la première école du repos de la foi : Je suis comme un enfant sevré qui est auprès de sa mère (131.2 ; Cf. Es 66.13). Je dis 'école', car David y a appris que c'était "sortir de la foi" que d'avoir des regards hautains et de s'occuper de choses trop grandes pour lui (131.1)3. Plus tard, en charge de lourdes responsabilités, David se souvient de cette leçon et en parle au présent : Je ne m'occupe pas de choses trop grandes ou trop relevées pour moi !

Paul et ses compagnons rappellent aux chrétiens de Thessalonique qu'ils ont agi comme une mère. Nous avons été au milieu de vous plein de douceur, comme une mère réchauffe sur son sein l'enfant qu'elle nourrit (1 Th 2.7) : ils ont pourvu à leurs besoins. Ils mentionnent l'affection, les soins (on sait que la liste en est longue), un total dévouement (1 Th 2.7-8). Non pas pour faire des enfants-rois, mais pour que rien de nécessaire à leur croissance et à leur équilibre ne leur manque. C'est, à n'en pas douter, un investissement de premier ordre. Il est pitoyable que notre société fasse de cette vocation quelque chose de dévalué ; le prix à payer est et sera très lourd.

Paul mentionne la mère et la grand-mère de Timothée, femmes de foi, mères spirituelles (2 Tm 1.4-5). Une femme comblée de grâce (Lc 1.28) peut combler de grâce ceux qui vivent à ses côtés. Les enfants à qui cette grâce a manqué passeront probablement une partie de leur vie à tenter de soigner les conséquences de ce manque. Timothée, bien que jeune, s'est vu confier de grandes responsabilités. Derrière chaque grand homme il y a une mère aimante, a-t-on dit parfois. Bien entendu il y a des exceptions ! Deux risques menacent l'équilibre et la croissance de l'enfant : une mère absente et une mère trop présente.

2. Le rôle des pères et la dimension du discipulat. Le père a un rôle émancipateur, ont pu dire les psychologues. C'est sans doute exact. La maman dit : Il est encore petit. Le papa dit : Non, il est déjà grand ! On comprend que les deux doivent être accordés.

Après s'être comparés à une mère, Paul et ses compagnons disent avoir aussi été pour les Thessaloniciens ce qu'un père est pour ses enfants : les exhortant, les encourageant, les conjurant de marcher d'une manière digne du Seigneur (1 Th 2.12). La mère ne peut-elle pas le faire aussi ? Elle le peut, mais c'est le rôle spécifique des pères. Ces rôles ne sont pas cloisonnés, mais ils ne sont pas interchangeables.

Les psychologues décrivent le rôle du père comme étant celui d'un 'tiers séparateur' opérant une séparation progressive entre la mère et l'enfant qui, au départ, ne forment quasiment qu'un tout.

On peut observer aujourd'hui une 'féminisation des pratiques' qui, en mettant le soupçon sur la fonction d'autorité, peut compromettre la maturité des jeunes adultes.

 

Tout ce qui concerne l'éducation des enfants – à quelques points près – est assez semblable à ce qui touche au discipulat dans l'Eglise. Jésus le dit : Le serviteur n'est pas plus grand que son maître, mais tout disciple accompli devient comme son maître (Lc 6.40. Cf. Jn 5.19). D'ailleurs, quand Jésus parle des 'petits', il désigne ses disciples (Mt 10.42 ; 11.11 ; 18.6 ; 25.40). Le disciple est conscient de ses faiblesses, il écoute, il apprend, il obéit... comme un enfant. S'il le fait, il va grandir !

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3. L'impression inconsciente

Le mystère trinitaire (Dieu éternellement père en lui-même), garantit la priorité de la paternité divine, pour qui veut penser selon l'Ecriture. La paternité humaine n'est pas l'original, illusoirement idéalisé, mais l'image, par institution divine (Henri Blocher).

Si l'image paternelle (que la mère contribue à façonner), n'est pas l'origine de la croyance, mais présuppose plutôt, pour sa constitution, le sens de Dieu (avec celui de l'autorité), il reste qu'elle influence chez l'enfant (et chez l'adulte qu'il sera) la représentation de Dieu. Comment pourrait-il en être autrement si la paternité créée “tire son nom” (Ep 3.15) de la paternité divine, justement pour la représenter ?... L'image paternelle laissera toujours des traces. Jésus (Lc 11.11ss) et l'épître aux Hébreux (12.7ss) montrent que le souvenir d'un père juste et bon peut aider à la reconnaissance du vrai Dieu.

Nous soulignons qu'il faut que le père soit là, dit H. Blocher. Plus que tel ou tel comportement, c'est l'équilibre des présences dans le foyer qui importe. Avec cet équilibre, l'harmonie conjugale des parents revêt une importance décisive. Que dire de plus, sinon répéter l'exhortation de l'apôtre : Soyez les imitateurs de Dieu (Ep 5.1). Parents, soyons les imitateurs de Dieu comme des enfants bien-aimés.

(Henri Blocher, dans : Moi ? Oui, vous !).

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4. Recommandations de Claire-Lise de Benoit

- Lire la Bible à l'enfant et la lire avec lui dans le culte de famille. Néhémie 8.1-4a, 8.

- Apprendre à l'enfant à lui-même lire la Bible.

- Choisir un lieu tranquille, choisir un moment approprié dans la journée

- Choisir une liste de lectures bibliques, adaptée.

- Noter dans un cahier le verset et/ou la pensée marquante du jour.

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5. La dynamique des modèles

Pourquoi Jésus parlait-il avec autorité ? Parce que ses paroles étaient portées par un vécu. Dans la Bible, il n'y a jamais de différence entre la théorie et la pratique. On lira avec intérêt Deut. 4.6 et 9 où la mise en pratique précède et conditionne la transmission.

L'autorité est toujours liée à une position (être autorisé par délégation) et à un vécu (être autorisé par discipline personnelle). Le centenier de Luc 7 le démontre admirablement4. L'apôtre Pierre le rappellera aux anciens : « Non comme dominant sur ceux qui vous sont échus en partage, mais en étant les modèles du troupeau »5.

La manière avec laquelle nous nous comportons assoit (ou pas) notre autorité. Elle constitue aussi (ou pas) la première et principale manière d'éduquer et de convaincre6. En réalité, ce qui manque le plus, dans les maisons comme dans les églises (et ailleurs), ce sont des modèles. C'est-à-dire des personnes qui cessent de trouver des excuses pour justifier leurs faiblesses et qui ouvrent la voie d'une conduite juste. Est-ce revenir à la loi ? Non, c'est démontrer les fruits de la grâce.

Les enfants paraissent avoir un sixième sens pour toutes les inconséquences de leurs parents”, remarque H. Blocher. Il en est de même avec les nouveaux convertis ! L'apôtre Paul utilise les mots irréprochables et irrépréhensibles7. Il les utilise pour les responsables, mais aussi pour tous les chrétiens. Nous devons les prendre au sérieux si nous voulons transmettre quelque chose. Ce n'est pas une question de mérites mais de condition. Ils nous disent, ces mots, que la vie chrétienne est quelque chose de sérieux, tout sauf un idéal. Ils nous disent que la vie chrétienne est une question de vérité et de lumière ; tout sauf une comédie. Alors, peu de mots suffiront pour avoir un impact.

Le domaine de la parole est particulièrement significatif (Ep 4.29). Nos paroles révèlent ce qui est dans nos cœurs. Celui qui ne bronche pas en paroles est sage dans toute sa conduite (Cf. Jc 3.2). Cela nous fait peur et nous montre que ce que nous demandons à nos enfants n'est pas facile. D'autant plus que leurs défauts ressemblent souvent aux nôtres...

Notons que si le papa ou la maman reconnaît qu'il s'est trompé et demande pardon, il est – là encore – un modèle. Il devient, en cela, irréprochable ! “Les parents ne doivent pas cacher qu'ils vivent du pardon de Dieu”, rappelle H. Blocher. Sachant cela, les enfants devraient pouvoir tout dire à leurs parents, sans craindre d'être rejetés8. Cela est résumé dans une expression connue des chrétiens : Marcher dans la lumière, ce qui exclut toute forme de mensonge9.

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6. Distincts sans être distants

Cette expression est utilisée pour trouver ce qu'on appelle parfois “la juste distance” (on pourrait dire aussi la juste présence). Nous l'utilisons souvent en aumônerie hospitalière. Mais elle est utile tout le temps. Egalement pour le couple, et encore avec les enfants.

Une image illustre cela d'une manière très simple, celle du triangle. La pointe supérieure représente Dieu. La pointe inférieure gauche me représente. La pointe inférieure droite représente mon vis-à-vis.

Cette image nous rappelle plusieurs principes importants :

Je ne suis pas à la place de Dieu, ni à la place de l'autre (conjoint ou enfant).

Je ne suis pas non plus entre Dieu et l'autre.

Je suis seulement en relation avec Dieu, témoin, écoutant, parlant,

et en relation avec mon vis-à-vis, témoin, écoutant, parlant.

J'ai deux relations à vivre : avec Dieu et avec l'autre.

La relation entre Dieu et l'autre ne m'appartient pas.

La qualité de ma relation avec Dieu se reflètera dans ma relation avec l'autre,

sans que j'aie forcément besoin d'en parler...

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Notes :

1La Bible est très sévère envers la paresse (Pr 6.6-9 ; 26.13-16 ; Mt 25.26 ; Ro 12.11 ; Ep 4.28...).

2Quand Naomi souhaite que ses belles-filles trouvent du repos dans la maison d'un mari (Ruth 1.9), elle présuppose le repos de la grâce qui précède et nourrit le zèle (cf. Pr 31). Elle annonce aussi le repos de l'Eglise soumise au Seigneur et zélée pour lui. L'apôtre Paul dit cela aussi à Timothée, juxtaposant le repos de la grâce, le labeur du laboureur et le combat du soldat (2 Tm 2.1-7).

3 Chrétien, cesse d'offenser ton Seigneur en portant sans cesse un front soucieux ! dit Charles Spurgeon.

4« Moi qui suis soumis à des supérieurs, je dis à l’un (de mes soldats) : Va ! et il va » (Lc 7.8).

51 Pi 5.3. Cf. 1 Tm 4.12 ; Ti 2.7. Cela signifie qu'il ne suffit pas de « dire ce qu'il faut faire ». Le plus important est de le faire soi-même, en premier lieu. Si l'institutrice parle à voix basse aux enfants, ceux-ci cesseront de crier !

6On peut lire à ce sujet le premier chapitre de la 1ère lettre aux Thessaloniciens.

7Ep 1.4 ; Ph 2.15 ; 1 Th 3.13 ; 5.23 ; 1 Tm 5.7 ; 2 Pi 3.14, Jude 24

8Notons ici que le mot 'juger' dans la Bible a un sens négatif (mépriser, condamner – voir Lc 6.37-44 ; Ro 14.3, 10) et un sens positif (exercer un discernement, distinguer le bien du mal – 1 Co 6.2 ; 14.20).

9Le perfectionnisme n'est pas mieux que le laxisme. Aucune de ces deux dérives ne corrige l'autre. Mon sentiment est que la dérive laxiste est la plus fréquente aujourd'hui. Elle se nourrit du relativisme qui nous entoure et se justifie avec des excuses...

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27 janvier 2023

Place et rôle des enfants (5)

 

III. VISER LA MATURITE

 

1. L'enfant est provisoirement un enfant

Ne prenons pas les enfants pour des adultes, mais ne les enfermons pas non plus dans la posture d'un enfant. Un enfant est provisoirement un enfant !1 L'enfant se découvre dans le regard qu'on porte sur lui. Notre regard doit lui dire : Tu es un enfant, mais un jour tu seras un adulte. Il faut seulement franchir des étapes, ni trop vite ni trop lentement. Tout disciple accompli sera comme son maître(Lc 6.40).

Nous l'avons dit, il y a une grande similitude entre les ministères au sein de l'Eglise et la vocation des parents dans la maison. L'objectif est le même : la croissance de chacun en maturité. Calvin dit que les parents sont comme des pasteurs dans leur maison.

Je mentionne 3 axes de cette vocation parentale2 :

a. L'exemple de vie. Bien des maladresses, bien des erreurs (des parents) seront oubliées si la vie des parents prêche l'Evangile. Plus que tout ce qu'ils font pour enseigner la Bible compte ce qu'ils sont dans leur christianisme quotidien (H.B.). Attention, les enfants semblent avoir un sixième sens pour toutes les inconséquences de leurs parents :

- ils ont besoin de voir la différence que fait l'Evangile.

- rien ne remplace le sentiment de la présence de Dieu. Le foyer chrétien doit vivre “coram Deo” (sous le regard de Dieu). On ne triche pas, on ne ment pas, on ne fait pas semblant (1 Co 13.5). Ce n'est pas de la morale, c'est pour être agréable à Dieu (Ro 14.18).

- les parents ne doivent pas cacher qu'ils vivent, eux aussi, du pardon de Dieu.

b. L'enseignement de la Bible. Il revient aux parents d'instruire l'enfant dans la voie qu'il doit suivre (Dt 6.7 ; Pr 1.8 ; 6.20 ; 2 Tm 3.15). Le culte de famille a longtemps fait la force, la robustesse du christianisme protestant (H.B.). Normalement, l'enfant interroge... (Ex 12.26 ; Dt 6.20 ; Jos 4.6), et cela se passe d'abord dans le cadre familial.

Il importe d'être sérieux à cet égard ; sans tomber dans une pratique excessive susceptible de provoquer une urticaire du gavage spirituel (H.B.). Il s'agit avant tout de ne pas assimiler le message de la Bible à un légalisme ou à une morale3.

c. L'exercice de la discipline. Le fait que l'Evangile soit une annonce de la grâce et que la régénération soit l'œuvre de Dieu ne signifie pas que les parents ne doivent pas inculquer des principes moraux et une discipline. On ne peut confondre les deux, mais l'un ne dispense pas de l'autre. Cf. Le 1er commandement (Ex 20.2-3).

Discipliner les enfants est un devoir (un dû), au même titre que leur donner à manger (Ep 6.4 ; 1 Tm 3.4-5 ; Hé 12.7ss). L'autorité des parents est établie par le 5ème commandement. En ce sens, la paternité humaine n'est que la réflexion de la paternité divine. Le maintien de l'autorité parentale est le combat d'aujourd'hui, de la foi chrétienne contre l'humanisme (H.B.). Si les parents ont le droit de commander à leurs enfants, ce n'est pas en vertu d'une supériorité de force ou de sagesse : c'est en vertu d'une institution divine. Les enfants le comprendront si on le leur dit.

Eduquer, c'est aussi corriger (Pr 13.24 ; 22.15 ; 23.13s ; 29.15ss). Le tort d'Eli fut de réprimander sans sévir (1 Sam 2.22ss, 29 ; 3.13). Certes, ce droit de corriger n'est pas absolu (Pr 19.18 ; Ep 6.4 ; Co 3.21) ; corriger n'est pas écraser. Ce devoir de corriger 'de la part de Dieu' est limité dans ce qu'il pourrait avoir d'excessif par l'exemple de vie qui comprend, chez les parents, la soumission à Dieu et la dimension de la grâce reçue (par exemple l'aptitude à demander pardon) : tout ce qui est fait est fait pour aider4.

Ici entre en ligne de compte la complémentarité des rôles maternels et paternels5.

 

2. Viser la maturité

Nos enfants, c'est bien connu, ne nous appartiennent pas ; ils nous sont confiés. Nous ne les aimons pas pour nous-mêmes, mais pour eux. Cela suppose que tout est fait pour les aider à devenir adultes, ce qui ne se réduit pas à avoir son BAC, ou même un bon travail. Il en est de même pour les nouveaux convertis dans l'église : un jour (bientôt ?), ils vont à leur tour instruire et venir en aide à d'autres. Quand cela doit-il commencer ? Très tôt. En fait, dès la naissance6.

L'apôtre Paul utilise le mot 'équiper' pour dire cela. Cela signifie donner les moyens(les outils, le savoir-faire) et forger le caractère (la bonne attitude). Noter les 3 verbes d'Ep 6.4 : 1. élever (pourvoir aux besoins), 2. corriger (former le caractère) et 3. instruire. Dans cet ordre... Un enfant de 12 ans peut déjà développer une réelle maturité, qui manquera peut-être à quelqu'un de trente ans ou plus...

Quand les parents instruisent l'enfant, ils le font de la part de Dieu ; mais si un parent dit à son enfant qu'il ignore quelque chose, c'est encore une manière de lui rappeler que Dieu seul sait tout (par exemple : ce qui se passera demain ! Cf. Mc 13.32).

 

3. Trans-mettre

Bien sûr la Parole de Dieu va être transmise par des adultes, généralement (Ps 78).

Mais les enfants l'entendront-ils comme la parole des adultes ou comme la Parole de Dieu ?La condition, c'est que nous la recevions nous-mêmes comme cela, et que nous ne la dénaturions pas en la transmettant7.

Quand il est dit que la Parole de Dieu ne retourne pas à lui sans effet (Es 55.11), cela ne signifie pas que toute transmission sera féconde. Est-ce que le Saint-Esprit est sollicité dans cette transmission ? A-t-il sa place ? Les enfants vont voir ce en quoi nous croyons, ce que nous avons dans nos yeux, ce que nous contemplons !

Les enfants israélites n'avaient pas vu “les grandes œuvres de Dieu”, mais après qu'on le leur ai raconté, c'est comme s'ils les avaient vues (Dt 11.2, 7). Ce passage parle d'une transmission dans les maisons, mais aussi à tout moment (quand tu seras en voyage), c'est-à-dire en toutes circonstances, sur tous les sujets qui peuvent se présenter, sans exception. Quand le Psaume 78 dit : Nous dirons les louanges de l'Eternel, cela signifie donner le témoignage de ce qu'Il a fait de magnifique, detelle sorte que les enfants soient comme les témoins et qu'ils aient envie d'en parler à leur tour (Ps 78.3-5 ; 2 Tm 2.2).

La connaissance de Dieu est une vive expérience, écrit Jean Calvin.

Si nous voulons transmettre autre chose qu'une théorie, notre propre expérience ne doit pas être théorique8. Un gramme d'expérience vaut mieux qu’une tonne de connaissance (Frère André, à la fin des années 50).

Remarquez qu'on n'a pas amené des enfants à Jésus pour qu'il les enseigne mais pour qu'il les bénisse. Nous pouvons aussi bénir les enfants au nom de Jésus, en leur imposant les mains (Mc 10.16). L'apôtre Paul évoque cette dimension de transmission autre que l'enseignement. Je désire vous voir pour vous communiquer quelque don spirituel (Ro 1.11). Je t'exhorte à ranimer le don de Dieu que tu as reçu par l'imposition des mains (2 Tm 1.6). Cela ne remplace par l'enseignement de la Parole, mais cela l'accompagne.

Enfin, l'amour doit imprégner la transmission. - Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu ? Paie mes agneaux ! demande Jésus à Pierre (Jn 21.15). Aimer le Seigneur, aimer les agneaux ! L'apôtre Paul ne craint pas d'évoquer sa vive affection, son vif désir de transmettre non seulement l'Evangile, mais nos propres vies, tellement vous nous étiez devenus chers (1 Th 2.8). Attention, cet amour n'est pas possessif. En aucun cas il ne doit faire écran entre l'enfant et Dieu9. L'amour pour les enfants ne nous autorise pas à nous mettre au milieu, à obstruer le passage, à devenir indispensable. Cela n'est-il pas vrai à l'égard de tous, d'ailleurs ?

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Notes.

1 Un médecin de la Leche League recommande d'habituer les tout jeunes enfants à jouer seuls, sans leurs parents. Pendant que l'enfant joue seul, il construit sa personnalité et se préparer à devenir adulte. Cela commence donc très tôt. Il faut aussi, naturellement, des moments d'échanges : Instruis l'enfant selon la voie qu'il doit suivre ; quand il sera vieux, il ne s'en détournera pas (Pr 22.6). Ce verset rappelle qu'il ne faut pas remettre à plus tard l'éducation de l'enfant.

2H. Blocher dans Moi ? Oui, vous ! (1972).

3Nous pourrions évoquer l'utilité mais aussi les limites de “l'école du dimanche”.

4Voir l'annexe 1 sur le perfectionnisme. Les annexes se trouvent dans la séquence suivante.

5Voir l'annexe 2 sur la complémentarité de ces vocations et l'annexe 3 sur l'impression inconsciente.

6Il est probable que nous ayons bien souvent une attitude sentimentale que nous confondons avec l'amour. Les sentiments ne sont pas exclus de l'amour, mais ils n'en constituent pas l'essentiel.

7Voir l'annexes 4 : Quelques recommandations de C-L de Benoit.

8Voir l'annexe 5 : La dynamique des modèles.

9Voir l'annexe 6 : Distincts sans être distants.

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26 janvier 2023

Place et rôle des enfants (4)

 

II. LA SPECIFICITE DE L'ENFANT

 

Annexes

 

1. Un enfant est un jeune disciple

Plus une église sera conséquente dans sa dimension de 'communauté de disciples', plus l'éducation des enfants sera facilitée. Ce que les enfants observeront les enseignera, plus que tous les discours. Plus une église s'éloignera de ce modèle, plus l'éducation des enfants sera fastidieuse et aléatoire.

Que peuvent observer les enfants dans notre maison ? Et dans l'Eglise ? Est-ce que cela les touche ? Est-ce que cela leur fait envie ? Est-ce que cela les enseigne1 ?

Certains pourraient craindre que cette manière de voir expose au risque d'infantiliser les membres de l'Eglise : décider à leur place et les rendre dépendants. Ce serait effectivement une dérive. Il suffit de se souvenir que le ministère des parents n'est pas de maintenir leurs enfants dans une posture d'enfant, mais au contraire de faire d'eux des adultes. Il est admis que le rôle des pères est, à cet égard, particulièrement important.

Quand Paul appelle Timothée 'mon enfant', quand Jean écrit : Petits enfants, je vous écris ces choses... (1 Jn 2.1, 12), est-ce pour les infantiliser ? Au contraire, c'est pour les appeler à grandir. Encourager et exhorter, c'est tellement mieux que de faire des reproches.

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2. Ne sautons pas les étapes

Dans son livre Mes voies ne sont pas vos voies (Portes Ouvertes, Excelsis, 2014), Nik Ripken raconte sa visite d'un rassemblement clandestin de responsables d'églises de maison en Chine. Un des hommes les plus jeunes, âgé d'environ 25 ans, demanda à me rencontrer. Mon hôte se pencha vers moi et me confia discrètement : Un de ces jours, Dieu va utiliser ce jeune homme-là d'une manière puissante. Mais pour le moment, ce qu'il dit n'est pas crédible ; il n'a pas été encore en prison.

Le pasteur allemand Dietrich Bonhoeffer était issu d'un milieu bourgeois et aisé. Il a passé trois ans dans un camp de concentration avant d'être pendu par les nazis, quelques jours avant la fin de la Guerre de 1939-1945. Après sa mort, son ami Payne Best écrit à la sœur de Dietrich : Bonhoeffer avait toujours craint de ne pas être assez fort pour faire face à une telle épreuve, mais maintenant il savait qu'il n'y avait rien dans la vie dont on ne devait avoir peur, rien (Lettres à Sabine).

Dieu nous conduit dans des situations difficiles pour que nous grandissions en maturité. Nous devrions en être reconnaissants. Le Nigérian Manga, persécuté par la secte islamiste Boko Haram (week-end Portes Ouvertes en nov. 2022), affirme : Plus vous serez persécuté plus votre foi va grandir.

Dans L'Archipel du Goulag, Alexandre Soljénitsyne écrit : C'est pourquoi je me tourne vers mes années de détention et dis, non sans étonner parfois ceux qui m'entourent : Bénie sois-tu, prison ! Béni soit le rôle que tu as joué dans mon existence !

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3. Jésus et les enfants

En Marc 10.13-16, le problème n'est pas les enfants, le problème c’est les disciples !

Beaucoup d'enfants ont probablement des problèmes avec la culpabilité. Avec qui peuvent-ils en parler ? De qui peuvent-ils recevoir des conseils pour ne pas en rester là ? Les enfants ont ainsi des problèmes sérieux : au sujet de Dieu, au sujet de la mort, au sujet de la colère, etc.

Quand Jésus dit à Pierre : Paie mes agneaux, ne parle-t-il pas des enfants (ou bien des « bébés dans la foi ») ? Pourquoi confie-t-on principalement l'enseignement des enfants à des femmes ? La vérité pour les enfants doit aussi être dite par des hommes. Il revient aux hommes, notamment, d'acheminer les enfants vers la maturité.

Jésus ne croit pas que les enfants sont 'innocents', mais il dit qu'il leur est plus facile de recevoir le Royaume de Dieu (Mc 10.15), car leur cœur est davantage prompt à la confiance, à l'humilité, à se reconnaître dépendant.

L'enfant passe plus facilement par une porte basse qu'un adulte.

Enfin, que vaut-il mieux : rencontrer le Seigneur à 60 ans ou à 6 ans ? C'est beau dans les deux cas, mais c'est mieux à 6 ans.

L'évangéliste Moody qui raconte que 2 personnes et demi ont donné leur cœur au Seigneur. Deux adultes et un enfant ? Non ! Deux enfants et un adulte. (L'adulte a déjà vécu la moitié de sa vie sans Dieu !).

Les enfants de chrétiens jalousent parfois le beau témoignage des adultes qui se convertissent après avoir vécu loin de Dieu. Mais beaucoup de ces adultes jalousent ceux qui ont connu le Seigneur dès leur jeune âge !

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4. Reconnaître nos limites

Que nous le voulions ou pas, nos enfants découvriront nos limites. Autant ne pas les cacher. Une maman peut pleurer devant ses enfants, si elle explique pourquoi ensuite, de manière adaptée. Un papa aussi !? La limite des parents est une invitation (pour tous) à se confier au Seigneur. La responsabilité des parents est grande, mais elle a sa limite, il est sage de le reconnaître.

Il en est de même pour les responsables dans l'église.

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Note.

 

1 Quand il est dit que les anciens doivent bien diriger leur propre maison, on comprend que la maison vient d'abord, premièrement. Cela est dit également pour les diacres : Qu'on les éprouve d'abord, et qu'ils exercent ensuite leur ministère (1 Tm 3.10). Je signale le livre de Mark Devers, Une communauté irrésistible (Ed. Cruciforme, 2021).

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25 janvier 2023

Place et rôle des enfants (3)

 

II. LA SPECIFICITE DE L'ENFANT

 

1. La spécificité de l'enfant

Le mot enfant vient du latin infans qui signifie : qui ne parle pas ou : qui ne répond pas de ses actes, ce qui, dans le contexte juif, amenait à l'âge de 12 ans. On pourrait dire : qui a besoin de quelqu'un d'autre, qui n'est pas autonome – ce qui, vous en conviendrez, s'applique aux enfants mais aussi à nous tous1. Cf. enfant <=> disciple.

C'est là le paradoxe qu'il nous faut comprendre : bien qu'étant appelés à devenir des adultes, des hommes et des femmes “faits”, matures2, à bien des égards nous sommes tous dans la posture de l'enfant : des écoutants, des apprenants, des obéissants. Et s'il nous arrive de l'oublier, il nous faudra “repasser par la case enfant”, si nous voulons reprendre notre marche vers la maturité. On pense à Pierre après son reniement en Jn 21.15-18 : Un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudras pas ; à Paul après sa conversion, en Ac 9.6 : On te dira ce que tu dois faire...

Pédagogiquement, cela signifie que les parents vont parfois parler à leurs enfants en 'tu' ou en 'vous' (instruire, exhorter, consoler) ; et parfois en 'nous', en s'associant à eux comme disciples, comme pécheurs-repentants3 ! Cette proximité de condition est importante. Elle s'applique aussi aux pasteurs, aux anciens et aux diacres dans l'Eglise4.

Cette proximité de situation entre les adultes et les enfants (tous pécheurs...) ne doit cependant pas abolir les différences. Le phénomène que l'on peut constater aujourd'hui est singulier : les enfants sont – à certains égards – des adultes avant l'heure, tandis que les parents demeurent – parfois – de grands enfants. Dans les deux cas, il y a une sorte d'horizontalisation qui rend confuse la dynamique vers la maturité. Si un enfant de 12 ans a un papa qui est resté un 'grand enfant', comment va-t-il devenir adulte lui-même ? Et si on parle aux enfants comme à des adultes, comment vont-ils aborder dans de bonnes conditions les étapes vers la maturité5.

L'enfant n'est pas, il devient une personne. Il n'est pas un adulte en modèle réduit, il n'est une personne qu'en puissance, écrit H. Blocher6. Pour les Juifs, l'enfant devenait bar-mitsvah (fils du commandement) vers 12 ans. A ce moment-là, c'est à Dieu que l'enfant peut/doit aussi répondre.

 

2. Une étape provisoire et permanente

Nous avons vu que les mots enfant et disciple peuvent être étroitement associés, presque assimilés7. Est-ce péjoratif ? Non, car dans les deux cas il y a une posture d'humilité (écouter, apprendre, obéir) mais aussi une perspective dynamique de croissance8. Jésus résume cela en une phrase magnifique : Le disciple n'est pas plus que le maître, mais tout disciple accompli sera comme son maître (Lc 6.40. Cf. Jc 4.10 ; 1 Pi 5.6).

Cela signifie que l'étape 'enfant' ou'disciple', est une étape obligée, qu'on ne peut pas éviter, et cela à deux égards :

- pendant une première partie de la vie : Jésus (âgé de 12 ans) descendit avec ses parents pour aller à Nazareth, et il leur était soumis. (…) Il croissait en sagesse, en stature et en grâce devant Dieu et devant les hommes (Lc 2.51-52). Pour l'enfant (comme pour le disciple), l'humilité est une des conditions de la croissance9.

- tout au long de la vie, car on n'arrête jamais d'apprendre, et un chrétien demeure un disciple jusqu'à son dernier jour, même s'il est aussi devenu “un maître”. Quand Paul appelle Timothée 'mon enfant', à plusieurs reprises, il ne s'adresse pas à un enfant ! Il en est de même quand Jean appelle les chrétiens 'petits enfants' (1 Jn 2.1 ; 2.12, 18...). Ce n'est pas pour les infantiliser, c'est pour qu'ils écoutent, apprennent et grandissent !

De même, c'est à des disciples adultes que l'auteur de la lettre aux Hébreux s'adresse quand il écrit : Mon fils, ne méprise pas le châtiment du Seigneur, et ne perd pas courage lorsqu'il te reprend, car le Seigneur châtie celui qu'il aime... Il est vrai que tout châtiment semble d'abord un sujet de tristesse et non de joie ; mais il produit plus tard pour ceux qui ont été ainsi exercés un fruit paisible de justice (12.5-6, 11).

Ainsi, notre sujet (La place et le rôle des enfants dans l'église) nous concerne-t-il tous ! Cela est important pour les adultes comme pour les enfants. En réalité, cela est important pour les adultes avantles enfants, car si les disciples-adultes ont cette posture d'humilité qui précède la croissance, les disciples-enfants l'auront aussi, plus facilement. Jésus qui nous ouvre la voie... n'a-t-il pas été un disciple lui-même ? Il l'a été. Ne savez-vous pas qu'il faut que je m'occupe des affaires de mon Père ? dit-il à ses parents (Lc 2.49) qui ne comprennent pas très bien, d'ailleurs (cf. Mt 26.42 ; Jn 10.18 ; 14.21).

 

3. L'enfant compte aux yeux de Dieu

Nous avons déjà vu que les enfants ne sont pas oubliés dans la Parole de Dieu.

- Allez, servez l'Eternel ; et vos enfants pourront aller avec vous (Ex 11.24).

- Ces commandements que je te donne aujourd'hui seront dans ton cœur. Tu les inculqueras à tes enfants, et tu en parleras quand tu seras dans ta maison... (Dt 6.6-7).

- Il faut que l'ancien tienne ses enfants dans la soumission (1 Tm 3.4).

- Enfants, obéissez à vos parents. Pères n'irritez pas vos enfants (Ep 6.1-4).

Nous notons que Paul s'adresse ici directement aux enfants. Ne prenons pas les enfants pour des adultes, mais ne les infantilisons pas ! Un enfant peut connaître la régénération de son cœur et de son intelligence par l'action du Saint-Esprit. Il n'est pas seulement “un élève qui écoute”10.

Attention, il ne s'agit pas de manipuler les enfants, il s'agit de leur dire la vérité, d'une manière adaptée mais pas édulcorée. On dit souvent que les enfants ne peuvent pas comprendre. Ils le peuvent ! Ce sont les adultes qui ne savent pas répondre à leurs questions, à leurs attentes11. Enfin, ne rencontrons pas les enfants en groupes seulement, mais également seul à seul.

Cela concerne déjà les très jeunes enfants : souvenons-nous du tressaillement de Jean-Baptiste dans le sein de sa mère, lors de la visite de Marie (Lc 1.44). Si un enfant à naître, si un aveugle comme Bartimée, si un brigand sur une croix peuvent reconnaître Jésus, un enfant le peut ! Et si un enfant reconnaît Jésus, son caractère, son attitude seront changés - ce qui ne fera pas de lui un adulte, mais un témoin vivant.

Très tôt un enfant effectue des choix : s'ouvrir ou se fermer, obéir ou se rebeller, mentir ou être sincère, être séduit par le mal (par le Malin) ou lui résister. Ne remettons pas à plus tard de lui parler de cela, de l'équiper, de lui montrer l'importance de se positionner. Le prédicateur, le dimanche, devrait aussi s'adresser aux enfants, et pas pour rire12. Soyons gentils avec les enfants, mais ne soyons pas sentimentaux. Si nous le sommes, ne nous étonnons pas de les voir s'éloigner quand ils auront 14 ou 15 ans.

Que l'on soit enfant ou adulte, c'est par une révélation de la sainteté de Dieu, de notre péché et de Sa grâce que nous sommes transformés, que l'on fait l'expérience de la repentance et de la foi. Mettons les enfants en contact avec la vérité de Dieu et cessons de leur donner des “petits jouets spirituels” pour les amuser13.

Nous ne le cacherons pas à nos enfants, afin qu'ils mettent en Dieu leur confiance (Ps 78.5-8).

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Notes. 

1Je pense à un homme qui, atteint pas une maladie incurable, confie à une infirmière sa demande d'euthanasie car il ne peut pas accepter de devenir dépendant. L'infirmière lui répond alors : Mais nous sommes tous dépendants !

2 Frères, ne soyez pas des enfants sous le rapport du comportement ; pour ce qui est du mal, soyez enfants, et, à l'égard du comportement, soyez des hommes faits (1 Co 14.20).

3Je l'ai vécu ainsi quand je lisais la Bible à mes enfants, au coucher, avant de prier avec eux, parlant alors en nous.

4Je pense au pasteur Stuart Olyott (Liverpool) qui commence parfois sa prédication en disant : Ce matin, le Seigneur a appelé un grand pécheur pour vous apporter sa Parole.

5Si les parents n'ordonnent rien à leurs enfants, comment ceux-ci mettront-ils en pratique l'ordre biblique d'obéir ?

6Moi ? Oui, vous ! (LLB, 1973), p. 53.

7Voir l'annexe 1 : Un enfant est un jeune disciple. Les annexes sont dans la séquence suivante.

8Si l'épouse, dans le couple, illustre la position de l'Eglise (Ep 5.25), l'enfant illustre celle des disciples (Mt 18.6). Dans les deux cas, cela concerne tout le monde !

9 Il ne faut pas que l'ancien soit un nouveau converti, de peur que... (1 Tm 3.6). Vous qui êtes jeunes, soyez soumis aux anciens (1 Pi 5.5). Cf. L'humilité précède la gloire (Pr 15.33). Voir l'annexe 2. Ne sautons pas les étapes.

10 Cf. le doute d'un chrétien pourtant mature quant à la possibilité pour un musulman de découvrir Jésus-Christ, jusqu'à ce qu'il entende le témoignage de l'un d'eux. C'est possible !

11Voir l'annexe 3 : Jésus et les enfants.

12 Cf. La fillette : Tu sais, maman, le pasteur il y croit !

 

13Voir l'annexe 4. Reconnaître nos limites.

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24 janvier 2023

Place et rôle des enfants (2)

 

I. L'ENFANT DANS LA MAISON ET DANS L'EGLISE

Annexes 

1. S'exercer la piété (1 Tm 4.8)

Grandir sous le regard de Dieu est sans aucun doute un facteur très favorable dans ce sens1. C'est bannir le mensonge, l'hypocrisie. C'est développer une conscience saine dans tous les domaines de la vie. Cela suppose la crainte d'offenser Dieu et la recherche de ce qu'il approuve (Ph 4.8-9 ; 1 Th 4.1). Cela implique que peu à peu, l'enfant doit comprendre qu'il n'agit pas ainsi seulement pour faire plaisir à ses parents (en leur présence notamment – Ph 1.27), mais pour plaire à Dieu, c'est-à-dire en tout temps2.

La notion biblique d'intelligence n'a rien à voir avec les diplômes. Elle désigne plutôt l'aptitude à juger selon Dieu, à discerner ce qui est bon, agréable et parfait (Ro 12.2. Cf. Job 28.28 ; Ps 119.34, 125). Cette intelligence est à la fois le fruit d'une instruction et de choix judicieux et le fruit de l'action de Dieu dans le cœur (il révèle ce qui est caché). Toute la Bible témoigne que celui qui marche selon Dieu sera en même temps approuvé par certain et combattus par d'autres.

Dans son livre Résister au mensonge (Artège, 2021), Rod Dreher intitule un de ses chapitres : Ne pas avoir peur de paraître bizarre aux yeux de la société. Il écrit : Sous le soft totalitarisme qui vient, les chrétiens devront redoubler d'attention pour la vie de famille. La famille chrétienne traditionnelle n'est pas simplement une bonne idée : c'est une stratégie de survie de la foi par temps de persécution. Il faut cesser de prendre la vie de famille pour acquise et l'aborder d'une manière plus réfléchie et disciplinée. Nous ne pouvons pas nous contenter de vivre comme toutes les autres familles, à la différence près que nous nous rendons à l'église le dimanche. L'époque où l'on vivait comme tout le monde en espérant que nos enfants s'en sortent est révolue...

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2. La maison, un lieu de résistance

La gestion des écrans est devenu une question majeure aujourd'hui. C'était déjà le cas avec la télévision, mais cela a atteint des proportions inimaginables il y a peu de temps encore, et les conséquences sont importantes3.

Dans son livre Résister au mensonge, Rod Dreher parle de la famille comme d'une cellule de résistance. C'est dans la famille que l'on apprend à aimer l'autre. Pour les plus chanceux, c'est là également que l'on apprend à vivre dans la vérité. Le relâchement des liens familiaux et du mariage traditionnel nous prive du refuge privé dont disposaient les dissidents anticommunistes. Les chrétiens occidentaux, hélas, ne diffèrent pas tellement des incroyants.

Je le cite encore : Tout le mal ne vient pas de la gauche. Avec l'avancée du consumérisme et de l'individualisme, nous avons construit un écosystème social dans lequel la fonction de la famille a été réduite à produire des consommateurs autonomes, sans aucun sentiment de connexion ou d'obligation à une quelconque réalité supérieure autre que la satisfaction du désir. Les parents conservateurs n'ont pas de mal à repérer dans le discours des idéologues progressistes les menaces qui pèsent sur les valeurs de leur famille, mais ils acceptent souvent sans esprit critique la logique et les valeurs du marché libre, quand ils n'abandonnent pas carrément le cerveau de leurs enfants aux smartphones et à Internet.

Un des chapitres du livre s'intitule : Ne pas avoir peur de paraître bizarre aux yeux de la société. Dans le soft totalitarisme qui vient, les chrétiens devront redoubler d'attention pour la vie de famille. La famille chrétienne traditionnelle n'est pas simplement une bonne idée : c'est une stratégie de survie de la foi par temps de persécution.

Dans ce livre encore, l'auteur, sans dénigrer les églises établies, montre l'utilité, voire la nécessité de vivre aussi la foi dans de petits groupes qu'on pourrait appeler cellules de quartier ou églises de maison. Je le cite : Les chrétiens occidentaux ne courent pas le risque de se voir défendre la pratique de leur religion, mais il est possible et même fort probable que les Eglises institutionnelles et leurs responsables continuent d'être inadaptés au défi de former efficacement leurs fidèles à la résistance. Voilà pourquoi de petits groupes très engagés, comme ceux de l'ère soviétique, sont indispensables.

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3. Nos enfants sont saints

L'enfant d'un chrétien n'est pas saint (1 Co 7.14) parce qu'il a reçu le baptême ; il peut recevoir le baptême parce qu'il est saint !

Chaque enfant a-t-il un ange gardien ? La Bible ne développe pas d'enseignement sur ce sujet, mais elle n'est pas muette non plus. Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, dit Jésus, car je vous dit que leurs anges dans les cieux voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux (Mt 18.10). Dans les Evangiles, le mot 'petit' désigne les enfants et/ou les disciples. Ce passage pourrait être rapproché de ce que Jésus dit plus tôt : Pas un moineau ne tombe sans que votre Père ne le sache. Ne craignez pas car vous valez beaucoup plus qu'eux (Mt 10.29). La lettre aux Hébreux évoque le rôle des anges en faveur de ceux qui doivent hériter le salut (1.14). Sans aucun doute, les enfants de chrétiens sont concernés, même s'ils ne sont pas les seuls.

Cela doit être entendu en référence à la volonté du diable de ravir ce qui appartient à Dieu (Lc 22.31) et à son absence de scrupule ; toute faiblesse pourrait être exploitée par lui. Il est évident que les parents (mais pas seulement eux) doivent constituer une protection pour tous ceux qui sont vulnérables, à commencer par les enfants.

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4. Le principe de délégation

Quel que soit le sujet que nous abordons, il faut toujours partir de Dieu. C'est la meilleure manière de s'orienter et d'offrir en retour à Dieu ce qui lui revient – c'est-à-dire tout, y compris nos enfants. C'est ce que dit Paul pour conclure la partie doctrinale de sa lettre aux Romains4. C'est aussi ce que nous enseigne le Notre Père. Les Réformateurs ont appliqué ce principe.

Au sujet des enfants, Martin Luther a écrit ceci : « C'est Dieu qui lange l'enfant et lui donne la bouillie. Mais il le fait par les mains de la mère ». Jean Calvin dit la même chose avec d'autres mots : Dieu met l'enfant dans les bras de la mère et dit : Prends soin de lui de ma part, maintenant. Cette parole a une portée immense. Elle dit que tout ce qui est juste et bon, sur cette terre, procède de Dieu. C'est le principe de la grâce ! De Dieu procède « la vie, le mouvement et l'être » (Ac 17.28), mais Dieu confie aux parents les soins dont l'enfant a besoin, depuis les langes et la bouillie jusqu'à l'éducation avec tout ce que cela comprend. Calvin dira cela aussi, avec d'autres mots : « Dieu met l'enfant dans les bras de la mère et lui dit : Prends soin de lui de ma part, maintenant ».

Nous comprenons sans peine ce que cela implique. En un sens, le rôle des parents est second : ils n'ont pas à prendre la place de Dieu. En même temps, ce rôle revêt une très grande importance... parce qu'il est confié par Dieu5 ! Voilà qui est susceptible de nous aider à trouver la juste place, ce qui n'est pas si facile... Voilà qui va nourrir l'attitude de serviteurs et de servantes mandatés : humbles, dévoués, désintéressés (ne cherchant pas leur propre intérêt. Cf. 1 Tm 3.3 ; 1 Pi 5.2-3), persévérants. Tout ne se passe pas sur le registre de l'affection ! Mais cette humilité du service n'amoindrit pas l'autorité légitime, car celui qui est envoyé détient une partie de l'autorité de celui qui l'envoie.

Cette posture distingue l'enfant de ses parents. Mais elle les associe également. Quand le papa ou la maman lisent la Bible aux enfants, le soir, et prient avant d'éteindre la lumière, ils démontrent qu'ils sont en position de responsabilité de la part de Dieu, mais aussi qu'ils sont avec leurs enfants et comme eux dépendants, obéissants et reconnaissants envers Dieu. Ainsi, l'enfant reconnaît que l'autorité des parents n'est pas usurpée : elle est bienveillante et renvoie à une autorité plus grande6.

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 5. La niche sensorielle

Dans son livre : La nuit, j'écrirai des soleils (Odile Jacob, 2020), le neuropsychiatre Boris Cyrulnik explique que pour se développer, l'enfant a besoin d'un environnement favorable, rassurant, qu'il appelle la niche sensorielle.

Dans nos sociétés occidentales, cette niche est finalement très restreinte, avec les deux parents et les enfants. Si un des deux parents vient à manquer, la carence est presque inévitable.

Dans les cultures asiatiques ou africaines, la niche sensorielle est plus étendue, comprenant les oncles et tantes et parfois une partie de la tribu. Qu'un des parents viennent à manquer, la carence sera beaucoup moins douloureusement ressentie.

Le fait que les parents de Jésus aient marché toute une journée avant de s'apercevoir que leur enfant de 12 ans n'était pas avec eux semble montrer qu'au proche Orient, la 'niche sensorielle' était aussi assez large. Cela n'empêche pas de lire que Jésus était soumis à ses deux parents (Lc 2.51).

Cette observation va dans le sens de ce que j'ai appelé une parentalité partagée : dans la communauté (ecclésiale), tout homme a une certaine vocation paternelle, même s'il n'est pas père, et toute femme a une certaine vocation maternelle, même si elle n'est pas mère.

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6. Les familles recomposées

 Texte à rédiger.

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Notes.

1Il est notoire que la Réforme du XVIème siècle a favorisé la maturité d'une population qui avait pris conscience que toute l'existence se déroulait sous le regard de Dieu (Coram Deo)

2Cette unification du temps est particulièrement importante dans une culture où la laïcité a cloisonné les domaines, favorisant ainsi des comportements disparates, parfois incohérents. Nous ne serons jamais assez conscients de l'impact sur nos enfants (et sur nous) d'une société qui exclut Dieu, notamment par l'éducation nationale, les médias.

3file:///C:/Users/Client/Documents/TEXTES/MI-TEMPS/MI-TEMPS-2023/10-EEL-Castres-LeNum%C3%A9rique/Joudes/LaHouletteSpi/Gestion%20des%20e%CC%81crans,%20quelques%20pistes.pdf

4« Tout est de lui, par lui et pour lui. A lui la gloire dans tous les siècles ! Amen ! » (Ro 11.36). Cette vision diffère de celle de l'humanisme pour lequel tout est “de l'homme et pour l'homme”.

5Les parents sont en quelque sorte les lieu-tenants de Dieu. De ce fait, ils ne devraient pas trop facilement déléguer à d'autres ce que Dieu leur confie... Cf. L'Association Vaudoise de Parents Chrétiens.

6Ce principe est 'créationnel' et relève de la grâce générale : il s'applique même en dehors du peuple de Dieu.

Je recommande la lecture avec les enfants de La Bible racontée aux enfants, d'Anne de Vries, dont le texte est d'une très grande qualité. La lecture du livre des Proverbes est également très riche pour la lecture en famille. Le culte de famille a forgé des générations de chrétiens.

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23 janvier 2023

Place et rôle des enfants (1)

 

I. L'ENFANT DANS LA MAISON ET DANS L'EGLISE

 

1. L'importance de la maison

Parler des enfants, c'est inévitablement parler de la maison. Dans la Bible, la réalité de la maison revêt une très grande importance.Le cœur vient en premier. Ensuite, c'est la maison. Ces commandements que je te donne aujourd'hui seront dans ton cœur. Tu les inculqueras à tes enfants, et tu en parleras quand tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage, quand tu te lèveras et quand tu te coucheras (Dt 6.6-7). On ne devrait jamais parler de l'église sans évoquer ce qui se vit dans les maisons. Remarquer dans ce passage que la maison n'est pas un lieu clos. Elle ouvre au vaste monde : quand tu iras en voyage, c'est-à-dire partout !

Souvenons-nous du sang de l'agneau sur le linteau des portes des maisons, en Egypte. Les enfants étaient là. Et ces paroles de Josué : Moi et ma maison, nous servirons l'Eternel (Jos 24.15). Calvin écrit que chaque maison de chrétiens doit être gouvernée comme une petite église. Doit-on y lire la Bible ou chanter des cantiques du matin au soir ? Non, mais on doit toujours y chercher ce qui plait à Dieu (1 Th 4.1)1.

L’Eglise n’est pas une réalité située à côté des maisons : l’Eglise est le prolongementdirect de ce qui se vit dans les maisons. Ainsi, je me demande si on peut réellement prier au temple, chanter des cantiques et écouter la Parole de Dieu, si on ne l’a pas d’abord fait à la maison, tout seul ou en famille. En famille, cela signifie avec les enfants. Allez, servez l'Eternel ; et vos enfants pourront aller avec vous (Ex 10.24).

L’écoute, le respect, l’obéissance, le pardon, où cela va-t-il s’apprendre, si ce n’est dans la maison ? La responsabilité, la générosité, l’hospitalité, où cela va-t-il s’exercer d’abord, si ce n’est dans les maisons ? Les dons reçus de Dieu, le devoir partagé, le souci des autres, l'esprit de service, où cela va-t-il se développer en premier, si ce n’est dans la maison ? Pas seulement dans la maison, mais d’abord à la maison2 !

Quand nos enfants (ou petits-enfants) vont à l'école, ils peuvent en revenir avec de mauvaises habitudes. Nous pouvons leur dire : Pas dans cette maison ! Vous imaginez, ensuite, un enfant qui, dans la cour de l'école, est capable de dire à ses camarades : Oui, oui, oui, mais là non. Quel témoignage, quel appel aux consciences !

 

2. Il y a des promesses à ce sujet

Je mentionne trois textes parmi beaucoup d'autres.

1. Après avoir conduit Abraham dehors, l'Eternel lui dit : Regarde vers le ciel, et compte les étoiles si tu peux. Et il lui dit : Telle sera ta postérité(Gn 15.5). Un peu plus loin : L'Eternel apparût à Abraham et lui dit : Je suis le Dieu tout-puissant. Marche devant ma face et sois intègre. J'établirai mon alliance entre moi et toi, et tes descendants après toi, selon leurs générations, et ce sera une alliance éternelle ; et je te multiplierai à l'infini (17.1-2, 7).

Jusqu'en Egypte, le peuple de Dieu se confond avec une famille. Pas une famille fermée, statique : une famille comme point de départ pour une mission et une bénédiction qui vont s'étendre dans l'espace (toutes les nations) et dans le temps (une alliance éternelle).

Noter la force que donnent les promesses et l'alliance : c'est tout ce qui manque aujourd'hui dans nos sociétés. La foi doit être portée par une espérance. En un sens, c'est l'espérance qui donne l'équipement. Les enfants sont très sensibles à cela. Par ailleurs, si l'espérance manque, l'amour manque aussi (1 Co 13.13). Y compris à la maison...

Noter comment la responsabilité est associée à la grâce. Les enfants dans l'alliance n'ont aucun mérite d'être là. Ainsi, Abraham a été circoncis parce qu'il a cru et Isaac a été circoncis parce que son père a cru, en vue de la foi. Les enfants sont simplement héritiers. Mais cet héritage doit être transmis et être reçu. C'est une responsabilité.

Noter enfin que la famille charnelle, aussi importante soit-elle, n'est pas la finalité. Ne pas négliger la famille ; ne pas la sacraliser non plus. Le but est au-delà.

2. La promesse (le don de l'Esprit) est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera (Ac 2.39).

Là encore, il y a un point de départ bien identifié, immédiat (vous et vos enfants), et un horizon vaste que personne ne peut réduire (en aussi grand nombre).

Apparaît ici la notion de vocation (qui tend à s'estomper aujourd'hui) : gérer ce qui nous a été confié (le temps, les talents, l'argent, les enfants...). C'est une notion de service qui donne du sens à la vie3. Est-ce important ? Oui, et encore plus quand il y a une promesse. Je constate que beaucoup de parents semblent partir vaincus, ou du moins avec des inquiétudes ou des doutes qui risquent de se transmettre à l'enfant. Il ne s'agit pas d'être optimistes ou de rêver. Il s'agit d'avoir les promesses de Dieu sous les yeux, quoi qu'il arrive. De plus, la notion de vocation trace un chemin entre les deux écueils que sont l'individualisme et le collectivisme.

3. Enfants, obéissez à vos parents selon le Seigneur, car cela est juste. Honore ton père et ta mère – c'est le premier commandement avec une promesse – afin que tu sois heureux et que tu vives longtemps sur la terre (Ep 6.1-3).

Ce passage confirme l'importance d'agir avec espérance. Remarquer que cette espérance n'est pas seulement 'céleste'. Elle va s'inscrire dans le cœur de l'enfant comme une ancre de l'âme (Hé 6.19)4.

Notons que l'apôtre s'adresse directement aux enfants. Dans toute la Bible, l'enfant au sein du peuple de Dieu est considéré comme un petit disciple5. Selon le Seigneur, cela signifie que l'enfant a été instruit, qu'il a compris le principe de délégation6, que la crainte de déplaire à Dieu et le désir de Lui être agréable ont déjà pris place dans son cœur. En tout cas qu'il n'ignore pas cela7. Responsabilité des parents et des enfants.

 

3. Nous sommes tous des pères et des mères

J'ai insisté sur le cadre de la maison. Mais j'ai aussi dit que l'église est le prolongement de la maison. L'église, c'est la maison élargie dans la perspective du peuple de Dieu8. La vocation des anciens et des diacres semble bien être de la même nature que celle des parents : non pas infantiliser, non pas commander, mais équiper et faire grandir.

Cela concerne tous les chrétiens. En un sens, nous sommes tous des pères et des mères. Même les célibataires ? Oui. Même ceux qui n'ont pas d'enfant ? Oui. Ce point est très important. Jésus n'a pas eu d'enfant, mais il dit au paralytique : Mon enfant, tes péchés sont pardonnés (Mc 1.5). Paul n'avait pas d'enfant, mais il appelle plusieurs fois Timothée : Mon enfant ! Jean n'avait pas d'enfant, mais il écrit plusieurs fois : Petits enfants, je vous écris ces choses. Il y a donc une paternité et une maternité qui dépassent le cadre restreint de la famille. Pas pour infantiliser, pour venir en aide !

Autrement dit, chacun de nous peut avoir un ou plusieurs pères ou mères spirituels dans l'église, et peut le devenir pour un ou plusieurs autres9. Les mots enfant et disciple sont pratiquement équivalents. L'enfant est un disciple, le disciple est un enfant... qui écoute, qui apprend, qui obéit, qui grandit... qui devient peu à peu un père ou une mère ! Un enfant de 10 ans qui donne la main à son petit frère ou à sa petite sœur de 6 ans pour traverser la route n'est-il pas en train de développer une sorte de paternité ou de maternité de la part de Dieu (et non à la place de Dieu). C'est un sujet de joie !

Ch.N.

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Notes :

1Voir l'annexe 1. sur la piété et l'annexe 2 : La maison un lieu de résistance. Les annexes paraîtront dans la séquence suivante.

2 Il y a un souci familial de Dieu, écrit Henri Blocher. Pour Dieu, la famille est une communauté dans laquelle une contagion de la grâce est possible. La foi qui est en Timothée habita d'abord sa mère et sa grand-mère (2 Tm 1.5).

3 C'est Dieu qui lange l'enfant et lui donne la bouillie, dit Martin Luther, mais il le fait par les mains de la mère. C'est grand ! Notons qu'il n'est pas écrit que nos enfants seront automatiquement sages, qu'ils garderont la foi et seront sauvés. La foi n'est pas héréditaire, écrit Henri Blocher. Mais il est écrit qu'ils sont concernés par ''la promesse''. Tu seras sauvé, toi et ta famille (Ac 16.31) peut être rapproché de Lc 19.9 : Le salut est entré aujourd'hui dans cette maison.

4Voir l'annexe 3 : Vos enfants sont saints.

5 De Jésus, il est dit qu'enfant il croissait et se fortifiait en esprit. Il était rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui (Lc 2.40). Agé de 12 ans, il descendit avec ses parents et il leur était soumis (Lc 2.51).

6Voir l'annexe 4 sur le principe de délégation.

7Si une veuve a des enfants ou des petits-enfants, qu'ils apprennent avant tout à exercer la piété envers leur propre famille et à rendre à leurs parents ce qu'ils ont reçu d'eux ; car cela est agréable à Dieu (1 Tm 5.4).

8 Cette continuité est affirmée par cet avertissement de Paul à Timothée : Si quelqu’un ne sait pas diriger sa propre maison, comment prendra-t-il soin de l’Eglise de Dieu ? (1 Tm 3.4-5).

 

9Ne réprimande pas rudement le vieillard, mais exhorte-le comme un père, les femmes âgées comme des mères... (1 Tm 5.1-2). Voir les annexes 5 sur la “niche sensorielle” et 6 sur les familles recomposées.

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20 janvier 2023

2 Corinthiens 13.1 à 13

 

Indulgent ?

Certains pourraient sans doute être tentés de voir dans l’attitude de l’apôtre une entorse au principe de la grâce, une sorte de retour à la loi. Pourquoi citer cette parole du Deutéronome (19.15) qui semble plutôt convenir au cadre d’un procès ? N’est-on pas dans l’Église de Jésus-Christ ? N’est-on pas entre frères ? L’attitude de Paul montre que l’on n’est pas seulement entre frères : on est aussi entre disciples du Seigneur. La liberté des enfants de Dieu se développe à l’intérieur d’un cadre, celui d’une alliance. Cette alliance est un lieu de sécurité ; elle est aussi un lieu de responsabilité. Elle est solidement établie, et cependant, il importe de la préserver par une manière de vivre qui soit conforme à la foi (cf. 2 Tm 2.19). Il y a comme une « fragilité » de l’œuvre de Dieu qui nécessite des précautions, un respect absolu de certaines règles : « Nous ne pouvons rien faire contre la vérité de Dieu, nous ne pouvons agir que pour elle. » (v.8)

Un modèle pastoral

Chaque chrétien a Jésus-Christ pour berger, et aucun intermédiaire ne doit s’interposer. Cependant, le Seigneur confie à certains, au sein de son peuple, une tâche de berger. Paul en donne ici un parfait modèle, conformément aux recommandations que l’apôtre Pierre rappelle par ailleurs (1 Pi 5.1-4). Ce n’est pas, comme on pourrait le croire parfois, un simple rôle d’accompagnement ou d’animation. Il y a aussi une autorité à exercer, de la part du Seigneur : autorité bienveillante, mais autorité quand même ! Ce n’est pas par intérêt personnel, mais par dévouement que Paul use ainsi de fermeté, animé par un seul désir : l’avancement des fidèles, quand bien même il faudrait être moins aimé d’eux (v.7, 9).

C’est la raison pour laquelle il peut rappeler aux Corinthiens que lui aussi participe à leur faiblesse : il ne se substituera ni au Seigneur, ni à eux. Ils sont responsables ! « Mettez-vous à l’épreuve et examinez-vous vous-mêmes… Encouragez-vous les uns les autres, mettez-vous d’accord ! » (v.5, 11).

L’autorité bienveillante est parfaitement compatible avec le respect et l’amour.

Ch.N.

 

 

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19 janvier 2023

2 Corinthiens 12.11 à 21

 

 Où est le fruit ?

C’est le silence des Corinthiens (v.11) qui contraint Paul à se défendre. Non pas qu’il ait une valeur quelconque ou soit meilleur que les autres : il a maintes fois dit qu’il se considérait lui-même comme indigne de la mission qui lui était confiée (1 Co 3.5 ; 15.8-9 ; Ga 1.13-15).

A-t-il choisi lui-même d’être apôtre de Jésus-Christ ? Pas du tout. Cherche-t-on la preuve que l’appel et la force viennent du Seigneur ? On la trouvera dans la patience à toute épreuve qu’il démontre aux yeux de tous, et dans la puissance qui agit par les miracles qui accompagnent son ministère (v.12).

En réalité, Paul ne se défend pas, il défend son ministère qui, pourquoi le nier, revêt un caractère exceptionnel. Ce ministère est, pour l’Église, ce qu’a été le ministère de Moïse pour Israël : donner au peuple de Dieu la pleine révélation du fondement qui se trouve en Jésus-Christ (1 Cor 3.10 ; 15.1-3). L’enjeu est considérable.

Amour et discipline

On aurait pu imaginer que, si peu de temps après la résurrection du Seigneur, les misères de la nature humaine soient plus vite dépassées, que les fruits de maturité soient plus évidents... Paul constate que ceux qui auraient du être des adultes dans la foi – et ainsi démontrer la légitimité de son ministère – sont encore des enfants soumis à toutes sortes de dérèglements. Comment agir maintenant envers eux ? Le ton qu’il emploie est celui d’un père, contraint de démontrer tout à la fois l’amour et la discipline : une apparente contradiction qui doit cependant constituer un appel fort.

Faible mais ferme

Paul ne cache pas les sentiments qui se bousculent en lui (15, 21), mais ce ne sont pas les sentiments qui dictent principalement sa conduite. Le refus d’être soutenu matériellement (14-15) démontre la liberté qu’il veut garder pour pouvoir dire tout ce qu’il a à dire. Une fois de plus, l’homme est bien présent, mais c’est la mission qui importe plus que tout.

Ch.N.

 

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18 janvier 2023

2 Corinthiens 12.1 à 10

Une expérience exceptionnelle

L’expérience que Paul relate s’est sans doute produite en l’an 42, soit cinq ans après sa conversion. En disant qu’il a été enlevé jusqu’au plus haut des cieux (littéralement : jusqu’au troisième ciel), Paul évoque l’enlèvement de l’Église et la sphère élevée où se trouve le conseil de Dieu et où iront tous les saints à la fin des temps (Ap 2.7).

Le supplice (écharde) qui lui est imposé (v.7) depuis lors est-il un abandon de la part de Dieu ? Paul explique qu’il s’agit plutôt d’une sorte de sécurité : toute puissance vient de Dieu, de Dieu seul. Le mot faible (v.9, 10) signifie littéralement : qui ne peut pas tenir debout. Cette expérience peut être rapprochée de celle de Jacob qui, après avoir lutté avec Dieu, a été blessé à la hanche et s’en est allé boitant.

Un messager de Satan (v.7)

Au chapitre précédant (11.14-15), Satan est déjà présenté comme un messager (un ange) et les adversaires de la foi comme ses serviteurs. L’écharde pourrait être une maladie (Gal 4.15) ou une opposition constante des ennemis de la foi.

Humilité et hardiesse

Paul se voit contraint de faire quelque chose qu’il aurait préféré ne pas faire : évoquer une expérience personnelle exceptionnelle pour se défendre. En parlant de lui à la troisième personne (v.2, 3) il montre la gêne qui est la sienne, le désir en tout cas de ne pas donner l’impression qu’il fait cela pour son propre intérêt. C’est son ministère qui est en jeu : c’est par fidélité à l’appel qu’il a reçu qu’il révèle un événement qui aurait tout aussi bien pu rester secret.

L’attitude de Paul ici fait penser à celle d’un soldat : il ne se bat pas pour lui-même mais pour une mission qui lui est confiée (Luc 3.14 ; 2 Tim 2.3-4), et le zèle qu’il déploie n’en est pas moins grand. Paul affirme à deux reprise qu’il ne comprend pas exactement ce qui c’est passé : « Dieu le sait ». On n’a pas besoin de tout comprendre pour être un serviteur courageux.

Ch.N.

 

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11 janvier 2023

Laïcité : annexes 8 à 10 (7)

 

 

La laïcité : principes, crispations, application pratique


L'application pratique ne peut pas aller de soi quand on ne s'est pas d'abord accordé sur les principes, sur la finalité, et quand on n'a pas bien repéré la cause des crispations qui peuvent exister.

 

Annexes 8 à 10

 

8. La loi sur les séparatismes

Comment les organisations représentatives des cultes vivent-elles le projet de loi « confortant le respect des principes de la République », la réponse législative du gouvernement contre le séparatisme ? Assez mal à en juger par leurs représentants, qui ont fait part de leurs craintes lors de leur audition le 27 janvier 2021 par les sénateurs.

La Fédération protestante « n’aurait jamais imaginé devoir défendre la liberté de culte » en France !

Auditionnée fin janvier par la commission des lois du Sénat en amont de l’examen du projet de loi confortant les principes républicains, la Fédération protestante de France (FPF), par la voix de son président François Clavairoly, avait émis de grandes inquiétudes sur les dispositions et les nouvelles contraintes du projet de loi confortant les principes républicains.

La loi renforçant le respect des principes de la République est également pointée du doigt par le Conseil National des Evangéliques de France (CNEF) qui évoque un « passage vers une ‘laïcité de surveillance’ des cultes qui pourrait atteindre à la liberté de religion ». L’organisation évangélique recommande d’alléger certaines mesures de cette loi qui pèsent « en ressources humaines et financières sur les associations qui exercent un culte public ».

Le CNEF et ses partenaires dénoncent également » la suspicion des pouvoirs publics à l’égard des cultes » qui se dévoile, selon eux, « par des prises de paroles publiques de responsables politiques, élus ou membres du gouvernement ». Ils recommandent de veiller à une parole publique plus respectueuse, et surtout, qui n’alimente pas le sentiment antireligieux.

La place de la liberté de religion dans les politiques liées à la jeunesse fait partie des faiblesses pointées par le rapport, notamment en ce qui concerne l’enseignement du fait religieux dans le cadre scolaire.

Le déclin du pluralisme de convictions, notamment religieuses, en France est aussi mis en lumière dans le rapport. Le CNEF estime qu’il est menacé « par une forme de culture dominante dans laquelle l’expression d’opinions minoritaires devient de moins en moins acceptée ou possible ».

Les croyants « ne doivent pas craindre » d’exprimer leurs opinions religieuses « en public ou en privé », poursuit l’organisation évangélique.

Dans un communiqué commun du 12 octobre 2022, l’association "Coexister" et "l’Institut de Recherche et d’Étude de la Libre pensée" rappelaient leurs engagements communs en faveur de la liberté de conscience et de la laïcité, telles que formulées par la loi de 1905. Les deux associations expriment leurs vives inquiétudes concernant les limitations apportées à la liberté d'association par les Contrats d'Engagement Républicain.

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9. Une loi, plusieurs positionnements

Au début du XXème siècle, deux figures illustrent ce clivage : la première est celle d'Aristide Briand (1862-1932), député socialiste, président du Conseil et ministre sous la Troisième République. Il est l'initiateur et le rapporteur de la loi de séparation de 1905. Son pragmatisme et son talent de négociateur ont permis une application mesurée et un accord de fait entre la République laïque et une partie du clergé français. Le 22 mars 1905, lors de la présentation du projet de loi à la chambre des députés, Aristide Briand déclara :Dans ce pays où des millions de Catholiques pratiquent leur religion les uns par conviction réelle, d’autres par habitude, par traditions de famille -, il était impossible d’envisager une séparation qu’ils ne puissent accepter.Ce mot a paru extraordinaire à beaucoup de républicains qui se sont émus de nous voir préoccupés de rendre la loi acceptable.[…] Nous n’avons pas le droit de faire une réforme dont les conséquences puissent ébranler la République.

Emile Combes (1835-1921), sénateur radical-socialiste, deviendra président du Conseil et ministre. Déiste, il mènera une politique fortement anticléricale qui contribuera à façonner la loi de séparation de 1905 et l'école laïque en France. Tout en finissant par se rallier à la Loi de séparation,Emile Combes n'était pas véritablement opposé au Concordat napoléonien (1901-1905) qui plaçait l'Eglise sous la tutelle de l'Etat : il estime avoir besoin d'un instrument de pression sur le clergé. Symbole de la politique anticléricale et prologue à la séparation de l'Église et de l'État, l'expression « combisme » s'impose dans le vocabulaire politique d'alors.

Tels sont les deux principaux inspirateurs de la loi de 1905. Aristide Briand veut une loi libérale, qui ne soit ni indifférente ni vexatoire à l'égard des consciences, dans un but de conciliation, après 25 ans d'affrontements violents. Le philosophe des Lumières Baruch Spinoza (1632-1677), dans son Traité théologico-politique, utilise à maintes reprises le verbe latin accommodare, pour préserver la paix de la République. Loin de cette position, Emile Combes sera obligé de démissionner le 18 janvier 1805 après l'affaire des Casseroles : il s'agissait d'un réseau de fichage des officiers catholiques sur la base de leurs convictions philosophiques et religieuses. Révélé par la presse, le scandale sera immense.

On peut citer également Ferdinand Buisson (1841-1932), co-fondateur de la Ligue des Droits de l'Homme (1898), président de la Ligue de l'Enseignement, militant pour l'Ecole laïque et Franc-maçon. En 1905, il préside la commission parlementaire qui rédige le texte de la loi de Séparation. Il revendique une 'Foi laïque' : ce qui peut paraître comme un oxymore revêt un sens profond, cette religion (au sens du lat. religare, relier) lie les hommes entre eux et est ainsi composée : « Morale, art et science, voilà la substance même de la religion de l’avenir » (Buisson). Le philosophe Vincent Peillon a fait revivre la pensée de Buisson dans un livre de 2010, et voit dans la foi laïque de Buisson « une religion pour la République ».

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10. Laïcité et sécularisation

Il y a sans aucun doute un lien entre ces deux notions qui, cependant, ne doivent pas être confondues.

La laïcité est un principe de séparation entre l'Etat et le religieux, un principe de non-ingérence, un principe d'égalité devant la loi et un principe de liberté : liberté de conscience, de culte et d'expression de ce qu'on croit.

La sécularisation est une évolution sociétale qui voit se retreindre l'influence de la religion dans les mentalités, les mœurs et les institutions, quelles que soient les raisons de ce recul d'influence.

Dans son livre Comment être chrétien dans un monde qui ne l'est plus ? (Artège, 2017), Rod Dreher mentionne plusieurs causes de la sécularisation en Occident :

- la Réforme du XVIème siècle introduit l'émancipation d'une partie de l'Eglise, mais aussi (progressivement) du politique et de la démarche scientifique vis-à-vis de l'institution romaine ;

- les Lumières, à la fin du XVIIème et au XVIIIème siècles, accentueront cette émancipation, réduisant Dieu au Grand Horloger ou à l'Etre suprême, compatible avec le primat de la raison humaine. Dès lors, le religieux tend à être relégué à la sphère privée ;

- la Révolution française (fin du XVIIIème) promeut la démocratie avec son exigence de liberté sur un fondement humaniste : l'Homme est le commencement et la fin de toutes choses.

- le Romantisme (XIXème s.) tend à corriger le rationalisme froid et désincarné des Lumières en cherchant des échappatoires dans l'art, la nature, la culture ;

- l'essort scientifique et industriel du XIXème siècle provoque un bouleversement du mode de vie, avec l'exode rural, etc.

- des chercheurs, philosophes, écrivains (Darwin, Nietzsche, Renan, Marx, Freud...) combattent de plus en plus ouvertement l'idée de Dieu ;

- le Socialisme, qui tient lieu d'Evangile sans Dieu, et qui nourrira une forme d'espérance dans le cœur de beaucoup.

L'hebdomadaire catholiqueLa Viea publié récemment un article qui évoque l'inculture des hommes et femmes politiques sur les questions religieuses. On y lit cette citation du député de Toul, Dominique Potier : Quand l’esprit des grandes spiritualités et la connaissance du fait religieux s’effacent, il n’y a plus de barrages au retour de l’idolâtrie et de la confusion.

On l'avait remarqué.

Dans ce contexte, on peut et on doit rappeler que la laïcité n'est pas une opinion : elle est un principe républicain défini par des lois. Il n'empêche que les clivages ne cessent de se manifester, paisiblement ou pas, portés par des a priori et des visions du monde qui ne sont pas accordés.

Charles NICOLAS

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