Le blog de Charles Nicolas

18 mars 2019

Le témoignage silencieux

 

Ce titre est un peu étonnant... Il introduit une dimension importante du témoignage chrétien, spécialement en aumônerie, mais pas seulement là. Non à cause de la crainte ou de la timidité, mais à cause de la sagesse. Vous vous rappelez ce que Paul écrit à ce sujet : "Ce n'est pas un esprit de timidité que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d'amour et de sagesse" (2 Tm 1.7). Le mot 'sagesse', ici, n'est pas le mot sophia, mais un mot qui signifie 'mesure', de pondération. Un esprit de mesure, c'est un esprit qui prend le temps, qui laisse de la place au silence, à l'écoute. Que sert-il de dire une chose vraie si ce n'est pas ce qui correspond au besoin de cette personne, à ce moment là ? Un témoin n'est pas d'abord quelqu'un qui parle, c'est quelqu'un qui écoute, c'est quelqu'un qui observe. C'est quelqu'un qui parle sobrement, quand il le faut.

 

1. Le principe de la loi et de l'aumônerie

Le service en aumônerie nous impose un cadre assez précis qu'il convient de respecter avec beaucoup d'attention. Voici ce que dit la Circulaire ministérielle du 19 janvier 1976 : "Les aumôniers sont chargés d'assurer, suivant les dispositions du règlement intérieur des établissements, le service du culte auquel ils appartiennent et d'assister les malades qui en font la demande par eux-mêmes ou par l'intermédiaire de leur famille ou ceux qui, à l'entrée, ont déclaré appartenir à un culte de leur choix".

Il apparaît clairement que l'initiative, normalement, ne nous appartient pas. Elle appartient au patient ou à la personne âgée qui en fait la demande ou qui exprime cette demande par l'intermédiaire de sa famille ou du personnel médical. Notre premier devoir est d'entendre cette demande, même si elle est chuchotée, puis d'y répondre en tenant compte de sa nature – car toutes les demandes ne sont pas de la même nature ! C'est la raison pour laquelle on dit parfois qu'il faut "abandonner tout projet que l'on pourrait avoir sur cette personne" afin d'entendre (comprendre) au mieux à quel niveau se situe cette demande2. Bien écoutée, cette demande pourra évoluer, éventuellement, pour devenir plus profonde...

Cela signifie-t-il qu'il ne s'agit que d'attendre dans un coin sans rien faire ? Non. Nous pouvons aller au devant des personnes (patients, familles, soignants, églises...) pour faciliter l'expression de leur attente, mais jamais pour formuler cette attente à leur place. Par exemple, avec l'accord du responsable du Service, il me semble possible de saluer les personnes qui ont demandé qu'on laisse la porte de leur chambre ouverte. Saluer et se présenter ; puis répondre aux questions s'il y en a. Et laisser Dieu conduire.

 

2. La citation de Dietrich Bonhoeffer sur l'écoute 

« Le premier service que l'on doit au prochain est de l'écouter. De même que l'amour de Dieu commence par l'écoute de sa Parole, ainsi le commencement de l'amour pour le frère consiste à apprendre à l'écouter3.

Les chrétiens, et spécialement les prédicateurs, croient souvent devoir toujours « offrir » quelque chose à l'autre lorsqu'ils se trouvent avec lui ; et ils pensent que c'est leur unique devoir. Ils oublient qu'écouter peut être un service bien plus grand que de parler.

Qui ne sait pas écouter son frère bientôt ne saura même plus écouter Dieu ; même en face de Dieu, ce sera toujours lui qui parlera... Nous devons écouter avec les oreilles de Dieu, afin de pouvoir nous adresser aux autres avec sa parole » (De la vie communautaire).

Je relève simplement ici le parallèle que Bonhoeffer fait avec la prière... "Ecouter peut être un service plus grand". On pourrait dire qu'écouter c'est simplement éviter de se tromper, de sauter les étapes : on croit gagner du temps, alors qu'on en perd. Cf. tous les quiproquos dans les dialogues... Quand nous rencontrons une personne (même si nous croyons la connaître), nous ignorons tant de choses sur elle4 !

Je cite l'Ecclésiaste : "Ne te presse pas d'ouvrir la bouche, et que ton coeur ne se hâte pas d'exprimer une parole devant Dieu ; car Dieu est au ciel, et toi sur la terre : que tes paroles soient donc peu nombreuses" (Ec 5.1). On se souvient que la Bible recommande plusieurs fois de se tenir "en silence devant Dieu" (Lam 3.26...).

Rappelons-nous la rencontre de Jésus avec les disciples d'Emmaüs. Qu'observons-nous ? Qu'avant toute chose, Jésus a observé (témoin) ces disciples et a relevé qu'ils étaient tristes. Il savait bien pourquoi. Mais il leur demande pourquoi. Il aurait pu les interrompre, mais il ne les interrompt pas. Et ils marchent ensemble. Enfin, quand il pense que c'est le moment (pas forcément à la première visite), il leur parle.

 

3. Le témoignage silencieux

Si nous vivons quelque chose avec le Seigneur, nous n'avons pas besoin de nous presser d'ouvrir la bouche. Je voudrais évoquer quelques passages de l'Ecriture.

Moïse a passé 40 jours avec le Seigneur. Pas de douches sur cette montagne. Je lis : "Moïse descendit de la montagne de Sinaï ; et il ne savait pas que la peau de son visage rayonnait, parce qu'il avait parlé avec l'Éternel" (Ex 34.29). Quand l'apôtre Paul évoque cet épisode, il ne dit pas que ce fut un événement unique, il dit qu'il en est de même pour nous chaque fois que nous contemplons le Seigneur (2 Co 3.18. Cf. Etienne en Ac 6.15). Est-ce que cela a un rapport avec la couleur de nos cheveux, ou avec notre santé ? Pas du tout. Cela a un rapport avec notre coeur.

Je pense à la prise de Jéricho et à cette parole de Josué : "Vous ne crierez point, vous ne ferez point entendre votre voix, il ne sortira pas un mot de votre bouche jusqu'au jour où je vous dirai : Poussez des cris ! Alors vous pousserez des cris" (Jo 6.10).

Je pense à Jésus devant Pilate. Jésus avait dit que devant les tribunaux le Saint- Esprit nous donnerait les paroles à dire ; mais là, Jésus demeure silencieux... Pourquoi ? Il peut arriver qu'un silence donne un meilleur témoignage que des paroles maladroites5. Dietrich Bonhoeffer dit qu'on ne doit la vérité qu'à ceux qui aiment la vérité. Il se pourrait que ce soit le sens des paroles de Jésus en Matthieu 7.6 (les perles aux pourceaux). On pourrait aussi reprendre la parabole du semeur : aucun semeur ne fait exprès de semer le long du chemin, dans les endroits pierreux ou dans les broussailles. Bien sûr, ce n'est pas à nous de connaître exactement le coeur d'une personne... mais pouvons-nous l'ignorer totalement ?

Je pense à la lumière ("Vous êtes la lumière du monde") : elle est silencieuse. Je pense au sel ("Vous êtes le sel de la terre") : il ne dit rien. Je pense à une bonne odeur ("Vous êtes la bonne odeur de Christ") : elle ne fait pas de bruit. Je pense à "une lettre écrite sur les coeurs" (2 Co 3.3) : on la lit seulement. Je pense à la foi démontrée par les oeuvres (c'est-à-dire les fruits – un fruit, ça ne parle pas) et aussi aux épouses qui gagneront leur mari sans paroles (1 Pi 3). Chaque fois, nous entendons une grande exigence de proximité avec le Seigneur, de transparence, d'amour. Est-ce le plus facile ? Non.

 

4. Etre prêt

Dans les milieux chrétiens zélés, on a souvent cité cette parole de Paul : "Rachetez le temps car les jours sont mauvais" (Ep 5.16) comme s'il fallait "mettre les bouchées doubles" en se précipitant pour parler de Jésus à tout moment. Le texte dit autre chose. Il dit : "Saisissez l'occasion". Il ne s'agit pas de gagner du temps (kronos), mais de comprendre le moment, l'occasion que Dieu a préparés (kaïros). Tout le contexte le montre (vv. 15, 17). On lira avec intérêt Colossiens 4.2-6, qui va dans le même sens. Etre prêt, si on nous le demande, à dire l'espérance qui est en nous.

C'est exactement ce que dit l'apôtre Pierre : "Sanctifiez dans vos coeurs Christ le Seigneur, étant toujours prêts à vous défendre, avec douceur et respect, devant quiconque vous demande raison de l'espérance qui est en vous" (1 Pi 3.15).

Je voudrais ici mentionner cette parole de François de Sales (1567-1622) : "Tu dois témoigner de Christ tous les jours. Au besoin, use de paroles. Parle de lui seulement si on t'interroge ; mais vis de telle sorte qu'on t'interroge".

Jésus lui-même a procédé comme cela ; et encore, quand il voyait que la demande n'était pas droite, il ne répondait pas. Je pense à ce qui s'est passé sur la croix. Les deux brigands l'ont invoqué. A-t-il répondu aux deux ? Non. Seulement au second. Il y avait pourtant une certaine urgence à dire certaines choses !

Remarque :L'expression "en toute occasion, favorable ou non" (2 Tm 4.2) ne signifie pas : n'importe quand ! Elle signifie : quand c'est facile ou quand c'est difficile6 – mais seulement quand Dieu nous le demande. En réalité, c'est Jésus qui agit, et nous devons voir comment il agit. C'est ce que signifie : "Vous serez mes témoins !".

 

5. Parler trop ou trop tôt cache quelque chose

Il arrive que nous visitions des personnes qui parlent sans cesse. Quelle impression cela laisse-t-il ? Quelle impression allons-nous laisser, une fois que la personne se retrouvera seule ? En réalité, tout commence quand nous nous en allons...

Une personne qui se presse de répondre à une question (au lieu de s'assurer qu'elle a bien compris, par exemple) ou de donner un conseil, cherche avant tout à se rassurer elle-même. Ce n'est pas la meilleure manière de communiquer1. Remarquer combien souvent le Seigneur pose des questions à ses interlocuteurs pour avancer dans le dialogue. Nous pouvons procéder de la même manière, sans nous précipiter pour parler de nous-mêmes pour donner un conseil ou citer un verset de la Bible.

De même, celui qui est principalement guidé par ses émotions n'est pas réellement attentif à celui ou celle qui est devant lui2. Peut-il être un bon visiteur ?

Nous sommes convaincus aussi de la vérité de cette parole du Psaume 37 :"Mieux vaut le peu du juste que l'abondance de beaucoup de méchants" (37.16)3. Nous avons un Dieu qui se plaît à accomplir de grandes choses à partir de petites choses, qui accomplit des oeuvres admirables à partir de ce qui est sans apparence (1 Co 1.21-31).

"Je suis faible" dira quelqu'un. Cela tombe bien, car Dieu agit très volontiers au travers de ceux qui sont faibles. Le mot 'faible' en grec signifie : qui ne tient pas debout tout seul. Il y a donc une sorte de faiblesse qui permet à Dieu d'agir à travers nous. Tout le monde est-il donc en mesure d'effectuer des visites en aumônerie ? Non.

Nous ne sommes pas des marchands. Nous ne recherchons pas notre intérêt. Nous sommes "désintéressés" (1 Tm 3.3). Nous n'avons aucune ambition d'efficacité, de résultats, de rentabilité... Nous sommes des serviteurs attentifs, disponibles. Si nous écoutons comme Dieu désire que nous écoutions, et s'il y a une parole à dire, cette parole nous sera donnée.

Charles NICOLAS

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2On a bien une intention, mais pas de projet (qui ne laisserait finalement pas de place à l'autre).

3 Bonhoeffer associe les mots prochain et frère, comme le fait la Bible : il s'agit des chrétiens (Cf. Ep 4.25...).

4Bien sûr, Dieu peut nous inspirer... mais cela passe encore par une écoute attentive de notre part !

5"Repousse les discussions folles et inutiles, sachant qu'elles font naître des querelles" (2 Tm 2.23. Cf. 1 Tm 6.5).

6 Cf. Pierre reniant Jésus, ou les apôtres en Ac 4 et 5.

7. Celui qui va visiter une personne en deuil peut bien, en chemin, s'interroger : Qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui dire ? C'est la question à ne pas se poser. Se préparer, oui, mais comment savoir à l'avance ce que je dirai ?

8. Voir l'annexe 2 sur le secret professionnel. La capacité de garder une confidence pour soi est un signe de la possibilité d'une personne de visiter en aumônerie !

9. A la notion de justice ("Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice..."), j'aime associer la notion de justesse, de précision, d'exactitude. Cela suppose une grande écoute.

 

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01 mars 2019

Quand tu pries

 

Matthieu 6.5-13 ; Actes 16.33-36

C'est quand même intéressant d'entendre Jésus parler de la prière. Vous ne trouvez pas ? Que dit-il ? Il rappelle que, malheureusement, tout ce que l'homme touche, il le tord et l'abime. Même les choses les plus belles et les plus saintes. Même la prière !

Aujourd'hui, on dirait : Il y a des personnes qui ne prient pas, et des personnes qui prient. Celles qui prient, c'est bien. Jésus ne dit pas cela. Il dit : Il y a des personnes qui prient, mais d'une mauvaise manière. Voilà comment vous devez prier. Et il donne deux conseils. On devrait bien y faire attention. En fait, la Bible mentionne beaucoup de mauvaises manières de prier... On va y revenir avec le deuxième conseil.

 

* Le premier conseil se trouve au verset 6 : Quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte et prie ton Père qui est là dans le lieu secret. Est-ce que nous le faisons ?

Au début de ce passage, ce qui me frappe c'est la manière avec laquelle Jésus passe du 'vous' au 'tu'. Au verset 5 il dit : "Quand vous priez". Au verset 6 : "Quand tu pries". Qu'est-ce que cela nous dit ? Cela nous dit qu'il faut commencer par prier tout seul. C'est très important. Dieu veut cela. On pourrait dire que Dieu a besoin de cela. Et nous aussi. Alors, il faut le faire. C'est comme deux fiancés : à un certain moment, il faut qu'ils soient tout seuls.

Bien sûr, il ne faut pas toujours être seul et le passage d'Actes 16 que nous avons lu, avec Lydie, montre que des femmes avaient l'habitude de prier ensemble au bord d'une rivière. Mais Jésus nous dit qu'il faut commencer par prier tout seul. On peut donc penser que chacune de ces femmes priait toute seule chez elle ; puis, elles se réunissaient pour prier toutes ensemble. Pareil pour les hommes, évidemment.

J'ai envie de poser une question : A-t-on le droit de prier ensemble si on n'a pas d'abord prié tout seul ?On pourrait même dire cela, peut-être, pour les cantiques ! Sinon, on court le risque d'être des hypocrites, comme Jésus le dit au verset 5.

Je rencontre presque chaque jour des hommes et des femmes qui me disent : Je suis croyant(e), mais pas pratiquant(e). Je ne vais pas au temple1. Alors je leur dis : Avez-vous une chambre ? Y a-t-il une porte à votre chambre ? Savez-vous ce que dit Jésus ? Et je cite Matthieu 6.62.

Evidemment, je trouve intéressant ce détail : Ferme ta porte. Seul(e) devant Dieu avec le Seigneur Jésus. Jésus a très souvent prié seul, à l'écart. C'était nécessaire pour lui. Combien plus pour nous ! Faisons-le. Ayons des rendez-vous privés avec Dieu, seul à seul, chaque jour. Dieu attend ces moments. Ne le faisons pas attendre.

 

* Le deuxième conseil se trouve au verset 9 : "Voilà donc comment vous devez prier". Et là, Jésus donne comme modèle la prière qu'on appelle le Notre Père.

Au XVIème siècle, les Réformateurs et les pasteurs expliquaient toute la foi et toute la vie chrétienne à partir du Notre Père. Ils pouvaient en parler une année entière. Nous, il nous reste 10 minutes.

Voilà donc ce que je vais retenir pour ce matin : cette prière commence avec Dieu et se termine avec Dieu. C'est très important.

Bien sûr, il y a une grande liberté dans la prière. Au Psaume 13, David commence en disant : "Jusqu'à quand, Eternel ! m'oublieras-tu sans cesse ? Jusqu’à quand me cacheras-tu ta face ? Jusqu’à quand aurai-je des soucis dans mon âme, et chaque jour des chagrins dans mon coeur ?". C'est un cri déchirant. Là, David ne commence pas par Dieu, il commence par lui. On peut donc le faire. Mais ce n'est pas un modèle. Le modèle, c'est de commencer avec Dieu et de finir avec Dieu.

Regardez comme la prière de Jésus commence : Notre Père qui es aux cieux, que ton Nom soit sanctifié, que ta volonté soit faite, que ton règne vienne ! La prière de Jésus commence comme cela. Et la nôtre ? La prière de Jésus ne commence pas par : Je, je, je, ou : Moi, moi, moi. Elle commence par : ton Nom, ta volonté, ton règne. (Vous remarquez que c'est la même chose. C'est juste une insistance). Ton Nom, ta volonté, ton règne !

Vous imaginez ce que cela signifie dans le coeur du croyant qui prie : ce qui est important pour lui, ce qu'il aime... Certes, il aime être en bonne santé, qu'il fasse beau et que tout se passe bien, comme tout le monde. Mais ce qui vient en premier, c'est le Nom de L'Eternel, sa volonté et son règne. Quel modèle ! Jésus a suivi ce modèle. Il nous montre le chemin. Nous devons faire pareil.

Et comment la prière de Jésus se termine-t-elle ? Par Dieu ! "Car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire pour les siècles des siècles !". Dieu est vraiment au commencement et à la fin de la prière. C'est cela "sanctifier son Nom", d'ailleurs. Cela veut dire que Dieu n'est pas une réalité parmi d'autres : la famille, la santé, la maison, etc. Cela signifie qu'Il a la toute première place, bien avant tout le reste ! Cela veut dire que notre vie commence et se termine avec Dieu, quelles que soient les circonstances. Cela veut dire que notre journée commence et se termine avec Dieu, quelles que soient les circonstances. Cela veut dire que tout commence et se termine avec Dieu, par Lui et pour Lui. C'est cela la vie chrétienne. Ce n'est pas seulement d'aller au temple, bien sûr !

Entre le début de la prière et la fin, le chrétien peut demander à Dieu ce dont il a besoin : le pain de chaque jour, le pardon, la protection... Bien sûr ! On peut tout demander à Dieu. "Faites connaître vos besoins à Dieu", dit Paul (Ph 4.6). Mais notre premier sujet de prière, si nous l'aimons, c'est Dieu lui-même. "Notre Père qui es aux cieux, que ton Nom soit sanctifié, que ta volonté soit faite, que ton règne vienne ! Car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire pour les siècles des siècles ! Amen."

                                                                                                                                                                                                       Charles NICOLAS

 

1. C'est à tort qu'on appelle le temple : la maison de Dieu. Dieu n'a pas de maison. Dans le Nouveau Testament, chaque chrétien est un temple (puisque Christ habite en lui), et la maison de l'Eternel, c'est la communion entre les chrétiens, comme le dit le Psaume 133.

2. J'appelle Ph 4.4 ("Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur") le verset 4x4. Là, c'est le verset 6x6. Six roues motrices.

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25 février 2019

La marche dns la lumière (2)

 

Matthieu 3.4-6 ; Jean 17.6-10, 15-19 ; Jacques 5.14-16a,19-20

"Confessez donc vos péchés les uns les autres et priez les uns pour les autres afin que vous soyez guéris". On le fait très peu. Et moi qui vais prêcher sur cette parole, est-ce que je le fais ?

1. On aime la lumière, mais elle peut faire peur

L'Evangile de Jean commence en parlant de Jésus comme Celui qui est la Parole éternelle de Dieu, et aussi comme Celui qui est la lumière. Avec ces mots à la fois merveilleux et dramatiques : "La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas reçue" (Jn 1.5).

J'imagine un voyageur égaré en pleine nuit, dans une immense forêt. Pas de route ; à peine quelques sentiers tortueux. Soudain, derrière les arbres, il aperçoit une lueur, celle d'une maison. Enfin quelqu'un ! Du feu, une chaise, une table, de la soupe, un lit... Mais ce voyageur est un malfaiteur. Et le voilà partagé : s'approcher, toquer à la porte, demander de l'aide ? Ou au contraire faire demi-tour et s'éloigner sans bruit ? La lumière attire, mais elle peut aussi faire peur. Ainsi en est-il avec ce verset.

Au chapitre 3 de Jean, Jésus explique pourquoi les hommes, tout en ayant besoin de Dieu et de son amour, craignent de s'approcher de lui. Ce n'est pas parce que c'est compliqué ; c'est parce que "leurs actes étant sombres, ils préfèrent l'ombre à la lumière" (Jn 3.19 – je le dis avec mes mots). Ils n'aiment pas l'ombre, mais ils préfèrent l'ombre à la lumière... Si vous allez à des noces et qu'en y allant, vous tombez dans la boue, vous préférerez rester à la cuisine que d'entrer dans la salle des convives. Et si vous voulez qu'on vous donne un vêtement propre, il faudra d'abord accepter qu'on vous voit avec vos vêtements souillés...

2. L'humilité précède la goire

Il est difficile d'accepter de paraître devant les autres tels que nous sommes. Pourtant, c'est ce à quoi nous sommes appelés en tant que chrétiens. "Confessez donc vos péchés les uns les autres afin que vous soyez guéris". L'expression "afin que vous soyez guéris", évidemment retient notre attention.

Ce qui est curieux, c'est qu'avec l'onction d'huile (juste avant), le verbe guérir n'apparaît pas. On a le verbe sauver (dans le sens de secourir) : "La prière de la foi sauvera le malade" ; on a le verbe relever : "Le Seigneur le relèvera" ; et on a le verbe pardonner : "Si le frère ou la soeur qui a demandé l'onction d'huile a commis des péchés, il lui sera pardonné". Le but, nous l'avions dit, n'est pas seulement d'aller mieux. Le but est d'être restauré dans la foi pour servir le Seigneur et les frères avec un esprit renouvelé.

Et juste après le passage de l'onction d'huile, il y a cette parole que nous recevons aujourd'hui : "Confessez donc vos péchés les uns aux autres afin que vous soyez guéris". Là, il n'est plus question de personnes malades ou épuisées, mais de tout le monde, puisqu'il est écrit : "Confessez donc vos péchés les uns aux autres". Les uns aux autres, c'est tous, sans exception. Le pasteur aussi ? Le pasteur aussi.

Le mot 'donc' ("Confessez donc vos péchés...") montre qu'il y a un lien avec ce qui précède. La perspective est la même : c'est d'être en mesure de servir le Seigneur et les frères avec un esprit renouvelé, heure après heure, jour après jour.

3. Découvrir Dieu et mon péché

C'est encore Jean, dans sa 1ère lettre, qui explique cela. Nous y lisons que "Dieu est lumière, et il n'y a pas en lui de ténèbres" (1 Jn 1.5). Et juste après : "Si quelqu'un dit qu'il n'a pas de péché, c'est un menteur". Qu'apprenons-nous là ? Que s'approcher de Dieu suppose une double révélation : celle de la sainteté de Dieu et celle de mon péché.

On se souvient de Pierre après la pêche miraculeuse : "Quand il vit cela, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus, et dit : Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur" (Lc 5.8). Ce fut également l'expérience du brigand repentant sur la croix : "Pour nous, c'est justice, car nous recevons ce qu'ont mérité nos crimes ; mais celui-ci n'a rien fait de mal" (Lc 23.41). On se souvient aussi de la manière avec laquelle Martin Luther résume l'Evangile : "Dieu déclare juste celui qui se déclare pécheur !". C'est la vie dans la lumière qui commence ! C'est aussi la marche dans la lumière, c'est-à-dire pas seulement une fois, mais tous les jours.

4. Quel rapport avec la guérison ?

"Afin que vous soyez guéris". On se souvient des paroles de Jésus au paralytique : "Mon enfant, tes péchés te sont pardonnés" (Mt 9.2). Il n'était pas venu pour cela ; mais c'est ce que Jésus lui dit. Etre paralysé, c'est grave et cela empêche d'avancer ; mais le péché est plus grave encore et empêche aussi d'avancer ! Le péché qui n'est pas mis en lumière, c'est ce qui nous paralyse ! Il y a des personnes qui découvrent cela quelques jours avant de mourir seulement... C'est dommage.

La marche dans la lumièren'est pas une manière de vivre très prisée. On préfère largement préserver la sphère privée. "Cela ne regarde que moi". Ma maison, mon couple, mes enfants, mon argent, mes péchés...

Bien sûr, ce qui est à moi est à moi : c'est à moi de le gérer, pas aux autres. Pourtant, l'apôtre écrit : "Confessez vos péchés les uns aux autres et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez guéris" (v. 16). Il faut comprendre que la notion de guérison, ici, concerne le péché tout autant que la maladie ; tout ce qui dévie, y compris les mauvaises doctrines, tout ce qui nous éloigne de la voie de Dieu.

"Confessez donc vos péchés...". Cela signifie que si on ne le fait pas, il manquera des guérisons, des délivrances, des relèvements... Cela signifie que si on ne le fait pas, les choses resteront en l'état : malgré la lecture de la Bible, malgré les prières, malgré les prédications... Comme nous sommes aujourd'hui, nous serons encore demain et dans 10 ans. Nos paroles ne seront pas confirmées par des changements dans nos vie. Alors on dira que l'Evangile n'est pas puissant ! Il l'est, mais cela nécessite que nous marchions dans la lumière (Mt 3.4-6). Qu'est-ce que cela implique ? Que je sois capable de reconnaître mon péché, sans l'excuser, devant un frère ou une soeur, chaque fois que cela est nécessaire.

5. Marcher dans la lumière

Nous parlons facilement du péché des autres, reconnaissons-le. Pour les nôtres, nous sommes plus discrets. Plus pudiques. Est-ce juste ? La pudeur, c'est bien ; la dissimulation c'est moins bien, car c'est une forme de mensonge (1 Pi 2.1)

- Comment ça va ? - Oh ! Bien... En fait, cela ne va pas bien. On a donc menti.

J'imagine un dialogue :

- Marcher dans la lumière, c'est quoi ?

- C'est reconnaître ouvertement une faute quand le Seigneur me la révèle.

- Ouvertement ? - Oui.

- Cela veut dire quoi ? - Cela veut dire de manière précise, à haute voix, devant le Seigneur ; et aussi, parfois, devant les autres.

- Devant les autres ? - Oui.

- Mais pas n'importe comment ! - Bien sûr que non. Du coup, on ne le fait jamais ! Or, Jacques écrit : "Confessez vos péchés les uns les autres et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez guéris" – c'est-à-dire relevés pour marcher dans la foi !

Frères et soeurs, ce qui est caché peut-il être guéri ? Avons-nous encore un tel amour propre ? une telle image de nous ? un tel honneur à défendre ?

Dans un couple, si au lieu de voir les fautes et les manquements de l'autre, chacun dit ouvertement les siens... vous ne croyez pas qu'il y aura des guérisons ? Et entre frères et soeurs dans la famille ! Et entre parents et enfants ! Et entre frères et soeurs chrétiens ! Le premier qui reconnaît son péché, n'introduit-il pas la dimension de la grâce qui guérit ? La plupart des Réveils sont nés comme cela. C'est l'amour de la Vérité ; c'est la vérité de l'Amour !

Si quelqu'un d'entre nous peut dire à un autre : - "Voilà le péché contre lequel je lutte en ce moment", c'est cela l'amour de la Vérité ; et la vérité de l'Amour ! C'est aussi la différence entre l'Eglise de Jésus-Christ et une association sympathique.

C'est aussi ce qui permet de vivre ce dont parle la fin de notre texte : "Mes frères, si quelqu'un parmi vous s'est égaré loin de la vérité, et qu'un autre l'y ramène, qu'il sache que celui qui ramènera un pécheur de la voie où il s'était égaré sauvera une âme de la mort et couvrira une multitude de péchés" (5.19-20).

Cela non plus nous ne le faisons pas (ou mal). Pourquoi ? Parce que l'étape qui précède, c'est celle d'avoir reconnu ouvertement mon propre péché.C'est la dynamique de la poutre et de la paille. Si mon péché a été mis en lumière et que j'en suis guéri (c'est plus que pardonné), alors je peux, avec humilité et amour, sans esprit de jugement, rejoindre un frère ou une soeur qui est en difficulté avec son propre péché. Pour l'aider, de la part du Seigneur.

En vérité, chaque fois qu'un chrétien rencontre un autre chrétien, la tentation du péché devrait s'éloigner de lui. Jésus a prié pour cela ! Demandons à Dieu de nous donner cette liberté de marcher dans la lumière, afin que nous soyons guéris. Simplement pour aller mieux ? Non, pour servir le Seigneur et les frères.

Ch. Nicolas

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22 février 2019

Si quelqu'un est malade (1)

 

 

Jacques 1.1-4 ; 5.13-16a ; 2 Chroniques 7.14 ; Luc 4.38-39 ; 5.6-8

Il y a dans ce passage de la lettre de Jacques des mots qui nous parlent directement : Si quelqu'un souffre..., si quelqu'un est dans la joie..., si quelqu'un est malade...

On voit, déjà, que le vécu des chrétiens de cette époque (car il s'agit de chrétiens, ici) ressemble beaucoup au nôtre, malgré tous les changements qui ont pu intervenir par ailleurs. Que de changements, en effet ! Et pourtant, rien n'a changé sur le fond. C'est un premier enseignement, notamment pour tous ceux qui imaginent qu'à force de progrès, la vie deviendra un jour facile et sans surprises. Si quelqu'un souffre, si quelqu'un est dans la joie...

Il y a un deuxième enseignement, c'est que pour chacune de ces situations mentionnées, la foi est sollicitée d'une manière appropriée : qu'il prie, qu'il chante des cantiques, qu'il appelle les anciens. On n'est pas des robots ; et le Seigneur non plus ! Notez que chaque fois la bouche doit s'ouvrir pour exprimer quelque chose.

1. Quelqu'un parmi vous est-il dans la souffrance...

Parmi vous : il s'agit de la communauté chrétienne. Le souci de Jacques, comme celui de Paul, ce sont les chrétiens et la communauté qu'ils forment.

Dans la souffrance : le mot grec fait penser à une souffrance subie à cause des autres, un mauvais traitement, une forme de persécution. Ne croyons pas que cela n'existe qu'ailleurs. Si nous cherchons à plaire à Dieu en toutes choses, nous serons maltraités de diverses manières (au travail, dans la rue, dans la famille parfois...).

Qu'il prie. Que veut dire Paul ? Le temps de souffrance, quelle que soit cette souffrance, est un temps pour s'approcher de Dieu. Pour chercher sa face, comme on dit parfois. C'est aussi cela, la prière. Pour cela, il sera sans doute nécessaire de s'isoler, le temps qu'il faudra. Jésus l'a fait. Qu'il prie : qu'il "entre dans sa chambre et ferme la porte"...

Qu'il prie : qu'il s'humilie, car la souffrance est toujours une humiliation. Il ne s'agit pas d'inventer des péchés qu'on n'a pas commis ; ceux qu'on a commis suffisent. Et même si on n'en a pas commis – car Jésus a souffert et il n'avait pas péché – et il s'est humilié. "Il m'est bon d'être humilié, afin que je garde ta parole" (Ps 119.71).

Qu'il prie, cela signifie aussi : qu'il écoute ce que le Seigneur a à lui dire – et pas seulement qu'il réclame que cela aille mieux. En un sens, c'est le plus important. Si le Seigneur permet une épreuve, de l'opposition, ce n'est pas pour rien. C'est c'est pour nous faire avancer plus loin. Vous n'avez pas l'impression que ce serait souhaitable d'aller plus loin ? Mais comment, si on n'écoute pas ce que le Seigneur veut nous dire ?1 Il y a une manière de prier qui est sourde. Ce n'est pas bon. La prière du païen ne fait que demander. La prière du chrétien est aussi une prière qui écoute.

2. Quelqu'un est-il dans la joie...

"Qu'il chante des cantiques !" Est-ce que nous le faisons ? Il y a des personnes qui oublient le Seigneur quand elles souffrent : leur foi est par terre. Il y en a d'autres qui oublient le Seigneur quand elles sont dans la joie. Elles deviennent superficielles, et quelques fois insensées, un peu fofolles – et du coup, leur joie ne dure pas !

Chanter des cantiques, c'est rendre grâce à Dieu, directement (C'est grâce à toi !) ; ou c'est témoigner de sa bonté, de sa fidélité (C'est grâce à lui !). Dans les deux cas, c'est glorifier le Seigneur, c'est sanctifier son nomce qui est le but même de la vie chrétienne ! Et ne pas le faire, c'est vivre comme un ingrat, comme un voleur. (Laissons cela à ceux qui ne connaissent pas le Seigneur !)

 

3. Quelqu'un parmi vous est-il malade...

"Qu'il appelle les anciens". Est-ce que nous le faisons ? Pas toutes les 5 minutes, bien sûr. Mais pas tous les 30 ans non plus. Il n'est pas anormal qu'un chrétien soit malade, car il est fait comme tout le monde.

Ceci d'autant plus que le mot 'malade', ici, n'a pas le sens limité que nous lui donnons habituellement (la grippe, le cancer...). Il signifie plus exactement faible, abattu, qui n'avance plus2... Vous croyez que cela n'arrive qu'aux non-chrétiens3 ? Nous sommes faits des même matériaux !

Que dit Jacques ? Celui parmi vous qui est faible, languissant, abattu, qui n'arrive plus à avancer, qu'il ne reste pas seul ! Passé le temps où (1) il s'est d'abord approché du Seigneur ("qu'il prie"), passé le temps où (2) il a prié avec un frère ou une soeur, (3) "qu'il appelle les anciens de l'église, et que les anciens prient pour lui, en l'oignant d'huile au nom du Seigneur : la prière de la foi sauvera le malade ; et s'il a commis des péchés, il lui sera pardonné". Que devons-nous comprendre par là ?

a. L'onction d'huile. Dans la Bible, elle signifie la mise à part et la consécration à Dieu. On pense à l'huile placée sur le lobe de l'oreille, le pouce et le gros orteil (Lv 14.17).On pense au jeune David, oint d'huile par Samuel pour être le futur roi en Israël. Vous voyez : ce n'est pas juste "être guéri" ! Ce n'est pas l'huile miraculeuse. L'objectif est d'être de nouveau en mesure de servir le Seigneur, de participer à l'édification du peuple de Dieu, d'être porteur d'un bon témoignage. Faible peut-être, si Dieu le veut (comme Paul l'était), mais pas abattu(e) !

Bien sûr que c'est aussi pour la personne qui a demandé ; mais ce n'est pas que pour elle. "Nul de nous ne vit pour lui-même, et nul ne meurt pour lui-même, écrit l'apôtre Paul. Car si nous vivons, c'est pour le Seigneur"(Ro 14.7-8). "Jésus la fit lever en lui prenant la main, et à l'instant la fièvre la quitta. Puis elle les servit" (Mc 1.31).

C'est ce que disent les deux expressions : "Le Seigneur sauvera le malade, le Seigneur le relèvera". Cela veut dire que le Seigneur va le visiter de telle sorte qu'il ne soit plus abattu, même si l'infirmité ou la faiblesse devaient demeurer (2 Co 12.10). En d'autres termes, un chrétien peut être malade, voire mourant, sans être abattu : il peut demeurer (par la grâce de Dieu et par l'action du Saint-Esprit dans son coeur) un témoin vivant, un reflet de l'amour de Dieu, jusqu'au bout.

b. La dimension communautaire doit toujours être rappelée. Elle indique, elle aussi, que ce n'est pas que pour moi. C'est exactement comme pour la cène : c'est pour moi, c'est vrai, mais c'est aussi et en un sens essentiellement pour le corps qu'est l'église, uni dans la foi vivante POUR LE SEIGNEUR !

Rappelons-nous que ce qui touche un membre de l'église touche toute l'église (1 Co 12.26). C'est aussi à cause de cela que je ne doit pas accepter d'être abattu de manière durable. Non pas pour moi seulement, mais pour l'Eglise et POUR LE SEIGNEUR. Guéri signifie relevé, restauré (cf. 2 Ch 7.14) : en mesure de servir.

C'est comme un soldat : s'il est défaillant (ou même négligent), il met ses compagnons en danger et il compromet la mission. Ce n'est pas seulement une question personnelle, ou de bien-être ! "Puis elle les servit" (Mc 1.31).

C'est une des raisons pour lesquelles il est écrit : Qu'il appelle les anciens ; c'est parce que l'intérêt commun de l'Eglise est concerné.

c. Et s'il a commis des péchés, il lui sera pardonné. Que voyons-nous ? Tout d'abord que le ministère des anciens est un ministère de nature pastorale. Ils ne viennent pas seulement prier pour la guérison. Ils viennent comme des bergers de la part du Seigneur, comme des pasteurs, et s'il y a quelque chose qui ne va pas dans la vie de la personne, quoi que ce soit, c'est le moment de le mettre en lumière. Ce ne sont pas des accusateurs ; ce sont des bergers à qui on peut tout dire.

La faiblesse, on le sait, n'est pas nécessairement la conséquence d'un péché. Mais il n'est pas exclu qu'elle le soit ; et même si elle ne l'est pas, l'humiliation qu'elle entraîne est une posture qui va permettre à Dieu de révéler ce qui peut faire obstacle à une nouvelle consécration, à une mesure de grâce plus grande, à un meilleur service au sein du peuple de Dieu. L'objectif est d'ôter les obstacles qui demeurent ; l'objectif est de GRANDIR ! Y compris chez celui ou celle qui a déjà beaucoup avancé4.

Aujourd'hui, reconnaissons-le, on est très sensible à la souffrance ; beaucoup moins au péché. Cela situe la maturité à un certain niveau... "S'il a commis des péchés, ils lui seront pardonnés". Quelle formidable affirmation ! Sans reproches, sans esprit de jugement ! Mais cela signifie que ces péchés n'ont pas été dissimulés ; au contraire, ils ont été mis en lumière, ils ont été reconnus, ils ont été confessés (cf. Ps 32.3-5).

La marche dans la lumière... Jacques la mentionne juste après : "Confessez donc vos péchés les uns les autres, et priez pour les autres, afin que vous soyez guéris" (3.16). Guéris, c'est à dire restaurés pour servir, quelque soit nos forces.

Charles NICOLAS

1 Dieu dit à Ananias : Va voir Saul car il prie ; c'est un instrument que j'ai choisi. Il prie = il écoute, enfin !

2Le mot grec astheneia signifie littéralement : qui ne peut pas tenir debout tout seul.

3 Paul utilise ce même terme : "Quand je suis faible, c'est alors...". Le mot signifie : qui ne peut pas tenir debout tout seul ! En un sens, c'est la condition des disciples...

4Un chrétien âgé m'a dit un jour : "Ne priez pas pour que j'aille mieux ; priez pour que je sois fidèle".

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20 février 2019

Marcher par la foi

 

Genèse 12.1-9 ; Hébreux 11.8-10 ; Romains 1.16-17 ; Esaïe 30.21

 

Abraham a entendu, il a reçu, il a obéi. C'est là la foi.

Cette foi est le seul moyen de salut dès les origines (cf. Noé et même Abel). Par cette foi, Abraham est le père de tous les croyants qui croient par une foi semblable, c'est-à-dire qui mettent l'appel et la promesse de Dieu au-dessus de tout le reste. C'est la condition pour entendre la voix qui montre le chemin, la voie.

Sans cela, comment se diriger ?

Abraham n'a pas cru dans sa tête seulement. Il a quitté le lieu de sa naissance, la maison de son père, tout ce qu'il connaissait, pour partir sur une route inconnue, vers un pays inconnu. Il n'y avait pas de Bible à cette époque ; Jésus n'était pas encore venu. Abraham laisse tout : ses racines, ce qu'il aime, sa sécurité, ses projets personnels ; mais il entretient en même temps un rapport personnel serré avec le Dieu qui l'a appelé : il ne part pas tout seul, il n'est pas entrain de faire sa volonté. C'est la volonté d'un Autre avec lequel il construit une relation au fur et à mesure de la marche..

Tout n'était pas simple pour Abraham, le texte ne le cache pas. A chaque étape, Abraham bâtit un autel pour rendre grâce à Dieu. Lire Gn 12.6-8. On voit qu'il invoque le nom du Dieu qui l'a appelé. Dans invoquer, il y a 'vox', la 'voix'. Dans invoquer, il y a à la fois un appel au secours et une marque de confiance. Les deux. C'est important. J'encourage à prier à haute voix, même quand on est tout seul.

Et Dieu lui parle, chaque fois qu'il le faut. Pas forcément toutes les 5 minutes.

Cela nous apprend une autre chose très importante : ce que nous vivons dépend de notre relation avec Dieu ; mais l'inverse est également vrai : notre relation avec Dieu dépend de ce que nous vivons1. Abraham peut avancer dans sa marche parce qu'il entretient une vraie relation avec Dieu ; mais Abraham entretient une vraie relation avec Dieu parce qu'il est en train d'avancer comme Dieu le lui a demandé ! En d'autres termes, Abraham ne pourrait pas aller bien loin dans sa marche s'il n'invoquait pas régulièrement le nom de l'Eternel ; mais comment pourrait-il invoquer le nom de l'Eternel et entendre sa voix s'il avait décidé de demeurer tranquillement chez lui ?

Cela nous rappelle le lien étroit entre la foi et l'obéissance de la foi. C'est la même chose ! Et aussi entre l'obéissance de la foi et la prière : celui qui obéit à Dieu fait mieux que celui qui prie. Celui qui dit 'oui' fait mieux que celui qui dit : Je dirai oui. Nous prions en vue d'obéir. "L'obéissance vaut mieux que les sacrifices"2, dit la Bible, car l'obéissance est le vrai sacrifice que Dieu attend. C'est cela, la foi.

Nous retrouvons exactement le même processus avec tous les croyants mentionnés dans l'Ecriture, aussi différents et "humains" qu'ils aient été. Ils étaient comme nous. Cf. les disciples de Jésus : "Viens et suis moi. Laissant leurs filets, ils le suivirent".

Ce qui est dit d'Abraham en Hébreux 11 les concerne tous : "Il attendait la cité qui a de solides fondements, celle dont DIEU est l'architecte et le constructeur". C'est là une clé fondamentale. Une cité que l'oeil ne voit pas, qui n'est pas l'oeuvre de la main des hommes, en aucune manière ; qui est l'oeuvre de Dieu seul. Celle dont Dieu est l'architecte et le constructeur !

La foi saisit des réalités qui sont encore invisibles mais qui, en vérité, sont tout aussi réelles que celles que l'on voit – et même plus réelles, car les unes sont passagères et les autres sont éternelles. Je cite l'épître aux Hébreux : "En lui soumettant toutes choses, Dieu n'a rien laissé qui ne lui fût soumis. Cependant, nous ne voyons pas encore maintenant que toutes choses lui soient soumises. Mais celui qui a été abaissé pour un peu de temps au-dessous des anges, Jésus, nous le voyons couronné de gloire et d'honneur à cause de la mort qu'il a soufferte" (Hé 2.8b-9a).

Par la foi, nous voyons ce que l'oeil ne voit pas encore, exactement comme un peintre voit déjà son tableau achevé alors que la toile est encore toute blanche. S'il ne voit pas son tableau déjà achevé, il ne pourra jamais le peindre !

C'est l'expérience des disciples d'Emmaüs, déçus parce que leurs projets s'étaient évanouis – comme cela peut nous arriver si souvent. Ce récit extraordinaire nous fait assister à un basculement entre la marche par la vue et la marche par la foi : "Notre coeur ne brûlait-il pas pendant qu'il nous parlait en chemin ?". Leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître... Mais à la fin du jour, "leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent", et s'en retournèrent à Jérusalem avec une immense joie.

Les espoirs humains finissent par s'écrouler un jour. Heureux sommes-nous si autre chose, alors, est révélé à nos coeurs et aux yeux de la foi ! C'est l'espérance. "Cette espérance, nous la possédons comme une ancre de l'âme" (Hé 6.19).

Que nous apprennent encore ces textes que nous avons lus ?

Nous devons accepter d'être des étrangers sur la terre, quelle que soit notre position sociale, professionnelle ou que sais-je, incompris du plus grand nombre. "Si le monde ne nous reconnaît pas, c'est qu'ils ne l'ont pas reconnus" dit Jean (1 Jn 3.1).

"Le ciel est pour les déracinés". C'est l'esprit des Béatitudes. Le chrétien est en marche vers un autre lieu, et cela change tout. "Car nous n'avons point ici-bas de cité permanente, mais nous cherchons celle qui est à venir" (Hé 13.14).

Je pense au témoignage d'Asaph, au psaume 73. La vue de ce monde le trouble au plus haut point car les réalités injustes semblent l'emporter largement. "La difficulté fut grande à mes yeux, dit-il, jusqu'au moment où je me suis approché du sanctuaire" – de la présence de Dieu. Alors les réalités invisibles lui apparaissent. "Oui, les méchants sont sur des voies glissantes, et moi je suis avec toi pour toujours !".

Nous dépendons de Dieu entièrement. C'est un fait et c'est un choix ! C'est la foi.

Que valent les consolations d'ici bas ? Elles durent à peine plus de quelques instants. La science soulage, mais elle ne sauve pas. Il en est de même pour la politique, et aussi pour le social... Tant mieux pour ce qui soulage ! Mais la situation des hommes – et la nôtre – ne demande pas seulement d'être soulagée ! On se souvient du dialogue avec la femme samaritaine. "Quiconque boira de cette eau aura encore soif".

La foi nous demande-t-elle de fuir les réalités terrestres ? Non. Cf. Ps 23.4. Nous pouvons demander à Dieu notre pain quotidien, et tout ce dont nous avons besoin, en nous souvenant que Dieu sait aussi ce dont nous avons besoin. Mais faisons-le dans la perspective "du règne, de la puissance et de la gloire pour les siècles des siècles".

Nous devons prendre soin de cette terre, c'est normal. Mais le salut n'est pas dans la survie de cette planète. Aussi importantes soient-elles, ces réalités sont secondes. Et Dieu qui dit d'honorer son père et sa mère demande à Abraham de quitter son père et sa mère. Et on se souvient des paroles de Jésus à ce sujet : "Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi, et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi" (Mt 10.37).

Je vais aller plus loin. L'Eglise et Jésus-Christ sont très étroitement liés, et en un sens, l'un n'est pas sans l'autre. Mais Celui en qui nous croyons, c'est Jésus-Christ. Notre rédemption, c'est Jésus-Christ. Notre espérance ? Elle est en Jésus-Christ et en lui seul. C'est lui qui nous permettra de regarder tout le reste avec le regard qui convient. "Celui qui a cette espérance se purifie comme lui-même est pur" (1Jn 3.3).

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Jésus nous dit qu'Abraham, bien qu'étant mort sans voir Jésus, l'a vu à l'avance et s'en est réjoui ! Et donc il a vécu cedont parle Paul dans sa 1ère lettre aux Corinthiens : "Voici ce que je dis, frères, c'est que le temps est court ; que désormais ceux qui ont une femme soient comme n'en ayant pas, ceux qui pleurent comme ne pleurant pas, ceux qui se réjouissent comme ne se réjouissant pas, ceux qui achètent comme ne possédant pas, et ceux qui usent du monde comme n'en usant pas, car la figure de ce monde passe" (1 Co 7.29-31).

Entendre la voix de Dieu, c'est ce qui nous permet de marcher selon sa volonté.

Et marcher selon sa volonté, c'est ce qui nous permet d'entendre sa voix. La voix qui montre la voie. "Tes oreilles entendront derrière toi la voix qui dira : Voici le chemin, marchez-y !" (Es 30.21).

Charles Nicolas

1. 2 Co 13.11

2. "Samuel dit: L'Éternel trouve-t-il du plaisir dans les holocaustes et les sacrifices, comme dans l'obéissance à la voix de l'Éternel ? Voici, l'obéissance vaut mieux que les sacrifices, et l'observation de sa parole vaut mieux que la graisse des béliers" (1 Sam 15.22).

 

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18 février 2019

Vouloir ce que Dieu veut...

 

Dieu entend-il toutes les prières ? Oui. Les écoute-t-il toutes ? Non. Lire 1 Jn 5.14-15.

Je voudrais citer le poète François de Malherbe qui a écrit en 1599 un magnifique poème intitulé : Consolation à Monsieur du Périer pour la mort de sa fille. Il y a dans ce poème quelques uns des plus beaux vers de la littérature française. Je lis les deux derniers quatrains de ce poème :

      La Mort a des rigueurs à nulle autre pareilles : on a beau la prier,

      La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles et nous laisse crier.

     De murmurer contre elle et perdre patience il est mal à propos ;

     Vouloir ce que Dieu veut est la seule science qui nous mette en repos.

Si nous pouvions retenir cette dernière parole, je pourrais arrêter là mon message car elle résume à elle seule une bonne partie de l'enseignement biblique. Vouloir ce que Dieu veut...

Je voudrais, à partir du Ps 139, parler de la prière. Parler de la prière..., n'est-ce pas parler de la vie chrétienne en général, en un sens ? Lire Ps 139.1-6, 23-24.

Le Psaume 139 est une prière plutôt intimiste : Tu sais quand je m'assieds, quand je me lève, tu connais tout de moi ! Mais pourquoi prier, alors ?  Pourquoi entrer dans sa chambre, fermer la porte et parler à Dieu ? Comment prier sans s'égarer, sans perdre son temps ? Comment prier selon la volonté de Dieu ?

Le Psaume 139 est assez long. Je ne vais pas reprendre chaque verset ; seulement le premier verset : "Tu me sondes et tu me connais". C'est une affirmation ; et le dernier : "Sonde-moi, ô Dieu et connais mon coeur !". C'est une demande.

Que voyons-nous ? La demande reprend exactement les termes de l'affirmation ! Tu me sondes et tu me connais... Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon coeur !

Parfait accord !Cette prière ne commence pas par une demande, elle commence par une affirmation. Puis elle reprend l'affirmation, pour se l'approprier, pour demander ce que Dieu veut ! Remarquez la place que donne le Ps 23 aux affirmations : "L'Eternel est mon berger... ta houlette et ton bâton me rassurent !"

Vouloir ce que Dieu veut... Et si c'était cela le secret de la prière !

Je remarque que c'est comme cela qu'Abraham a prié quand il a intercédé pour Sodome (Gn 18).

Notez que ce n'était pas le projet d'Abraham ! Abraham ne s'est pas dit : Tiens, je vais prier pour Sodome. C'est Dieu qui est à l'initiative : "Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire ?" Ce n'est pas Abraham qui a besoin de Dieu, là ; c'est Dieu qui a besoin d'Abraham (comme intercesseur)1. Vous voyez l'inversion des rôles ? C'est pourquoi la prière ne consiste pasà attirer Dieu dans notre volonté, dans nos plans, mais plutôt à entrer dans les siens. Vouloir ce que Dieu veut...

Quand Abraham prie, il commence lui aussi par une affirmation : Seigneur, tu es un Dieu juste, qui ne traite pas l'innocent comme le coupable. Loin de là ! Alors, s'il y a 30 justes à Sodome, n'épargneras-tu pas la ville ? Et Dieu répond : S'il y a 30 justes, j'épargnerai la ville. C'est cela l'intercession : c'est prier selon Dieu.

On a l'impression que c'est Dieu lui-même qui prie... au travers d'Abraham ! La volonté propre d'Abraham ne compte pas ; son intérêt non plus. Quelqu'un d'autre est entré en action : l'Esprit saint !

On pense à ce qu'écrit Paul : "De même aussi l'Esprit nous aide dans notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu'il nous convient de demander dans nos prières. Mais l'Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables" (Ro 8.26). Je crois qu'on peut dire ceci : c'est Dieu qui inspire la prière qu'il va exaucer ! On est bien loin de ceux qui pensent qu'à force de prières ils seront exaucés2...

Jésus, bien sûr, a vécu cela. On se souvient de sa prière à Gethsémané, troublée au début, puis qui se range à la volonté de Dieu : "Toutefois, que ta volonté soit faite, et non la mienne". Ce renoncement de Jésus à sa propre volonté signifiait la croix. Juste après nous lisons : "Alors, un ange lui apparut du ciel pour le fortifier" (Lc 22.42-43). Il est écrit que Jésus a appris l'obéissance par les choses qu'il a souffertes (Hé 5.8).

Saul de Tarse, avant de rencontrer le Seigneur, pensait bien faire la volonté de Dieu. Cependant, il est clair que c'est sa propre volonté qu'il faisait. Il priait bien sûr, comme tout Pharisien qui se respecte, mais il faisait toujours sa propre volonté. Cela peut être notre cas aussi... Sa rencontre avec Jésus met tout cela sens dessus dessous : terrassé, Saul demeure sans voir et sans manger trois jours et trois nuits. C'est à la fois court et long ! Puis Dieu dit à Ananias, un disciple : "Va voir Saul". Ananias répond : "Mais c'est lui qui persécute les chrétiens !" Et le Seigneur lui dit : "Va le voir car il prie. Cet homme est un instrument que j'ai choisi pour faire ma volonté". Entendons bien ces mots : Car il prie, dit Dieu. C'est un peu comme si Dieu disait : "Enfin il prie ! Enfin il s'intéresse à ma volonté. Enfin il écoute ce que j'ai à lui dire. Enfin, je vais pouvoir intervenir dans sa vie et faire de lui un instrument dans ma main !". Vouloir ce que Dieu veut !

Le fils prodigue gardant les pourceaux a appris cela, semble-t-il. Il est seul, il n'a rien à manger, pas même ce que mangent les pourceaux. Il n'est dit à aucun moment qu'il prie. Dieu n'est pas mentionné non plus... Il est dit simplement ceci : "Etant entré en lui-même, il se dit : Je me lèverai, j'irai vers mon père et je lui dirai : Mon père, je ne suis pas digne d'être appelé ton fils ; traite-moi comme un de tes serviteurs". Et aussitôt, il se lève et il retourne chez son père (Lc 15). Et la joie va remplir son coeur et le coeur de son père. Saul priait mais faisait sa propre volonté. Le fils prodigue, peut-être sans prier, a écouté la voix de Dieu...

Vouloir ce que Dieu veut est la seule science qui nous mette en repos.Ce repos est le fruit d'une abdication : c'est la fin de nos résistances, de nos marchandages. "Hommes frères, que ferons-nous ?", disent les auditeurs de Pierre (Ac 2.37). "On te dira ce que tu dois faire", dit Jésus à Saul ! (Ac 9.6. Cf. Jn 21.18).

Se placer DANS la volonté de Dieu est sans aucun doute le premier objectif de la prière. Si la volonté de Dieu est représentée par un cercle, c'est là que je reviens et demeure. Ce cercle, c'est Christ ! C'est donc le sens du "Demeurez en moi"de Jésus. Dans ce même passage, il peut dire : Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez et cela vous sera accordé (Jn 15.7). C'est aussi le sens de "demeurez dans ma parole". Cela, bien sûr, nous dit quelque chose d'important sur le lien entre la lecture de la Bible et la prière.

L'apôtre Jean le dit ainsi : "Nous avons auprès de lui cette assurance que si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute. Et si nous savons qu'il nous écoute, quelque chose que nous demandions, nous savons que nous possédons la chose que nous lui avons demandée" (1 Jn 5.14-15).

Jésus l'a vécu le premier. Il l'a vécu à notre place, une fois pour toutes. Il l'a vécu aussi pour que nous puissions nous aussi le vivre avec lui – plus exactement en lui.

Remarquons que c'est le sens de l'expression : Prier au nom de Jésus. Ce n'est pas une formule magique. Si vous dites à Dieu : Fais que mon voisin se casse la jambe, au nom de Jésus, il n'est pas certain que vous soyez exaucé, car il faudrait que ce soit aussi la volonté de Dieu ! Dire ou faire une chose au nom de quelqu'un, c'est comme si c'était lui qui le faisait au travers de nous. Et donc quand je prie "au nom de Jésus", c'est comme si Jésus formulait lui-même cette prière devant son Père, par ma bouche ! Il vaut mieux qu'il soit d'accord ! C'est le sens du mot Amen.

La prière que Dieu exauce, c'est celle que Dieu inspire3 !

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Ne soyons pas découragés. Souvenons-nous simplement que le chemin de la prière est un chemin d'écoute autant que de paroles. C'est évidemment un chemin qui se prolonge au-delà de ce que l'on appelle 'la prière'.

Souvenons-nous aussi que Dieu demande généralement une chose à la fois. C'est cela qu'il me faut entendre aujourd'hui. Si je le reçois et si j'obéis, alors je suis bientôt prêt pour le pas suivant. Chaque oui que je prononce favorise le oui suivant ! Les non aussi, d'ailleurs : si je dis trop souvent non à Dieu, bientôt je n'entendrai même plus ce qu'il me demandera. Mais tout oui favorise les oui : les miens et ceux des autres. Il y aussi une contagion des oui !

Quel encouragement, quand je fais la volonté de Dieu, non seulement de connaître le repos, mais aussi d'apporter du repos aux autres !

Charles NICOLAS

 

1 De même pour Marie : elle n'a rien demandé. L'initiative est à Dieu. "Qu'il me soit fait selon ta parole", dit-elle. De même, Saul qui n'avait pas besoin de Dieu : il se débrouillait très bien tout seul ; c'est Dieu qui avait besoin de Saul !

2Il convient de discerner – et ce n'est pas aisé – entre la persévérance dans la prière et l'obstination. La persévérance est nécessaire bien souvent : il y a là la dimension d'un combat déterminé : on se souvient de Moïse priant pendant que le peuple luttait (Ex 17.11-12), on se souvient de la veuve et du juge inique (Lc 18.1ss), on se souvient de Jésus intercédant sans cesse pour nous... L'obstination commence quand nous continuons à demander alors qu'il ne le faut plus. Voir Gn 18.32-33 ; Dt 3.26 ; Mt 6.7-8 ; 2 Co 12.8-9... Il arrive que Dieu commence à agir au moment où on s'arrête de demander.

3 Ce que nous rappelons ne concerne pas que la prière : cela concerne aussi les "paroles opportunes" que nous sommes appelés à dire à certains moments, ce que Paul appelle les dons spirituels : "A l'un est donnée par l'Esprit une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; à un autre le don de guérison par le même Esprit, à un autre le don d'opérer des miracles, à un autre une parole prophétique par le même Esprit..." (1 Co 12.8ss). C'est le contraire de celui ou celle qui se débrouille tout seul pour se sortir d'affaire. C'est le fruit de la grâce agissante dans nos vies et au travers de nous. C'est le fruit de la volonté livrée, disponible, accueillante !

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15 février 2019

Les animaux ont-ils une âme ?

 

 

Diderot, dans Le Rêve de d'Alembert, raconte que le très cartésien cardinal de Polignac, se présentant au zoo de Vincennes devant un orang-outan, lui aurait dit : "Parle et je te baptise".

 

1. L'évolution du regard

Tout le monde a remarqué qu'on parle beaucoup des animaux aujourd'hui, et aussi que le regard sur eux a évolué. Cela pour beaucoup de raisons.

On a pris conscience que les animaux souffraient. Notez qu'on a aussi pris conscience, il y a quelques décennies seulement, que les bébés souffraient... Le massacre des bébés phoques a ému une partie de l'humanité, il y a 30 ou 40 ans. En combattant les marchands de fourrure et les dames qui achetaient des manteaux de fourrure, on a pris le parti des phoques et ses visons contre d'autres hommes ! C'était très nouveau.

On s'est rendu compte aussi que la pollution mettait en péril les hommes et les animaux ; et on s'est rendu compte que les animaux les plus sensibles servaient d'alerte, en quelque sorte : si les papillons disparaissent, ou les oiseaux, ou les ours blancs, bientôt ce sera notre tour. Là aussi, certains n'ont pas hésité à dire : puisque c'est l'homme qui est responsable, mieux vaudrait que les hommes disparaissent plutôt que les animaux.

Tout cela se produit à un moment où la foi chrétienne s'efface de la conscience de beaucoup, et avec cet effacement apparaît un doute sur la nature humaine... et sur la différence réelle avec les animaux. Si l'homme n'est qu'un animal évolué, ce que beaucoup croient aujourd'hui, où se situe la différence, fondamentalement ? Est-ce que tout cela, finalement, n'est pas relatif, arbitraire, et donc susceptible d'évoluer ?

Par exemple, dans les comités de réflexion éthique au sein des hôpitaux, certains ont dit : On soigne des êtres humains dans les hôpitaux, pas des animaux. Mais pourquoi ? C'est quoi la définition d'un être humain par rapport à un animal ? Que doit dire le droit à ce sujet ? Un chien intelligent et fidèle n'a-t-il pas autant de valeur qu'un homme malfaiteur ou brutal ?

On pourrait encore ajouter à la liste le fait que les citadins ne vivent plus avec les animaux de ferme qu'on consomme (on achète son blanc de poulet sous plastique dans une grande surface) et le remplacement des animaux de ferme par les animaux de compagnie (qui deviennent parfois plus intimes à certains que beaucoup d'autres êtres humains). Tout cela a changé notre regard.

Cela peut expliquer cette tendance actuelle à refuser de consommer de la viande, pour les mêmes raisons qui ont poussé à condamner l'anthropophagie... On entend à la radio des personnes qui trouvent écoeurant de manger la chair d'un autre être vivant, d'un animal. Après tout, de quel droit ? Le droit du plus fort ? Il est vrai qu'au commencement, les hommes ne mangeaient pas d'animaux...

2. Les animaux dans la Bible

Beaucoup n'imaginent pas que la Bible puisse parler des animaux. Or, elle en parle beaucoup. Là, il ne s'agit pas d'un phénomène de mode, mais de la Parole de Dieu. Pour citer tous les textes qui mentionnent les animaux, il faudrait des heures !

Dès la première page, après avoir créé le ciel et la terre, puis les astres du jour et de la nuit, Dieu dit : "Que les eaux produisent en abondance des animaux vivant, et que les oiseaux volent sur la terre vers l'étendue du ciel" (Gn 1.20). C'est le cinquième jour. L'homme n'existe pas encore. Puis, le sixième jour, Dieu crée les mammifères, et enfin l'homme. Le même jour. Que l'homme soit classé parmi les mammifères n'a donc rien de choquant. Ce sixième jour, après avoir créé tous les autres animaux de la terre, Dieu dit : "Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance. Dieu créa l'homme à son image, homme et femme il les créa" (1.26-27).

Ces versets nous disent deux choses capitales : l'homme est une créature vivante, comme les animaux ; mais lui seul est créé à l'image de Dieu, à sa ressemblance. Pourquoi cela est-il capital ? Parce que cela nous dit que si l'homme ressemble aux animaux à certains égards, cependant une différence radicale existe entre eux : l'homme ressemble aussi à Dieu (pas les animaux). Evidemment, une différence radicale existe aussi entre l'homme et Dieu.

Au dernier verset de ce chapitre, je lis : "Dieu vit tout ce qu'il avait fait ; et cela était très bon" (1.31). Cela signifie que cette situation de ressemblances-différences n'est pas un accident, un défaut, mais que c'était la volonté bonne de Dieu.

Je note, toujours dans ce premier chapitre, que Dieu donne à l'homme une très nette prééminence sur les animaux : "Dominez sur tout animal qui se meut sur la terre" (v. 28). Dominer est parfois traduit par assujettir : il s'agit d'un rapport hiérarchique qui ne sous-entend pas l'exploitation insensible. Dans ce même passage, Dieu dit à l'homme : "Je vous donne toute herbe portant de la semence et tout arbre portant des fruits" (v. 29). Il en était de même pour les animaux (v. 30).

Le deuxième chapitre de la Genèse donne d'autres éléments, différents, importants aussi. Là, quand l'homme est créé par Dieu, il n'y a pas encore d'animaux, en tout cas pas de mammifères et pas d'oiseaux. Pour que l'homme ne soit pas seul, Dieu créa les animaux. "Je leur ferai une aide semblable", dit Dieu (2.18). Puis l'homme va nommer les animaux. Cependant, il ne trouva pas une "aide semblable" parmi eux. On comprend que malgré la ressemblance, la différence était encore trop grande, notamment au niveau de la parole. Alors, Dieu fit tomber l'homme dans un sommeil et tira de son côté une femme qui fut vraiment de la même nature que lui. "Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair", dit l'homme.

Le professeur Henri Blocher suggère que Dieu a créé les animaux pour former une cour pour l'homme, comme les anges forment un cour pour Dieu. On comprend que les animaux sont des compagnons, mais que quelque chose va manquer cependant.

Je cite quelques passages significatifs de l'Ecriture. Genèse 8.1 : "Dieu se souvint de Noé et de tous les animaux qui étaient avec lui dans l'arche". Exode 20.10 : "Tu ne feras aucun ouvrage le 7ème jour, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ton bétail...". Esaïe 1.3 : "Le boeuf connaît son possesseur et l'âne la crèche de son maître. Israël ne connaît rien, mon peuple n'a pas d'intelligence". Jérémie 8.7 : "Même la cigogne connaît dans les cieux sa saison ; la tourterelle, l'hirondelle et la grue observent le temps de leur arrivée. Mais mon peuple ne connaît pas la loi de l'Eternel. Comment pouvez-vous dire : Nous sommes sages ?". Jonas 4.11 (après qu'un poisson puis un vers aient obéi à l'Eternel), Dieu dit : "Et moi je n'aurais pas pitié de Ninive, la grande ville dans laquelle se trouvent plus de cent vingt mille hommes qui ne savent pas distinguer leur droite de leur gauche, et des animaux en grand nombre !". Jésus, qui demande d'imiter les oiseaux du ciel (Mt 6.26), nous dit que "pas un d'eux ne tombe sans la volonté de son père" ;puis il ajoute : "Vous valez plus que beaucoup de passereaux" (Mt 10.30-31). Ressemblance, différence...

 

3. Les animaux ont-ils une âme ?

Tout cela nous parle, bien sûr, mais cela répond-il à la question : les animaux ont-ils une âme ? Pour répondre à cette question, il faut essayer de comprendre ce qu'est l'âme, évidemment. Or, ce n'est pas si simple. Le mot 'animal' vient du mot 'anima' qui désigne ce qui respire, ce qui est animé, vivant. Cela a un rapport avec le fait de respirer, mais aussi avec le sang : "L'âme est dans le sang" (Lv 17.11). Ce mot latin anima a donné le mot âme : être qui vit.

Saint Thomas d'Aquin pensait que les animaux ont une âme, mais différente de la nôtre. Je suis d'accord avec cela. Evidemment, l'âme d'une fourmi diffère de celle d'un chien ou d'un cheval. Ce qui a beaucoup compliqué les choses, à mon avis, c'est la confusion qui s'est instaurée entre l'âme et l'esprit, avec la pensée gecque. Or, en hébreu (comme en grec), l'âme (néphèsh, psyché) est bien distincte de l'esprit (rouah, pneuma). Une parole de Paul le confirme clairement à mes yeux : "Que tout votre être, l'esprit, l'âme et le corps, soit conservé irrépréhensible lors de l'avènement du Seigneur Jésus-Christ" (1 Th 5.23).

L'âme, de manière classique, comprend l'intelligence naturelle, la volonté et les sentiments ou les émotions. Il est assez évident que les animaux évolués sont dotés de ces caractères. Les animaux moins évolué... moins, évidemment. Les passages d'Esaïe et de Jérémie lus tout à l'heure montrent que les animaux ont cela, plus que beaucoup d'hommes, même. On pourrait raconter une foule d'anecdotes qui en témoignent. L'âme, c'est la partie de notre être qui réagit aux influences qui viennent de l'extérieur : l'ombre et la lumière, le chaud et le froid, le doux et le dur, le beau et le laid, la sécurité et la menace. On comprend que l'âme est très dépendante des sens naturels : l'ouïe, la vue, l'odorat. Chez l'homme comme chez les animaux. Toutes ces perceptions vont nourrir les émotions, la volonté, le raisonnement. C'est pourquoi l'âme fluctue si facilement entre la joie (passagère) et l'inquiétude, la peur... "Pourquoi t'abats-tu, mon âme, et gémis-tu au-dedans de moi ? Espère en Dieu, car je le louerai encore" (Ps 42.11).

L'esprit c'est, à mon avis, la différence entre l'homme et les animaux. L'esprit est lié à la parole (humaine) et à la Parole (de Dieu). Les animaux n'y sont pas forcément insensibles..., mais ils ne sont pas dotés de parole. La parole est le propre de l'homme. C'est pourquoi Jésus dit que "l'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu" (Mt 4.4). L'esprit de l'homme, c'est ce qui reçoit l'éclairage qui vient de Dieu. "L'Esprit témoigne à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu" (Ro 8.16). Il ne s'agit pas de l'intellect.

Quand Pierre dit à Jésus : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant"(Mt 16.16), Jésus lui dit qu'il n'a pas trouvé cela de lui-même, mais que son Père le lui a révélé (16.17). Ce n'est pas le fruit d'un effort de Pierre, c'est une révélation accordée par Dieu ! Ce n'est pas psychique, c'est spirituel. Mais quand, peu après, Pierre déclare qu'il se battra aux côtés de Jésus pour le défendre et l'empêcher de mourir, Jésus l'avertit : "Tu dis cela de toi-même, cela ne vient pas de Dieu !" (16.23). Pourtant, cela partait de bons sentiments ! Mais que valent les bons sentiments ? Pierre a confondu ce qui venait de lui (sa pensée, sa volonté, ses sentiments naturels) et ce qui venait de Dieu. C'est ce qu'on appelle un chrétien charnel – ou psychique : il fonctionne au niveau de ses émotions ou de sa volonté propre.

Dans le Nouveau Testament, le mot 'psychikos' (de l'âme) est traduit parfois par naturel : "L'homme naturel ne conçoit pas les choses de Dieu" (1 Co 2.14), parfois par charnel : "Cette sagesse n'est point celle qui vient d'en haut ; mais elle est terrestre, charnelle, diabolique" (Jc 3.15).

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Pour conclure, je dirais que les animaux ont un corps et une âme, ce qui est déjà beaucoup. On voit qu'avec cela ils sont capables de beaucoup de prouesses physiques ou psychiques : perception, communication, etc1. L'homme qui n'est pas réconcilié avec Dieu fonctionne, à mon avis, avec son corps et son âme, comme les animaux. On peut faire beaucoup de choses avec son corps et avec son âme, et le monde, en un sens, tourne comme cela : pensons aux sportifs, aux artisans, aux artistes, aux compositeurs, aux chercheurs, aux chefs d'entreprises, etc.

Mais à tout cela il manque une dimension : celle de l'esprit qui seule est à même d'être en communion avec Dieu qui est Esprit (Jn 4.24). En d'autres termes, il manque la dimension de la foi, de l'espérance et de l'amour... qui sont donnés par Dieu à ceux dont le coeur a été touché.

Que valent les plus belles réalisations du monde, sans cela ?

Aimons les animaux, mais ne vivons pas comme des animaux !

Charles NICOLAS

 

1 Curieusement, les animaux paraissent capables d'être sensibles à la voix de Dieu, en tout cas ponctuellement. Cf. l'ânesse de Balaam, le poisson et le ver de Jonas... Mais Dieu ne commande-t-il pas aussi à la mer et au vent ?

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13 février 2019

Chrétien et soldat ?

 

Le réflexe des chrétiens devrait être : Que dit la Bible ? ou :Que dit Jésus ?

Après la Première guerre mondiale est apparue l'expression "Plus jamais la guerre !", expression qui a été popularisée par le Pape Paul VI en 1965. A priori, tout le monde est d'accord. Mais quel poids cela a-t-il ? C'est un peu comme si on disait : Plus jamais d'orages ! Ou si un hôpital décrétait : Dans cet hôpital, on ne meurt plus !

Jésus, lui, a dit : "Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres : gardez-vous d'être troublés, car il faut que ces choses arrivent. Mais ce ne sera pas encore la fin" (Mt 24.6). Il ne suffit pas de dire une parole positive pour qu'elle soit vraie. Le prophète Jérémie critique sévèrement les faux prophètes : "Paix ! paix ! disent-ils ; et il n'y a point de paix"(Jr 6.14).

La Bible ne raconte pas de belles histoires pour les enfants – même s'il est important que les enfants apprennent eux aussi ce que dit la Bible. La Bible fait entendre une parole de lumière au milieu d'un monde de ténèbres. Vous vous souvenez du début de l'Evangile de Jean : "La lumière est venue dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas reçue".

J'ai écrit un petit traité, il y a environ 30 ans, qui s'appelle : Le chrétien n'est pas un rêveur. J'étais aumônier militaire en Allemagne à ce moment-là et je rencontrais tous les jours des militaires par dizaines, par centaines : des officiers, des sous-officiers, des militaires du rang, comme on disait, c'est-à-dire de jeunes soldats qui effectuaient, loin de chez eux, leur Service national.

Je les rencontrais, ces jeunes entre 18 et 25 ans, dans d'immenses salles, au début de leur intégration dans les régiments. Ils étaient un peu comme des "moutons qu'on amène à la boucherie" (pour reprendre une expression biblique) ; ils ouvraient des yeux écarquillés en découvrant cet univers nouveau. Certains faisaient les malins. Pas tous. Et moi je leur expliquais pourquoi il y a des aumôneries dans les Armées françaises, où qu'elles soient, y compris sur les "théâtres d'opération"(Tchad, République Centrafricaine, Liban, Arabie Saoudite, Afghanistan, etc.). Je leur expliquais que c'était une application du principe de la liberté du culte, qui veut que quiconque le demande, y compris un soldat loin de chez lui, peut recevoir "le soutien d'un ministre du culte de son choix". Cela suppose, évidemment, qu'il y a des croyants parmi les soldats...

Evidemment, la question m'a été posée cent fois : Mais la Bible ne dit-elle pas de ne pas tuer ? Cette question est incontournable. Réfléchissons-y quelques instants.

Il y a bien sûr le sixième commandement du Décalogue : Tu ne tueras pas (Ex 20.13 ; Dt 5.17). N'est-ce pas clair ? En fait, le sens de cette parole est un peu différent. On devrait lire : Tu n'assassineras pas, ou tu ne commettras pas de meurtre. Le résultat peut sembler le même, mais pas l'intention. Un meurtre ou un assassinat est motivé par la haine ou par la convoitise (la cupidité). Cela rejoint les autres commandements : Tu ne déroberas pas, tu ne diras pas de faux témoignage, tu ne convoiteras pas. L'intention est l'animosité ou la recherche d'un profit personnel.

Est-ce le cas d'un soldat ? Normalement non. Un soldat n'est pas là pour profiter, pour s'enrichir. Un soldat est un serviteur de son pays, au péril de sa vie. Ce n'est pas un brigand. Il est vrai qu'un soldat peut se comporter comme un brigand, comme un assassin. C'est d'ailleurs le cas aussi d'un automobiliste qui traverse un village à 80 km/h. Un soldat qui se conduit comme un brigand sera jugé comme un brigand.

Il y a une situation qui est très éclairante à ce sujet au début de l'Evangile. Jean-Baptiste prêche le baptême de repentance. Des hommes viennent l'écouter, confessent leurs péchés et se font baptiser. Parmi eux, il y a deux soldats qui lui demandent : Et nous, que devons-nous faire ? C'était le moment de leur dire : Posez vite vos armes et retournez dans vos champs. Mais non. Jean-Baptiste répond aux soldats : "Ne commettez ni extorsion ni fraude envers personne, et contentez-vous de votre solde" (Lc 3.14). En d'autres termes : Vous avez des armes comme des brigands, mais ne vous comportez pas comme des brigands. Ne cherchez pas votre profit personnel.

Normalement, si un soldat se comporte comme un brigand, il est jugé comme un brigand. En 1988, les Casques bleus ont reçu le prix Nobel de la paix. Partout où les soldats français sont présents, ils contribuent à des actions humanitaires, ils sécurisent les populations. Je l'ai vu maintes fois.

Un soldat doit-il avoir de la haine contre son ennemi ? La réponse est non. Cela ne fera pas de lui un meilleur soldat, pas plus qu'un footballeur ou un pilote de course ne doit avoir de la haine envers ses concurrents. En Arabie Saoudite, pendant la Guerre du Golfe, j'ai vu des soldats français soulagés de ce que les soldats irakiens étaient fait prisonniers quasiment sans avoir à combattre. En Arabie Saoudite encore, j'ai assisté à des soirées de prière avec des centaines de soldats américains qui chantaient des cantiques et priaient pour les pilotes des avions de chasse. Pas de haine.

Ce même coeur droit, on le voit très clairement dans la Bible avec le centenier de Luc 7. Un centenier romain commandait 100 légionnaires. Il pouvait tuer un homme comme nous on tue une mouche. Le centenier de Luc 7 aime le peuple d'Israël et a aidé à construire une synagogue ; il n'était pas obligé. Ce centenier avait un serviteur malade. Il aurait pu le jeter et en prendre un autre. Mais il envoie quelqu'un vers Jésus avec ce message : Je ne suis pas digne d'aller vers toi, mais mon serviteur est malade. Et il ajoute cette parole qui forcera l'admiration de Jésus : "Moi qui suis soumis à des supérieurs, je dis à mon serviteur : Fais ceci et il le fait. Toi, dis une parole et mon serviteur sera guéri". Jésus a dit à ceux qui l'entouraient : Même en Israël je n'ai pas trouvé une aussi grande foi, une aussi grande intelligence. Cet homme avait reçu la révélation que Jésus était envoyé de Dieu !

Vous me direz peut-être : Oui, mais en temps de guerre, ce n'est pas simple. C'est vrai. Mais vous croyez que c'est simple pour un professeur de Sciences naturelles qui doit enseigner la théorie de l'évolution ? pour une infirmière qui doit injecter une solution létale à un patient en fin de vie ? pour un gynécologue à qui ont demande une interruption de grossesse ? pour un commerçant, pour un homme politique, pour un enfant dans la cours de l'école ? Ce n'est pas simple d'être chrétien !

L'important tient à deux choses : ce qu'enseigne la Bible et la conscience. Les deux doivent être accordés. La Bible donne l'enseignement permanent, général. La conscience va donner la direction dans les circonstances particulières. Les deux doivent être d'accord, comme sont d'accord la Bible et le Saint-Esprit.

On se souvient de la parole de Martin Luther devant les autorités de l'Empire et de l'Eglise de Rome : "Ma conscience est liée par la Parole de Dieu, et il n'est pas bon d'aller contre sa conscience. Que Dieu me vienne en aide". En fait, cela fait trois choses. Et cela est vrai pour toutes les circonstances de nos vies, sans exception.

L'important, c'est donc d'être capable de dire oui quand il faut et non quand il faut. Si on pousse un soldat à violer une femme, il doit dire non. Si on lui dit de tirer sur des prisonniers, il doit dire non. Il doit obéir à ses supérieurs, sauf si l'ordre qu'il reçoit est inique. Et donc, si un jour il doit désobéir, ce n'est pas par esprit d'insoumission, c'est par soumission à une autorité plus grande.

On voit cela à deux reprises au début du livre des Actes, quand les autorités commandent aux chrétiens de ne plus parler de Jésus-Christ. Ils répondent, en substance : On voudrait bien vous être agréable et vous obéir, car la Bible commande d'obéir aux autorités ; mais il y a une autorité plus grande qui nous demande de parler de Jésus. On est désolés pour vous, mais on va continuer, car il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. Eh bien, cela nous concerne tous !

Un cas délicat se pose pour les chrétiens en régime totalitaire. C'était déjà le cas pour les premiers chrétiens dont certains étaient engagés dans l'Armée romaine où il fallait saluer César quasiment comme un dieu. Je crois que certains le faisaient ; et d'autres pas. Mais il y avait un prix à payer. C'était d'ailleurs un cas de discipline d'Eglise aussi, vis-à-vis des lapsis, c'est-à-dire de ceux qui s'étaient inclinés devant l'Empereur, ou peut-être qui avaient nié être chrétiens pour échapper à une oppression, et qui après venaient demander pardon dans l'Eglise. Certains pensaient qu'il fallait leur accorder le pardon ; et d'autres pas. Vous voyez que ce n'est pas simple, mais vous voyez aussi que cela nous concerne tous, que l'on soit soldat ou pas, dans nos maisons, nos villages et partout ailleurs.

Est-ce que ma conscience est liée par la Parole de Dieu ? C'est la vraie question.

Que Dieu nous vienne en aide pour que nous soyons fidèles là où il nous a placés.

Charles NICOLAS

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11 février 2019

Homme, femme : similitude et différence

 

La similitude entre les hommes et les femmes est très importante. Elle est attestée par le premier récit de la création (Genèse 1). La négliger, c'est risquer de mettre en oubli la commune humanité, la réciprocité, l'interdépendance, l'importance de la communication verbale.

La différence entre les hommes et les femmes est importante aussi. Elle est attestée par le second récit de la création (Genèse 2). La négliger, c'est risquer de mettre en oubli la complémentarité par les vocations spécifiques de l'homme et de la femme, ancrées au plus profond de leur être.

Est-il possible de décrypter entièrement cette similitude et cette différence ? Non. Il s'y trouve une dimension de mystère. Quelque chose continuera à nous échapper, comme nous échappe en partie, encore, la nature de Dieu ou celle de l'unité entre Christ et l'Eglise. C'est ainsi. Prudence donc, ce qui ne signifie pas qu'on ne peut rien dire.

Avec la prudence requise, il me semble possible de retenir deux verbes simples qui définissent la similitude et la différence entre la vocation spécifique de l'homme à l'égard de la femme et la vocation spécifique de la femme vis-à-vis de l'homme. Le mot vocation est important en ce qu'il définit un devoir et donc un sens, autrement que le fait la notion de droit à défendre dont on parle tout le temps.

A la vocation de l'homme, je crois juste d'associer le verbe protéger ; à la vocation de la femme, il me semble juste d'associer le verbe aider. Il n'est pas difficile d'observer la similitude entre ces deux actions. Il est intéressant aussi de remarquer qu'elles ne sont pas, pour autant, entièrement similaires.

La similitude se voit dans le besoin que chacun a de l'autre. Besoin d'être protégée, besoin d'être aidé. Ces besoins ne sont pas absolument vitaux. L'homme peut vivre sans femme, et la femme sans homme, il faut le dire. Cependant le manque de protection peut s'avérer pénalisant, parfois périlleux ; de même que le manque d'aide. Je ne crois pas me tromper beaucoup en disant que beaucoup de femmes pâtissent d'un manque de protection, tandis que beaucoup d'hommes auraient besoin d'une aide qui leur manque. Est-ce faire la part plus belle aux uns qu'aux autres, de dire cela ? Je ne le crois pas. Les tempéraments des uns et des autres ne vont-ils pas influer sur la manière de protéger et d'aider. Sans aucun doute. Mais le principe demeure.

Le problème, c'est l'oubli de la vocation des uns et des autres : l'homme oublie de protéger ; la femme oublie d'aider. Il arrive aussi que les femmes, bien qu'ayant besoin de protection, n'en veuillent pas. Il semble que cela nuirait à leur image ou les exposerait à être dépendantes. Elles refusent la protection, tout en en ressentant le besoin. De même, bien des hommes peuvent refuser d'être aidés, pour les mêmes raisons d'orgueil et de suffisance, alors qu'ils en auraient grandement besoin. Disons simplement qu'accepter d'être aidé ou protégée suppose une mesure d'humilité qui n'est pas toujours au rendez-vous, reconnaissons-le.

Ce besoin réciproque apparaît à plusieurs reprises sous la plume de l'apôtre Paul : "Toutefois, dans le Seigneur, la femme n'est pas sans l'homme, ni l'homme sans la femme. Car, de même que la femme a été tirée de l'homme, de même l'homme existe par la femme, et tout vient de Dieu" (1 Co 11.11-12).

Ainsi, en parlant d'aide et de protection, nous rappelons tout à la fois la responsabilité et le devoir de chacun vis-à-vis de l'autre – dans le couple, mais aussi de manière beaucoup plus générale, car il y a là une dimension créationnelle et donc universelle – et aussi le caractère fragile et le manque qui se trouvent inscrits chez l'homme comme chez la femme.

Je crois qu'on peut aller jusqu'à évoquer la dimension de l'enfant qui demeure chez tout homme et chez toute femme, quand même il ou elle aurait acquis une grande maturité. Il me paraît assez évident, en effet, que tout homme porte en lui la dimension d'un garçonnet et celle d'un père ; que toute femme porte en elle la dimension d'une fillette et celle d'une mère. Est-ce paradoxal ? Sans doute. Est-ce incohérent ? Je ne le crois pas. Ainsi, Jésus, Paul ou Jean peuvent-ils exhorter les disciples à être fidèles, fermes et combattants, tout en les appelant 'enfants' et même 'petits enfants'.

Savoir cela est-il indifférent ? Probablement pas, autant pour le regard que chacun porte sur lui-même que pour le regard qu'il porte sur l'autre, homme ou femme. Et notemment sur le regard qu'il porte sur les femmes s'il est un homme, ou le regard qu'elle porte sur les hommes si elle est une femme. Dans les deux cas, ce regard dit à l'autre : Je vois en toi ce qu'il y a de fragile et je veux y prendre garde : te protéger ou t'aider. Ce regard dit aussi : Sois un homme fort, remplis ta vocation et protège-moi ; sois une femme forte, remplis ta vocation et sois mon aide !

Ces vocations sont-elles similaires ? Nous avons dit qu'elles le sont. En effet, protéger c'est aider, et aider c'est protéger. Elles diffèrent cependant ; elles ne sont pas tout à fait interchangeables. Cette différence est-elle importante ? Elle l'est. Elle est cependant moins aisée à définir que ne l'est la similitude. C'est là, notamment, que se situe la dimension d'un mystère. Un mystère est-il une réalité à laquelle on ne comprend rien ? Non, c'est une réalité que l'on ne peut pas comprendre entièrement. Des précautions sont donc de mise et une limite doit être respectée.

Je crois que le verbe protéger, sans dire tout sur la vocation de l'homme vis-à-vis des femmes, dit quelque chose de juste. Et je crois que le verbe aider, sans dire tout de la vocation de la femme vis-à-vis de l'homme, dit quelque chose de juste. L'homme ne fait-il donc que protéger ? Non, il fait bien d'autres choses encore, mais il ne doit pas omettre de protéger, sans quoi il y aura probablement un péril. La femme n'a-t-elle qu'à aider ? Sans doute pas, mais elle ne doit pas oublier d'être en aide, sans quoi il y aura également un péril. Une de ces deux vocations est-elle moins importante ou moins digne que l'autre ? Non.

La difficulté réside dans le refus de protéger – ou d'être protégée ; dans le refus d'aider ou d'être aidé.

Pourquoi protéger ? Parce que la femme a été tirée du côté de l'homme et que le lieu de son repos est sous la protection de son bras. L'apôtre Paul le dit, se référant au deuxième récit de la création (1 Co 11.8-9 ; 1 Tm 2.13). Pourquoi protéger ? Parce que la femme, dans sa constitution profonde, est un être plus vulnérable, "qui peut se bousculer plus facilement" écrit l'apôtre Pierre (1 Pi 3.7). Est-ce parler mal des femmes que de dire cela ? Pas le moins du monde. Pourquoi protéger ? Parce que la femme, d'une certaine manière, représente en elle-même la condition humaine (Gn 3.20) ou celle de l'Eglise (Ep 5.25-27) qui, sans protection, sont exposées à mille dangers. On pense à cette parole de Naomie à ses deux belles-filles : "Que l'Eternel vous fasse trouver du repos dans la maison d'un mari !" (Ruth 1.9). Ainsi, l'homme qui, lui-même, a besoin d'être aidé, se doit-il de protéger, comme Christ le fait.

Protéger ne peut-il pas infantiliser ? Il ne le faut en aucun cas. Une femme adulte n'est pas moins adulte qu'un homme ! Elle l'est parfois plus...

Pourquoi aider ? Parce que, dès la création, il apparaît qu'il n'est pas bon que l'homme soit seul (Gn 2.18). Il lui faut, comme vis-à-vis, un être qui lui soit tout à la fois semblable et différent, comme une sorte d'écho sur la terre de l'altérité qui existe entre lui et Dieu (Gn 2.20)1. C'est comme si l'homme, sans vis-à-vis féminin, avait toutes les chances de perdre le sens et la mesure de sa nature. Peut-être pouvons-nous dire que sans vis-à-vis féminin, l'homme peut être tenter d'oublier qu'il n'est pas une bête et qu'il n'est pas Dieu ; cela dès avant la chute due au péché.

Aider ne signifie donc pas seulement "donner un coup de main" dans les râches matérielles, ou encore dire 'oui' tout le temps. Si un homme a une mauvaise idée, la femme l'aide-t-elle en devenant sa complice ? Pas du tout. Elle peut l'inviter à rélféchir et, dans certains cas, se désolidaiser, sans esprit de rebellion. Souvent une femme peut aider un homme en faisant appel à sa conscience.

Il est beau et dramatique d'observer combien aujourd'hui ces vocations sont à la fois préservées et perturbées. Magnifiquement préservées, y compris dans le monde, par la grâce de Dieu ; dramatiquement perturbées aussi, y compris dans l'Eglise, malheureusement. On pourrait écrire mille livres pour illustrer cela.

Je terminerai cette évocation avec une formule qui m'est chère : ni trop, ni trop peu. Il faudra toujours corriger, comme nous le rappelle l'Ecriture (2 Tm 3.16.). Que d'injustices et que de souffrances à cause du trop, à cause du trop peu. L'un est-il moins grave que l'autre ? Certainement pas.

Trop protéger, comme trop aider, c'est se mettre à la place de Dieu, c'est donner libre cours à l'instinct de propriété ou de domination, par cupidité ou désir de vengeance, peut-être inconscient. Cela est vrai dans l'éducation des enfants, dans la vie des couples comme dans l'Eglise ou dans la société d'une manière générale. C'est se servir de l'autre pour soi. L'amour est alors absent.

Trop peu protéger ou trop peu aider, c'est oublier le mandat créationnel que chacun a reçu de Dieu ; c'est oublier la dimension du service comme un dû, avec les beaux fruits qu'elle porte. C'est se complaire en soi-même, c'est se méprendre sur le sens de la liberté, c'est nourrir des illusions trompeuses, c'est s'exposer à des manques et à des périls innombrables. L'amour est encore absent.

L'épidémie de divorces à laquelle nous assistons – et aussi l'homosexualité pour laquelle les médias font tant de publicité – disent l'une et l'autre : Pourquoi s'encombrer d'un homme ? Pourquoi s'encombrer d'une femme ? L'autre sexe est devenu indésirable2. C'est oublier la belle vocation créationnelle : protéger, aider, de la part de Dieu.

Avons-nous ici trop distingué les vocations spécifiques de l'homme et de la femme ? Je ne le crois pas. "C'est une joie pour le juste de pratiquer ce qui est juste" (Pr 21.15).

Charles NICOLAS

 

1. C'est la raison pour laquelle Paul associe l'homosexualité et l'idolâtrie, l'une et l'autre relevant de la confusion des genres (Ro 1.24-27).

2.  Indésirable, ou désirable sans lendemain, sur le mode de la consommation... L'amour est absent

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07 février 2019

Le disciple de Christ

 

Introduction

C'est une question de catéchisme. A priori, nous connaissons tous la réponse depuis longtemps.

En même temps, si chacun devait rédiger une réponse en deux lignes, nous verrions apparaître des différences sans doute importantes.

Je crois que la plupart d'entre nous seraient d'accord pour dire que dans chaque église locale se trouvent un certain nombre de chrétiens-disciples et de chrétiens qui ne sont pas des disciples.

Mais là, ça se compliquerait sans doute. En fonction des critères retenus, les constats varieraient sans doute beaucoup. La question des critères est donc importante.

Certains pensent probablement que ce n'est pas à nous de chercher à savoir. Sur quelle base pourrions-nous évaluer la vie des autres ? Ne sommes-nous pas tous des pécheurs pardonnés ? Insensiblement, la notion de disciple est susceptible de devenir floue.

Ainsi, à partir d'un terme a priori simple, pourrions-nous avoir du mal à nous accorder.

 

Que disent les Evangiles et les Actes ?

Le mot apparaît dans les Evangiles et le livre des Actes.

Il est très souvent associé à la figure du maître.

Le disciple n'est pas plus que le maître, ni le serviteur plus que son seigneur. Mt 10.24

Le disciple n'est pas plus que le maître ; mais tout disciple accompli sera comme son maître. Lc 6.40

Quiconque donnera seulement un verre d'eau froide à l'un de ces (...) mon disciple, ... Mt 10.42

Pour suivre le maître, il a dû rompre certains attachements et être prêt à souffrir.

Si quelqu'un vient à moi, et s'il ne hait pas son père, sa mère, (...) et mêmesa propre vie, il ne peut être mon disciple. Lc 14.26

Quiconque ne porte pas sa croix, et ne me suis pas, ne peut être mon disciple. Lc 14.27

Ils l'injurièrent et dirent: C'est toi qui es son disciple. Jn 9.28

Le mot disciple implique non seulement un engagement verbal mais aussi une manière de vivre conforme à cet engagement, conforme à un enseignement, à des prescriptions..

Ses disciples le suivirent. Mt 8.23

Lorsque Jésus eut achevé de donner ses instructions à ses douze disciples. Mt 11.1

De toutes les nations des disciples, les enseignant à observer tout ce que... Mt 28.20

Dans le livre des Actes, il apparaît que les chrétiens sont des disciples.

Il y avait à Damas un disciple nommé Ananias. Ac 9.10

Ce fut à Antioche que, pour la première fois, les disciples furent appelés chrétiens. Ac 11.26

Les disciples se reconnaissent à des marques visibles de tous.

A l'amour que vous aurez les uns pour les autres, tous verront que vous êtes mes disciples. Jn 13.35

Si vous portez beaucoup de fruits, c'est ainsi (...) que vous serez mes disciples. Jn 15.8

 

Que dit le mot 'disciple' ?

Le grec mathêtês porte dans sa racine la notion d'étude, de connaissance ; on pourrait dire d'expertise. Le disciple est instruit sur sa matière et peut instruire quelqu'un d'autre. Y compris s'il est un enfant ou une personne peu instruite (Ac 4.13).

Le disciple est donc un transmetteur par la parole, exactement dans le sens de ce qu'écrit Paul : "Ce que tu as entendu de moi, confie-le à (d'autres) fidèles qui soient capables de l'enseigner" (2 Tm 2.2).

Il est aussi un transmetteur par la manière de vivre, y compris quand le maître n'est plus là. "Ce que vous avez appris, reçu et entendu de moi, et ce que vous avez vu en moi, pratiquez-le" (Ph 4.9. Cf. 1.27).

Cela suppose la notion de fidélité : transmettre comme on l'a reçu (1 Co 11.23 ; 15.1ss ; 2 Tm 2.2).

Le disciple a donc une détermination personnelle qui lui permet d'être seul s'il le faut, de souffrir s'il le faut (1 Pi 2.12 :3.17...).

Il est aussi intégré dans la communauté des disciples avec des devoirs réciproques précis : amour fraternel, soumission mutuelle, répréhension fraternelle, soutien mutuel, etc.

Le disciple est un serviteur (Mt 20.28). Il ne vit pas pour lui-même, mais pour le Seigneur et pour la communauté des disciples. S'il est béni, c'est pour bénir, s'il est instruit, c'est pour instruire, s'il est consolé, c'est pour consoler, etc.

Le mot disciple implique la notion de discipline : personnelle (Mt 6.6) et communautaire. "Maintenant, ce que je vous ai écrit, c'est de ne pas avoir de relations avec quelqu'un qui, se nommant frère, est impudique, ou cupide, ou idolâtre, ou outrageux, ou ivrogne, ou ravisseur, de ne pas même manger avec un tel homme"1 Co 5.11

Quelques implications à explorer

Comment expliquer que des chrétiens recevant instruction depuis des années (ou des décennies) ne soient pas en mesure d'instruire quelqu'un d'autre ?

La notion de disciple/discipulat est peu compatible avec le modèle multitudiniste, avec la pratique du baptême indiscriminé des petits enfants. Il faut choisir. Une des raisons est que la prédication seule ne suffit pas : elle doit être confirmée par des modèles vécus qui confirment son autorité.

On dit souvent qu'un disciple est en marche, en insinuant que "tout le monde est en marche". C'est une autre manière de diluer la notion. Le disciple n'est pas quelqu'un qui cherche. C'est quelqu'un qui a trouvé et qui apprend. C'est quelqu'un qui a déjà fait des choix qui permettent la mise en route. Réduire la vie chrétienne au pardon des péchés ne fait pas des disciples.

La notion de discipline est généralement considérée comme étant contraire à l'amour. La Bible ne dit pas cela. Discipliner, c'est aider !

La notion d'Evangile de la prospérité est opposée au modèle du chrétien-disciple.

La notion d'Evangile spectacle aussi.

La notion de la grâce à bon marchéégalement. On ne peut pas tout concilier.

La formation et l'accompagnement de disciples suppose la profession personnelle de la foi. Calvin le dit quand il parle des "personnes qui sont reconnues être de l'Eglise par profession de foi". C'est cette profession de foi qui permettra de voir, le moment venu, si elles sont hypocrtites ou pas (I.C.IV,I.9 ; voir aussi IV, XIII,6). La notion d'alliance suppose la profession personnelle de la foi.

La discipline du baptême (Union à Christ dans sa mort et sa résurrection, et pas seulement à l'Eglise protestante du coin) et de la cène doit accompagner la prédication fidèle, publique et privée, de la Parole de Dieu. Nous avons enfermé ces deux sacrements dans le cadre restreint des temples en oubliant les implications très nombreuses pour la vie de tous les jours. Calvin donne pour marque de l'Eglise : la prédication fidèle, la droite administration des sacrements et la discipline. Les 3 sont inséparables.

Seuls les disciples font des disciples. Les Protestants font des Protestants, les sympathisants des sympatisants, les auditeurs des auditeurs, les paroissiens des paroissiens... La confusion des genres est néfaste. La notion de nouvelle naissance était mentionnée clairement au début de notre Union. On n'en parle plus guère...

Le fait qu'on retrouve dans les églises, à peu de chose près, les mêmes dérives que dans le monde, doit nous faire réfléchir. En quoi les enfants de chrétiens diffèrent-ils des enfants des non-chrétiens. Normalement, ils doivent grandir eux-même comme de petits disciples.

Charles NICOLAS

 

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