Le blog de Charles Nicolas

29 octobre 2021

Le perfectionnisme

 

Il existe maints ouvrages pour dénoncer le relâchement des chrétiens et l'assoupissement des églises, mais il est moins fréquent de voir traiter la tentation opposée qui touche un certain nombre de chrétiens (et peut-être chacun de nous à certains moments) : le perfectionnisme.

Le perfectionnisme est pour la perfection ce que l'intégrisme est pour l'intégrité : une utilisation excessive, un mauvais usage qui, au lieu de porter de bons fruits, en porte d'amers.

En quoi consiste cette erreur et comment y échapper ?

Le perfectionniste ne retient que deux aspects de la réalité présente : le bien et le mal. Il veut rejeter le mal et s'attacher au bien, ce qui semble être une bonne disposition. Il oublie deux choses cependant :

  • le mal n'est pas seulement extérieur à l'homme, mais intérieur, et nos meilleures intentions sont elles aussi contaminées, souillées par le péché : il y a une sorte de bien qui ne vient pas de Dieu.

  • le bien que Dieu nous demande de vivre, nous n'avons pas la capacité de le pratiquer pour répondre à son attente (Rom 7.18-19).

Ainsi, le chrétien qui vient à la lumière est-il conduit à un double constat :

  • il ne peut par ses propres forces lutter contre le péché qui est attaché à son cœur : il doit renoncer à cette lutte. La victoire sur le péché passe par une mort.

  • il ne peut par ses propres forces accomplir le bien que Dieu attend de lui : il doit y renoncer.

Ce double renoncement (que Paul relate au chapitre 7 de sa lettre aux Romains) équivaut à un tel échec de notre volonté propre et de nos prétentions qu'il équivaut à une mort (Rom 6.4 ; 7.4-6), une sorte d'anéantissement de notre ancienne nature et à un recours total à la grâce de Dieu : non seulement pour le pardon de nos péchés, mais aussi pour la purification et pour l'obéissance de la foi – qui est tout autre chose que l'obéissance de la loi (Rom 10.1-4 ; Gal 5.4).

Le perfectionniste n'est jamais satisfait, sauf quand son illusion est totale vis-à-vis de lui-même (Luc 18.11). Il est malheureux car il est tour à tour confronté à la tentation de se croire meilleur ou pire que les autres. Il est seul. Il ne fait pas confiance. Il est malheureux et il rend son entourage malheureux car il est difficilement accessible, étant prisonnier de ses raisonnements nourris de crainte ou de prétention (Rom 10.21). Le perfectionniste est inévitablement exposé au légalisme, car il place les principes qu'il a sélectionnés au dessus de toute autre considération (Mat 23.23-24). Il peut aussi, à certains moments, être tenté de tout lâcher, tellement son cœur a besoin d'amour et de liberté... Le perfectionniste a du mal à accepter d'être aimé tel qu'il est. Il reçoit peu d'amour et en donne peu (1 Cor 13.1-3).

Le perfectionniste ne peut vivre une communion intime avec son Sauveur. En réalité, si un perfectionniste rencontrait Jésus, il trouverait maintes choses à lui reprocher !

Le perfectionniste doit apprendre ou ré-apprendre qu'il ne peut pas davantage marcher dans la volonté de Dieu par ses propres forces qu'il ne pouvait obtenir le salut par ses propres forces. Il doit accepter que sa dépendance vis-à-vis de l'amour de Dieu, de la grâce qui est en Jésus-Christ et du secours du St Esprit est totale. C'est là une grande humiliation assurément, un brisement même, mais qui seront suivis par un relèvement bienfaisant avec des forces et une joie nouvelles (Jacques 4.10 ; 1 Pierre 5.6).

Seule cette acceptation mettra le perfectionniste en repos, irriguera son cœur de grâce et d'amour, mettra un terme à ses raisonnements de propre justice ou de culpabilité, mettra un terme à l'esprit de jugement ou de supériorité à l'égard des autres. Seule cette acceptation introduira dans sa vie la dimension du Royaume de Dieu qui glorifie le Seigneur.       

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13 octobre 2021

Dire sa souffrance

 

Je me souviens du pasteur d'une église grande et dynamique qui m'avait confié un jour : Dans notre église, on ne sait pas entendre 'J'ai mal'.

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Je me souviens aussi d'une conférence dans laquelle le professeur Henri Blocher tentait de définir la vocation de l'église locale en disant ce qu'elle n'est pas : elle n'est pas un club sympathique pour se détendre, elle n'est pas une école pour étudier, elle n'est pas un stade pour s'entraîner, elle n'est pas un hôpital pour être soigné, elle n'est pas une chorale pour organiser des concerts, elle n'est pas un régiment pour apprendre à se battre... Mais elle est aussi un peu tout cela, tant est grande la diversité des besoins, des dons, des défis, des manifestations de la grâce de Dieu.

La mention assez fréquente dans la Bible de la veuve et de l'orphelin témoigne de la prise en considération de la souffrance vécue : la souffrance vécue par les hommes et les femmes d'une manière générale, mais aussi au sein du peuple de Dieu. D'ailleurs, quand il est question de la veuve et de l'orphelin dans la Bible, il est question de membres du peuple de Dieu. Il y avait donc et il y a encore, en Israël ou dans l'Eglise de Jésus-Christ, des chrétiens qui perdent leur conjoint, des enfants qui perdent leurs parents... Cela signifie que le peuple que Dieu choisit, rassemble et entoure de ses soins n'est pas épargné par les souffrances qui touchent l'ensemble des hommes. Accepter cela n'est pas évident pour tout le monde. Puis-je, en tant que chrétien, vivre un temps de souffrance profonde, éventuellement durable, sans mettre en doute ni l'amour ni la fidélité de Dieu pour moi ? Cela s'appelle la persévérance dans la foi.

Deux écueils existent à ce niveau. Le premier consiste à faire de la prise en compte de la souffrance des hommes le cœur de l'Evangile. Je crois que cela n'est pas juste. Chronologiquement, le premier mal n'est pas une blessure, c'est une transgression. Le statut primordial de tout homme n'est pas celui d'une victime, c'est celui d'un pécheur. La première plainte qui sort de ma bouche ne devrait pas être causée par ma souffrance mais par mon péché (2 Ch 7.14 ; Lam 3.39 ; Ro 7.24). La prédication de Jean-Baptiste, celle de Jésus, celle des apôtres n'interpelle pas prioritairement des personnes à consoler mais des personnes qui doivent se repentir. Et ceux qui souffrent ? Ils doivent se repentir également, Jésus le dit très clairement (Luc 13.5). Jamais la Bible ne laisse entendre que la souffrance subie aurait une valeur expiatoire, comme beaucoup l'ont cru et le croient peut-être encore, inconsciemment. Il y a aujourd'hui une sorte d'Evangile compassionnel qui opère une promotion de la victimisation, sans se rendre compte, peut-être, que cela finit par devenir une prison. C'est un évangile horizontal, humanitaire, social, qui reflète bien peu l'Evangile biblique.

Il existe un autre écueil qui, à l'inverse, impose au croyant l'obligation d'aller toujours bien. Il faudrait toujours dire : c'est super ! Il faudrait toujours sourire, toujours être actif, toujours faire la fête (il faut bien attirer les jeunes), toujours être en forme. C'est une sorte d'évangile promotionnel, une manière de faire envie, d'attirer. De tromper aussi, malheureusement. Les psalmistes allaient-ils toujours bien ? Les prophètes allaient-ils toujours bien ? J'ose le demander : Jésus allait-il toujours bien ? Je ne le crois pas (Lc 9.41 ; Jn 11.35 ; Hé 5.7-8). L'apôtre Paul allait-il toujours bien ? Cependant, vous avez bien fait de prendre part à ma détresse, écrit-il aux Philippiens (4.14).

En réalité, jamais une personne malheureuse ne se sent aussi seule qu'au milieu de personnes qui seraient toujours heureuses. Et jamais une personne triste ne se sent aussi triste que dans un endroit où il n'y aurait de place que pour la joie. Jésus ne dit pas : Heureux ceux qui sont toujours joyeux, mais heureux ceux qui pleurent, et la promesse est au futur, c'est-à-dire pas forcément pour tout de suite. Si je devais donner un titre aux Béatitudes, je dirais : Pas tout de suite, mais bientôt ! C'est encore le temps de la patience. Il est de la volonté de Dieu de vous donner du repos avec nous, écrit Paul, lorsque le Seigneur Jésus apparaîtra du ciel avec ses anges (2 Th 1.7). C'est bientôt, mais pas tout de suite. C'est encore le temps de l'endurance.

Une des forces de la révélation biblique, c'est son réalisme. Elle ne raconte pas d'histoires, contrairement à ce que certains prétendent. Les plus grands héros bibliques ont leurs faiblesses, leurs défaillances, leur désarroi, et ils le disent. L'expression de la souffrance fait partie de la marche dans la lumière. Quand un malheureux crie, l'Eternel entend et le sauve de sa détresse (Ps 34.7). On comprend que si le malheureux ne crie pas, la délivrance attendra, peut-être. Pourquoi donc faut-il que le malheureux crie ? Parce que le fait de crier à Dieu ouvre un accès jusqu'au cœur de celui ou celle qui crie, et cet accès permet de recevoir le secours. En six versets, le Psaume 13 illustre cela d'une manière spectaculaire.

Le Psaume 119 est une splendide confession de foi, l'affirmation d'un attachement indéfectible à la Parole de Dieu, d'une reconnaissance sans bornes pour la fidélité de Dieu à ses promesses. Mais celui qui s'exprime ainsi mêle à son chant des appels au secours : Mon âme pleure de chagrin : relève-moi selon ta parole ! Mes yeux languissent après ta promesse. Je dis : Quand me consoleras-tu ? Je suis à toi : sauve-moi ! (28, 82, 94). Ce sont là les plaintes de quelqu'un qui connaît le Seigneur et qui l'aime. Simplement, il ne fait pas semblant. Quand il est dérouté, il le dit ; quand il ne comprend pas, il le dit ; quand il n'en peut plus, il le dit.

Tant que je me suis tu, mes os se consumaient, je gémissais tout la journée, écrit David (Ps 32.3). On n'a pas attendu la psychologie moderne pour découvrir que quand la bouche s'ouvre, le cœur s'ouvre aussi (Ro 10.10). On peut tout dire à Dieu. Pas n'importe comment sans doute, mais on peut tout lui dire. Seul à seul, porte fermée (Mt 6.6). Il faudrait commencer ainsi. Tant que je me suis tu. On peut se taire pendant des heures, pendant des jours, pendant des années, même...

Ensuite, il se peut qu'il soit utile d'ouvrir son cœur à quelqu'un, un frère ou une sœur de confiance qui n'en parlera à personne. Confier un péché, confier une souffrance, pleurer peut-être. C'est humiliant ? Oui, mais le Seigneur relève celui qui s'humilie (Jc 4.10 ; 1 Pi 5.6). Cela s'appelle la marche dans la lumière

Charles NICOLAS

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11 octobre 2021

Le Socialisme

Avertissement : Ce texte ne vise personne, ni aucun parti politique. Il évoque une idéologie née au XIXème siècle à la suite de la philosophie des Lumières et de la Révolution française. Il s'agit, pour ce courant de pensée, de passer de l'utopie à l'action...

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J'ai devant moi un livre édité en 1852, écrit par mon aïeul Auguste NICOLAS, magistrat à Bordeaux. Son titre : Du PROTESTANTISME et de toutes les hérésies dans leur rapport avec le Socialisme.

 

A cette époque, une partie importante du Protestantisme, accueillante de la pensée des Lumières, toujours armée contre l'Eglise romaine (qui demeurait, malgré le Concordat, l'Eglise officielle), avait de nombreuses accointances avec le Socialisme.

 

Cent cinquante ans après, cet héritage-là demeure, au milieu de nous.

 

Je m'affranchis peu à peu de l'interdiction (gravée dans les statuts des Eglises à côté des Dix commandements) d'évoquer la question politique. C'est le tabou protestant (!), intouchable, sacré, qui demeure caché et agissant de génération en génération. Ce tabou explique un grand nombre de nos difficultés (je ne dis pas : toutes, cependant !).

 

Le Socialisme, c'est la version profane de l'Evangile ; c'est là le problème. Parce qu'il lui ressemble, on pense que c'est bon. Alors que c'est parce qu'il lui ressemble, sans Jésus-Christ, qu'il est dangereux. Mieux vaut avoir la photo d'un renard dans son porte-feuille qu'un faux billet de 50 euros.

 

Le Socialisme en dehors de l'Eglise, on peut le comprendre – même si l'utopie, dans ou en dehors de l'Eglise, est toujours dangereuse. Mais le Socialisme dans l'Eglise est incompréhensible. C'est une sorte d'adultère autorisé et permanent, une trahison, une mascarade, une insulte à l'Evangile biblique. Il produit un message et des engagements censés être consensuels mais qui, en réalité, sont frelatés, trompeurs. C'est l'Evangile expurgé de la dimension de scandale qui en fait partie (1 Co 1.23). C'est “l'Evangile pour tous”, comme on a eu le mariage pour tous, à la manière des hommes... C'est la folie de Dieu (1 Co 1.18-25) troquée pour la sagesse des hommes.

 

Quelques-uns répondront que la Droite a aussi ses tares. Nous le savons bien. Mais elle ne se déguise pas en Evangile, c'est là la différence.

 

Le Socialisme dans l'Eglise, c'est l'échec du fondement théologique correctement préservé et transmis, c'est l'échec de la prédication, c'est l'échec des Unions d'Eglises d'aujourd'hui... ; c'est même l'échec de notre témoignage. Pourquoi ? Parce que les présupposés idéologiques inspirés par le Socialisme demeurent, sous-jacents, inamovibles, et parce que c'est sur ce fondement-là que le reste se construit, en second lieu. Prépondérant, le Socialisme réclame la première place dans les coeurs, comme l'Evangile. Les lunettes socialistes ne sont pas seulement la conséquence du péché, elles sont la conséquence d'une immense duperie. Elles colorent tout ce qui existe et en travestissent le sens.

 

Y a-t-il d'authentiques chrétiens socialistes ? Bien-sûr que oui. Ce sont nos frères et nos soeurs, s'ils ont reçu l'Evangile authentique. Mais il sera difficile de collaborer avec eux. Déjà, pour eux, les mots frères et soeurs n'ont généralement pas le même sens que pour nous...

Charles NICOLAS

 

 

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08 octobre 2021

Vaccin obligatoire ? (2)

 

6. La fin et les moyens

Dans son livre L'Insoutenable Légèreté de l'être (1982), l'écrivain tchèqueMilan KUNDERA affirme que “ce qui fait un homme de gauche, c'est la croyance que l'humanité est lancée dans ce qu'on appelle 'la Grande Marche' vers le progrès”. Rod DREHER (Résister au mensonge1) écrit : “Si le progrès est inévitable et que le parti communiste est le chef de file de la Grande Marche de la société vers l'avenir, alors, résister au parti c'est se dresser contre l'avenir – et même carrément contre la réalité. Ceux qui s'opposent au parti s'opposent au progrès et à la liberté et se rangent dans le camp de l'avidité, de l'arriération, du sectarisme et de l'injustice dans toutes ses formes... Ainsi, le mythe du progrès devient-il une justification pour exercer un pouvoir dictatorial et éliminer toute opposition”.

Ce qui s'applique ici au parti communiste peut bien s'appliquer à d'autres, avec en toile de fond d'excellentes raisons généreuses qu'il ne convient pas de contester. Il existe mille moyens de convaincre, sinon d'intimider, sinon de contraindre. Ceux qui résistent sont soit mal informés, soit fous, soit méchants. On a déjà vu cela.

Je me permets de suggérer, sans être un spécialiste de la question, que la démocratie est peut-être un bon système de gouvernement2 tant qu'elle se développe dans un contexte chrétien, c'est-à-dire avec une référence qui se situe en dehors (et au-dessus) d'elle-même. Quand ce n'est plus le cas, elle perd ses limites et devient idolâtre et potentiellement dangereuse3.

Les arguments généralement entendus pour justifier la nécessité d'un pass sanitaire peuvent être entendus mais ne sont pas tous convaincants, loin de là. Le retour à la vie comme avant (notamment les cafés et les cinémas), la simplicité (comme cela tu seras tranquille), le grand nombre (tant de millions de personnes l'ont déjà), les restrictions de liberté (tu ne pourras plus rien faire), le principe d'autorité (c'est la loi), les statistiques (on leur fait dire ce qu'on veut), la protection des plus fragiles (et même l'amour du prochain !)... Oui, tout cela compte, mais quel poids dans la balance ? C'est la question.

 

7. Le principe de précaution

Le confinement des personnes âgées dans les EHPAD a bien mis en évidence les limites du principe de précaution. On peut mourir de tout, mais pas du Covid. Là aussi, l'échelle des valeurs est questionnée : où sont les priorités ? Quelles sont les motivations ? Où se trouve l'équilibre entre le respect des personnes et les contraintes collectives ?

La même question se pose à mon esprit quand on sédate (assez promptement) les personnes en fin de vie, actuellement. Est-ce la paix de la personne qui est en jeu ou celle des familles et des services de soin ? On pourrait en parler longuement.

La lutte contre le communautarisme relève aussi du principe de précaution. Elle révèle surtout une grande fragilité et une crise de l'autorité. Un Etat fort et sain n'a rien à craindre des communautés, dès lors que chacune respecte le code commun de la vie en collectivité. Mais quand cette conviction commune s'étiole, chaque particularité devient menaçante. Au XVIIème siècle, les Protestants n'entendaient pas du tout mettre en cause le roi. Mais ils lisaient la Bible et étaient en relation avec des Protestants d'autres pays. Alors on a fait l'impossible pour les exterminer. Le même phénomène s'est reproduit à la Révolution française. Dans tous ces cas, il y a un franchissement des limites par un pouvoir humain, une forme d'absolu qui, normalement, revient à Dieu seul (pas même à l'Eglise !).

Dans un tel contexte, Martin Luther et Dietrich Bonhoeffer seraient d'emblée taxés d'extrémistes ou de complotistes. Jésus aussi, d'ailleurs.

 

8. La démarche éthique

La démarche éthique est normalement rigoureuse et modeste ; le contraire de ce que l'on observe presque partout. Elle ne décrète pas, elle cherche son chemin, son sentier devrait-on dire, entre des maux et des écueils, en tentant de discerner ce qui est le plus juste, ou le moins injuste. La démarche éthique donne la parole à tous, sans ostracisme, et invite chacun à entrer dans une 'élaboration' personnelle et, si possible, consensuelle. En tout cas, c'est ainsi que les choses devraient se passer. Aujour'd'hui cependant, même dans les groupes de réflexion éthique, il y a des choses que l'on ne peut plus dire.

Bien sûr, il y a des situations qui exigent des décisions. Mais ces décisions ne s'imposent pas. Elles sont éclairées le mieux possible par des avis et se prennent “en conscience”. Il est vrai que tout cela s'inscrit dans un cadre légal, celui de la loi qui balise le chemin. Mais la démarche éthique prend en compte la complexité des situations et la diversité des attendus.

La question de l'interruption de grossesse, par exemple, pose la question de la liberté de la femme mais aussi celle de la vie de l'enfant à naître. On voit ce qui se passe quand on ne retient que l'une des deux. Qui a raison ? Pourquoi l'une vaudrait-elle plus que l'autre ? Qui est le plus fragile dans cette situation ? Quels sont les principes généraux qui devraient s'imposer à tous ? Comment les appliquer de manière juste, équitable ?

La modestie qui devrait prévaloir n'est pas toujours présente. Quand je vois des personnes trop sûres s'appuyer sur des arguments qui ne me convainquent pas, je suis enclin à freiner. Et dans le doute, je préfère m'abstenir. Ces éléments de réflexion impliquent-ils qu'on doive refuser de se faire vacciner ? Je ne le crois pas. Mais ils peuvent expliquer qu'on ne s'y précipite pas.

Le XXème siècle nous a rappelé que le pire n'est jamais sûr ; mais qu'il n'est pas exclu non plus. Et la réalité des drames a d'assez loin dépassé les prévisions les plus pessimistes. On retrouve cela dans les prophéties bibliques. Réalisme de la Bible !

Et la loi ? Le Protestant (le chrétien) n'est pas un révolutionnaire ; il est éventuellement un résistant, quand sa conscience le demande, quel que soit le prix à payer.

Charles NICOLAS

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1Rod DREHER, Résister au mensonge, Vivre en chrétiens dissidents, Editions Artège, 2021. L'auteur est de confession orthodoxe.

2 “La démocratie est le pire des systèmes, à l'exclusion de tous les autres” (W. Churchill). Sur ce thème, on peut écouter l'émission Répliques du 4 septembre 2021 sur France-culture, avec A. Finkielkraut : Toqueville éducateur.

3Je me souviens d'un slogan peint au bord de la route pendant la période des Gilets jaunes : Le peuple a élu un dictateur !

 

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07 octobre 2021

Vaccin obligatoire ? (1)

 

Ceci n'est pas une réflexion partisane. C'est le questionnement d'un pasteur qui est capable d'avoir des positionnements assez clairs sur un certain nombre de sujets, mais qui n'a pas pour autant un avis arrêté sur tout. Mieux vaut dire 'Je ne sais pas' que parler trop vite et dire des sottises.

Celui qui veille et qui prie (Mc 13.33) ne sait pas tout ; il est seulement à l'écoute et attentif. Ainsi, ces remarques peuvent-elles être lues par des personnes ayant déjà fait un choix dans un sens ou dans un autre.

La survenue du vaccin quasi obligatoire pose des questions techniques sur lesquelles je ne suis pas compétent. Mais tout cela se vit dans un contexte plus large qui n'est pas neutre, loin de là. Dans une société qui se définit de plus en plus sans espérance et sans Dieu (Ep 2.12), les présupposés, les références, les valeurs, les mobiles, les priorités, les objectifs se définissent de manière émancipée, pourrait-on dire. Mais pour quel bien ?

 

1. Dire oui ou non ?

Un enfant dans la cour de l'école ne devrait pas toujours dire non. Il ne devrait pas toujours dire oui non plus. Il devrait dire : Oui, oui, oui ; mais là non. S'il hésite, mieux vaudrait qu'il s'abstienne, probablement. En le faisant à bon escient, il “sauve son âme” et peut-être celle de plusieurs autour de lui.

Le Protestant (je devrais dire le chrétien) n'est pas un révolutionnaire ; il est éventuellement un résistant. Il n'est pas un insoumis, encore moins un rebelle ; mais il hiérarchise les références d'autorité. Il est soumis à Dieu et à César (Mt 22.21), mais Dieu est plus grand (Jn 19.11 ; Ac 4.19 ; 5.29). Il n'a pas pour objectif de plaire à tout le monde (Ga 1.10). S'il est possible, autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes, écrit Paul (Ro 12.18). Cette recommandation est bien assortie de deux conditions, de deux bémols pourrait-on dire. Entre l'amour et la vérité, le chrétien ne choisit pas : il garde les deux (1 Co 13.6).

L'attitude de Martin Luther, à cet égard, est remarquable. Sommé de se rendre à Worms (1521) pour se rétracter devant l'empereur Charles Quint et devant les légats du Pape, il demande 3 jours de réflexion puis déclare : Ma conscience est liée par la Parole de Dieu et il n'est pas bon d'aller contre sa conscience. Je ne puis autrement. Que Dieu me soit en aide. Mis au ban de l'empire il devra demeurer reclus pendant une année (période pendant laquelle il traduira la Bible en langue allemande).

 

2. Individualisme ou collectivisme ?

On entend à juste titre fustiger l'individualisme qui caractériserait notre époque. Il est vrai que si chacun fait ce qu'il veut quand il veut, les situations seront vite ingérables. En un sens, on peut le dire, la communauté prime sur l'individu. Cependant, le XXème siècle a largement démontré que le collectivisme ne constitue pas une alternative acceptable. Les pires tragédies ont résulté de ce type d'idéologie et de régime politique – et il ne s'agissait pas de théocraties.

Cela a un rapport avec le principe de liberté que prônent les Anti-pass. Mais de quelle liberté s'agit-il ? Le concept de liberté est amoral, dit Alain Finkielkraut. En d'autres termes, la liberté ne peut se définir toute seule.

La révélation biblique conjugue de manière admirable le rapport entre l'individu et la communauté. La référence majeure est bien sûr celle de Dieu, unique et trinitaire, créateur et rédempteur, qui crée l'homme à sa ressemblance (Gn 1.26) et constitue un peuple racheté par la grâce. L'effacement de la référence à Dieu tend à faire de l'homme un dieu ou une réalité insignifiante1. Nous le voyons, nous le verrons.

 

3. Nos valeurs

Lors d'une conférence de presse avec le président égyptien Al Sissi, le lundi 7 décembre 2020, Emmanuel Macron a affirmé avec force, à trois reprises : Il n'y a rien au-dessus de l'être humain2. Cette phrase, dans la bouche d'un président de la République, est loin d'être anodine.

Le Progressisme (qui appelle progrès ce qui est nouveau) ressemble à une nouvelle religion qui regarde de haut ceux qui ne partagent pas son credo. Le Progressisme qualifie d'irréversible ou d'irrévocable ses dernières inventions : la libéralisation de l'avortement, le mariage homosexuel, la théorie du genre, bientôt sans doute l'euthanasie et la GPA... Tout n'est qu'une question de temps.

Les consciences sans amarres s'habituent à tout. Regardez, la terre tourne toujours dans le même sens : tout cela n'est donc pas si grave.

Au bord de la rivière à Alès, un panneau a été posé par la Mairie, annonçant une amende de 150 000 (cent cinquante mille) euros pour quiconque aurait un comportement inapproprié envers les cygnes et les canards. Pourquoi 150 000 ? Je trouve que 150 aurait déjà été significatif. Pendant ce temps, on pratique des IVG chaque semaine à l'hôpital tout proche.

Nous entendons parler à tout moment de “nos valeurs” comme s'il allait de soi que l'humanité (raisonnable) était maintenant rassemblée autour des mêmes valeurs. On s'inquiète pour les enfants déscolarisés “qui échappent aux valeurs de la République” et les parents qui ont des références différentes sont accusés de “complot contre l'ordre social”. Il me semble que c'est comme cela que naissent les totalitarismes. Quelle place alors pour les consciences bousculées ? Voilà notre contexte.

 

4. La loi sur les séparatismes

Le CNEF et la Fédération protestante de France elle-même ont estimé que cette loi était préoccupante.

L'historienne Valentine Zuber écrit3 : L'année passée a été marquée par un renouveau et un durcissement jamais égalé du débat sur les questions liées à la définition et à la place à donner à la laïcité et aux valeurs républicaines dans nos institutions comme dans l'espace public. Cette loi introduit plusieurs nouvelles dispositions qui modifient considérablement l'esprit de la législation traditionnelle [pour ce qui concerne la citoyenneté]. En cela, et à travers d'autres dispositions visant à durcir le contrôle du fonctionnement des associations tant générales que cultuelles, le droit à la liberté religieuse garanti par l'article 1er de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat de 1905 se trouve considérablement réinterprétée. Les restrictions liées à la 'sauvegarde de l'ordre public' se doublent maintenant des 'exigences minimales de la vie en société' par les citoyens, soit une morale soi-disant commune pourtant bien mal définie.

Cette historienne est-elle une complotiste ? Dans une tribune commune publiée le 10 mars dans Le Figaro, les Eglises chrétiennes ont unanimement dénoncé une loi de “contrainte et de contrôle, introduisant une véritable “police de la pensée” qui pourrait gravement porter atteinte aux libertés les plus fondamentales”. Les grandes associations des droits de l'Homme, les syndicats et les représentants de la société civile se sont, eux aussi, émus du contrôle accru de l'Etat sur leurs propres structures associatives ainsi introduit par la loi. C'est aussi dans ce contexte de reprise en main que l'Etat a voulu supprimer l'Observatoire de la laïcité pour le remplacer par un simple comité interministériel, une structure uniquement administrative faisant craindre à terme l'impostion d'une doxa proprement étatique en matière de définition de la laïcité4. Quand au Conseil national des Evangéliques de France (CNEF), il parle d'une « laïcité de surveillance ».

La police des cultes surveille déjà les prédicateurs. Qu'adviendra-t-il quand on va leur demander de signer un engagement à ne pas exprimer de positions qui divergeraient de celles correspondant aux valeurs de la République ?

 

5. La question de la confiance

Les Romains demandaient du pain et des jeux. Les hommes d'aujourd'hui demandent des mots positifs, des mots qui sonnent bien. Le mot confiance est un de ces mots et le mot est censé créer la chose... Il comprend la racine latine fidere qui signifie avoir foi.

Lors de son allocution du 12 juillet dernier, E. Macron a justifié sa décision d'imposer le pass sanitaire par une triple référence : les Lumières, la Science et le Progrès. Au moins, les choses sont dites. Mais cette trinité-là n'est pas exactement celle des chrétiens.

Sur quoi cette confiance doit-elle se fonder, finalement ? Dans les écoles, on va apprendre à lire et à écrire, mais aussi que l'homme n'est qu'un animal évolué et que l'homosexualité est une chose banale, voire normale. Déjà, les services de pédiatrie accueillent des demandes de changement d'identité sexuelle chez les enfants. Pour beaucoup, le mot 'scientifique' équivaut à une sorte de label d'infaillibilité. En ex-URSS, le marxisme-léniniste se targuait aussi de reposer sur une base scientifique. Mais dans les services de radiothérapie à l'hôpital on fait appel à des radiesthésistes et autres guérisseurs pour “enlever le feu”.

Il est vrai qu'il y a une confiance a priori qui est nécessaire pour vivre en société et pour vivre tout court (1 Co 10.25). Mais où a-t-on vu que, dans un monde corrompu, cette confiance allait de soi, dans tous les domaines et tout le temps ? Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups, a dit Jésus ; soyez prudents comme des serpents et simples comme des colombes (Mt 10.16). Notre simplicité ne sera donc pas sans prudence. Nous le disons à nos enfants, mais c'est aussi vrai pour nous, nous le savons bien. Notamment à l'écoute des médias...

L'abandon des références chrétiennes laisse chaque jour un peu plus la place à de nouveaux modèles de type religieux, comme ce devait être le cas à Athènes au temps de l'apôtre Paul (Ac 17.22). Les nouveaux prêtres de ces religions sans Dieu sont les journalistes, les médecins et les experts. Certains hommes politiques aussi. On est censé les croire sur parole. Ils nous parlent d'un monde nouveau et déclarent archaïque tout ce qui prévalait jusqu'alors.

(à suivre)

 

 

1Je renvoie à l'article d'Henri Blocher : L'individu menacé (Evangile 21, avril 2018). https://evangile21.thegospelcoalition.org/article/lindividu-menace-2/

2"La valeur de l'homme est supérieure à tout. C'est l'apport de la philosophie des Lumières et c'est ce qui fait l'universalisme des Droits de l'homme...”. https://www.youtube.com/watch?v=8RLel4oO3tY&ab_channel=LeParisien

3Valentine Zuber, directrice d'études, chaire de “Religion et relations internationales”, à l'Ecole pratique des Hautes Etudes. Article publié dans le CEP (sept. 2021), périodique de l'EPUdF.

 

4Une Vigie de la laïcité (www.vigie-laicite.fr) vient d'être créée, comme organisme indépendant de veille citoyenne. Voir la tribune publiée par Le Monde le 10 juin dernier, signée par treize intellectuels.

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15 septembre 2021

La victime est toujours innocente...

 

J'avais un oncle doux, gentil, un brave homme comme on dit en Provence. Quand il évoquait son père défunt (mon grand-père donc), viticulteur comme lui, il disait : mon pauvre père, ce qui voulait dire : Mon père qui est mort. C'est aussi un usage provençal. Cela exprimait une profonde affection ; plus que cela, c'était une manière d'honorer son père, comme dit l'Ecriture, de signifier une sorte de respect sacré.

Dans un contexte catholique romain, c'était aussi une manière de témoigner d'une croyance : l'épreuve de la mort, forcément injuste, est sensée opérer une forme d'expiation des fautes. Celles-ci sont dès lors pardonnées ; il ne devrait plus en être question.

 

1. Celui qui est mort est un saint

Sur ce sujet comme sur plusieurs autres, la piété catholique rejoignait – je parle au passé car je ne sais pas si on s'exprime encore comme cela aujourd'hui – un réflexe populaire qui, lui, peut encore s'observer aisément : croyant ou pas, celui qui est mort est souvent considéré comme une sorte de saint, surtout si sa mort est regardée comme injuste. C'est ainsi que les victimes de faits de guerre ou d'attentats, de cataclysmes ou de graves maladies, sont automatiquement regardées comme innocentes.

Cet acte de miséricorde peut se comprendre. On veut dire par là que ces personnes qui ont perdu la vie (ou été sérieusement agressées) n'ont rien fait qui puisse justifier un tel sort : elles ne l'ont pas mérité. Pas plus que les autres, en tout cas, c'est-à-dire que nous tous. Il est possible de voir là une manière de plaider pour une sorte d'innocence collective : nous sommes tous des braves gens finalement, qui n'avons pas demandé à souffrir. C'est certainement une des raisons qui justifie la formule bienveillante frères en humanité qui se veut inclusive, comme on dit aujourd'hui. L'intention étant naturelle et bienveillante, il ne devrait pas y avoir grand chose à redire à cela.

L'inspiration de ce réflexe naturel et bienveillant est-elle accordée avec l'enseignement biblique ? La victime est-elle toujours innocente ?

 

2. Est-il pour autant innocent ?

La Bible affirme qu'il n'y a sur la terre aucun être juste. Il n'en est aucun qui fasse le bien, pas même un seul (Ro 3.10, 12). Cela signifie qu'en un sens la différence entre le coupable et l'innocent est très relative. Le coupable est aussi un souffrant et la victime n'est pas un être absolument innocent, en soi. Il y a à cela diverses implications, notamment le fait que Dieu seul peut juger de manière parfaitement clairvoyante et juste. En conséquence, c'est avec humilité et mesure que tout jugement humain, même légitime – à commencer par la correction appliquée aux enfants – doit être pratiqué. Mais toi, pourquoi juges-tu ton frère ? ou toi pourquoi méprises-tu ton frère ? puisque nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Dieu (Ro 14.10).

Avec humilité et mesure, cela ne signifie pas avec mollesse ou laxisme. La Bible ne nie pas qu'il y a une différence entre un homme juste et un homme méchant, entre l'agresseur et l'agressé.Tout n'est pas égal, tout ne revient pas au même. Malheur à ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal, dit le prophète Esaïe (5.20). En Israël, le meurtrier doit être puni et la victime dédommagée, si possible, et Paul parle du magistrat qui est établi par Dieu pour châtier ceux qui font le mal (Ro 13.4).

La notion de jugement – qui n'appartient pas seulement à l'ancienne alliance – pose le principe d'une rétribution en fonction des actes de chacun. Je me hâterai de témoigner contre ceux qui oppriment la veuve et l'orphelin, qui font du tort à l'étranger, et ne me craignent pas, dit l'Eternel (Ma 3.5). On ne voit nulle part, dans la Bible, que le fait de mourir (de quelque façon que ce soit) ou même de souffrir fasse de quelqu'un un saint. La parabole du “mauvais riche” (Lc 16.22-24) le montre clairement.

 

3. Le refuge de la victimisation

Tout en mentionnant souvent la veuve et l'orphelin, tout en parlant de la compassion et de l'assistance due aux plus fragiles (2 Co 9.1), la Bible ne tombe pas dans le travers de la victimisation. Tu ne commettras point d'iniquité dans tes jugements : tu n'auras pas égard à lapersonnedupauvre, et tu ne favoriseras pas lapersonnedu grand, mais tu jugeras ton prochain selon la justice (Lv 19.15). Bien sûr, ce n'est pas la même chose d'être riche ou pauvre, mais le pauvre n'est pas juste ou innocent par le fait qu'il soit pauvre1. Lui aussi doit avoir un cœur contrit s'il a péché et demander pardon quand c'est nécessaire. La victime incapable d'exercer la miséricorde, quelle expérience de la grâce a-t-elle donc faite ?

Rachel a perdu deux enfants de moins de trois ans, si on prend à la lettre le récit de Matthieu chapitre 2, mais il lui est reproché d'avoir fermé son cœur et refusé la consolation (2.18). En d'autres termes, au mal qu'elle a subi elle a ajouté un mal commis qui, en un sens, est pire. La victime qui se venge tombe dans le même piège, si on peut dire, de même que celle qui refuse de pardonner (Mt 6.14-15 ; 18.28-35). Jésus parle précisément de cela quand il évoque les Galiléens qu'Hérode a fait massacrer ou ces personnes sur lesquelles est tombée la tour de Siloé (Lc 13.1ss). Croyez-vous que ces personnes – des victimes, assurément – fussent plus coupables que les autres ? Non, je vous le dis. Mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous également (13.5).

Tous, c'est-à-dire les victimes et les “bourreaux”, ont à demander et à recevoir le pardon, devant Dieu.

 

4. Les procès à caractère thérapeutique

Jusqu'à maintenant, les procès visaient deux objectifs. Un objectif de protection : il s'agissait de mettre une ou plusieurs personnes hors d'état de nuire ; et un objectif pédagogique : user de dissuasion vis-à-vis des malfaiteurs en herbe. Il semble qu'un troisième objectif se soit invité, à caractère thérapeutique : permettre aux victimes (et à leurs proches) de faire leur deuil, sous le regard des caméras. A la manière de la liturgie tauromachique, le condamné est exposé dans l'arène du tribunal et le sang infligé par les banderilles qui lui sont appliquées est sensé apaiser la souffrance des victimes. On pourrait ajouter : et expier les péchés du peuple (cf. Hé 9.7).

Il y a là quelque chose qui relève du religieux pré ou post-chrétien, avec les rituels de stigmatisation, de sacrifice et de consciences faussement apaisées, un peu comme au gibet de la place de Grève : plus la torture était effroyable, plus la foule s'en divertissait.

Aujourd'hui, se divertir, c'est s'amuser, se distraire. Mais à l'époque de Blaise Pascal (17ème siècle) qui en a beaucoup parlé, cela signifiait se détourner de. Par exemple, subtiliser un objet, ou encore regarder quelqu'un pour faire croire que c'est lui le coupable. Dans les deux cas, ce n'est pas très glorieux.

 

5. Où sont les innocents ?

Jésus parle de cela avec la parabole de la poutre et de la paille (Mt 7.3-5). Il vise exactement cette attitude hypocrite quand il demande que celui qui est sans péché jette la première pierre. On lit que ceux qui étaient là, accusés par leur conscience, se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu'aux derniers (Jn 8.7-9). La Bible parle déjà de cela quand elle rappelle que le souverain sacrificateur, en Israël, devait offrir chaque jour des sacrifices, d'abord pour ses propres péchés, ensuite pour ceux du peuple (Hé 7.27).

Un seul n'a pas eu à le faire, c'est Jésus. C'est dire si la notion d'innocence doit être mise en question.

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1   Dire : Le pauvre, c'est le Christ, comme on a pu l'entendre, est à proprement parler une sottise.

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05 avril 2021

Un peu de sel s'il vous plaît (24)

 

 

Autobiographie d'un poulpe

 

Quand l’esprit des grandes spiritualités et la connaissance du fait religieux s’effacent, il n’y a plus de barrages au retour de l’idolâtrie et de la confusion, a dit Dominique Potier (La Vie, mars 2021). Nous n'avons pas fini de le constater.

Dans quelques jours va être publié un livre de Vinciane Despret intitulé Autobiographie d'un poulpe – et autres récits d'anticipation. France Inter est à la fête.

Nous voici plongés au cœur des débats scientifiques d'un futur indéterminé. Quelque part entre faits scientifiques et affabulations poétiques se dessine un horizon troublant : et si les araignées, les wombats et les poulpes nous adressaient des messages codés à travers leurs comportements ? Par cette étonnante expérience de pensée nourrie des plus récentes découvertes scientifiques, Vinciane Despret ouvre la voie à un décentrement de la condition humaine sur Terre. (En d'autres termes, l'homme ne serait pas créé le 6ème jour à l'image de Dieu, mais le 5ème jour avec les poissons...).

Il s'agit tout simplement d'imaginer de nouvelles révélations, probablement plus éclairantes que celles que nous ont transmises les prophètes et les apôtres des écrits bibliques. Là, des pêcheurs auraient retrouvé le manuscrit des récits d'un poulpe, inscrits sur des poteries. Le mélange entre faits scientifiques et imagination est sensé constituer un cocktail performant. Il paraît que dans le futur des linguistes vont se spécialiser dans le déchiffrage d'écrits des animaux sauvages. Pourquoi pas ? Là, on apprend que les poulpes croient en la métempsychose (la réincarnation).

Vinciane Despret a écrit d'autres livres : Au-delà des humains (2016), et aussi Au bonheur des morts (2015). A propos de ce dernier livre, elle écrit : Je mène une enquête sur la manière dont les morts entrent dans la vie des vivants. Je travaille sur l'inventivité des morts et des vivants dans leurs relations. Captivant. Commentaire sur ce livre : Depuis un certain temps les morts s'étaient faits discrets, perdant toute visibilité. Aujourd'hui, il se pourrait que les choses changent et que les morts deviennent plus actifs. Ils réclament, proposent leur aide, soutiennent ou consolent... Ils le font avec tendresse, souvent avec humour. Que demander de plus ?

Dans le même sens, l'écrivain Eric Chevillard a écrit un livre intitulé Sans l'orang-outan (2007). On y voit des humains, inconsolables après la mort de deux orangs-outans, en faire des idoles avec lesquelles ils vont vivre une sorte d'osmose... Finalement, l'un d'eux réussit à associer les semences congelées des orangs-outans, qu’il insémine dans le corps de son amie Aloïse.

Quand l’esprit des grandes spiritualités et la connaissance du fait religieux s’effacent, il n’y a plus de barrages au retour de l’idolâtrie et de la confusion.                                                                                                                                   Ch.N.,

 

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30 mars 2021

Un peu de sel, s'il vous plaît (23)

 

 

Laïcité et respect des convictions

 

Je n'accorde aux sondages qu'une attention distraite. Celui dont on nous parle depuis quelques jours, (IFOP le 2 mars, commandé par la Licra), retient cependant mon attention. Un lycéen sur deux (52 %) serait favorable au port de signes religieux ostensibles dans son établissement, soit une proportion deux fois plus grande que dans la population adulte.

Pour une fois, la jeune génération me rassure. Ces lycéens estiment avoir le droit d'afficher leur identité (tout en refusant qu'on les y enferme). Quoi de plus légitime ?

La neutralité de l'Etat, on doit le redire, n'implique pas celle des citoyens. Les élèves vont à l'école pour apprendre ce qui compose ce monde. En quoi est-il instructif de cacher l'identité nationale ou religieuse de qui que ce soit, y compris des professeurs ? Que mon professeur de français soit athée, mon professeur de mathématiques musulman, en quoi cela est-il gênant, dès lors qu'ils enseignent leur matière comme ils doivent le faire ? Que mon médecin soit catholique et le secrétaire de Mairie soit protestant, où est le problème si chacun agit avec impartialité dans ce qu'on attend de lui ?

Ce qui est interdit, à juste titre, c'est le prosélytisme dans les lieux publics. Qu'est-ce que le prosélytisme ? C'est l'attitude qui consiste à imposer à quelqu'un un discours qu'il ne souhaite pas entendre, ou qui occasionne une gène dans le déroulement normal des choses. Un foulard sur la tête ou une croix autour du cou n'entrent évidemment dans aucun de ces deux cas de figure. Les interdire, serait le signe d'une réelle intolérance ou d'une grande fragilité. Dans les deux cas, ce n'est pas bon signe. C'est pourtant ce que l'on constate avec cette compréhension de la laïcité qui tend à vouloir « neutraliser le phénomène religieux, voire à l'invisibiliser » (Jean-Paul Willaime).

L'hebdomadaire catholique La Vie a publié récemment un article sur l'inculture des hommes et femmes politiques sur les questions religieuses. On y lit cette citation du député de Toul, Dominique Potier : Quand l’esprit des grandes spiritualités et la connaissance du fait religieux s’effacent, il n’y a plus de barrages au retour de l’idolâtrie et de la confusion.

On l'avait remarqué.                                                                                                                                        Ch. Nicolas

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08 mars 2021

Un peu de sel s'il vous plaît (22)

 

22. Quand les femmes rompent

 

Maria Nicolaïevna ne s'était pas trompée. De retour à l'hôtel, Dimitri Pavlovitch et elle y trouvèrent le « légitime » (c'est ainsi qu'elle appelle son mari), alias « mon grogros », installé devant une table.

- Tu peux dire que tu m'as fait attendre ! s'exclama-t-il avec une grimace maussade.

- Cela ne fait rien ! Cela ne fait rien ! répliqua joyeusement Maria Nicolaïevna. Tu es furieux ? Ca te fera du bien : tu n'as que trop tendance à rester figé. Allons, sonne !... Nous allons prendre du café – le meilleur qui soit au monde ! Dans des porcelaines de Saxe et sur une nappe blanche comme neige. Elle retira ses gants et bâtit des mains.

Polozov (c'est son mari) lui jeta un regard en coulisse.

- Vous avez l'air bien excitée, Maria Nicolaïevna, murmura-t-il.

- Ca ne vous regarde pas, Hippolyte Sidorytch !... (c'est son mari). Allons, sonne !... Dimitri Pavlovitch (c'est l'ami qu l'accompagne), asseyez-vous : un second petit déjeuner ne vous fera pas de mal !... Allons, exécutez-vous !... Mon Dieu, comme c'est amusant de donner des ordres à quelqu'un !... Je ne connais pas de plus grand plaisir !

- Quand on veut bien vous obéir ! grommela Polozov.

- Justement, quand on veut bien vous obéir... C'est bien ce qui me met en joie. Surtout avec toi. N'est-ce pas, mon grogros ?...Ah, ah, voici notre café.

Sur l'énorme plateau, servi par le domestique, il y avait un programme de théâtre. Maria Nicolaïevna s'en empara incontinent.

- Dimitri Pavlovitch, voulez-vous venir au théâtre avec moi ?... Les comédiens allemands sont infects – mais vous viendrez... C'est promis ?... Oui !... Comme vous êtes gentil !... Et toi, le grogros, viendras-tu ?

- Comme il te plaira, répliqua Polozov en portant la tasse à ses lèvres.

- Bon. Alors écoute : tu vas rester à la maison.

(…)

Il se trouve que j'ai lu ces lignes hier, à l'heure de la sieste. C'est un passage du chapitre XXXVI du roman de Tourguéniev (1818-1883) Eaux printanières, que j'avais déjà lu quand j'avais 17 ans. Cela fera pour la journée des droits des femmes...

Il se trouve aussi que dans le train, il y a 8 jours, j'ai observé un homme qui se trouvait à 7 ou 8 mètres de moi. Environ 45 ans, plutôt musclé, en tee-shirt blanc. Son livre ? Quand les femmes rompent, d'Isabelle Yhuel. Un jour, il y aura peut-être une journée des droits des hommes. Si les femmes le veulent bien.

Ch.N., 8 mars 2021

QdLesFemmesRompent

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01 mars 2021

Un peu de sel, s'il vous plaît (21)

 

 

ENFIN L'EGALITE !

 

Depuis quelques temps, nous entendons parler de rixes dans certains quartiers, d'affrontements entre bandes, d'actes de violence stupéfiants de la part d'adolescents de 13 à 17 ans. La police judiciaire est sur les dents, mais aussi les acteurs sociaux, les élus et le gouvernement. On cherche à comprendre. ''Une forme de banalisation de la violence, une survalorisation d'une forme de virilité'', a-t-on dit.

Survalorisation d'une forme de virilité ? Ah non ! Certaines adolescentes sont capables, elles aussi, d'actes d'une violence inimaginable. Ouf ! On a failli verser une fois de plus dans la discrimination. Enfin, l'égalité !

Avant, seuls les hommes fumaient ; maintenant les femmes fument aussi. C'est quand même mieux. Avant, les garçons disaient des gros mots ; aujourd'hui, les filles suivent de près. C'est beau le progrès.

Les hommes, parce qu'ils doutent d'eux-mêmes peut-être, ont besoin de se donner de l'importance, de se mesurer aux autres, de raconter leurs exploits. A vrai dire, les femmes (pour une part) étaient au dessus de tout cela. Mais, égalité oblige, les voilà maintenant dans des postures semblables. Y a pas de raison.

La publicité faite au livre de Léa Salamé : Femmes puissantes (Ed. Les Arènes, 2020), est significative. Surtout, ne pas être en arrière, même si cela mène à pas grand chose de sensé. Quand même !

Ch.N.

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