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Le blog de Charles Nicolas
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Le blog de Charles Nicolas
  • Dans une société déchristianisée où les mots perdent leur sens, où l'amour et la vérité s'étiolent, où même les prédicateurs doutent de ce qu'ils doivent annoncer, ce blog propose des textes nourris de réflexion biblique et pastorale.
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21 février 2023

La solitude (1)

 

 

La solitude (1)

Si nous cherchons des citations d'auteurs sur la solitude, nous en trouverons beaucoup, et nous remarquerons que certaines sont positives tandis que d'autres sont négatives. En hébreu, le même mot peut se traduire par désert ou par solitude. Le désert, c'est le lieu où Dieu se révèle. C'est aussi le lieu où le diable se tient tapi. On pourrait dire qu'il en est de la solitude comme du désert ou du silence : elle peut être féconde ou mortelle1.

 

1. Commencer par Dieu

Je pourrais commencer cet exposé à la manière d'un sociologue en évoquant les innombrables situations de solitude qui existent autour de nous, et même au milieu de nous. Nous en parlerons, mais je voudrais commencer par Dieu. Je crois qu'il faut toujours commencer par Dieu !

Ce qu'on peut dire, c'est que Dieu n'est pas seul !2 C'est un Dieu d'amour et de communion. Retenons ces deux mots, car ils nous concernent aussi. Quand nous lisons (traduction Segond) l'expression : L'Eternel des armées', cela n'évoque pas des soldats, mais la multitude des êtres célestes qui sont auprès de Dieu, qui le servent et l'adorent3.

La prière de Jésus en Jean 17 va plus loin en évoquant une communion en Dieu, entre le Père, le Fils et l'Esprit Saint. Puis, parlant de ceux qui croiraient en lui, Jésus dit : Qu'ils soient un comme toi, père, tu es en moi, et comme je suis en toi (17.20-21).

C'est plus que 'être avec' ou 'auprès de'. C'est plus que le fameux “vivre ensemble” qui relève plutôt de la citoyenneté ou du social. Là, il s'agit d'une communion. En réalité, il y a trois niveaux de communion : en Dieu même, entre Dieu et nous, et entre nous, comme disciples de Jésus4. L'agent de cette communion, c'est le Saint-Esprit.

Jean écrit : Notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. Nous vous annonçons ces choses pour que vous soyez en communion avec nous, et pour que votre joie soit parfaite (1 Jn 1.3-4). Nous pourrions presque nous arrêter là et dire que la question est réglée ! Ce n'est pas si simple, mais il me semblait important de commencer comme nous l'avons fait. Le monde se contente souvent de pis-aller : les apéritifs, le réseau associatif, etc. C'est bien, mais en tant que chrétiens nous devons aller plus loin. Beaucoup de chrétiens vivent comme des orphelins5.

 

2. Et l'amour ?

Osons en parler, même si ce mot est utilisé à tort et à travers du matin au soir6. Il y a beaucoup de doutes sur l'amour dans les cœurs..., et donc beaucoup de solitude. Et plus la société – je dis bien la société, ici – s'éloignera de Dieu, plus cela s'accentuera7.

L'amour de Dieu n'est pas un amour sentimental, c'est un amour de communion. Le repas du Seigneur en est un signe : il dit qu'il n'est pas possible d'aimer Dieu sans aimer ses frères et sœurs dans la foi, ni l'inverse (1 Jn 4.20-5.1). C'est une même expérience.

Quand Jésus dit à ses disciples : Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres (Jn 13.34), il ne dit pas d'imiter, seulement ; ce serait de la morale. Il dit : De l'amour dont je vous ai aimés, de cet amour-là aimez-vous maintenant les uns les autres.

Cela signifie que l'amour dont nous devons nous aimer en tant que chrétiens, c'est l'amour même de Jésus pour nous (qui est d'abord l'amour du Père pour Jésus !). C'est le même, puisqu'il n'y en a pas d'autre ! Cet amour est versé dans nos cœurs par le Saint-Esprit (Ro 5.5). L'amour est authentiquement une expérience chrétienne !8

Quelqu'un dira peut-être : Et les autres ? Jésus dit : Ils verront que vous êtes mes disciples. C'est-à-dire que l'amour chrétien est littéralement une présentation de l'Evangile, qui désigne Jésus comme celui par qui nous pouvons connaître l'amour véritable (1 Jn 4.9-13, 16). L'expression les uns les autres s'applique toujours aux disciples.

Rien ne peut remplacer l'amour de communion que nous avons en Jésus-Christ : ni les réseaux sociaux, ni la fête, ni même les amis, ni même l'amour conjugal. Voilà pourquoi j'ai choisi de commencer avec l'amour de Dieu. Les hommes se contentent souvent de papier ou de paille, quand Dieu leur offre de l'or !

Le problème, avec l'amour de Dieu, c'est que les hommes le recherchent et le craignent en même temps. Ils le craignent ? Oui, parce que l'amour nous brise avant de nous enrichir. Nous le disons chaque fois que nous prenons le repas du Seigneur.

Si l'amour de Dieu est ignoré, ou pas communiqué, ou refusé... comment s'étonner qu'il y ait tant de situations de solitude mal vécue ?9 (car la solitude peut aussi être bien vécue). Le problème, en fait, ce n'est pas la solitude, c'est le doute sur l'amour. Il y a, évidemment, beaucoup de doutes sur l'amour. On le comprend...

 

3. N'aimez pas en paroles

Nous avons connu (découvert, goûté) l'amour en ce qu'il a donné sa vie pour nous : nous aussi (en conséquence) nous devons donner notre vie pour les frères. Si quelqu'un possède les biens du monde et que, voyant son frère dans le besoin, il lui ferme ses entrailles, comment l'amour de Dieu demeure-t-il en lui ? Petits enfants, n'aimons pas en parole seulement, mais en action et avec vérité (1 Jn 3.16-18).

Il en est de l'amour comme de la paix : il ne suffit pas de dire : Paix ! Paix ! (Jr 6.14). Il y a une sorte de vie chrétienne qui se contente de belles formules poétiques ou liturgiques10. C'est comme la glace à la vanille : cela fait du bien sur le moment, mais...

L'apôtre Jacques développe cela : la vraie foi produit nécessairement des œuvres qui sont appelés des fruits ! Le premier fruit (de l'Esprit) c'est l'amour (cf. Ga 5.22).

Là aussi, on peut faire semblant... puisque nous lisons qu'il est possible de distribuer tous ses bien pour la nourriture des pauvres, sans amour... (1 Co 13.3). C'est notre sujet : cela signifie que la solitude persistera. Ce n'est donc pas économique !

Mais ce n'est pas théorique non plus. Dans la lettre aux Romains (12.12-13), nous lisons : Priez sans cesse (communion avec Dieu), pourvoyez aux besoins des saints (communion fraternelle). Paul appelle celal'assistance destinée aux saints (2 Co 9.1). Il écrit : Non seulement cette assistance pourvoit aux besoinsdes saints, mais elle est aussi une source de nombreuses actions de grâce envers Dieu(9.12). Nous retrouvons les deux communions.

Le mot assistanceest très concret. Il signifie apporter ce qui manque. Il peut s'appliquer à un très grand nombre de situations dans l'église, notamment pour les personnes âgées, les personnes malades, les personnes seules, les personnes démunies. Il y en a ! Seulement dans l'église ? Dans un premier temps oui, car les saints, ce sont les chrétiens ! Mais pas seulement le dimanche ! Les maisons sont sans aucun doute les lieux principaux pour vivre cette assistance. Si nous le vivons correctement, il y aura nécessairement un témoignage, un débordement sur ceux qui sont au dehors. Si nous voulons vivre cela d'emblée avec tout le monde, alors nous serons débordés plus que débordants, je le crains11.

Je crois que toute la vie chrétienne, toute la vie de l'Eglise, toute l'action pastorale et diaconale peuvent se construire en préparation et en prolongement de la cène. Parmi les implications de la cène, il y a l'assistance destinée aux saints (2 Co 9.1)12. Cela ne concerne-t-il que la nourriture ? Pas du tout !

_____________________

Annexes

 

1. Fils ou orphelins ?

Chrétien, cesse d'offenser ton Seigneur en portant sans cesse un front soucieux ! Spurgeon

Un orphelin est un enfant dont les parents sont morts.

Beaucoup de chrétiens vivent comme des orphelins.

Les orphelins se sentent toujours seuls ; les fils et les filles jamais !

Les orphelins obéissent par crainte ou par calcul ; les fils et les filles par amour !

Les orphelins sont perfectionnistes ; les fils et les filles sont dans le repos !

Les orphelins redoutent les échecs ; les fils et les filles sont confiants !

Les orphelins cherchent l'approbation de tous ; les fils et les filles cherchent à plaire à Dieu !

Les orphelins doutent toujours de l'amour ; les fils et les filles en sont certains !

Les orphelins s'inquiètent pour eux ; les fils et les filles aident les autres !

Les orphelins se vantent ; les fils et les filles sont reconnaissants !

Les orphelins peinent dans la prière ; les fils et les filles prient avec spontanéité !

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2. Sans Dieu et sans espérance dans le monde (Ep 2.12)

Trois choses demeurent : la foi, l'espérance et l'amour (1 Co 13.13)

L'espérance est tellement liée à la foi qu'il n'est pas toujours aisé de les distinguer (cf. Hé 11.1). Il y a une différence, cependant. Paul, en effet, ne dit pas que deux choses demeurent, mais trois. La foi saisit ce qui est donné maintenant ; l'espérance possède ce qui est encore attendu.

La foi, par exemple, est dévoilée quand Jésus dit : Mes brebis écoutent ma voix et elles me suivent (Jn 10.27). Les verbes sont au présent. La foi, c'est vivre maintenant ce qu'il y a à recevoir et à vivre avec Dieu maintenant13. Si aujourd'hui je regarde à Jésus, si aujourd'hui j'écoute sa voix et y répond, si j'obéis à ce qu'il me demande, c'est cela la foi.

L'espérance, c'est la certitude des choses promises, comme si on les avait déjà, alors qu'on ne les a pas encore. On le voit dans ces paroles de Jésus : Je leur donne la vie éternelle (c'est au présent) ; elles ne périront jamais et nul ne les ravira de ma main (c'est au futur)(Jn 10.28). Cela, c'est l'espérance, dont la Bible dit qu'elle est "une ancre de l'âme solide et sûre (Hé 6.19). On pense aussi à ce que dit Jésus un peu après (14.2) : Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon père ; je vais vous préparer une place, afin que là où je suis, vous y soyez aussi. L'espérance relie le présent du chrétien à son avenir avec Dieu. C'est déjà vrai, mais ce n'est pas encore accompli.

Abraham est mort sans voir sa postérité, mais il attendait la cité qui a de solides fondements, celle dont Dieu est l'architecte et le constructeur (Hé 11.10). C'est cela, l'espérance. Là, on voit que l'espérance nourrit et fortifie la foi pour la marche. Quand l'espérance manque, la foi flanche. Pour persévérer dans la foi, l'espérance semble nécessaire.

La présence/absence du Seigneur avec nous (1 Jn 3.1-2). Jean montre bien, dans ces deux versets, ce qui est de l'ordre de la foi : Nous sommes maintenant enfants de Dieu, mais ce que nous serons n'a pas encore été manifesté – et ce qui est de l'ordre de l'espérance : Nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu'il est. Je crois que la foi + l'espérance rendent possible l'amour chrétien.

La foi avec l'espérance rendent possible l'amour chrétien. Cela affecte l'Eglise. Cela affecte aussi la société qui, bien que sans espérance et sans foi dans le monde, se tient plus ou moins éloignée, “culturellement”, de la foi et de l'espérance – c'est-à-dire dans un rejet plus ou moins radical. La chrétienté n'est pas l'Eglise, mais la chrétienté continue à bénéficier de l'influence du christianisme.

Le rejet de la chrétienté est une étape supplémentaire – dont nous sommes les témoins actuellement. Cela affecte inévitablement le niveau de l'amour entre les hommes – disons le respect, la bienveillance, le sens du service, le renoncement – et donc le sentiment de solitude qui peut aller jusqu'à l'angoisse (Mt 24.12 ; 2 Tm 3.1-5). Nous ne pouvons y être indifférents.

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2. Croire qu'on est seul

Croire qu'on est seul est une sorte de dérive psychologique qui peut devenir pathologique (certaines dépressions...). C'est croire un mensonge qui ressemble à une vérité. Les autres ne souffrent pas, personne ne me comprend...

La Bible affirme de multiples manières que nous sommes environnés d'une grande nuée de témoins (Hé 12.1). A ceux qui pensent qu'ils sont seuls à souffrir ainsi, Pierre écrit que les mêmes souffrances sont imposées à nos frères dans le monde (1 Pi 5.9). Il ne s'agit pas de nier la souffrance ; il s'agit de ne pas en faire sa nourriture, son horizon.

Rod Dreher, dans son livre Résister au mensonge (Artège, 2021), parle de ce qu'il appelle les Eglises thérapeutiques, c'est-à-dire des Eglises où l'on va spécialement pour se faire du bien, comme d'autres vont faire du yoga ou de la danse. Est-ce la vocation des Eglises ? Comment intégrons-nous la souffrance dans la vie chrétienne. En réalité, nous ne sommes pas chrétiens pour moins souffrir. Nous sommes chrétiens pour souffrir autrement, plutôt14.

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Notes :

1Ce peut être aussi la tristesse, dont Paul nous dit qu'elle peut conduire à la mort ou à un nouveau départ (2 Co 7.8-11).

2C'est sans doute pour cela que Dieu dit, dès la Création : Il n'est pas bon que l'homme soit seul (Gn 2.18).

3Le prof. H. Blocher suggère très finement que les animaux sont sur la terre une cour pour l'homme comme les anges le sont pour Dieu dans le Ciel. Les animaux sont en effet intentionnellement créés pour être une compagnie (Gn 2.18-19).

4On se demande pourquoi la FPF écrit (24 déc. 2023) que le protestantisme est en communion fraternelle avec la communauté kurde (sic).

5Voir l'annexe 1. Fils ou orphelins ?

6Un reportage parle de “la saison des amours” entre les biches et les cerfs, dans la forêt... De quel amour parle-t-on, quand on parle d'amour ?

7Voir en annexe 2 : Sans espérance et sans Dieu dans le monde.

8Le 27 janvier, une émission sur le passage à la retraite, sur France Inter. Le docteur Pascal Chaine, neurologue, parle de l'activité professionnelle (mais aussi du bénévolat) comme d'une activité narcissique... c'est-à-dire centrée sur soi. Et l'amour ? Il est plus rare qu'on le croit. Cf.1 Co 13.3. Pascal Chaine a écrit un livre intitulé N'ayez pas peur de la retraite.

9 Pierre Manent vient d'écrire un livre intitulé : Pascal et la proposition chrétienne (Grasset, oct. 2022). Il dit : Si Dieu existe ou s'il n'existe pas, cela fait une énorme différence pour la vie humaine. Si c'est le cas, il faut bien y consacrer un peu de temps. Or, c'est la question qu'il ne faut pas poser aujourd'hui...

10Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes, écrit Aragon.

11Il faut rappeler que l'amour véritable est indissociable de la foi et de l'espérance (1 Co 13.13). Comme elles deux, l'amour est spirituel, tout autre chose que des sentiments seulement. Voir l'annexe 3 : Croire qu'on est seul.

12 Il ne s'agit pas de vous exposer à la détresse pour soulager les autres, mais de suivre une règle d'égalité : dans la circonstance présente votre superflu pourvoira à leurs besoins (2 Co 8.13-14).

13 C'est par exemple ce que dit Jacques : Je te montrerai ma foi par mes œuvres (2.18).

14Je pense à un chrétien âgé visité lorsque j'étais pasteur à Vauvert, qui m’avait dit, alors que je le quittai : Ne priez pas pour que j'aille mieux, priez pour que je sois fidèle. C'est la maturité. J'ai rédigé un abrégé du livre de Rod Dreher, que je peux envoyer sur demande.

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Commentaires
C
Bonsoir Charles Nicolas,<br /> <br /> J'apprends beaucoup à la lecture de vos écrits et je vous remercie pour votre précieux partage.<br /> Vous proposez d'envoyer un abrégé du livre "comment être chrétien dans un monde qui ne l'est plus" de Rod DREHER. Je serai ravie de le recevoir.<br /> Je vous souhaite une bonne soirée,<br /> Fraternellement,<br /> Pascale
Répondre
C
Pour cela, je vous propose de me communiquer votre adresse électronique via la mention : Contacter le propriétaire du blog, en haut à gauche.
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