Jamais seul
Psaume 23.1-6 ; Jean 10.14-16, 27-29 ; 14.2-6 ; 1 Corinthiens 12.3-7, 11-12
1. Je ne manquerai de rien
L'Eternel est mon berger, je ne manquerai de rien !
(Si j'avais une maison, j'écrirais cela sur la façade, pour que ceux qui passent puissent le lire).
Je propose une expérience : que pendant la semaine qui vient, chaque matin en se levant, chacun dise à haute voix, avant toute autre parole : L'Eternel est mon berger, je ne manquerai de rien ! Au bout d'une semaine, vous verrez, comme avec les antibiotiques, si cela n'a rien changé, si vous allez moins bien, ou si cela va mieux !
Certains penseront peut-être qu'en France, avec les Supermarchés, les hôpitaux et les cliniques..., ce n'est pas très difficile. Certains se diront que c'est une parole d'enfant gâté : J'aurai tout ce que je veux. Mais il ne s'agit pas de cela. En fait, le psalmiste dit : Même si je n'ai plus rien, ni nourriture, ni logement, ni amis... je ne manquerai de rien car tu es avec moi. Celui qui est au centre, c'est Dieu, pas le croyant.
C'est une des leçons magistrales de la Réforme que d'avoir résolument mis Dieu en premier. Pas l'Eglise, mais Dieu. Pas l'Homme comme certains l'ont dit, mais Dieu.
Est-ce parler contre les hommes ? Pas du tout. Mais celui qui est nommé en premier, c'est Dieu : comme au début de la Genèse, comme au début de l'Evangile de Jean.
Est-ce nier l'Amour de Dieu ? Pas du tout. Ce Berger qui est avec moi, c'est celui qui connaît chaque brebis par son nom ; et s'il en manque une, le soir, il ne va pas se coucher, il part et ne revient que lorsqu’il l'a retrouvée. Et là, il se réjouit ! Ce Berger, c'est Celui qui donne sa vie pour ses brebis, et qui leur prépare une place afin que là où Il est, elles soient aussi avec Lui ! Non, l'Amour de Dieu n'est pas nié.
Paul résume cela en une phrase admirable : C'est de Lui, par Lui et pour Lui que sont toutes choses (Ro 11.32). (Si j'avais une maison...). Comme chrétiens, il nous revient de dire cela, y compris dans la République laïque et démocratique qui est la nôtre. Si l'Homme disparaissait, Dieu demeurerait. Si Dieu disparaissait, il ne resterait plus rien, puisque c'est par sa Parole que tout subsiste aujourd'hui. Tout ? Oui tout, depuis les lois de la Création (Ps 119.91) jusqu'à l'Espérance qu'il nous offre, comme une ancre de l'âme.
L'Eternel est mon berger... Charles Spurgeon dit, dans une de ses prédications : Chrétien, cesse d'offenser ton Seigneur en portant toujours un front soucieux.
- Pardon, Seigneur, de porter sans cesse un front soucieux, comme ceux qui ne te connaissent pas, comme si tu étais un Dieu léger, un Dieu oublieux, un Dieu infidèle. C'est nous qui sommes infidèles, c'est nous qui sortons de la foi pour un oui et pour un non, et qui perdons notre paix et notre joie. Pardonne-nous, Seigneur, de t'avoir si souvent mis à une autre place qu'à la première.
2. Il me dirige
Il me fait reposer dans de verts pâturages, il me dirige près des eaux paisibles, il restaure mon âme, il me conduit dans les sentiers de la justice à cause de son nom.
(C'est un peu long pour écrire sur la façade d'une maison, mais que c'est beau !)
Que remarquez-vous ? Dans ce Psaume 23, tous les verbes actifs ont Dieu pour sujet. La brebis dit : Je ne crains aucun mal, ma coupe déborde, j'habiterai dans la maison de l'Eternel... Ce ne sont pas des verbes d'actions. Celui qui agit principalement, c'est Dieu : Il me conduit, il me dirige, il restaure mon âme, il dresse devant moi une table, il oint d'huile ma tête...
Je pense à ce verset du Psaume 139 : C'est toi qui m’as tissé dans le sein de ma mère. Comment pourrions-nous le faire nous-mêmes ? Sans moi, vous ne pouvez rien faire, dit Jésus. J'imagine Van Gogh parlant à ses pinceaux...
Là aussi, quel décalage avec la pensée actuelle pour laquelle on peut tout faire sans Dieu. Regardez : les voitures fonctionnent sans Dieu, l'hôpital aussi... On se débrouille très bien sans Dieu ! On a les moyens ! Bientôt, celui qui prononcera le nom de Dieu dans la rue sera regardé comme un personnage suspect, voire dangereux.
Il me conduit, il me dirige, il restaure mon âme, il dresse devant moi une table, il oint d'huile ma tête... Quelle différence ! Où sont les « tutoyeurs de Dieu » qui parlaient d'abord à Dieu avant de parler aux autres, qui consultaient Dieu avant de consulter les autres ? Qui se confiaient à Dieu avant de se confier à quiconque d'autre ?
Je bâtirai mon Eglise, a dit Jésus. L'Eglise des hommes est bâtie par les hommes ; l'Eglise de Jésus-Christ est bâtie par Jésus-Christ. Ce n'est pas exactement la même chose.
L'apôtre Paul le dit ainsi : Personne ne peut dire : Jésus est le Seigneur, si ce n'est par le Saint-Esprit. Il y a diversité de dons mais le même Esprit, diversité de services mais le même Seigneur, diversité d'œuvres mais le même Dieu qui opère tout en tous... Un seul et même Esprit opère toutes ces choses, les distribuant à chacun en particulier, comme Il veut (1 Co 12.3-7, 11). Comme Il veut ! ''Il'', c'est Dieu ! 1
Quand Jésus a dit, avant d'être élevé au Ciel : Vous serez mes témoins, cela ne voulait pas seulement dire : Maintenant, à vous de jouer. Cela voulait dire aussi : Vous serez les témoins de ce que je vais faire pour mon Eglise, au milieu d'elle, au travers d'elle.
- Pardon Seigneur de ce que je suis si attentif à ce que je peux faire, ou à ce que les autres font ou ne font pas ; et d'être si peu attentif, si peu clairvoyant sur ce que tu fais en moi, au travers de moi, autour de moi. Guéris-moi, Seigneur, de cette cécité qui m'empêche de voir ce que tu es en train de faire aujourd'hui, dans ta fidélité !
3. La bénédiction partagée
Je retiens encore le v. 5 : Tu oins d'huile ma tête et ma coupe déborde. Vous voyez, le croyant semble être simplement témoin : Tu oins d'huile ma tête et ma coupe déborde. Ce que je reçois de Dieu rejaillit inévitablement sur les autres. C'est la dimension de la grâce ! L'éloge de la paresse ? Pas du tout ! Mais il ne suffit pas de s'agiter. Ce n'est pas seulement horizontal, humain, social, affectif. Cela vient de Dieu, cela rejaillit sur les autres. Et normalement cela retourne à Dieu sous forme d'action de grâce ou de louange. C'est exactement le sens du fameux Soli Deo gloria de la Réforme.
Je veux le dire ainsi : Si tu es béni(e) dans ta maison, même si tu ne dis rien, les autres seront bénis : ta famille, ton église, ton village... Et si quelqu'un te demande un jour : Pourquoi es-tu béni(e), tu n'auras qu'à dire : C'est Dieu qui m'a béni(e) et qui veut te bénir aussi. Ce sera ton témoignage2.
4. La maison de l'Eternel
Je veux retenir enfin le dernier verset du psaume : J'habiterai dans la maison de l'Eternel jusqu'à la fin de mes jours !
David parle-t-il d'un bâtiment ? Pas du tout ! Il parle de l'assemblée des fidèles. La maison de l'Eternel, c'est l'assemblée des fidèles. Le Psaume 133 le dit aussi : Qu'il est doux pour des frères de demeurer ensemble. C'est là que Dieu envoie sa bénédiction.
En réalité, même quand je suis seul, je suis avec mes frères et mes sœurs dans la foi ! En réalité, je ne suis jamais seul, de la même manière que ma main n'est jamais seule, ni aucun des membres de mon corps. C'est ce que dit David, je crois, dans ce dernier verset : J'habiterai dans la maison de l'Eternel jusqu'à la fin de mes jours !
Toutes les communautés humaines sont passagères : la nation, le département, la ville et le village, la famille (et même le couple). Mais la communauté qui se constitue autour du Christ ressuscité a le même destin que Jésus-Christ. Elle ne mourra jamais. C'est pourquoi Jean Calvin écrit : Se séparer de l'Eglise, c'est se séparer de Christ.
Tout vient de Lui et tout est pour Lui. Il est le centre, le commencement et la fin de toute chose. Quand, par exemple, j'aime et visite mon frère ou ma sœur chrétien(ne), c'est Christ que j'aime et visite au travers de lui (d'elle), et c'est Christ qui l'aime et le (la) visite au travers de moi ! C'est grand !
Celui qui agit principalement, aujourd'hui encore, c'est le Seigneur. Il restaure mon âme, il me conduit... A moi, il revient de veiller sur moi-même, de demeurer ferme dans la foi, et de servir en fonction du don et de la force que j'ai reçus. Si chacun veille et se tient à l'écoute, personne ne sera surchargé ; personne ne sera inutile. Personne.
Charles NICOLAS
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Notes :
1 On est loin du modèle "associatif" qui s'est imposé partout...