De la Chute au jugement...
Cet exposé a été apporté au siège de la Croisade du Livre Chrétien à Montélimar le vendredi 11 septembre 2026 pour présenter le livre : Les Raisons de notre espérance - L'essentiel de la foi réformée en 15 chapitres (Nuance publications, 2025)
De la Chute au Jugement, le péché et ses conséquences
11 septembre... L'effondrement des tours jumelles à New-York, il y a 25 ans aujourd'hui. Presque trois mille morts ; plus de six mille blessés. Le meilleur ami de mon fils Etienne s'est converti en regardant l'enregistrement vidéo de ce drame.
On pourrait dire : De la Chute au jugement ou... la révélation de la grâce !
Je suis touché de vous voir là, ce soir, pour un sujet qui n'a rien d'attirant, a priori !
Le titre de cette conférence ne ferait pas la une de Paris Match, n'est-ce pas ?
1. La nécessité d'une saine théologie
La différence entre un magazine et la théologie, c'est que le magazine examine l'actualité à la lumière de l'actualité ou des modes, tandis que la théologie, quand elle examine l'actualité, le fait à la lumière de vérités invariables, permanentes.
> Un des objectifs du livre Les Raisons de notre espérance est de démontrer
la nécessité d'avoir une bonne théologie... à partir de 12 ans ! Je suis très sérieux.
C'est la question des présupposés : si mes présupposés sont faux, même si je suis très intelligent, très diplômé, très documenté et très observateur, mes déductions seront fausses. Même si mes déductions sont vraies... elles seront fausses !
Le diable est un champion pour cela. Quand il dit : Vos yeux s'ouvriront et vous serez comme des dieux, c'était vrai ! Mais c'était quand même un mensonge !
On parle tout le temps de 'preuves scientifiques', mais le concept de vérité est devenu archaïque. On parle aujourd'hui de post-vérité. Une journaliste, sur France-Inter dit, en parlant de je ne sais plus quoi : C'est une utopie, c'est vrai, mais c'est une belle utopie. En d'autres termes, c'est à chacun de choisir en fonction de son ressenti1...
Je donne un exemple qui va nous amener à notre sujet proprement dit. Comme les prêtres ne se rendent plus au cimetière aujourd'hui, les responsables des pompes funèbres ont pris l'habitude de lire des textes sentencieux au bord des tombes. Vous avez sans doute déjà entendu cela : Je ne suis pas mort. Je suis seulement passé dans la pièce à côté2... Peu importe si c'est faux, tant que ça fait du bien.
L'apôtre Paul écrit qu'on peut croire en vain (1 Co 15.1ss), c'est-à-dire pour rien ! En d'autres termes, croire ne suffit pas. Ce qu'on croit doit être juste ! Cela signifie qu'il vaut mieux croire un peu quelque chose de vrai que croire de toutes ses forces quelque chose de faux. C'est pour cela qu'une saine théologie est nécessaire pour la foi. Dès l'âge de 12 ans !
De la Chute au Jugement, le péché et ses conséquences. C'est le titre du 5ème chapitre du livre Les Raisons de notre espérance – L'essentiel de la foi réformée en 15 chapitres3.
2. Création, Chute, Rédemption
Le chapitre 5 de ce livre rappelle que si la Création est un événement capital, il en est un autre, distinct du premier, qui explique lui aussi beaucoup de choses, et qu'on appelle la Chute. Ces deux événements sont suivis d'un troisième qui est la Rédemption, c'est-à-dire la réconciliation et la vie nouvelle qui découlent de l'œuvre accomplie à la croix.
Création – Chute – Rédemption, c'est la trame théologique de toute la Bible.
Si les deux premiers événements sont relativisés – et ils le sont souvent – le troisième l'est aussi. C'est dommage ! Jésus devient alors un bel idéal de don de soi, d'altruisme, de générosité. Il est venu nous faire du bien. Les chrétiens deviennent des admirateurs de Jésus, dit Rod Dreher4, pas des disciples.
Une des tentations aujourd'hui est de ne garder de la Parole de Dieu que les mots positifs. J'appelle cela ''l'Evangile des mots positifs'' : amour, tolérance, solidarité, fraternité, tendresse... Il faut que cela fasse du bien, que cela caresse les oreilles5.
Cela est très courant dans l'Eglise catholique romaine, dans les églises libérales, mais aussi chez certains Evangéliques qui ne veulent pas être en retard sur le mouvement.
3. La Chute
La Bible parle de la Chute au chapitre 3 de la Genèse, vous le savez. Elle le fait à grands traits, mais de manière précise. Tout le reste de la Bible est conditionné par cet événement-là, et notamment la compréhension de l'Evangile.
Comme par la désobéissance d'un seul, beaucoup ont été rendus pécheurs, de même par l'obéissance d'un seul, beaucoup seront rendus justes (Ro 5.19). L'intention de Paul est de faire apparaître le parallélisme entre deux événements historiques, mais aussi entre deux personnes, Adam et Jésus : ils sont la tête de deux humanités temporairement très proches, mais qui n'ont pas la même destinée ! Cela n'est pas facile à dire...
Le péché est à l'instigation d'un autre, le diable (comme avec Jésus au désert), mais l’homme et la femme sont pleinement responsables (pas seulement les hommes comme le laisse entendre le féminisme). Je souligne la notion de responsabilité car elle est souvent éludée aujourd’hui6. Quand quelque chose ne va pas, on ne demande pas pardon, on se met en colère, vous l'avez peut-être remarqué.
Le réflexe de victimisation est devenu une sorte d'épidémie. Or, chronologiquement, le premier mal survenu sur la terre n'est pas une blessure, c'est une transgression. Cela situe autrement la racine du problème !
Pour mémoire, la philosophie humaniste du Siècle des Lumières – qui a inspiré la Révolution française et auquel notre pays se réfère si volontiers – commence avec Jean-Jacques Rousseau, protestant libéral7 qui nie la réalité du péché originel.
Il y a à cela beaucoup d'implications : au niveau éducatif, au niveau social, au niveau éthique, au niveau pastoral. Les situations de crise dans les couples, par exemple, sont difficiles à résoudre car on ne rencontre que des victimes. Le premier qui demande pardon, même si ce n'est pas le plus fautif, introduit la grâce dans son couple. C'est tout le thème de la repentance, lui aussi soigneusement évité aujourd'hui. Or la repentance reste la porte du Royaume de Dieu ! Elle fut aussi le point de départ de tous les Réveils.
La Bible utilise le mot corruption8. Ce n'est pas un mot qui caresse l'oreille... Mais il dit une réalité. Si on nie cette réalité, la révélation de l'amour de Dieu aura beaucoup de peine à s'opérer, car c'est à des pécheurs que l'amour de Dieu est révélé.
Si la Réforme du XVIe siècle a mis en lumière le message de l'Evangile avec une telle force, c'est parce que sa compréhension de la corruption était très claire. Je cite une confession de foi luthérienne de 1577 : Le péché originel, loin d'être une corruption superficielle, est une corruption si profonde de la nature humaine qu'il ne subsiste rien de sain9. Il n'y a pas d'échappatoire, aucun marchandage n'est possible.
C'est la conviction de péché qui a fait de Martin Luther un tel prédicateur de l'Evangile. Dieu déclare juste, dit-il, celui qui se déclare pécheur. C'est la pédagogie de l'échec qui est inscrite dans tant de pages de la Bible et qui fait de Dieu le seul auteur du Salut10.
En d'autres termes, l'Evangile ne vient pas donner un coup de pouce à des hommes et des femmes spirituellement malades et malheureux ; il vient sauver des hommes et des femmes spirituellement perdus. Je pense à cette parole de l'évangéliste Roy Hession11 : Le Réveil, ce n'est pas le plafond qui s'envole, c'est le plancher qui s'effondre !
4. Le jugement
L'épisode du Déluge et la destruction de Sodome rappellent que l'humanité encourt un jugement. Le Déluge : huit personnes seulement furent sauvées. Trois ont été sauvées de la destruction de Sodome, et de justesse ! Il ne revient pas à l'homme pécheur de contester avec Dieu : celui-ci pourrait ne sauver personne et personne ne serait en droit de le lui reprocher. Que tout homme doive venir en jugement, cela est attesté maintes fois. C'est inéluctable (Mt 10.15 ; 12.36 ; Jn 5.29 ; Ro 2.3 ; Hé 9.27 ; 10.27 ; 2 Pi 2.9 ; 3.7)12.
Je cite Jésus au sujet des “derniers jours” : Alors, la détresse sera si grande qu'il n'y en a pas eu de pareille depuis le commencement du monde jusqu'à présent, et qu'il n'y en aura (plus) jamais. Et si ces jours n'étaient pas abrégés, personne ne serait sauvé ; mais à cause des élus, ces jours seront abrégés. Ce qui arriva du temps de Noé arrivera de même à l'avènement du Fils de l'homme. Alors, de deux hommes qui seront dans un champ, un sera pris et l'autre laissé ; de deux femmes qui moudront à la meule, une sera prise et l'autre laissée (24.21-22, 37, 40-41).
Notez que cette vérité difficile à dire donne l'occasion de parler d'une autre vérité plus facile à entendre, celle de la patience de Dieu par laquelle ce jugement est provisoirement suspendu (2 Pi 2.4 ; 3.9). Théologiquement, il me semble plus juste de parler de la patience de Dieu que de l'amour de Dieu pour les hommes en général13. Vous voyez la différence. Si on parle de l'amour de Dieu, il n'y a pas trop à s'inquiéter, n'est-ce pas ? Si on parle de la patience de Dieu, il y a un terme, il y a une échéance, il y a une responsabilité, il y a des choix.
Je cite le professeur William Edgar dans un article intitulé L'hérésie de l'amour14 : Chaque époque a l'hérésie qu'elle mérite. A l'heure actuelle, l'hérésie a pour nom “l'amour”. La déviation hérétique ne se présente pas sous la forme d'une doctrine toute nouvelle, absolument fausse ; elle apparaît plutôt comme le “choix” fait de majorer abusivement un aspect de la vérité au dépend des autres. A notre époque, on parle de l'amour de Dieu de façon telle que sa justice ou sa sainteté semblent oubliées. Il est bien vrai que l'amour est central dans l'enseignement biblique, mais cet amour s'exprime toujours dans le cadre d'autres réalités bibliques telles que le jugement, la colère, la sainteté15.
Je pense que beaucoup de chrétiens, aujourd'hui, au nom de l'amour, doutent de la réalité de la perdition et du Salut. Même dans nos églises. Je pense que par l'effet de la religion humaniste, beaucoup, sans le dire ouvertement, pensent dans leur cœur : Nous serons tous sauvés ! Ou personne !
Dieu est amour, mais il a fixé un jour où il jugera le monde avec justice, affirme Paul à Athènes (Ac 17.31). Ce fut aussi la prédication de Jonas à Ninive.
5. De quel amour parle-t-on ?
J'ai dit que si les deux premiers événements majeurs étaient relativisés (la Création et la Chute), le troisième (la Rédemption) le serait aussi. L'idée moderne de l'amour est devenu une hérésie, écrit William Edgar. L'affirmation ''Dieu est amour'' est remplacée par ''L'amour est Dieu !''. Mais de quel amour parle-t-on ?
L'Evangile qui est annoncé dans beaucoup d'églises n'est plus l'Evangile du salut, c'est un évangile thérapeutique. Cette tendance est observable presque partout aujourd'hui.
La bonté de Dieu se manifeste envers les hommes d'une manière générale (Ps 35.5 ; Ac 14.16-17), sans qu'ils y prennent garde, la plupart du temps. Mais son amour ne se révèle qu'en lien avec la réalité d'un jugement. Jean 3.16 le dit on ne peut plus clairement16. En d'autres termes, c'est devant la croix que cette révélation s'opère, comme pour le brigand repenti. Nous avons ce que méritent nos crimes, dit-il. Souviens-toi de moi quand tu seras entré dans ton règne ! (Lc 23.41-42). Un autre a pris ma place et a payé le prix de mon rachat17. Le jugement et le châtiment que je méritais est tombé sur lui (Es 53.5).
En réalité, il n'a pas seulement pris ma place, comme le rappelle Richard Doulière. Il m'offre la possibilité de mourir avec lui, de mourir au péché afin de vivre de sa vie.
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Annexe
Création et mandat culturel
Le chapitre 3 porte sur la Création et sur ce qu'on appelle “le mandat culturel”.
Je souligne deux points importants de ce chapitre 3 :
- la Création est bonne : elle n'est pas une sorte de chute, comme le dit le gnosticisme ;
elle n'est pas méprisable, elle souffre de la rupture de communion qui est intervenue.
- elle est abîmée et souffrante, mais ses lois subsistent : lois physiques mais aussi
morales et institutionnelles. Dieu continue à accorder des vocations dans la société.
> Ce sont là deux enseignements bibliques qu'on pourrait qualifier de positifs. Il faut les rappeler à ceux qui ont un regard exclusivement négatif sur le monde. Ce regard négatif peut rendre ingrat ; il peut aussi déresponsabiliser. Si Dieu continue à prendre soin de sa création, pouvons-nous la négliger, voire la mépriser ?
On appelle 'mandat culturel' la mission que Dieu a donnée aux hommes – à tous les hommes – de garder et de cultiver la terre, mandat qui est certes perturbé mais qui demeure. Le mariage en est un exemple, mais aussi beaucoup d'autres vocations.
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Notes :
1Eugénie Bastié a écrit sur ce sujet une brochure intitulée : La dictature des ressentis (Plon, 2023).
2Texte attribué à St Augustin et/ou Péguy. Autre texte : Je suis l'éclat de diamant sur la neige...
3Nuance Publications, janvier 2025.
4Rod Dreher, Résister au mensonge (Artège, 2021).
5J'ai entendu cet été une féministe dire sur France Inter : Oui, c'est une utopie, mais c'est une belle utopie.
6L'apôtre Paul écrira que les hommes, même ignorants, sont considérés par Dieu comme inexcusables (Ro 1.21).
7Ses ancêtres étaient des Huguenots qui avaient fui la France à l'époque des persécutions.
8Gn 6.2 ; Ex 32.7 ; Ps 14.1 ; Ro 8.21 ; 2 Pi 2.12, 19...
9La Formule de Concorde, art. 13. Le Synode de Dordrecht (1618-1619) parle de corruption totale (Total depravity).
10Pour parler d'espérance, il faut commencer par regarder le désespoir en face, écrit le Dominicain Adrien Candiard (Veilleur, où en est la nuit ?). Roy Hession (1908-1992) est l'auteur du best-seller Le Chemin du calvaire.
11L'évangéliste anglais Roy Hession est l'auteur du best-seller Le Chemin du calvaire (CLC, 1950-BLF, 2012).
12Dans la nouvelle de Léon Tolstoï, Le Faux coupon, un serviteur reprend sa maîtresse qui se comporte de manière équivoque lors d'un jugement. Il dit : C'est un péché, maîtresse ! Songez-y, nous mourrons tous !
13C'est le thème du livre que je suis en train d'écrire. Mais trouverai-je un éditeur pour un tel sujet ?
14La Revue Réformée n° 137-1984/1.
15Le Jour du Seigneur est tout à la fois attendu et redoutable. Le prophète Malachie le rappelle : Un livre de souvenir fut écrit pour ceux qui craignent l'Eternel et qui honorent son nom. Ils seront à moi, dit l'Eternel des armées, ils m'appartiendront au jour que je prépare. J'aurai compassion d'eux, comme un homme a compassion de son fils qui le sert. Et vous verrez de nouveau la différence entre le juste et le méchant, entre celui qui sert Dieu et celui qui ne le sert pas. Car voici, le jour vient, ardent comme une fournaise. Tous les hautains et tous les méchants seront comme du chaume ; le jour qui vient les embrasera, dit l'Eternel des armées (Mal 3.16-4.1).
161 Jn 3.16 également ! Nous avons connu l'amour en ce qu'il a donné sa vie pour nous.
17Faute heureuse, qui nous a valu un si grand Sauveur ! s'est exclamé St Augustin dans une homélie.
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