Les lois garantes d'égalité ? (Un peu de sel s'il vous plaît, n° 19)
19. Les lois garantes d'égalité ?
Dès que survient un événement qui frappe l'opinion, une loi est annoncée pour empêcher que la chose se reproduise. C'est sans doute une manière de reconnaître l'affaissement du travail des consciences. On se donnant bonne conscience. On n'a pas fini !
Après la lecture du Colonel Chabert et je viens de terminer celle de Ferragus, chef des Dévorants, toujours d'Honoré de Balzac. Dans ses romans, Balzac ponctue ses parties narratives avec des sentences sur les hommes en général, plus souvent encore sur les femmes, d'ailleurs.
J'ai retenu celle-ci qui, comme le doit toute sentence, demeure bien actuelle : Aujourd'hui plus que jamais (il écrit en 1833) règne le fanatisme de l'individualité. Plus nos lois tendront à une impossible égalité, plus nous nous en écarterons par les mœurs.
Cette dernière phrase est remarquable, tant par sa concision que pour sa pertinence. Impuissance des paroles et des lois. Elles évoluent, les cœurs restent ce qu'ils sont. Elles disent ce qu'il faut faire, sans en donner la force, comme le dit la Bible. Quand, en plus, elles sont idéales ou utopiques, elles nourrissent les pires hypocrisies. Plus elles sont séduisantes ou prometteuses, plus elles cachent des sentiments inavouables.
Cela me rappelle la parole du prophète Jérémie : Paix Paix ! disent-ils. Et il n'y a pas de paix (6.14).
Cela me rappelle aussi ce vers d'Aragon : Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes.
Ch.N.
___________