Pourquoi le mal ?



Ce n'est pas une conférence que je vais présenter ici, mais plutôt un exposé, quelques pistes qui introduiront un échange entre nous. Cet échange, il sera difficile de le conclure, n'est-ce pas ? J'espère cependant qu'il sera utile et permettra de nous faire avancer, les uns et les autres. Je n'oublie pas que c'est un sujet sur lequel il est difficile de parler de manière détachée. A cause de tout ce qui se passe autour de nous, bien-sûr  ; mais aussi à cause de ce que nous pouvons vivre nous-mêmes, et qui peut nous poser question. Y a-t-il, dans cette salle, quelqu'un qui ne souffre pas ?


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1. L'ambivalence de la réalité



Quand on aborde un sujet difficile, sur lequel il ne sera pas nécessairement aisé de s'accorder, il importe de commencer en relevant les constats communs. Non pas pour éviter les questions délicates mais pour donner un appui à la démarche, pour démontrer, en quelque sorte, que nous vivons sur la même planète !

Est-ce que nous pouvons nous accorder, par exemple, sur le fait que le monde dans lequel nous vivons, la vie qui est la nôtre, sont à la fois magnifiques et dramatiques. Il est vrai que selon les personnes, ou selon les circonstances, certains diront qu'elle est plutôt magnifique tandis que d'autres diront qu'elle est plutôt dramatique... Qui a raison ?

Remarquons encore que ces sentiments peuvent être si contrastés parfois, que celui qui a le sentiment que la vie est magnifique est comme empêché de voir ce qu'elle a aussi de dramatique. L'inverse est également vrai : celui qui est confronté à la douleur peut ne plus être en mesure de voir combien la vie peut être belle également... Il ne sait plus dire merci. Je pense souvent à ce qu'a dit Van Gogh, mais aussi cette jeune spéléologue, Véronique Le Guen qui, en 2004, est restée 100 jours coupée du monde dans une grotte obscure. Elle s'est suicidée ensuite, après avoir dit : « La mort est terrible, mais la vie est plus terrible encore ». Pour lui, pour elle, la balance a penché nettement du côté du non-sens, du désespoir. Il n'y avait plus rien de beau, de désirable. Qu'est-ce qui fait que ce n'est pas le cas pour tout le monde ? N'y a-t-il plus de joie sur cette terre ? Bien-sûr que si ! Est-elle illusoire ? En partie, oui. Mais pas totalement cependant. Comment savoir ? Vers où choisir de porter notre regard ? Oui, en un sens, c'est un choix. Quand la Bible dit : "Soyez reconnaissants", elle ne demande pas de nier les sujets de  tristesse ou de douleur, mais de choisir d'attarder notre regard sur les sujets de reconnaissance, visibles ou invisibles. Par la foi, il est possible de dire que toute peine, même grande, est passagère, tandis que toute joe, même petite, annonce la joie éternelle.

Il y a un indice qui confirme l'ambivalence de nos sentiments : souvent, une personne en fin de vie désire mourir et cependant, elle lutte pour vivre encore ne serait-ce qu'un jour, une heure...

Cela démontre bien que notre regard est limité, conditionné par notre situation présente, partiel et donc partial. Même un grand philosophe, s'il a mal aux dents, voit le monde un peu autrement. Cela nous incite à beaucoup d'humilité, de mesure. Je dirais que cela nous incite au recueillement : ne pas me précipiter dans mes conclusions, prendre le temps d'écouter, prendre du recul, aller « au désert » comme dit le prophète Osée ; « rentrer en soi-même » comme il est dit du fils prodigue de la parabole ; accepter que le temps du labour doive précéder le temps des semailles. Est-ce pour cela qu'on rencontrait, autrefois, le panneau « Silence hôpital » ? Aujourd'hui, il y a la télé dans chaque chambre...

 


2. Le réalisme biblique



Si la Bible m'a touché et convaincu, c'est parce que Dieu lui-même a confirmé son témoignage dans mon cœur. Mais cela ne nie pas la réflexion et la démarche personnelles, au contraire.

Un des aspects qui m'a convaincu, à la lecture de la Bible, c'est son réalisme. Elle n'enjolive rien. Le côté contrasté de la réalité – celle d'autrefois comme celle d'aujourd'hui – s'y retrouve à chaque page. On y voit la beauté, la perfection, mais aussi la réalité dramatique, absurde de cette vie. On pourrait citer 1000 exemples. J'en retiens un. Dans le contexte de la naissance de Jésus, qui suscite la joie des bergers, des mages et des anges dans le ciel, le roi Hérode fait tuer tous les enfants de deux ans et au dessous qui étaient à Bethléem et dans son territoire. Je cite l'Evangile de Matthieu : « Alors s'accomplit ce qui avait été annoncé par Jérémie le prophète : On a entendu des cris à Rama, des pleurs et de grandes lamentations. Rachel pleure ses enfants, et n'a pas voulu être consolée parce qu'ils ne sont plus » (2.16-18).

Que dire ? C'est ça la Parole de Dieu ? Disons plutôt : c'est ça le monde dans lequel Dieu intervient. Tout sauf un monde idéal. Tout sauf une réalité idyllique. Tout sauf des hommes gentils...

Le réalisme de la Bible est tel, quand elle décrit la souffrance ou la méchanceté, qu'il retient fortement mon attention quand elle me dévoile ce que Dieu en dit, ce que Dieu me dit.

Ces remarques introduisent le point suivant.



3. De quel mal parle-t-on ?



Cette question s'est imposée à moi quand j'ai réfléchi à ce sujet. Et l'épisode du « massacre des innocents » par Hérode nous invite à la poser maintenant. Qu'est-ce qui est mal dans ce récit ? Que des enfants aient été tués, évidemment. Que des mères aient été privées de leur(s) enfant(s). Les pères aussi, d'ailleurs, même si leurs cris, leurs pleurs se sont moins entendus. Mais on peut aussi penser qu'il était mal pour Rachel de « refuser d'être consolée »... Le texte n'occulte pas ce mal-là ; il le dit même avec des mots très forts. (Rachel passe là d'un mal subi à un mal choisi...).

Mais est-ce tout ? Le texte évoque un  autre mal : celui qui, dans le cœur du roi Hérode, l'a poussé à donner cet ordre inique. Quel était ce mal ? L'orgueil, le désir de puissance (on lui avait dit qu'un roi venait de naître), la cruauté. Oui. Et par dessus tout, l'opposition à Dieu, car ce roi qui vient de naître et qu'il veut faire disparaître, c'est le Messie. Il le sait bien. « Le roi Hérode, ayant appris cela, fut troublé, et tout Jérusalem avec lui. Il assembla tous les principaux sacrificateurs et les scribes du peuple, et il s'informa auprès d'eux où devait naître le Christ » (Mt 2.3-4).

Nous avons donc là une palette de maux, si on peut dire. Que va-t-on retenir ? La Bible les décrit, les uns et les autres. Curieusement, elle indique que cela était annoncé par les prophètes. C'est donc quelque chose d'anormal mais qui n'échappe pas au regard et même à la souveraineté de Dieu – c'est là un point difficile à comprendre mais qu'on ne doit pas occulter. C'est comme si, dans la réalité présente, le mal et même la douleur étaient devenus nécessaires, un peu comme le labourévoqué tout à l'heure. Mais quelle est la pointe du récit ? La pointe du récit, me semble-t-il, c'est la méchanceté d'Hérode. Plus que ça encore, c'est sa volonté de résister à Dieu, de s'opposer à son plan de salut pour les hommes. La pointe, ce n'est donc pas le mal subi (même si ce mal-là est très grand), la pointe c'est le mal pratiqué. C'est ce que la Bible appelle la méchanceté du cœur, c'est à dire la résistance à Dieu, l'endurcissement volontaire à l'encontre de sa volonté. « Moi je ».

C'est la raison pour laquelle la pointe du message de Jean-Baptiste n'est pas la consolation mais la repentance.

 


4. Changement d'optique



Mais il y a plus que cela. C'est facile de dire que Hitler était méchant. La méchanceté d'Hérode, ici, c'est celle des hommes en général. Cela, c'est le regard pessimiste de la Bible, si on peut dire. Certes, il y avait quelques hommes et quelques femmes qui attendaient le Messie. Mais d'une manière générale, les hommes n'ont pas de place pour Dieu dans leur vie. Le vrai mal, c'est celui-là. L'évangile de Jean commence ainsi : « La lumière est venue dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas reçue ». L'explication de cet empêchement est donnée peu après : ce n'est pas à cause des souffrances subies que les hommes refusent Dieu, c'est « parce que leurs œuvres sont mauvaises » (3.19).

Dans ma vie, même si je souffre – et je souffre, bien-sûr – le plus grave, le plus urgent à résoudre, c'est le mal que je fais, c'est la résistance à l'amour et à la volonté de Dieu, c'est l'impiété, c'est à dire l'absence ou le manque de foi et de reconnaissance envers Dieu. Combien de fois ai-je dit merci depuis ce matin pour ce que j'ai reçu ? Je ne mérite même pas l'air que je respire !

Je reprends ce que j'ai dit. Le regard de Dieu n'ignore pas la mort des enfants, ni les larmes des mamans. Et on peut toujours s'interroger en disant : Et ces enfants, qu'ont-ils fait pour mourir ainsi ? Et ces employés qui travaillaient dans les tours de New-York quand elles se sont effondrées ?

On a posé une question semblable un jour à Jésus. Cela se trouve au chapitre 13 de l'Evangile de Luc. Je lis : « En ce même temps, quelques personnes qui se trouvaient là racontaient à Jésus ce qui était arrivé à des Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang à celui de leurs sacrifices. Il leur répondit : Croyez-vous que ces Galiléens fussent de plus grands pêcheurs que tous les autres Galiléens pour avoir souffert de la sorte ? Non, je vous le dis. Mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous également. Ou bien, ces dix-huit personnes sur qui est tombée la tour de Siloé et qu'elle a tuées, croyez-vous qu'elles fussent plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Non, je vous le dis. Mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous également ».




5. Le mal principal



La Bible ne parle-t-elle donc pas de consolaion ? Elle en parle ! Mais pas en premier.

Ainsi, Dieu nous invite à opérer une véritable conversion du regard et du cœur : il n'ignore pas le mal subi par les hommes mais ce qui paraît bien être l'urgence de son regard, de son message, l'urgence de notre situation, c'est le mal qui est au dedans de nous, le mal que nous faisons ! « Mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous également ! »

Pourquoi ? Dieu est-il donc insensible ? Loin de là. Il est compatissant. Tant de paroles bibliques prennent en considération la souffrance subie, celle des veuves et des orphelins, celle de ceux qui sont fatigués et chargés. Le St Esprit n'est-il pas appelé le Consolateur par Jésus. Le Consolateur ! « Heureux ceux qui pleurent, dit Jésus, car ils seront consolés ».

Cependant, le véritable obstacle, ce n'est pas le mal que je subis, même s'il est important, c'est le mal que je fais, celui qui est déjà en moi. Ainsi, le message biblique se distingue de tous les humanismes qui font de l'homme le commencement et la fin de toutes choses, avec comme statut principal celui de victime. On note d'ailleurs aujourd'hui, dans les milieux judiciaires et sociaux, un problème qu'on pourrait appeler « le syndrome de victimisation ». Après une injustice ou une catastrophe, les victimes s'organisent en association et se forgent dans la durée une identité de victime de laquelle ils ne peuvent plus sortir ensuite. Cela devient comme une prison...


Je note que le message chrétien – celui de Jean-Baptiste, celui de Jésus, celui des premiers apôtres et celui de tous les prédicateurs de réveil – est une invitation à sortir de cette prison-là (les excuses, les plaintes, les revendications...). Aucun mal subi – et il peut être extrêmement profond – ne règle la question du mal commis, du péché qui est dans mon cœur. Or, c'est ce mal-là qui met obstacle entre Dieu et moi et qui doit trouver sa solution. Je peux souffrir et être en paix ; mais je ne peux pas faire le mal et être en paix !

C'est cela qui fait dire à Jésus : « Non, ces Galiléens ou ces habitants de Jérusalem n'étaient pas de plus grands pêcheurs que les autres. Mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous également ». En d'autres termes : Elevez vos regards plus loin que la circonstance présente, qu'elle soit de joie ou de douleur. Il y a une espérance telle pour ceux qui espèrent en Dieu, que cette situation-ci paraîtra comme bien peu de chose ; et il y a un jugement tel pour ceux qui ne se sont pas humiliés devant Dieu pour croire en lui que cette situation-ci paraîtra aussi comme peu de chose !

En parlant de « mal principal », je ne nie pas le mal subi par les hommes (mais aussi par les animaux et par la création tout entière). Ce mal-là est immense. Qui peut le mesurer ? Dieu seul sans doute, dont il est dit qu'il « essuiera toute larme de nos yeux » (Apoc 7.17 ; 21.4). Mais en parlant de « mal principal », je rappelle deux choses :

       1. Chronologiquement, le premier mal sur la terre n'est pas une blessure, c'est une transgression (Gen 3.1-8).
       2. En terme de gravité et d'enjeux, le mal que je fais l'emporte sur le mal que je subis.




6. La Bible, accablante ou libératrice ?



Certains penseront peut-être que ce message est plus accablant que libérateur. Jésus est-il accablant ou libérateur ? Pour répondre honnêtement, il faut dire, je crois, que Jésus a tour à tour été accablant et libérateur ! Jésus a été accablant pour les hypocrites, les légalistes, les orgueilleux, les trompeurs, les dominateurs, les insensés. Et il a été libérateur pour ceux qui – pécheurs eux aussi – se sont montrés humbles et sans hypocrisie, sans dissimulation, pour ceux qui étaient fatigués et chargés. Pour ceux qui sont venus à la lumière.

Est-ce à dire que le monde est partagé de manière schématique entre les méchants et les bons ? Non, car en un sens, nul n'est bon, nul ne mérite quoi que ce soit. L'homme bon doit lui aussi se reconnaître pécheur, accepter le pardon, accepter d'être aimé par grâce et non par mérite. Même le pauvre, même l'opprimé. On parle souvent de la souffrance subie par les innocents. Mais y a-t-il un seul innocent sur cette terre ? Non. Il n'y en a eu qu'un, et on l'a cloué sur une croix.

Je voudrais illustrer le caractère responsabilisant et libérateur du message biblique avec un exemple. Imaginons la situation d'un couple qui vit une relation conflictuelle avec la menace d'une séparation. La pasteur va voir l'épouse. Elle évoque sa souffrance et les défauts de son mari. Le mal qu'elle a subi. Le pasteur va voir le mari. Il évoque sa souffrance et les défauts de son épouse. (C'est un exemple imaginaire, bien-sûr). Comment avancer – car ce que l'un et l'autre ont dit est vrai ?

Je ne vois qu'une manière d'avancer : que l'un des deux (pas forcément celui qui aurait le plus de torts) accepte de changer de posture et de reconnaître un manquement dans sa propre attitude vis-à-vis de son conjoint. Ensuite, qu'il accepte d'aller voir son conjoint, et dans une attitude sincère, qu'il demande pardon pour ce manquement-là – sans rien demander en retour. Celui-là aura rendu possible la dimension de la grâce : dans son propre cœur, dans le cœur de son conjoint, dans son couple. (Le prophère Jérémie écrit : "Pourquoi l'homme vivant se paindrait-il ? Que chacun se plaigne de ses propres péchés". Lament. Jer 3.39).


7. Dieu en échec ?


Quand j'étais jeune pasteur, je me souviens avoir visité un vieux Monsieur incrédule qui m'avait confronté à ce verdict : Soit Dieu est méchant, soit il est faible ! Il y a une certaine logique dans cette affirmation qui se fie à ce qui paraît. Soit Dieu n'existe pas, soit il est méchant, soit il est faible. Ce raisonnement, outre le fait qu'il est assez désespérant, a sa propre limite. Il semble s'appuyer sur une certaine évidence, mais il ne prend pas en compte l'ambivalence de la réalité et du regard dont j'ai parlé au début. En effet, celui qui souffre a tout à la fois un regard plus lucide et un regard déformé – et cela à cause même de sa souffrance. L'expérience le montre tous les jours. Si quelqu'un est au fond d'un puits, il réalise mieux que quiconque les limites et l'inconfort de la vie ; mais son regard est borné par ce constat. Il ne voit plus que cela. Il ne dit plus merci pour le soleil, pour les fruits, pour les oiseaux qui sont pourtant là, même s'il ne les voit pas.

Le réalisme biblique n'élude pas le côté dramatique ou paradoxal de l'existence. Mais dans un même mouvement, il nous donne un « regard extérieur », si on peut dire. Ainsi, la toute-puissance de Dieu est bien affirmée, mais aussi sa sainteté et son amour. La sainteté de Dieu a pour corollaire l'éloignement et le jugement. C'est dans le Nouveau Testament qu'il est écrit que « Dieu est aussi un feu dévorant » (Hé 10.31 ; 12.29). Toute épreuve, méritée ou pas, est le signe d'un jugement, à commencer par la mort (Hé 9.27).  L'amour de Dieu a pour corollaire sa patience : Dieu suspend le temps du jugement, le temps de la rétribution. Dieu supporte la méchanceté et l'injustice, avec son lot d'insolences... et de souffrances. Ce temps est compté. La Bible nous invite à considérer qu'il est court ! Avertissement pour les uns, encouragement pour les autres.

L'avertissement. L'homme révolté(c'est le titre d'un livre d'Albert Camus) est chassé de la présence de Dieu et la terre est maudite. Une génération entière est exterminée par les eaux du Déluge, à l'exception de 8 personnes. La construction ambitieuse de la tour de Babel est interrompue par la confusion des langages. La ville de Sodome est exterminée, à l'exception d'une famille, en encore pas entière. Et le Nouveau Testament ? Jésus dit qu'à la fin des temps, il en sera comme au temps de Noé. « De deux hommes qui seront dans un champ, un sera pris et l'autre laissé ; de deux femmes qui seront à la meule, une sera prise et l'autre laissée... » (Mt 24.40-41). Jésus dit aussi de beaucoup de villes qu'elles seront jugées plus sévèrement que Sodome. C'est sérieux !

L'encouragement. A Adam et Eve, à Caïn même qui vient de tuer son frère, Dieu accorde une promesse. Après le Déluge, Dieu établit une alliance avec les hommes et tout être vivant. A Abraham, âgé et sans enfant, il promet une postérité qui sera en bénédiction pour toutes les nations de la terre. En Jésus-Christ, Dieu accomplit cette promesse « pour le salut de quiconque croit ». L'apôtre Paul dira : « C'est une chose certaine que Dieu est venu dans le monde pour sauver des pécheurs, dont je suis le premier ». Sauver des pécheurs2 ! Le regard de Dieu est à la fois sans complaisance et salvateur. C'est cette double prise de conscience qui change le cœur de l'homme, qui permet que son regard s'accorde – enfin – à celui de Dieu.

Cette double réalité du jugement et du salut se dévoile pleinement à la croix. A la croix s'opère la réalisation du verdict initial : « Le salaire du péché, c'est la mort ». Mais à la croix, un autre meurt à ma place. Cet autre est sans péché. Cet autre est aussi le Fils éternel de Dieu qui prit ma condition pour devenir mon Sauveur. Je trouve bouleversant que la Bible-même appelle cela : le scandale de la croix ! Nous y voyons Jésus crier : « Mon Dieu, mon Dieu! pourquoi 'as-tu abandonné ? », avant de dire : « Père, je remts mon esprit entre tes mains ».


Entre Dieu et l'homme, il y en a bien un qui a raison et un qui doit baisser les armes, s'humilier, ouvrir son cœur à la main qui lui est tendue.

Lire Job 1.13-22.



Lire Job 1.13-22.


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Résumé

 

Pourquoi le mal ?



A défaut d'avoir répondu entièrement à cette question, je crois avoir rappelé un certain nombre de principes fondés bibliquement, que je rappelle ici :

1. Le mal n'est pas une hypothèse, il est une réalité : observée et vécue, pratiquée et subie.

2. Le mal ne fait pas partie de la Création en tant que telle. Il y est introduit à l'instigation d'un autre.

3. Avant d'être une blessure, le mal est une transgression. Sa nature première est donc morale.

4. La conséquence de ce « mal principal » est une rupture de communion : avec Dieu, avec soi-même, avec les autres, avec la Création.

5. Les conséquences de cette rupture de communion sont innombrables et profondes. A ce niveau, on peut affirmer qu'il n'y a pas de justice sur cette terre. Le méchant peut jouir de la vie et le pauvre être méprisé. Cf. le Ps 73.

6. La conséquence de ce mal « principal », c'est aussi – et peut-être avant tout – la souffrance de Dieu (on n'en parle pas souvent) et la colère de Dieu, peu évoquée aujourd'hui mais assez souvent mentionnée dans la Bible. « l'Eternel dit à Abraham : Le cri contre Sodome et Gomorrhe s'est accru et leur péché est énorme » (Gn 18.20).

7. Comme dans la maladie, la douleur (le mal subi) est le symptôme d'un mal plus profond. Ce mal subi, ce mal « second » est malaisé à vivre, mais il est un appel à entrer dans une démarche de grâce et de vérité. Cela est vrai au niveau individuel et au niveau communautaire. « Au jour du bonheur, sois heureux, et au jour du malheur, réfléchis : Dieu a fait l'un comme l'autre... » (Eccl 7.14).

8. C'est par patience que Dieu permet au mal (le mal « principal » et le mal « secondaire ») d'exister et de persister, de manière parfois troublante. Dans cette patience, il n'y a nulle faiblesse de sa part, nulle méchanceté (Job 1.20-22).

9.  La souffrance de celui qui place sa confiance en Dieu est semblable et cependant différente de celle de l'incrédule. L'incrédule court le risque de ne voir que sa souffrance (ou son remords). Le chrétien voit sa souffrance à la lumière de l'Amour de Dieu. Elle est encore là, mais elle a perdu « son aiguillon » (Mt 10.20 ; 1 Co 15.55-57).

10. Quand l'apôtre Paul parle aux chrétiens de Corinthe des « légères afflictions du temps présent » (Ro 8.18), il sait qu'elles ne sont pas nécessairement légères. Mais elles sont légères en comparaison avec ce qui est promis, avec « la gloire à venir » (2 Co 4.17). Là se situe la dimension de l'espérance, qui accompagne la foi et l'amour.