Appelés à la communion !
Oui, mais laquelle ?




"Elle a fait sa communion quand elle avait 15 ans...". Existe-t-il donc un mot qui puisse échapper à la banalisation du langage, un mot que l'on pourrait utiliser sans être obligé d'en redéfinir le sens ? Ce n'est pas sûr. Même le mot communion est devenu sentimental.


___________



Dans les derniers jours de l'année 2013, le pape François a adressé un appel à l'ensemble des habitants de la planète : "Unissons-nous tous, soit dans la prière, soit par le désir, mais tous pour la paix". (Un journaliste a même dit : "Le pape appelle croyants et incroyants à prier pour la paix ! " sans se rendre compte, semble-t-il, de ce que cette phrase pouvait avoir d'incongru). L'important, c'était bien-sûr la paix, thème rassembleur. L'important, c'était aussi de n'exclure personne. Mais quelle casquette le Pape portait-il en lançant cet appel ? Celle d'un leader de la communauté humaine ou celle du chef de l'Eglise romaine ? On me répondra peut-être : Les deux !

Le problème c'est que les deux positions, pour légitimes qu'elles soient, ne sont pas équivalentes et ne devraient pas être confondues. La communauté humaine appartient à l'ordre de la Création ; la communauté chrétienne relève de l'ordre de la Rédemption. Les deux, certes, viennent de Dieu, mais elles sont distinctes : elles ont des vocations et sont au bénéfice de promesses très différentes ! Quand Jésus parle de paix, parle-t-il de la paix entre les peuples ? Pas du tout.

Une équipe de foot peut être unie derrière son capitaine et des mélomanes peuvent vibrer ensemble à l'écoute d'un concert. La communion dont parle la Bible est-elle de la même nature ? La réponse est clairement non. Pourquoi ? Parce que la communion chrétienne a sa source et sa finalité dans la personne de Jésus-Christ, et ce n'est pas là, seulement, un point d'intérêt commun. La communion chrétienne est un don de Dieu, rendue possible par la mort et la résurrection de Jésus et réalisée dans la vie des chrétiens et au milieu d'eux par le Saint-Esprit envoyé par Dieu. Sans le Saint Esprit, il n'y a pas, à proprement parler, de communion.

Oui, mais qui peut comprendre cela ? C'est là la difficulté, effectivement : cette réalité est à peu près incompréhensible pour celui ou celle qui n'a pas découvert en Jésus-Christ son Sauveur et son Seigneur. Non seulement c'est incompréhensible, mais cela peut être mal pris, car on y verra une forme d'exclusion, de séparation en tout cas. Que répondrons-nous ? Aurons-nous le courage de dire que la notion biblique de communion est indissociable de celle de sainteté ? (Mais qui comprend ce que cela signifie, aujourd'hui ?) Et que la sainteté est elle-même indissociable de l'idée d'une séparation... Cela, nous n'y pouvons rien, car c'est lié à l'être même de Dieu.


_______________



Si nous sommes chrétiens, le repas du Seigneur nous dit ce qu'est la communion. Il nous parle de la communion qui existe entre chaque racheté et le Seigneur ressuscité. Il nous parle aussi de la communion qui existe entre tous ceux qui sont en communion avec le Seigneur. Le mot tous est ici important : chaque fois qu'il est employé dans le Nouveau Testament, il désigne les membres du corps de Christ, les brebis connues du Seigneur, les sarments greffés au cep : tous, mais eux seuls. La brebis perdue ? C'est une brebis du troupeau : c'est pour cela qu'elle manque !

Il est vrai que Dieu seul connaît ceux qui lui appartiennent (2 Tm 2.19). Il est vrai que nous ne voyons et ne connaissons que partiellement, mais l'apôtre Paul – et après lui, les Réformateurs –  nous ont appris qui sont ceux que nous devons tenir pour frères et soeurs, avec les devoirs spécifiques qui sont liés à la relation fraternelle, à la communion chrétienne.

Il est aisé de remarquer, par exemple, qu'une mesure de douceur et de patience plus grande est exigée dans le cadre précis de cette relation : "Pourquoi ne souffrez-vous pas plutôt quelque injustice ? demande Paul. Pourquoi ne vous laissez-vous pas dépouiller, plutôt que d'avoir des querelles entre vous ?" (1 Co 6.7). C'est à cause de la communion. Mais peu avant, c'est au contraire une plus grande exigence qui était préconisée : "Je vous ai écrit de ne pas avoir de relation avec des impudiques – non d'une manière absolue, autrement il faudrait sortir du monde. Mais je vous écris de ne pas avoir de relation avec quelqu'un qui, se nommant frère, est impudique, ou ravisseur ou idolâtre..." (5.9-11). Là aussi, c'est la communion qui est en jeu.

En France, nous avons du mal à intégrer ces critères spécifiques de la communion. Parce que c'est le pays dit des Droits de l'homme (qui constituent une sorte de second Evangile) qui s'imposent à nos consciences. Parce que la laïcité a cantonné la foi dans une sphère à part, la rendant souvent théorique, utopique. Parce que les églises se sont constituées en associations depuis 1905, et que les principes associatifs l'ont parfois emporté bien largement sur les critères bibliques... Le pasteur Pierre Verseils, citant le professeur Brunner, l'a écrit en 1955 : "Les notions d'associations religieuses et d'Eglise s'excluent réciproquement. L'Eglise est, en opposition à l'association religieuse dont le fondement est la tendance, la volonté ou le but de ceux qui la composent, une communauté fondée sur la Parole de Dieu et sur Sa Volonté".

Comment nous résumer ? Dans la communion chrétienne, l'Amour et la sainteté se donnent la main.
Le centre, unique et nécessaire, c'est la personne et l'oeuvre de Jésus-Christ tels qu'ils sont rapportés dans les Ecritures (1 Co 15.1-2). Cela signifie par exemple que les termes catholique ou protestant ne permettent pas de définir ce qu'est la communion chrétienne, pas plus que les mots évangélique ou réformé. Ni mon Union d'églises ou quelque institution que ce soit. Ni la culture, la langue ou le niveau social. Ni les liens d'amitié ou d'affection, ou même familiaux. Ni telle ou telle manière de pratiquer la foi ou le culte qui ne concerne pas le coeur de la foi ; ni les habitudes ou les activités que l'on peut vivre ensemble. Disons-le : ce n'est pas parce que l'on chante les mêmes cantiques au même endroit, au même moment, qu'on est en communion. On est en communion quand on est ensemble unis au Seigneur Jésus, quand on garde sa Parole, quand on vit le pardon et la grâce, avec un même désir de faire Sa volonté.

La communion chrétienne est tout à la fois fragile et forte. Elle est sans doute plus exigeante que ce que nos sentiments voudraient nous faire croire. "Si ton frère a faim, donne lui à manger. Si ton frère a péché, va et reprends-le". Ce n'est pas rien. Elle est aussi beaucoup plus large et accueillante que ce que nous avons imaginé, car Celui qui nous l'offre a parlé un jour du nombre des étoiles dans le ciel et des grains de sable sur le bord de la mer.


Ch. Nicolas



_________________


Calvin sur la communion de l'Eglise



"Il pourra y avoir certains défauts dans la doctrine ou dans la façon d'administrer les sacrements qui pourtant ne devront pas nous détacher de la communion de l'Eglise, car tous les articles de la doctrine de Dieu ne sont pas d'une même sorte. Il y en a certains dont la connaissance est tellement nécessaire que nul n'en doit douter (...) Il y en a d'autres qui sont discutés entre les Eglises et néanmoins ne rompent pas leur unité".

"Il est donc vrai, bien que nous soyons appelés à nous accorder en tout, et puisque nous sommes tous sujets à une part d'ignorance, qu'il faudra pardonner et accepter la communion de l'Eglise tant que les imperfections toucheront des points qui ne sont pas nécessaires à notre salut ou qui ne mettent pas en danger la transmission de la foi".


"Quant à l'imperfection de la conduite, nous devons bien plus en supporter, car il est facile de trébucher à cet endroit. Puisque, bien qu'elle soit sainte (Ep 5.26), le Seigneur prononce que son Eglise sera sujette à misère jusqu'au jour du jugement, c'est en vain que certains la cherchent pure et nette".

"Il est vrai que les pasteurs ne veillent pas toujours de près et, parfois aussi, sont plus faciles et doux qu'il conviendrait ; ou encore sont empêchés d'exercer une sévérité telle qu'ils le voudraient. Il en résultera que de nombreux impénitents se tiendront parmi les fidèles. Je confesse que cela est un défaut qui ne peut être regardé comme léger, puisque S. Paul le reprend sévèrement".

"Mais si l'Eglise ne s'acquitte pas de son devoir, cela ne signifie pas que chacun doive décider de se séparer d'avec les autres (...) C'est une chose de fuir la compagnie des mauvais et autre chose, par haine d'eux, de renoncer à la comunion de l'Eglise".



______________________________________