L'homme libre doté de raison (Un peu de sel, s'il vous plaît, n° 14)
L'homme libre et doté de raison
Emmanuel Macron a dit récemment dans une conférence de presse, répondant au président égyptien Al Sissi, que sur la base des valeurs universelles des Lumières et de la Révolution (sic), l'homme était maintenant libre et doté de raison. Il l'a dit 3 fois, affirmant d'un ton péremptoire qu'il n'y a rien au-dessus de l'être humain (re-sic). On pourrait se demander si un président de la République est nécessairement compétent pour affirmer de telles choses, et si c'est son rôle...
Ces jours-ci, le sociologue nancéen Gérald Bronner publie un livre intitulé Apocalypse cognitive (PUF), sur le rôle et les dangers des écrans. Aujourd'hui, dit-il, tout notre environnement est organisé pour que la face obscure de notre cerveau prenne de plus en plus d'importance dans la vie publique. Il explique que notre disponibilité mentale a été multipliée par 8 depuis le début du XIXème siècle (grâce à la technologie).
Et il interroge : Que va-t-on faire de cette richesse ? et répond : Le cambriolage de ce trésor est en train de se produire par une logique de marché et par l'arme du crime idéale : l'écran. Ce n'est pas l'écran en lui-même qui est dangereux, c'est le marché de l'information, complètement dérégulé, qui capte constamment notre attention par trois amorces principales : ce qui touche l'égo, ce qui touche le sexe et ce qui touche les conflits de personnes. Autrement dit, les fournisseurs de contenu jouent sur nos instincts les plus basiques.
Sommes-nous plus manipulables qu'avant ? Nous le sommes, répond le sociologue ; dans la mesure où cette dérégulation de l'offre va de plus en plus tenter d'épouser la demande et activer les aspects les plus ancestraux de notre cerveau. C'est vraiment l'homme préhistorique qui revient sur le devant de la scène contemporaine ! (…) Le refus de voir cette réalité conduit à nous fonder sur une anthropologie naïve, produisant des idéologies qui se fracasseront toutes sur la réalité.
Comme c'est un sociologue, il a le droit de le dire. Mais je me demande ce que pense le président Macron de ce genre de progrès.
Sigmund Freud a écrit : Si c'est la raison qui fait l'homme, alors celui-ci sera conduit pas les sentiments. Et nous avons déjà montré que les sentiments ne sont pas fiables.
Qui est celui qui dit qu'il n'y a pas de Dieu, selon la Bible ? C'est l'insensé (Ps 14.1). Les insensés font peur.
Ch.N.