Sexualité en berne ? (Un peu de sel...)
56. Sexualité en berne ?
On assiste aujourd'hui à une baisse inédite depuis 50 ans de l'activité sexuelle en France. Une jeune femme vivant en couple vient d'écrire un livre intitulé Asexuelle (Larousse, janv. 2024). Pas de désir, par de rapports sexuels entre eux depuis 5 ans. Est-ce possible ? Ben oui.
On s'interroge. Effet Me-too ? Effet écrans, réseaux sociaux, jeux vidéos, cannabis, pornographie, sexualité virtuelle, peur des autres, repli individualiste ? On parle de Sex recession. On parle de fin de l'injonction au sexe ; ou de grande déprime collective. Toutes les tranches d'âge sont concernées.
Il semble que personne n'avait prévu cela. Cela aurait pu être le cas pourtant : une consommation hors norme, quasi sans limite, ne pouvait-elle pas produire une sorte de dégoût ? Rien de plus normal, en fait. On pourrait presque parler de saine réaction si la situation nouvelle n'incluait pas d'autres problèmes, d'autres souffrances.
Jouir sans entraves a été un des slogans de la révolution sexuelle qui a découlé de Mai 68. On constate aujourd'hui une sorte de lassitude. Des femmes ; des hommes aussi. Trop de mensonges, trop de violences et de jeux malsains qui se terminent maintenant en procès. Sans parler des suicides d'actrices de cinéma, etc. Une mode de plus, qui aura causé bien des dégâts.
Jean-Claude Guillebeau a écrit en 1998 : La tyrannie du plaisir (Ed. Points). Cela n'empêche pas nos gouvernants, 25 ans plus tard, de promouvoir le vaccin contre le papillomavirus aux collégiens et collégiennes de 12 ans, sachant qu'il s'agit d'un virus transmissible sexuellement. Le droit au plaisir. Une forme d'incitation à ne pas attendre, en quelque sorte. S'il n'y a pas de sens à la vie, ni d'espérance véritable, mangeons et buvons, écrivit l'apôtre Paul, citant peut-être un auteur plus ancien. Mais il y a un moment où on n'a plus faim ni soif.
Il y a et il y aura évidemment un lien avec cet autre phénomène qu'est la baisse de la natalité. On a interrogé une jeune femme chinoise à ce sujet. Elle dit : Je n'ai pas l'énergie pour élever des enfants ; je veux profiter de la vie. Cela dit beaucoup ; mais quelle tristesse !
Je pense à une campagne destinée aux jeunes chrétiens qui s'appelait L'amour vrai attend. Le mot abstinence était carrément proscrit depuis quelques décennies. Il revient sur la pointe des pieds. Quelqu'un a dit : On recherche la qualité plutôt que la quantité. On pourrait aussi parler de juste mesure. Est-ce triste ? Non, c'est un des secrets des plus grandes joies.
Ch. Nicolas
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