Place et rôle des enfants (3)
II. LA SPECIFICITE DE L'ENFANT
1. La spécificité de l'enfant
Le mot enfant vient du latin infans qui signifie : qui ne parle pas ou : qui ne répond pas de ses actes, ce qui, dans le contexte juif, amenait à l'âge de 12 ans. On pourrait dire : qui a besoin de quelqu'un d'autre, qui n'est pas autonome – ce qui, vous en conviendrez, s'applique aux enfants mais aussi à nous tous1. Cf. enfant <=> disciple.
C'est là le paradoxe qu'il nous faut comprendre : bien qu'étant appelés à devenir des adultes, des hommes et des femmes “faits”, matures2, à bien des égards nous sommes tous dans la posture de l'enfant : des écoutants, des apprenants, des obéissants. Et s'il nous arrive de l'oublier, il nous faudra “repasser par la case enfant”, si nous voulons reprendre notre marche vers la maturité. On pense à Pierre après son reniement en Jn 21.15-18 : Un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudras pas ; à Paul après sa conversion, en Ac 9.6 : On te dira ce que tu dois faire...
Pédagogiquement, cela signifie que les parents vont parfois parler à leurs enfants en 'tu' ou en 'vous' (instruire, exhorter, consoler) ; et parfois en 'nous', en s'associant à eux comme disciples, comme pécheurs-repentants3 ! Cette proximité de condition est importante. Elle s'applique aussi aux pasteurs, aux anciens et aux diacres dans l'Eglise4.
Cette proximité de situation entre les adultes et les enfants (tous pécheurs...) ne doit cependant pas abolir les différences. Le phénomène que l'on peut constater aujourd'hui est singulier : les enfants sont – à certains égards – des adultes avant l'heure, tandis que les parents demeurent – parfois – de grands enfants. Dans les deux cas, il y a une sorte d'horizontalisation qui rend confuse la dynamique vers la maturité. Si un enfant de 12 ans a un papa qui est resté un 'grand enfant', comment va-t-il devenir adulte lui-même ? Et si on parle aux enfants comme à des adultes, comment vont-ils aborder dans de bonnes conditions les étapes vers la maturité5.
L'enfant n'est pas, il devient une personne. Il n'est pas un adulte en modèle réduit, il n'est une personne qu'en puissance, écrit H. Blocher6. Pour les Juifs, l'enfant devenait bar-mitsvah (fils du commandement) vers 12 ans. A ce moment-là, c'est à Dieu que l'enfant peut/doit aussi répondre.
2. Une étape provisoire et permanente
Nous avons vu que les mots enfant et disciple peuvent être étroitement associés, presque assimilés7. Est-ce péjoratif ? Non, car dans les deux cas il y a une posture d'humilité (écouter, apprendre, obéir) mais aussi une perspective dynamique de croissance8. Jésus résume cela en une phrase magnifique : Le disciple n'est pas plus que le maître, mais tout disciple accompli sera comme son maître (Lc 6.40. Cf. Jc 4.10 ; 1 Pi 5.6).
Cela signifie que l'étape 'enfant' ou'disciple', est une étape obligée, qu'on ne peut pas éviter, et cela à deux égards :
- pendant une première partie de la vie : Jésus (âgé de 12 ans) descendit avec ses parents pour aller à Nazareth, et il leur était soumis. (…) Il croissait en sagesse, en stature et en grâce devant Dieu et devant les hommes (Lc 2.51-52). Pour l'enfant (comme pour le disciple), l'humilité est une des conditions de la croissance9.
- tout au long de la vie, car on n'arrête jamais d'apprendre, et un chrétien demeure un disciple jusqu'à son dernier jour, même s'il est aussi devenu “un maître”. Quand Paul appelle Timothée 'mon enfant', à plusieurs reprises, il ne s'adresse pas à un enfant ! Il en est de même quand Jean appelle les chrétiens 'petits enfants' (1 Jn 2.1 ; 2.12, 18...). Ce n'est pas pour les infantiliser, c'est pour qu'ils écoutent, apprennent et grandissent !
De même, c'est à des disciples adultes que l'auteur de la lettre aux Hébreux s'adresse quand il écrit : Mon fils, ne méprise pas le châtiment du Seigneur, et ne perd pas courage lorsqu'il te reprend, car le Seigneur châtie celui qu'il aime... Il est vrai que tout châtiment semble d'abord un sujet de tristesse et non de joie ; mais il produit plus tard pour ceux qui ont été ainsi exercés un fruit paisible de justice (12.5-6, 11).
Ainsi, notre sujet (La place et le rôle des enfants dans l'église) nous concerne-t-il tous ! Cela est important pour les adultes comme pour les enfants. En réalité, cela est important pour les adultes avantles enfants, car si les disciples-adultes ont cette posture d'humilité qui précède la croissance, les disciples-enfants l'auront aussi, plus facilement. Jésus qui nous ouvre la voie... n'a-t-il pas été un disciple lui-même ? Il l'a été. Ne savez-vous pas qu'il faut que je m'occupe des affaires de mon Père ? dit-il à ses parents (Lc 2.49) qui ne comprennent pas très bien, d'ailleurs (cf. Mt 26.42 ; Jn 10.18 ; 14.21).
3. L'enfant compte aux yeux de Dieu
Nous avons déjà vu que les enfants ne sont pas oubliés dans la Parole de Dieu.
- Allez, servez l'Eternel ; et vos enfants pourront aller avec vous (Ex 11.24).
- Ces commandements que je te donne aujourd'hui seront dans ton cœur. Tu les inculqueras à tes enfants, et tu en parleras quand tu seras dans ta maison... (Dt 6.6-7).
- Il faut que l'ancien tienne ses enfants dans la soumission (1 Tm 3.4).
- Enfants, obéissez à vos parents. Pères n'irritez pas vos enfants (Ep 6.1-4).
Nous notons que Paul s'adresse ici directement aux enfants. Ne prenons pas les enfants pour des adultes, mais ne les infantilisons pas ! Un enfant peut connaître la régénération de son cœur et de son intelligence par l'action du Saint-Esprit. Il n'est pas seulement “un élève qui écoute”10.
Attention, il ne s'agit pas de manipuler les enfants, il s'agit de leur dire la vérité, d'une manière adaptée mais pas édulcorée. On dit souvent que les enfants ne peuvent pas comprendre. Ils le peuvent ! Ce sont les adultes qui ne savent pas répondre à leurs questions, à leurs attentes11. Enfin, ne rencontrons pas les enfants en groupes seulement, mais également seul à seul.
Cela concerne déjà les très jeunes enfants : souvenons-nous du tressaillement de Jean-Baptiste dans le sein de sa mère, lors de la visite de Marie (Lc 1.44). Si un enfant à naître, si un aveugle comme Bartimée, si un brigand sur une croix peuvent reconnaître Jésus, un enfant le peut ! Et si un enfant reconnaît Jésus, son caractère, son attitude seront changés - ce qui ne fera pas de lui un adulte, mais un témoin vivant.
Très tôt un enfant effectue des choix : s'ouvrir ou se fermer, obéir ou se rebeller, mentir ou être sincère, être séduit par le mal (par le Malin) ou lui résister. Ne remettons pas à plus tard de lui parler de cela, de l'équiper, de lui montrer l'importance de se positionner. Le prédicateur, le dimanche, devrait aussi s'adresser aux enfants, et pas pour rire12. Soyons gentils avec les enfants, mais ne soyons pas sentimentaux. Si nous le sommes, ne nous étonnons pas de les voir s'éloigner quand ils auront 14 ou 15 ans.
Que l'on soit enfant ou adulte, c'est par une révélation de la sainteté de Dieu, de notre péché et de Sa grâce que nous sommes transformés, que l'on fait l'expérience de la repentance et de la foi. Mettons les enfants en contact avec la vérité de Dieu et cessons de leur donner des “petits jouets spirituels” pour les amuser13.
Nous ne le cacherons pas à nos enfants, afin qu'ils mettent en Dieu leur confiance (Ps 78.5-8).
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Notes.
1Je pense à un homme qui, atteint pas une maladie incurable, confie à une infirmière sa demande d'euthanasie car il ne peut pas accepter de devenir dépendant. L'infirmière lui répond alors : Mais nous sommes tous dépendants !
2 Frères, ne soyez pas des enfants sous le rapport du comportement ; pour ce qui est du mal, soyez enfants, et, à l'égard du comportement, soyez des hommes faits (1 Co 14.20).
3Je l'ai vécu ainsi quand je lisais la Bible à mes enfants, au coucher, avant de prier avec eux, parlant alors en nous.
4Je pense au pasteur Stuart Olyott (Liverpool) qui commence parfois sa prédication en disant : Ce matin, le Seigneur a appelé un grand pécheur pour vous apporter sa Parole.
5Si les parents n'ordonnent rien à leurs enfants, comment ceux-ci mettront-ils en pratique l'ordre biblique d'obéir ?
6Moi ? Oui, vous ! (LLB, 1973), p. 53.
7Voir l'annexe 1 : Un enfant est un jeune disciple. Les annexes sont dans la séquence suivante.
8Si l'épouse, dans le couple, illustre la position de l'Eglise (Ep 5.25), l'enfant illustre celle des disciples (Mt 18.6). Dans les deux cas, cela concerne tout le monde !
9 Il ne faut pas que l'ancien soit un nouveau converti, de peur que... (1 Tm 3.6). Vous qui êtes jeunes, soyez soumis aux anciens (1 Pi 5.5). Cf. L'humilité précède la gloire (Pr 15.33). Voir l'annexe 2. Ne sautons pas les étapes.
10 Cf. le doute d'un chrétien pourtant mature quant à la possibilité pour un musulman de découvrir Jésus-Christ, jusqu'à ce qu'il entende le témoignage de l'un d'eux. C'est possible !
11Voir l'annexe 3 : Jésus et les enfants.
12 Cf. La fillette : Tu sais, maman, le pasteur il y croit !