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Le blog de Charles Nicolas
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Le blog de Charles Nicolas
  • Dans une société déchristianisée où les mots perdent leur sens, où l'amour et la vérité s'étiolent, où même les prédicateurs doutent de ce qu'ils doivent annoncer, ce blog propose des textes nourris de réflexion biblique et pastorale.
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29 août 2022

Aimer tous les hommes ? (2)

 

 

Aimer tous les hommes ?

 

Je comprends parfaitement que le seul fait de poser la question puisse paraître choquant pour certains.

Je crois utile de la poser cependant, non pas pour le plaisir de troubler, mais pour tenter de mieux comprendre ce que Dieu nous dit dans sa Parole.

 

Ci-dessous un extrait de l'échange qui a suivi l'envoi de l'article qui porte ce titre :

-  Merci beaucoup pour vos remarques et questions. Elles témoignent de votre sérieux, de votre amour pour la vérité : vous avez raison de ne pas croire le dernier qui a parlé, même s'il paraît convaincant. Vos questions vont aussi m'aider à avancer, car il ne suffit pas de comprendre une vérité pour l'exprimer correctement.

- Il n'est pas besoin de démontrer que ce sujet est important, puisque le commandement d'aimer le prochain résume, avec celui d'aimer Dieu, toute la loi ! Mais comment le mettre en pratique si on ne le comprend pas bien ? En posant cette question, je suis conscient qu'une compréhension trop 'étroite' ne corrigerait pas correctement une compréhension trop 'large'. En fait, il ne s'agit pas de largeur ou d'étroitesse ; il s'agit d'entrer dans la perspective de la révélation biblique sans l'adapter à la compréhension humaniste, « sociale » qui a fini par s'imposer à tout le monde, y compris dans l'Eglise.J'espère que les éléments de réponse que je veux formuler aideront à avancer, même si je reste encore un peu sur les raisons de fond.

1. Dans la Bible, il n'y a pas la théorie d'un côté et la pratique de l'autre. La notion de doctrine comprend l'enseignement mais aussi la bonne application de ce qui est enseigné. Les notions de vérité, d'amour, d'intelligence, de justice supposent tout autant le comportement juste que la compréhension juste. C'est ce que Jésus dit quand il avertit : Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur ! n'entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux (Mt 7.21). Jacques dit quelque chose de semblable quand il rappelle que la vraie foi est démontrée par des œuvres – et pas seulement par des discours ou par des intentions – (Jc 2.14s) ; ce qui ne signifie pas que toute 'œuvre' est une œuvre de la foi ! La foi sans les œuvres est morte, mais les œuvres sans « la foi » sont mortes également1. Or, la foi, ce n'est pas seulement la bonne volonté, le zèle ou l'enthousiasme. C'est plutôt l'alignement avec la pensée de Dieu, exprimé en paroles et en actes – ce que nous cherchons, précisément. On pourrait le dire ainsi : ce n'est pas parce que je fais des œuvres que j'ai la Foi (et l'Amour) ; mais si j'ai la Foi (et l'Amour), ils me conduiront nécessairement dans des œuvres préparées et conduites par Dieu. La parabole du cep et des sarments enseigne cela, en nous conviant à la case « échec » : sans moi, vous ne pouvez rien faire (Jn 15.4-5).

 

2. La notion de sainteté. Si tout le monde est d'accord sur l'importance de l'amour, peu de personnes intègrent dans leur vision du monde la notion de sainteté. Or, cette réalité est inséparable de celles de Dieu, de la Foi, de l'Amour, de la Vie chrétienne, de l'Eglise, etc.2... Mais comme cela n'est pas compris par les incroyants, les croyants sont tentés de la laisser de côté, soi-disant pour mieux communiquer3.

La notion de sainteté peut s'exprimer avec deux mots plus faciles à comprendre : consécration et séparation. Les deux vont ensemble. Il ne s'agit pas de ne retenir que ces deux mots (comme ont pu le faire certains milieux séparatistes), mais il s'agit de ne pas les oublier. On peut illustrer cela avec la réalité du mariage qui, pourtant, est une disposition créationnelle qui déborde le cadre de l'Eglise. Tout mariage suppose une consécration (Je suis à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moiCant. 6.3) et, logiquement, une séparation : d'avec les parents et d'avec tout autre conjoint potentiel. Aucun homme n'aime toutes les femmes comme sa femme. C'est une question d'alliance.

Je pense au baptême que pratiquait Jean-Baptiste : il était dans le désert et on venait à lui. Là, il baptisait ceux qui confessaient leurs péchés. Mais ceux qui, étant venus, étaient hypocrites, il les fustigeait. Cette logique a été celle de Jésus et des apôtres (lire Ac 2.37, 40). L'Evangile produit une séparation, on pourrait dire un jugement (Ex 9.23 ; Mt 10.34 ; Jn 3.18 ; 2 Co 2.16...). En un sens, on peut dire que l'Evangile n'est pas pour tout le monde, comme une marchandise que l'on peut prendre et emporter à sa guise. De même, l'Amour est pour ceux qui sont (ou qui seront) touchés ; pour les autres il demeure incompréhensible et même irrecevable – comme la lumière (Jn 3.19). Il me semble que nous pouvons associer l'Amour de Dieu et sa Lumière. Une lumière éclaire ceux qui sont autour, ceux qui s'approchent, ceux qui l'aiment et sont attirés vers elle – c'est-à-dire vers le Seigneur. L'Amour comme l'Evangile ne peuvent se recevoir que par la Foi4. Cela a-t-il une incidence sur notre Amour pour les autres ? Normalement.

 

3. Si Christ demeure dans le cœur du chrétien (normalement c'est le cas), l'Amour y demeure aussi. En un sens, cet Amour est donc constant et disponible pour tous en tous temps. Non pas comme un objet, mais comme une réalité vivante, sainte, animée et renouvelée par le Saint-Esprit (Ro 5.5). L'Amour est dans le cœur du chrétien – même quand il dort ; c'est l'Amour de Christ lui-même !

Bien sûr, cet Amour a conduit Jésus à des œuvres, à des actes qui ont démontré qui il était, principalement pour des personnes qui sont venues vers lui, qui l'ont interpellé. On pourrait dire que l'Amour de Jésus allait à la rencontre de la Foi chez ceux qui s'approchaient de lui (étant entendu que cette Foi venait aussi de Dieu). On ne voit jamais Jésus s'agiter, aller dans tous les sens pour essayer de convaincre le maximum de personnes, pour « faire de la pub ». Le contraire, même5.

Nous pouvons bien penser que cet Amour était dans le cœur de Jésus en tout temps, n'est-ce pas ? Y compris quand il a dit non à certains, y compris quand il a prononcé des paroles sévères ou quand il est resté silencieux ou encore quand il se tenait à l'écart, seul. C'était un Amour saint, un Amour inséparable de la Vérité6.

Ces affirmations peuvent paraître choquantes pour certains. Mais qu'est-ce qui est choqué : notre logique ? Dieu est Amour, mais l'Amour de Dieu est un Amour d'élection, un amour d'appartenance (Jn 10.11 ; 17.23-24 ; Ro 9.13-14). Notre amour pourrait-il se manifester autrement ? En Jean 13, il est écrit que Jésus a aimé les siens et a mis le comble à son amour pour eux (v. 1). A la fin du dialogue avec le jeune homme riche, il est écrit que Jésus l'aima (Mc 10.21). Il s'agit bien d'un amour singulier et pas un amour universel.

 

4. Quelle différence ? Vous posez la question de la différence. Je dirais qu'avant de concerner le prochain (qui est-il ?), la question concerne ma disposition de cœur, mon discernement, mes motivations, mes intentions. La Bible met l'accent sur cela maintes fois. Extérieurement, rien ne différencie quelqu'un qui prie sincèrement ou quelqu'un qui prie de manière hypocrite. Dieu seul le voit. Extérieurement, rien ne permet de distinguer quelqu'un qui agit par amour véritable et quelqu'un qui fait la même chose par calcul et dans la recherche d'un intérêt personnel. Là aussi, il faut passer par la case « échec », non pas pour ne rien faire mais pour agir avec la grâce de Dieu7.

Aujourd'hui, le témoignage de l'Eglise est très faible car généralement elle fait ce que tout le monde fait, y compris dans les « œuvres ». Aux yeux de beaucoup, elle est devenue une « ONG caritative », pour reprendre une expression du Pape François.

Concrètement, je retiendrais ceci :

* L'Amour chrétien n'est pas un amour tout humain : c'est l'Amour du Seigneur pour le chrétien et au travers de lui. Cette distinction est capitale pour échapper à la tentation d'un « salut par les œuvres ».

* Le chrétien n'est jamais sans l'Amour de Christ en lui, comme il n'est jamais sans la Foi.

* Le lien intrinsèque entre l'Amour et la Foi fait que l'Amour recherche toujours la Foi. S'il la trouve, il se manifeste avec élan. S'il ne la trouve pas, il y a une retenue. L'Amour néanmoins n'est pas absent. Attention, il ne s'agit pas de « faire acception de personnes », d'établir des préférences...

* La Foi n'est pas toujours repérable chez une personne, pour beaucoup de raisons (Foi mal instruite, immature, bousculée, etc.). L'incertitude ou le doute qui existent à ce sujet ne remettent pas en question les principes énoncés. Ils en rendent seulement l'application plus prudente. Mieux vaut inclure un incroyant qu'exclure un croyant (Mt 18.6, 10. Le terme 'petit' désignant un disciple, 10.42).

* La Foi est certes intérieure, mais elle ne peut demeurer secrète. Elle doit aussi s'entendre (Ro 10.10). Elle se démontre aussi par 1. la confession des péchés (1 Jn 1.9) ; 2. par la confession du nom de Christ (1 Jn 4.1-2) ; 3. par l'amour pour la Parole de Dieu (1 Jn 3.23-24 ; 5.3) ; 4. par l'Amour pour les frères (1 Jn 3.16, 23 ; 4.11, 20-21 ; 5.1-2).

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Annexe 

1. L'amour croit tout

Nos traductions ne nous aident pas toujours. Après avoir écrit que l'Amour ne se réjouit pas de l'injustice mais qu'il se réjouit de la Vérité (1 Co 13.6), Paul ajoute : L'Amour excuse tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout (v. 7). N'est-ce pas étrange ? C'est étrange si nous comprenons que le mot 'tout' signifie : tout et n'importe quoi. Mais ce n'est pas étrange si nous comprenons que le mot 'tout' signifie : entièrement, sans retenue. Ce n'est pas la même chose. Oui, l'Amour se consacre entièrement (à celui ou celle qu'il aime, à Dieu premièrement, jusqu'à la mort)8 ; oui l'Amour se sépare sans retenue (de tout ce qui souille et corrompt)9. L'Amour ne croit pas tout et n'importe quoi, l'Amour croit entièrement ce qui est juste et vrai, ce qui est approuvé de Dieu, sans trier !

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 Notes :

1On peut dire que les oeuvres sans la Foi sont aussi des oeuvres sans l'Amour, quand bien même il s'agirait de donner tous ses biens pour la nourriture des pauvres (1 Co 13.3). Cela fait réfléchir.

2Je mets volontairement des majuscules pour marquer la distinction avec la compréhension profane de ces réalités.

3 Ce qui se passe en ce moment devrait nous alerter. Quand la notion de sainteté disparaît, il n'y a plus de limites à la transgression : tout n'est plus qu'une question de mode, de défense des droits, de revanche, de plaisir... On pense au poème de Victor Hugo La conscience, avec cette inscription sur la porte de la ville : Défense à Dieu d'entrer ! On comprend que la notion de sainteté ne soit pas aisée à maintenir. Mais que deviendrons-nous si elle s'estompe de plus en plus ?

4Le repas du Seigneur donne une bonne illustration du lien entre l'Amour et la Foi, entre l'accueil et le discernement.

5 Jésus n'est pratiquement jamais sorti du territoire d'Israël, à part dans la région de Tyr et de Sidon, comme avec réticence. Il est vrai que notre situation actuelle est différente puisque nous sommes dispersés parmi les nations. Mais nous devons, comme Jésus, « faire les œuvres de Dieu », et non pas le maximum selon notre planification ou notre bonne volonté.

6L'Amour se réjouit de la Vérité (1 Co 13.6). Voir l'annexe 1 : L'Amour croit tout.

7Je pense souvent à cette maxime de La Rochefoucault : Le refus d'être loué, c'est le désir d'être loué deux fois, qui met en évidence l'équivoque de nos motivations.

8Offrez vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu (Ro 12.1).

9Pour ce qui est du mariage, on pense à Hé 13.4 : Que le mariage soit honoré de tous et le lit conjugal exempt de souillure, car Dieu jugera les impudiques et les adultères. Cela est applicable à l'amour fraternel dans l'Eglise.

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