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Le blog de Charles Nicolas
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Le blog de Charles Nicolas
  • Dans une société déchristianisée où les mots perdent leur sens, où l'amour et la vérité s'étiolent, où même les prédicateurs doutent de ce qu'ils doivent annoncer, ce blog propose des textes nourris de réflexion biblique et pastorale.
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7 octobre 2021

Vaccin obligatoire ? (1)

 

Ceci n'est pas une réflexion partisane. C'est le questionnement d'un pasteur qui est capable d'avoir des positionnements assez clairs sur un certain nombre de sujets, mais qui n'a pas pour autant un avis arrêté sur tout. Mieux vaut dire 'Je ne sais pas' que parler trop vite et dire des sottises.

Celui qui veille et qui prie (Mc 13.33) ne sait pas tout ; il est seulement à l'écoute et attentif. Ainsi, ces remarques peuvent-elles être lues par des personnes ayant déjà fait un choix dans un sens ou dans un autre.

La survenue du vaccin quasi obligatoire pose des questions techniques sur lesquelles je ne suis pas compétent. Mais tout cela se vit dans un contexte plus large qui n'est pas neutre, loin de là. Dans une société qui se définit de plus en plus sans espérance et sans Dieu (Ep 2.12), les présupposés, les références, les valeurs, les mobiles, les priorités, les objectifs se définissent de manière émancipée, pourrait-on dire. Mais pour quel bien ?

 

1. Dire oui ou non ?

Un enfant dans la cour de l'école ne devrait pas toujours dire non. Il ne devrait pas toujours dire oui non plus. Il devrait dire : Oui, oui, oui ; mais là non. S'il hésite, mieux vaudrait qu'il s'abstienne, probablement. En le faisant à bon escient, il “sauve son âme” et peut-être celle de plusieurs autour de lui.

Le Protestant (je devrais dire le chrétien) n'est pas un révolutionnaire ; il est éventuellement un résistant. Il n'est pas un insoumis, encore moins un rebelle ; mais il hiérarchise les références d'autorité. Il est soumis à Dieu et à César (Mt 22.21), mais Dieu est plus grand (Jn 19.11 ; Ac 4.19 ; 5.29). Il n'a pas pour objectif de plaire à tout le monde (Ga 1.10). S'il est possible, autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes, écrit Paul (Ro 12.18). Cette recommandation est bien assortie de deux conditions, de deux bémols pourrait-on dire. Entre l'amour et la vérité, le chrétien ne choisit pas : il garde les deux (1 Co 13.6).

L'attitude de Martin Luther, à cet égard, est remarquable. Sommé de se rendre à Worms (1521) pour se rétracter devant l'empereur Charles Quint et devant les légats du Pape, il demande 3 jours de réflexion puis déclare : Ma conscience est liée par la Parole de Dieu et il n'est pas bon d'aller contre sa conscience. Je ne puis autrement. Que Dieu me soit en aide. Mis au ban de l'empire il devra demeurer reclus pendant une année (période pendant laquelle il traduira la Bible en langue allemande).

 

2. Individualisme ou collectivisme ?

On entend à juste titre fustiger l'individualisme qui caractériserait notre époque. Il est vrai que si chacun fait ce qu'il veut quand il veut, les situations seront vite ingérables. En un sens, on peut le dire, la communauté prime sur l'individu. Cependant, le XXème siècle a largement démontré que le collectivisme ne constitue pas une alternative acceptable. Les pires tragédies ont résulté de ce type d'idéologie et de régime politique – et il ne s'agissait pas de théocraties.

Cela a un rapport avec le principe de liberté que prônent les Anti-pass. Mais de quelle liberté s'agit-il ? Le concept de liberté est amoral, dit Alain Finkielkraut. En d'autres termes, la liberté ne peut se définir toute seule.

La révélation biblique conjugue de manière admirable le rapport entre l'individu et la communauté. La référence majeure est bien sûr celle de Dieu, unique et trinitaire, créateur et rédempteur, qui crée l'homme à sa ressemblance (Gn 1.26) et constitue un peuple racheté par la grâce. L'effacement de la référence à Dieu tend à faire de l'homme un dieu ou une réalité insignifiante1. Nous le voyons, nous le verrons.

 

3. Nos valeurs

Lors d'une conférence de presse avec le président égyptien Al Sissi, le lundi 7 décembre 2020, Emmanuel Macron a affirmé avec force, à trois reprises : Il n'y a rien au-dessus de l'être humain2. Cette phrase, dans la bouche d'un président de la République, est loin d'être anodine.

Le Progressisme (qui appelle progrès ce qui est nouveau) ressemble à une nouvelle religion qui regarde de haut ceux qui ne partagent pas son credo. Le Progressisme qualifie d'irréversible ou d'irrévocable ses dernières inventions : la libéralisation de l'avortement, le mariage homosexuel, la théorie du genre, bientôt sans doute l'euthanasie et la GPA... Tout n'est qu'une question de temps.

Les consciences sans amarres s'habituent à tout. Regardez, la terre tourne toujours dans le même sens : tout cela n'est donc pas si grave.

Au bord de la rivière à Alès, un panneau a été posé par la Mairie, annonçant une amende de 150 000 (cent cinquante mille) euros pour quiconque aurait un comportement inapproprié envers les cygnes et les canards. Pourquoi 150 000 ? Je trouve que 150 aurait déjà été significatif. Pendant ce temps, on pratique des IVG chaque semaine à l'hôpital tout proche.

Nous entendons parler à tout moment de “nos valeurs” comme s'il allait de soi que l'humanité (raisonnable) était maintenant rassemblée autour des mêmes valeurs. On s'inquiète pour les enfants déscolarisés “qui échappent aux valeurs de la République” et les parents qui ont des références différentes sont accusés de “complot contre l'ordre social”. Il me semble que c'est comme cela que naissent les totalitarismes. Quelle place alors pour les consciences bousculées ? Voilà notre contexte.

 

4. La loi sur les séparatismes

Le CNEF et la Fédération protestante de France elle-même ont estimé que cette loi était préoccupante.

L'historienne Valentine Zuber écrit3 : L'année passée a été marquée par un renouveau et un durcissement jamais égalé du débat sur les questions liées à la définition et à la place à donner à la laïcité et aux valeurs républicaines dans nos institutions comme dans l'espace public. Cette loi introduit plusieurs nouvelles dispositions qui modifient considérablement l'esprit de la législation traditionnelle [pour ce qui concerne la citoyenneté]. En cela, et à travers d'autres dispositions visant à durcir le contrôle du fonctionnement des associations tant générales que cultuelles, le droit à la liberté religieuse garanti par l'article 1er de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat de 1905 se trouve considérablement réinterprétée. Les restrictions liées à la 'sauvegarde de l'ordre public' se doublent maintenant des 'exigences minimales de la vie en société' par les citoyens, soit une morale soi-disant commune pourtant bien mal définie.

Cette historienne est-elle une complotiste ? Dans une tribune commune publiée le 10 mars dans Le Figaro, les Eglises chrétiennes ont unanimement dénoncé une loi de “contrainte et de contrôle, introduisant une véritable “police de la pensée” qui pourrait gravement porter atteinte aux libertés les plus fondamentales”. Les grandes associations des droits de l'Homme, les syndicats et les représentants de la société civile se sont, eux aussi, émus du contrôle accru de l'Etat sur leurs propres structures associatives ainsi introduit par la loi. C'est aussi dans ce contexte de reprise en main que l'Etat a voulu supprimer l'Observatoire de la laïcité pour le remplacer par un simple comité interministériel, une structure uniquement administrative faisant craindre à terme l'impostion d'une doxa proprement étatique en matière de définition de la laïcité4. Quand au Conseil national des Evangéliques de France (CNEF), il parle d'une « laïcité de surveillance ».

La police des cultes surveille déjà les prédicateurs. Qu'adviendra-t-il quand on va leur demander de signer un engagement à ne pas exprimer de positions qui divergeraient de celles correspondant aux valeurs de la République ?

 

5. La question de la confiance

Les Romains demandaient du pain et des jeux. Les hommes d'aujourd'hui demandent des mots positifs, des mots qui sonnent bien. Le mot confiance est un de ces mots et le mot est censé créer la chose... Il comprend la racine latine fidere qui signifie avoir foi.

Lors de son allocution du 12 juillet dernier, E. Macron a justifié sa décision d'imposer le pass sanitaire par une triple référence : les Lumières, la Science et le Progrès. Au moins, les choses sont dites. Mais cette trinité-là n'est pas exactement celle des chrétiens.

Sur quoi cette confiance doit-elle se fonder, finalement ? Dans les écoles, on va apprendre à lire et à écrire, mais aussi que l'homme n'est qu'un animal évolué et que l'homosexualité est une chose banale, voire normale. Déjà, les services de pédiatrie accueillent des demandes de changement d'identité sexuelle chez les enfants. Pour beaucoup, le mot 'scientifique' équivaut à une sorte de label d'infaillibilité. En ex-URSS, le marxisme-léniniste se targuait aussi de reposer sur une base scientifique. Mais dans les services de radiothérapie à l'hôpital on fait appel à des radiesthésistes et autres guérisseurs pour “enlever le feu”.

Il est vrai qu'il y a une confiance a priori qui est nécessaire pour vivre en société et pour vivre tout court (1 Co 10.25). Mais où a-t-on vu que, dans un monde corrompu, cette confiance allait de soi, dans tous les domaines et tout le temps ? Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups, a dit Jésus ; soyez prudents comme des serpents et simples comme des colombes (Mt 10.16). Notre simplicité ne sera donc pas sans prudence. Nous le disons à nos enfants, mais c'est aussi vrai pour nous, nous le savons bien. Notamment à l'écoute des médias...

L'abandon des références chrétiennes laisse chaque jour un peu plus la place à de nouveaux modèles de type religieux, comme ce devait être le cas à Athènes au temps de l'apôtre Paul (Ac 17.22). Les nouveaux prêtres de ces religions sans Dieu sont les journalistes, les médecins et les experts. Certains hommes politiques aussi. On est censé les croire sur parole. Ils nous parlent d'un monde nouveau et déclarent archaïque tout ce qui prévalait jusqu'alors.

(à suivre)

 

 

1Je renvoie à l'article d'Henri Blocher : L'individu menacé (Evangile 21, avril 2018). https://evangile21.thegospelcoalition.org/article/lindividu-menace-2/

2"La valeur de l'homme est supérieure à tout. C'est l'apport de la philosophie des Lumières et c'est ce qui fait l'universalisme des Droits de l'homme...”. https://www.youtube.com/watch?v=8RLel4oO3tY&ab_channel=LeParisien

3Valentine Zuber, directrice d'études, chaire de “Religion et relations internationales”, à l'Ecole pratique des Hautes Etudes. Article publié dans le CEP (sept. 2021), périodique de l'EPUdF.

 

4Une Vigie de la laïcité (www.vigie-laicite.fr) vient d'être créée, comme organisme indépendant de veille citoyenne. Voir la tribune publiée par Le Monde le 10 juin dernier, signée par treize intellectuels.

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Commentaires
C
Merci, Charles, d'aborder cette question "épineuse", si l'on ose dire ! On se réjouit de la suite...<br /> <br /> Je trouve que depuis 18 mois, en tant que chrétiens nous apprenons beaucoup. Nous passons de plus en plus de la théorie à la pratique. Nous connaissions un certain nombre de principes bibliques, la nécessité nous conduit maintenant à en vivre leur réalisation de façon plus concrète (vigilance, résistance, persécution, mais aussi persévérance, confiance, abandon, joie surnaturelle, attente de la victoire finale...).<br /> <br /> Victoire finale? Oui, je reprends ici le dernier point du commentaire de Polux: la victoire sur les ténèbres. <br /> <br /> En effet, en ce qui me concerne, depuis quelque temps je me remémore - et le vois carrément dans mon esprit - l'arrivée de notre Seigneur sur son cheval blanc et fringant, suivi de son armée, ses soldats vaillants (son peuple, ses frères), eux aussi sur de blanches montures et vêtus d'un fin lin blanc et pur (Ap 19). Quelle image glorieuse et apaisante de la grande victoire qui vient, où tous les ennemis du Christ - et ils sont nombreux en ce moment à se déchaîner sur le monde mais surtout sur l’Église - seront mis hors d'état de nuire. Tenons donc ferme, cela en vaut la peine!
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P
1) les médecins ne sont pas de nouveaux gourous, au contraire ils se posent beaucoup de questions éthiques, et ceux qui gênent sont mis de coté, tels Perrone ou Raoult. Beaucoup ont refusés du reste de se faire vacciner docilement, faisant remonter au sommet de l'Etat (l'ARS en l'occurrence) leur désaccord avec une politique désadaptée des connaissances médicales qu'ils pratiquent au long cours<br /> <br /> 2) nous sommes à la fin d'une époque où les promesses du matérialisme bancaire qui devait nous prémunir de tous dangers, s'effondrent, d'où l'affolement de ses promoteurs qui comme en URSS sentent que les murs qu'ils avaient édifiés sont en train de s'effriter. Ainsi du socialisme en France, où par suite de sa cécité normative, on a un désert médical, une absence de tissu économique puisque tout vient de chine, une guerre civile qui pointe son nez et sans parler de l'accroissement des pauvretés et pas seulement économiques, les taux de suicides et de toxicomanies en augmentation par exemple. Ou de ceux qui ont tués un cygne dans le Gardon par désœuvrement?<br /> <br /> 3) Mais nous ne sommes pas du monde, sans quoi nous serions en accord avec lui, et tout ce que nous vivons n'est que "normal". Ce que chacun vit dans son âme est en relation avec cette fracture spirituelle qui est inhérente à la nouvelle naissance (c'est à dire à la pénitence, si vous préférez ce vocabulaire plus classique). Secondaire à l'enracinement de la parole de Dieu dans notre cœur (cf la 1° tentation de Jésus au désert alors qu'il est soumis à un effondrement lui aussi, éprouvant la faim et une perte de ses repères) <br /> <br /> 4) Réjouissons nous car Jésus est passé par là justement et il nous précède, il marche devant nous comme dit Esaïe (58 il me semble?), "Ta justice marchera devant toi et la Gloire de l'Eternel sera ton arrière garde". Chemin déroutant que celui-là, en effet car on suit la nuée dans le désert comme les hébreux, ou on marche à l'étoile comme les rois mages. On se laisse conduire, c'est beau, mais on ne tient pas le volant, on ne sait pas où l'on va, sauf qu'on marche dans la maison de l'Eternel. Certes c'est flippant, mais c'est cela marcher par la foi.<br /> <br /> 5) Que de grâces on obtient en passant dans ce chemin par Christ, dont la parole restaure nos âmes troublées alors que nos yeux s'ouvrent et que l'on mesure la complète précisions et sa victoire sur les ténèbres, sa tendresse et sa douceur (Ps 36/47). Rappelons nous de la samaritaine au puit de Jacob, la seule qui se posant des questions spirituelles reconnait en Jésus le messie sans hésiter, puisque c'est dans son cœur une adoratrice. C'est cela notre programme, l'adoration silencieuse cf L'homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l'Éternel regarde au cœur (1 Sa, 16,7)
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