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Le blog de Charles Nicolas
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  • Dans une société déchristianisée où les mots perdent leur sens, où l'amour et la vérité s'étiolent, où même les prédicateurs doutent de ce qu'ils doivent annoncer, ce blog propose des textes nourris de réflexion biblique et pastorale.
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21 mars 2014

Autorité et collégialité

 

 

 

Autorité et collégialité,


une gouvernance au service de l'Eglise




PLAN



I. Au commencement, Dieu


                                               1. Au commencement, Dieu
                                               2. L'autorité
                                               3. La collégialité
                                               4. La délégation




II. Chacun, tous, quelques uns


                                               1. La notion biblique d'édification
                                               2. Sacerdoce commun et ministères
                                               3. L'exigence personnelle
                                               4. La règle de l'accord


 

III. L'exercice de la collégialité en rapport
avec la croissance de l'Eglise
et avec les questions d'éthique


                                              1. La dimension du débordement de la grâce
                                              2. L'éthique et les valeurs

                                                        3. La question des présupposés

                                              4. Trois problématiques propres

                                                  au gouvernement de l'Eglise

 __________



Annexes


                                                    1. Ecouter
                                                    2. Le Concordat
                                                    3. Diacres et anciens
                                                    4. Des termes difficiles à assumer...

 

______________________

------------------------------------------------------




I. AU COMMENCEMENT DIEU


1. Au commencement, Dieu !



En un sens, tout enseignement devrait commencer ainsi. C'est d'ailleurs le sens de la demande du Notre Père : « Que ton Nom soit sanctifié ». C'est aussi sans doute la meilleure manière d'associer fortement l'enseignement (la réflexion théologique, la doctrine), la piété (la prière, le culte, le désir d'être agréable à Dieu) et l'obéissance, la mise en pratique, la marche chrétienne. On ne devrait jamais dissocier ces trois domaines qui, en un sens, n'en font qu'un.

Seule cette discipline-là permet de mettre en lumière les présupposés qui se cachent au fond de nous et qui dictent notre pensée et notre conduite, même quand nous n'en sommes pas conscients. Par exemple, il n'est pas dit : Au commencement la démocratie, mais : Au commencement Dieu. Ce n'est pas pareil. Beaucoup de choses vont découler de cette mise en lumière qui doit toujours être recommencée, continuée.

Soyons bien conscients que les incroyants qui emploient les mêmes mots que nous, les mêmes concepts, le font avec d'autres références, d'autres points de départ et donc d'autres objectifs, finalement. Cela ne signifie pas qu'ils sont nécessairement insensés, et par la grâce de Dieu nous pouvons rencontrer des incroyants (ou des croyants peu instruits) faisant preuve de remarquables fidélités. Mais cela ne nous dispense pas d'ordonner notre pensée et nos engagements selon les vérités que Dieu nous a révélées dans sa Parole. Cela nécessite une très grande rigueur.

Je donne deux exemples, car ce point de départ est important :

Tout le monde peut parler d'unité, travailler à l'unité avec toutes sortes de motivations, de moyens, dans le monde comme dans l'Eglise. Mais quand nous prenons garde à la manière avec laquelle Jésus parle de l'unité entre les chrétiens – une unité semblable à celle qui existe entre chacun d'eux et le Seigneur, semblable à celle qui unit le Père et le Fils – alors nous comprenons que cela est absolument impossible par la volonté et les forces humaines. Nous comprenons que c'est possible cependant, mais comme le fruit de l'action de Dieu par son Esprit, de l'intercession de Christ et de notre... docilité à cette action !

Tout le monde peut faire la promotion de l'amour, chercher à  œuvrer utilement dans le bon sens... Mais quand nous prenons garde à ce qu'a dit Jésus : « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres », alors nous comprenons qu'il ne s'agit pas seulement de bons sentiments altruistes ou même de dévouement. Nous comprenons que l'amour nous est inaccessible, à moins qu'il soit versé dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous a été donné.

Ces deux exemples introduisent ce qu'on peut appeler la pédagogie de l'échec : on peut toujours essayer d'imiter, mais ce ne seront que des imitations ! La vie chrétienne, la vie de l'Eglise, c'est tout autre chose ! Nous voyons là que le chrétien a une responsabilité bien plus grande que l'incroyant1.

Toute réalité bonne et juste a sa source en Dieu. Ainsi est-il de l'autorité, de la collégialité, et aussi de la démarche pastorale qui président au gouvernement de l'Eglise.

Il est utile, ici, de distinguer entre l'unicité de Dieu et son unité. Le Adonaï 'éhad de Deutéronome 6 ne dit pas que Dieu est “le seul Eternel” (c'est l'unicité) mais qu'il est “le Dieu Un” (c'est l'unité). Cette unité profonde, parfaite en Dieu, on le sait, n'abolit pas la réalité distincte du Père, du Fils et de l'Esprit.

Nous n'allons pas, ici, développer cette réalité, mais nous allons la garder comme un fondement essentiel. L'autorité, la collégialité, la gouvernance de l'Eglise ont quelque chose à voir avec l'unité, et l'unité a quelque chose à voir avec Dieu. En d'autres termes, c'est de cette unité-là que nous voulons parler, et pas de n'importe quelle sorte d'unité. « Qu'ils soient un comme nous sommes un » dit Jésus à son père (Jn 17.22). Il y a donc plus qu'une similitude entre l'unité qui existe – doit exister – entre les chrétiens (et à plus forte raison au sein d'un collège de ministères) et celle qui existe entre ces chrétiens et Dieu. Le terme communion s'impose, de fait.

L'unité spirituelle entre les chrétiens est une des priorités de la tâche pastorale (de la gouvernance de l'Eglise). C'est tout autre chose qu'une unité sur un mode associatif ou institutionnel. On peut être assis ensemble et chanter les même cantiques sans être unis...




2. L'autorité


Nous savons et aimons rappeler que Dieu est la source de tout amour. « L'amour vient de Dieu » (1 Jn 4.7). Cela est dit de la même manière pour l'autorité : « Toute autorité vient de Dieu » (Ro 13.1). Toute autorité procède de Dieu. Cette affirmation revêt une importance capitale. On va se garder d'opposer l'amour et l'autorité, n'est-ce pas ? Ils ont la même provenance ! Si toute autorité vient de Dieu, c'est qu'elle réside en Dieu, elle a sa source là. L'autorité est donc bonne et nécessaire, tout comme l'amour.

Je n'ignore pas que cela peut sonner étrangement à nos oreilles. Nous savons que notre pays a une histoire particulière qui suscite un réflexe de soupçon dès qu'on parle d'autorité. On associe autorité et pouvoir (ce qui n'est pas faux), mais d'une manière telle que l'autorité apparaît presque inévitablement suspecte, mal intentionnée, dangereuse. Tout cela peut se comprendre... jusqu'à un certain point.

Quand l'apôtre Jean dit que le péché est la transgression de la loi (1 Jn 3.4), on peut penser qu'il fait référence à l'autorité bafouée. En quoi a consisté le péché en Eden ? Le refus de l'amour ou le refus de l'autorité de Dieu ? Pour l'esprit révolutionnaire, toute autorité menace la liberté ; pour la Parole de Dieu, l'autorité juste est garante de la liberté. Les enfants ont toujours été désobéissants. Mais les « enfants rebelles à leurs parents » (2 Tm 3.2) caractériseront les temps de la fin. Dans sa deuxième lettre, l'apôtre Pierre annonce le jugement de Dieu sur les hommes injustes. A quoi les reconnaît-on ? A deux signes particuliers : la dépravation morale et le mépris de l'autorité (2 Pi 2.10).

Le défaut d'autorité est aussi préjudiciable que le défaut d'amour. En d'autres termes, l'autorité est aussi nécessaire et bénéfique que l'amour, dès lors qu'elle est juste et bienveillante. Est-ce que tout le monde est convaincu de cela ? Il est vrai qu'il existe tellement de modèles erronés de l'autorité.

En tant que chrétiens, nous avons un modèle vrai ! Jésus s'est dépouillé et a pris la condition d'un serviteur, d'un serviteur obéissant. Mais quelle autorité il avait ! Et nous y avons part... Nous y avons part en y étant soumis et nous y avons part en l'exerçant d'une certaine manière. C'est le sujet de cet exposé.


3. La délégation


Je voudrais ici partager deux belles citations. La première est de Martin Luther : « C'est Dieu qui lange l'enfant et lui donne la bouillie. Mais il le fait par les mains de la mère ». Calvin, avec un style différent bien-sûr, a dit quelque chose de semblable : « Dieu met l'enfant dans les bras de la mère et lui dit : Prends soin de lui de ma part, maintenant ».

L'évangile de Luc (chap. 7) nous rapporte une rencontre saisissante de Jésus avec un centenier dont Jésus a admiré la foi. Cet homme avait compris un principe profond, une loi spirituelle fondamentale qui lui permettait de reconnaître en Jésus celui que Dieu a envoyé. Ce principe est le principe de délégation. « Moi qui suis soumis à un supérieur, je dis à mon serviteur : Fais ceci, et il le fait ».

Qu'avait compris le centenier de Luc 7 ? Il avait compris qu'en étant soumis à un supérieur, il était autorisé à exercer l'autorité sur un subordonné, dans le prolongement de l'autorité qui était au dessus de lui. Et c'est avec cet éclairage qu'il dit à Jésus : « Dis un mot et mon serviteur sera guéri ». C'est grand !

Puisque Jésus a admiré l'intelligence du centenier, apprenons de lui. Ce qu'on apprend, c'est l'importance capitale du principe de délégation. Ce principe est certes malmené par le péché, mais il subsiste cependant. Même en dehors de l'Eglise. Cf. Ro 13.1 ; 1 Pi 2.17 ; Jude 8-11.

Exercer une autorité, c'est être autorisé par quelqu'un à, c'est avoir reçu délégation pour. Rappelez-vous le terrible dialogue entre Moïse et Pharaon : « Qui t'envoie, que je doive t'obéir ? ».

Nous voyons par les exemples cités (Jésus, le père, la mère, et même l'officier romain) que cette autorité se situe dans une perspective de service. En fait toute vocation correspond à une délégation, à un appel, à un envoi ! C'est à la fois son humilité et sa grandeur. La mère n'est que la mère ; mais elle reçoit une mission de la part de Dieu. Elle trouve là à la fois la limite de son rôle (et tout rôle a sa limite) et sa force : qui l'arrêtera ? Elle trouve aussi le sens de ce qu'elle fait, et le sens est ce qui nourrit la joie et la liberté.

A cela nous pouvons relier l'expression : Faire quelque chose au nom du Seigneur. Nous comprenons que ce n'est pas qu'une formule. Nous comprenons l'exigence qui y est attachée : c'est avec son accord, comme de sa part ! C'est pourquoi il est dit que si nous demandons quelque chose au nom du Seigneur, nous l'obtenons. Mais cela signifie « selon sa volonté » (Jn 15.16 ; 1 Jn 5.14-15), ce qui implique d'être à son écoute.4

En réalité, nous sommes appelés à tout faire « au nom du Seigneur ». « Quoi que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus » (Co 3.17). Tout, à commencer par les paroles qu'on prononce, même quand il n'y a pas de micro. Chaque parole. Cf. Ep 4.25, 29.

C'est le B.A.BA de l'autorité.




4. La collégialité


Ainsi, l'autorité ne s'auto-proclame pas : elle est accordée, elle est reçue, elle est reconnue5. Elle met celui qui l'exerce dans une perspective relationnelle précise, marquée par la dépendance. Cela même a sa source en Dieu !

Le pluriel de Genèse 1 : “Faisons l'homme à notre image” peut être compris comme un pluriel de majesté, mais on peut penser qu'il dit plus que cela. Sans entrer ici dans le détail de ce qu'on doit considérer comme un mystère, on peut affirmer qu'il y a en Dieu un principe de pluri-unité qui est le fondement même de l'autorité. Le mot 'trinité' est d'ailleurs la contraction de tri-unité.

Rien n'est plus naturel que de trouver dans cette réalité le principe du fonctionnement collégial, avec ses composantes propres : l'unité, la diversité, la parole, l'accord, et aussi l'amour. Si cette légitimation est juste, elle est différente de celle que donne le principe démocratique, par exemple, avec ses composantes propres : la représentativité, la tendance, le débat, le rapport de force, la majorité.                                                     

Le conseil de Jéthro à Moïse, en Exode 18, donne cependant une raison pragmatique au fonctionnement collégial : « Ce que tu fais n'est pas bien. Tu t'épuiseras toi-même et tu épuiseras ce peuple avec toi ; car la chose est au dessus de tes forces, tu ne pourras y suffire seul ». Dans ce texte, Moïse n'est pas la figure des pasteurs mais de Christ. La figure des pasteurs et des anciens, ce sont les chefs de mille, de cent, de cinquante et de dix que Jéthro recommande à Moïse d'établir, selon des critères qui ressemblent fort à ceux que Paul donnera à Timothée.

Le pragmatisme se retrouve dans un autre commencement, celui de l'Eglise primitive, avec la nomination des diacres. « Il n'est pas convenable que nous laissions la parole de Dieu pour servir aux tables » disent les apôtres aux chrétiens. Sept serviteurs sont nommés, « hommes de qui on rend un bon témoignage, qui soient plein d'Esprit-Saint et de sagesse » (Ac 6.3).

Aujourd'hui encore, le pragmatisme (la nécessité ou le bon sens) nous contraindra peut-être à prendre certaines mesures dans ce sens. Mais nous devrons veiller à ne pas dénaturer pour autant le principe du ministère chrétien.

Dans le Nouveau Testament, chaque fois que le mot pasteur est employé au singulier, c'est pour désigner Jésus. Il semble que le ministère soit toujours collégial. Certains diront que le seul ministère pouvant agir seul est celui d'apôtre, dont un des rôles est précisément de former et de nommer des anciens (Actes 20 ; 1 Tm 3). Cependant, Paul semble toujours accompagné et il s'exprime fréquemment en « nous » (1 Th 2.8, 11). Quant à l'apôtre Pierre, il nous dit que les apôtres sont aussi considérés comme des anciens, au même titre que les autres (1 Pi 5.1). On retrouve là la dimension collégiale avec ses exigences propres, avec notamment la soumission mutuelle et la règle de l'accord (Cf. Le synode de Jérusalem en Ac 15).

Il me semble que le couple offre un modèle pertinent. Ce n'est pas une simple association ; il y a la nécessaire unité, il y a la soumission mutuelle qui n'implique pas l'égalité des rôles ; il y a les vocations spécifiques (l'époux, l'épouse, le père, la mère) qui servent un intérêt commun et, au-delà, une mission commune. Il n'est pas étonnant que Calvin ait recommandé que « chaque maison soit gouvernée comme une petite église ».


_____________

 


II. CHACUN, TOUS, QUELQUES UNS



1. La notion biblique d'édification


A quoi nous renvoie généralement le mot édification ? A un enseignement stimulant, au comportement exemplaire d'une personne, d'une église : Cela m'édifie, cela me fait du bien, cela m'encourage.

Dans le contexte biblique, le mot édification est toujours communautaire. Il s'agit d'édifier une construction solide, harmonieuse, vivante, agissante.
En d'autres termes, la finalité, ce n'est pas seulement chacun, c'est aussi tous (1 Co 12.12, 26, 27...).

« Vous avez été édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre d'angle. En lui, tout l'édifice s'élève pour être un temple saint dans le Seigneur. En lui, vous aussi, vous êtes édifiés ensemble pour être une habitation de Dieu en Esprit » (Eph 2.20-22. Voir aussi 4.11-16).

Prendre conscience de cette dimension peut influer grandement sur notre manière de considérer notre engagement, notre positionnement par rapport aux autres, la gestion de ce que Dieu m'a confié. Les règles de fonctionnement propres au corps (de Christ) nous contraignent à accepter l'interdépendance forte des uns vis-à-vis des autres : « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; si un membre est honoré, tous les membres se réjouissent avec lui » (1 Co 12.26).

Les implications sont innombrables, tant au niveau de la vie de chaque chrétien (lors des rencontres mais pas seulement) que pour ce qui est de la manière d'envisager le gouvernement de l'Eglise.



2. Sacerdoce commun et ministères


C'est une contribution majeure que celle des Réformateurs qui ont maintenu la doctrine des ministères tout en valorisant le sacerdoce commun des croyants. La contribution de chacun et de tous sert un même objectif : l'édification de l'Eglise et la vigueur de son témoignage dans l'amour.

Dans le magnifique chapitre 12 de sa première lettre aux Corinthiens, Paul affirme avec force l'importance de la contribution de chaque membre de l'église, sans exception aimerait-on dire. « Un seul et même Esprit distribue à chacun en particulier comme il veut, ... pour l'utilité commune ».

Est-ce tout ? Non. En vue du même objectif, Dieu accorde aussi à son Eglise des ministères spécifiques, eux aussi divers. « Tous sont-ils apôtres, tous sont-ils prophètes, tous sont-ils docteurs ? ». Ces ministères sont énumérés au chapitre 4 de la lettre aux Ephésiens : apôtres, prophètes, évangélistes, pasteurs et docteurs, œuvrant de la part du Seigneur pour l'unité et la maturité de l'Eglise, en vue de sa « stature parfaite » (Ep 4.13). Mais d'où viennent-ils ? Ils sont des dons accordés par le Seigneur ressuscité à son Eglise (4.11). Par l'apôtre Pierre, nous apprenons que ces divers ministères de la Parole sont également nommés anciens (1 Pi 5.1). Par Paul, nous apprenons que les anciens doivent tous être aptes à l'enseignement (1 Tm 3.2), mais que tous ne sont pas pour autant appelés à se consacrer à la prédication et à l'enseignement (5.17).

Quand Paul écrit à l'Eglise de Philippes, il adresse sa lettre « à tous les saints qui sont à Philippes, aux anciens et aux diacres » (1.1). Ainsi, la même lettre, les mêmes révélations, les mêmes exhortations sont adressées à tous. Il n'y a pas de « rétention du savoir » et donc pas de « prise de pouvoir ». Chacun et tous ont accès aux mêmes données, pourront s'y référer, pourront se situer d'une manière responsable. Cependant, les anciens et les diacres sont mentionnés de manière spécifique : il sera demandé plus à certains qu'à d'autres. Parce qu'ils ont reçu davantage ; parce qu'ils avaient à veiller sur d'autres, notamment dans l'enseignement, mais pas seulement6.

Les deux catégories de ministères – anciens et diacres – sont attestées clairement dans le Nouveau Testament. Les Réformateurs les ont retenues et mises en valeur. Elles sont établies dans un grand nombre d'Eglises dans le monde. Dans le contexte français, elles ont eu du mal à être reconnues et valorisées, bien souvent. Le modèle concordataire du 19ème siècle qui a favorisé la mise en place de notables, le modèle associatif du 20ème siècle nourri de l'esprit laïque du bénévolat ont gravement altéré la notion des ministères centrés sur Christ. Les diaconats par exemple, sont devenus des services d'action sociale, ce qu'ils n'étaient pas au commencement.

Ainsi, c'est une collégialité bien spécifique qui doit être établie dans l'Eglise. Que cette spécificité ait inspiré le modèle démocratique occidental ne justifie pas que l'Eglise adopte purement et simplement les réflexes de fonctionnement de la société civile. Quand elle le fait, elle perd peu à peu son caractère d'Eglise et devient une société humaine semblable aux autres, ce qu'elle n'est pas.

Ainsi, la question du discernement des vocations, celle des conditions requises, celle de la reconnaissance et de l'envoi (l'imposition des mains), celle des prises de décision8, celle de l'articulation entre le local et le supra local, celle de la discipline, celle de l'unité à préserver, doivent-elles être examinées dans une perspective de foi ancrée dans l'Ecriture, en lien avec la personne du Seigneur vivant.

Jean Calvin considérait que l'essor de la Réforme dépendait de deux facteurs principaux : l'engagement des anciens dans la tâche pastorale et l'accord des pasteurs sur les doctrines majeures9. Deux dimensions de collégialité ! Ainsi se distingue le pluralisme (qui s'accommode de doctrines opposées) et la pluralité qui met en œuvre la diversité des ministères et des dons.

En réalité, la même règle vaut pour l'ensemble des membres de l'Eglise et pour le collège qui réunit les anciens ou les diacres ou toute autre équipe de responsables de l'église.



3. L'exigence personnelle


Il me semble qu'en un sens, l'autorité se situe toujours en premier lieu au niveau personnel et même individuel. L'autorité est dépendante de la soumission à Dieu, en vertu du principe de délégation. Or, cette soumission est avant tout personnelle, en relation avec le cœur, avec la foi. « Entre dans ta chambre, ferme ta porte et prie... » (Mt 6.6).

Quand Dieu appelle, il appelle des individus. Depuis Abraham jusqu'aux disciples. Il les appelle, il les envoie avec une mission et une promesse. L'autorité que chacun sera en mesure d'exercer, à son niveau, sera dépendante de cet envoi (on ne s'envoie pas soi-même) et de la fidélité exercée dans les grandes et les petites choses. L'appel et l'envoi créent la position d'autorité. La manière de marcher et de servir va confirmer, étayer, développer (ou pas !) cette autorité.

Il est vrai que les disciples apparaissent rarement seuls. On les voit généralement en groupe, ou du moins deux par deux. Cela suppose le respect de la règle de l'accord que nous allons évoquer ci-après. Cependant jamais la responsabilité individuelle ne disparaît dans le groupe quel qu'il soit.

Je donne un exemple simple. Celui ou celle qui, chaque fois qu'il (ou elle) ouvre la bouche donne une parole fiable, appropriée, celui-ci ou celle-là acquiert peu à peu une certaine autorité, voire une grande autorité. Ce n'est pas une autorité revendiquée (bien qu'il soit possible parfois de revendiquer une autorité) ; c'est une autorité reconnue.

Ce n'est pas le fait de constituer un groupe qui confère principalement une autorité. C'est le fait que chacun de ceux qui sont choisis sont « aptes, craignant Dieu, intègres et ennemis de la cupidité » (Ex 18.21). Nous retrouvons ce même principe avec l'appel des diacres en Actes 6.3. Cela est nettement visible aussi pour ce qui concerne les anciens : « Il faut que l'ancien soit irréprochable, mari d'une seule femme, sobre, modéré, réglé dans sa conduite, hospitalier, propre à l'enseignement... » (1 Tm 3.2-7).

On a quelques fois dit que c'était là un idéal qu'il fallait viser. Cependant, Paul écrit : « Il faut que ». Il dit la même chose pour les diacres peu après. Dans sa lettre à Tite, il demande que l'on établisse des anciens, « s'il se trouve quelque homme irréprochable » (1.5-9). Cela signifie qu'il valait mieux n'établir personne que d'établir quelqu'un qui ne répondait pas à ces critères. En d'autres termes, ces hommes n'ont pas d'abord une autorité parce qu'ils constituent un collège mais parce qu'ils vivent individuellement et dans leur maison d'une manière intègre, irréprochable. Cela apparaît encore quand Paul rappelle aux anciens d'Ephèse qu'il a, nuit et jour pendant trois ans, exhorté avec larmes chacun d'eux (Ac 20.31). On n'a pas autorité parce qu'on est inclus dans un collège. On a autorité parce qu'on est soumis à Dieu12.

Ensuite, si des personnes soumises à Dieu sont assemblées légitimement pour un service commun, si elles s'accordent dans un esprit de soumission mutuelle, alors elles exerceront une autorité collégiale légitime. Non pas infaillible cependant. Le fait de constituer un collège va apporter une « autorité ajoutée », si on peut dire, pour autant que ces hommes trouvent la bonne manière de fonctionner ensemble, de s'accorder.



4. La règle de l'accord


La règle de l'accord est une des clés de la vie de l'Eglise.
Que ce soit :
- pour apporter son offrande à Dieu, c'est à dire pour le culte - « Si ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande » (Mt 5.24 ; 18.20),
- pour partager le repas du Seigneur - « discerner le corps du Seigneur » (1 Co 11.29),
- pour l'exercice de la discipline - « Si ton frère a péché, va trouver ton frère... » (Mt 18.15),
- pour la prière - « Si deux s'accordent pour demander quelque chose... » (Mt 18.19),
- pour gérer les tensions - « Quelqu'un de vous, lorsqu'il a un différent avec un autre... » (1 Co 6.1), - pour prendre les orientations qui s'imposent - « Il paru bon aux anciens, aux apôtres et à toute l'Eglise... » (Ac 15.22),
- pour enseigner, pour témoigner au dehors, pour accueillir ceux que Dieu envoie, pour entrer dans le combat spirituel ; ou tout simplement pour garder et multiplier la grâce que Dieu accorde.

Si la coupe est fissurée, comment pourra-t-elle déborder ?

Cette règle de l'accord est à la fois simple et exigeante. Elle est simple car elle est dans la logique de la marche dans la foi et de l'obéissance à Dieu. Elle est exigeante car elle ne s'accommode d'aucune approximation, d'aucune dissimulation. Il faut peu de chose pour être en accord ; il faut peu de chose pour l'altérer.

Il est évident, comme pour la cène, qu'aucun accord véritable n'existe sans l'approbation de Dieu. Des malfaiteurs peuvent aussi s'accorder, mais cela fera d'eux des complices, pas des serviteurs de Dieu ! L'accord dans l'Eglise se situe au niveau du contenu de la foi (la Confession de foi en est l'expression) et au niveau de la marche commune. Celle-ci est généralement consignée dans une Discipline. Elle doit aussi se situer au niveau des décisions à prendre, jour après jour.

Quand Jésus dit : « Si deux s'accordent », il ne dit pas si cela prendra cinq minutes ou trois mois. Comment savoir ? Le recours aux délais associe la grâce et la responsabilité. Certains auront à cœur de recourir au jeûne pour signifier leur engagement pour une écoute de qualité. Ici, la responsabilité individuelle est pleinement requise, car un seul peut avoir raison contre tous, et si c'est le cas, la règle de l'accord devra permettre d'en convenir. Faut-il pour autant admettre que seules des décisions prises à l'unanimité auront l'autorité requise dans l'Eglise ? Il n'est pas insensé de le penser – en précisant que l'unanimité n'est pas, elle non plus, garante d 'infaillibilité ! Le recours aux délais est sans doute une bonne manière de concilier la responsabilité et la grâce, la patience et l'urgence.

L'accord établi dans de bonnes conditions au sein d'une équipe de responsables est garant de sécurité, de fiabilité. Le temps de prière au début de la rencontre permettra-t-il une qualité d'écoute suffisante14 ou passera-t-on du registre de la piété à celui de la gestion des affaires courantes ?

L'apôtre Paul évoque « la soumission mutuelle dans la crainte de Dieu » (Ep 5.21). Nul ne doit pouvoir s'y soustraire. Le plus petit, le moins instruit peuvent parler de la part de Dieu (1 Co 12.20-22). Saura-t-on le reconnaître ou suivra-t-on celui qui parle le plus fort ? L'enjeu, c'est d'être au bénéfice du secours, de la direction que Dieu veut accorder.

Le premier lieu où cela doit s'exercer est sans aucun doute le couple qui conjugue une parfaite égalité d'honneur, de grâce, d'espérance et de responsabilité (Ga 3.28 ; 1 Pi 3.7) et des vocations qui ne sont pas en tous points identiques (1 Co 11.3 ; Ep 5.22, 25 ; 1 Tm 2.12-14). Mari et épouses sont égaux mais pas équivalents. Il y a donc unité, égalité et diversité.

Le collège des ministères offre semblable réalité. Chaque ministère a son autorité propre : en fonction de la fidélité et de la fiabilité de la personne qui l'exerce, mais aussi en fonction du ministère lui-même. L'autorité d'un apôtre n'est pas nécessairement identique à celle d'un évangéliste ou d'un docteur. Pierre se dit apôtre comme les autres, et cependant il use d'une autorité singulière. Paul (1 Tm 5.17) recommande d'honorer « les anciens qui dirigent bien » (c'est la fidélité qui est prise en compte), « surtout ceux qui travaillent à la prédication et à l'enseignement » (c'est le type de ministère qui est pris en compte). La formule latine primus inter pares exprime ce principe d'égalité non égalitaire. Si le pasteur est l'ancien à qui sont confiés l'enseignement et la prédication, il jouit d'une autorité particulière tout en étant soumis au collège des anciens. Il y a réellement soumission mutuelle.

Il y a une sorte de perfection de la grâce qui se manifeste au sein du peuple de Dieu dès lors que chacun trouve sa place, ni trop en avant ni trop en retrait, avec le(s) don(s) que Dieu lui a accordé(s). En d'autres termes, à chaque situation, à chaque difficulté, à chaque besoin correspond un secours approprié. La pleine dépendance vis-à-vis de Dieu, le respect du principe de délégation, la règle de l'accord, doivent permettre d'être témoins de cette perfection, de ce secours, de cette direction donnée, « selon qu'il est écrit : Celui qui avait ramassé beaucoup n'avait rien de trop et celui qui avait ramassé peu n'en manquait pas » (2 Co 8.15).

 


III. L'EXERCICE DE LA COLLEGIALITE


en rapport avec la croissance de l'Eglise,
en rapport avec les questions d'éthique.


Introduction au travail en groupes
______



1. La dimension du débordement de la grâce



Pas plus que l'autorité, la croissance de l'Eglise ne se décrète ! Comme pour l'autorité, il est toujours possible d'user de moyens divers, en copiant sur ce qui se fait dans le monde, par exemple.

Il nous semble que la quasi totalité de l'enseignement des apôtres se retrouve dans ces trois impératifs de la vie de l'Eglise que sont l'unité spirituelle, l'amour fraternel et la sainteté de vie.

Nous l'avons déjà rappelé : l'unité spirituelle n'est pas qu'une simple union d'idées ou de projets, la connivence d'un club ou d'un parti. Elle est le résultat de l'action de l'Esprit saint dans les cœurs, autour de la personne de Jésus-Christ. Il n'y a là rien de théorique : cette unité est à la fois quelque chose de simple et naturel, dans le prolongement de l'expérience de la grâce et de notre union à Christ ; elle est aussi quelque chose de fragile. En d'autres termes, il faut peu de chose pour la trouver et il faut peu de chose pour l'abîmer.

L'amour fraternel est le propre de la communauté chrétienne, car il est directement dépendant de l'expérience de l'amour de Christ reçu dans les cœurs, comme Jean le dit explicitement (13.34-35). On pourrait développer cela amplement. Qu'il suffise de rappeler que le terme 'frère', dans l'Ecriture, désigne toujours les membres du peuple de Dieu, juifs ou chrétiens. Il n'y a pas d'exception à cette règle.

La sainteté de vie découle, elle aussi, de l'union du chrétien avec son Sauveur. Le chrétien n'est pas qu'un pécheur pardonné ; il est un saint qui commet encore des péchés. Ce n'est pas tout à fait la même chose. Cela aussi demanderait à être développé.

Nous avons vu que le collège des ministères et cet autre collège que constituent l'ensemble des disciples du Seigneur obéissent finalement aux mêmes principes, servent les mêmes objectifs. A ces différents niveaux, si l'unité spirituelle, l'amour fraternel et la sainteté de vie sont l'objet d'une veille attentive – comme les lettres de Paul y invitent à chaque page – alors il est probable que s'opérera ce qu'on peut appeler un « débordement de la grâce », c'est à dire une démonstration de la présence vivante et vivifiante du Seigneur au milieu de son assemblée. Ce débordement touchera en premier lieu – avec ou sans paroles – ceux que Dieu enverra.

« Le Seigneur ajoutait chaque jour ceux qui étaient sauvés » (Ac 2.47).

« Les Eglises se fortifiaient dans la foi et augmentaient en nombre de jour en jour » (Ac 16.5).

En réalité, c'est le Seigneur lui-même qui agit : pour nous, en nous et au travers de nous !



2. L'éthique et les valeurs


Le texte qui suit, trouvé sur Internet, donne une certaine définition de l'éthique et de la démarche qui lui est propre. Il est rédigé dans un cadre profane, mais est assez aisé de le transposer dans le domaine de l'Eglise.
L’éthique est une réflexion sur les valeurs qui orientent et motivent nos actions.
Cette réflexion s’intéresse à nos rapports avec autrui et peut être menée à deux niveaux.
Au niveau le plus général, la réflexion éthique porte sur les conceptions du bien, du juste et de l’accomplissement humain. Elle répond alors à des questions comme :
2. qu’est-ce qui est le plus important dans la vie?
3. que voulons-nous accomplir?
4. quels types de rapports voulons-nous entretenir avec les autres?
Les valeurs deviennent ainsi des objectifs à atteindre, des idéaux à réaliser. À l’échelle individuelle, nos actions sont autant de moyens d’actualiser nos valeurs. À l’échelle collective, l’imposition de règles est aussi un moyen de réaliser l’idéal partagé; les actions qui vont dans le sens de l’idéal deviennent des devoirs, des obligations. Les règles, cependant, sont générales et ne peuvent couvrir toutes les situations où des choix d’actions sont nécessaires.
C’est pourquoi la réflexion éthique porte aussi, au niveau particulier, sur les cas embarrassants et les dilemmes. Elle répond alors à des questions comme :
quelle est la valeur la plus importante dans cette situation?
quelle est la meilleure décision éthique dans ces circonstances?

Le but de la réflexion éthique est de déterminer non pas les valeurs les plus motivantes, sur le plan subjectif, mais celles qui peuvent justifier rationnellement notre action, celles qui constituent de bonnes raisons d’agir dans un sens ou dans l’autre. Dans le domaine éthique comme dans le domaine technique, les ingénieurs ne sont pas guidés par leurs préférences personnelles. Ils font des choix rationnels et sont capables de les justifier en donnant des raisons telles que l’intérêt du client, la qualité de l’environnement, la sécurité du public.
La réflexion éthique permet de déterminer les valeurs qui déterminent des raisons d'agir acceptables par l'ensemble de la société, par les personnes qui partagent l'idéal de pratique et, au niveau particulier, par les personnes et les groupes touchés par une décision.      

    

3. La question des présupposés



Selon Rudolph Bultmann, toute démarche d'interprétation qui aboutit à une décision ou à un engagement doit prendre en compte trois données distinctes qui sont situées sur un cercle qui les rend dépendantes l'une de l'autre :    les présupposés - les doctrines - le texte biblique.

Nul n'aborde le texte biblique de manière neutre. Chacun a, en arrière plan, un certain nombre de doctrines plus ou moins claires, plus ou moins élaborées, plus ou moins fondées. Le texte biblique est lu à la lumière de cette référence-là. Mais en amont des doctrines se trouvent des présupposés, hérités de notre environnement idéologique, de notre éducation, des personnes qui nous ont influencés. De telle ou telle expérience marquante. Ces présupposés nous accompagnent en tout temps et agissent, souvent de manière inconsciente, sur notre jugement, nos choix. En un sens, nos présupposés constituent la donnée la plus profonde, celle qui impose sa marque, celle qui n'évolue pas. Dans le « cercle herméneutique », le texte biblique n'est qu'un des trois paramètres ; en un sens le plus important, mais il n'est accessible qu'à travers les deux autres.


Par exemple, le matérialisme est un présupposé. Si un matérialiste lit la Bible, il la lira à la lumière de ce présupposé et des constructions élaborées à partir de lui. Cette construction peut demeurer intacte ou être ébranlée. Mais le présupposé sera-t-il remis en cause ? S'il l'est, il y aura le commencement d'une lecture nouvelle. Sinon, la lecture demeurera statique : le lecteur ne retiendra que ce qui correspond à son schéma de pensée. Si le présupposé est changé, il y a à proprement parler conversion.

Ainsi, le cercle herméneutique fonctionne correctement quand il y a progression, c'est à dire quand le texte biblique est lu de manière de plus en plus correcte, au travers de présupposés et de doctrines peu à peu mis à sa lumière et corrigés.

Le cercle herméneutique dysfonctionne quand les présupposés demeurent intouchables, hors de portée, comme tabous. C'est malheureusement assez souvent le cas. Alors, les raisonnements ou les « doctrines » se situent sous une double influence, si on peut dire : celle du texte biblique lu et médité et celle des présupposés qui continuent à agir, en profondeur, souvent non dévoilés.

Cette présentation a l'air savante, mais elle s'applique à tout lecteur de la Bible, à tout auditeur de la prédication, qu'il en soit conscient ou pas.

L'histoire de notre pays est fortement marquée par l'Eglise catholique romaine, par le Siècle des Lumières, par la Révolution et enfin par la laïcité – une certaine manière de concevoir la laïcité. A cela on pourrait ajouter d'autres influences fortes comme la libre-pensée, ou l'idéologie socialiste qui, pour un grand nombre de nos contemporains, constitue une sorte d'Evangile.

Le constat est que si nos présupposés ne sont pas mis en lumière, réformés par la Parole de Dieu, accordés à elle, ils continueront à imposer leur influence et ce malgré les lectures, les débats, la prière, la prédication, etc. C'est sans aucun doute là la cause d'innombrables freins, d'innombrables mésententes ou encore d'accords fragiles dont les causes véritables n'apparaissent pas aisément.

Ces fragilités sont souvent mises sur le compte des questions de caractère, de jalousie, de rivalité. Cela peut bien arriver ! Il est probable que des présupposés non dévoilés, autonomes, « insoumis », non accordés, soient aussi en cause, souvent. Les vœux, les articles de règlement, les décisions synodales ne vont pas nécessairement permettre d'aller au fond des choses.

La double question de l'autorité et de la collégialité est directement concernée par ce défi.




4. Trois problématiques propres au gouvernement de l'Eglise



Pour le travail en groupes



a. La question des Confessions de foi ou quand faut-il se séparer ?

C'est certainement une marque de maturité que savoir déterminer ce qui constitue un principe ou une doctrine majeurs et ce qui constitue un principe ou une doctrine secondaires. « Toutes les doctrines sont importantes, dit Jean Calvin, mais toutes ne sont pas aussi importantes ». Les Confessions de foi historiques de l'Eglise chrétienne sont certes marquées par les circonstances de leur temps, mais on peut considérer que les affirmations qu'elles formulent, pour la plupart, résument de manière correcte l'enseignement fondamental de l'Ecriture sainte. Elles constituent, à ce titre, un fondement d'unité, imparfait mais néanmoins précieux.

Toute séparation est un sujet de tristesse, mais toute séparation ne brise pas la communion. On peut ne pas s'accorder sur tel ou tel point (de doctrine, de jugement, de stratégie...) et convenir qu'il est préférable d'œuvrer chacun de son côté (Ac 15.39-41). On ne devient pas pour autant ennemis ou concurrents.

Nous sommes tous les témoins de ce double risque que constituent le laxisme et le rigorisme. L'un vaut-il mieux que l'autre ? Sans doute pas ! Mais qui va déterminer la mesure juste ?

Par ailleurs, il peut exister des désaccords ou des séparations intempestives qui brisent la communion. Il peut aussi arriver que des désaccords voire des séparations s'imposent, que l'on n'a pas le courage d'assumer... L'adhésion commune à une Confession de foi ou à une Déclaration de foi (celle de l'Alliance évangélique, par exemple) permet-elle de mieux assumer certains désaccords ?


b. Doctrine, piété et marche chrétienne

C'est sans doute un des caractères forts du mouvement de la Réforme que d'avoir tenu ensemble la doctrine, la piété et l'engagement (la marche chrétienne, la tâche pastorale, la discipline). Que l'un de ces trois domaines soit négligé, les deux autres seront exposés à la dérive, à la distorsion, à l'amenuisement, car en réalité, ils sont dépendants les uns des autres. Or, maintes pressions sont à l'œuvre pour que ces trois pôles soient tour à tour montrés du doigt et regardés comme étant superflus, voire suspects.

« Quant à l'Eglise véritable, nous croyons qu'elle doit être gouvernée selon l'ordre établi par notre Seigneur Jésus-Christ, à savoir qu'il y ait des pasteurs, des anciens et des diacres, afin que la pureté de la doctrine y soit maintenue, que les vices y soient corrigés et réprimés, que les pauvres et tous les affligés (y) soient secourus dans leurs besoins, que les assemblées se tiennent au nom de Dieu et que les adultes y soient édifiés, de même que les enfants ». Confession de foi de La Rochelle (1559), article 29.

c. Vie publique et vie privée

« S'il refuse de les écouter, dis-le à l'Eglise » (Mt 18.17). La Bible nous montre à bien des reprises que ce qui se vit à la maison est déterminant. Il n'est sans doute pas exagéré de penser que beaucoup de difficultés rencontrées dans la vie de l'Eglise ont leurs racines au niveau de la vie privée. Mais qui peut se permettre de dire quelque chose sur ce qui se passe à la maison ? Bien des pasteurs ou anciens ne s'y risqueront pas. Le modèle laïque français a établi des cloisons étanches entre les domaines.

Réunir sans confondre ; distinguer sans séparer. La vie de couple, la vie familiale, la vie de l'église sont bien distinctes, et chacune a ses prérogatives propres. Nulle responsabilité ne peut se substituer à une autre. Alors, comment définir ou préserver la cohérence de notre témoignage ? Où situons-nous la limite de l'autorité : trop tôt ou trop loin ?                     

Charles Nicolas
                                          
- Retenir une de ces trois problématiques.
- Quelles questions pose-t-elle ?
- Quelles fragilités révèle-t-elle dans notre situation actuelle ?
- Comment améliorer notre équipement pour avancer fidèlement ?
- Comment mieux utiliser les moyens que Dieu met à notre disposition
en tant que chrétiens ?



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Annexe 1.

Ecouter



« Le premier service que l'on doit au prochain est de l'écouter. De même que l'amour de Dieu commence par l'écoute de sa Parole, ainsi le commencement de l'amour pour le frère consiste à apprendre à l'écouter...

Les chrétiens, et spécialement les prédicateurs, croient souvent devoir toujours « offrir » quelque chose à l'autre lorsqu'ils se trouvent avec lui ; et ils pensent que c'est leur unique devoir. Ils oublient qu'écouter peut être un service bien plus grand que de parler...

Qui ne sait pas écouter son frère bientôt ne saura même plus écouter Dieu ; même en face de Dieu, ce sera toujours lui qui parlera... Nous devons écouter avec les oreilles de Dieu, afin de pouvoir nous adresser aux autres avec sa parole ».


Dietrich Bonhoefer « De la vie communautaire »


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Annexe 2.

Le cadre associatif


Après deux siècles de persécution et un siècle de régime concordataire mis en place par les autorités civiles, les Eglises protestantes en France se sont conformées au modèle associatif imposé par l'Etat (1905).


Je cite le pasteur Pierre Verseils dans un rapport synodal des Eglises réformées évangéliques en 1955 : « En réalité, nous avons là le signe de l'état de malaise dans lequel vit l'Eglise, état qui provient de l'influence profonde qu'a exercé la loi de Séparation sur nos communautés. En créant les associations cultuelles, le législateur a, sans le vouloir, provoqué une confusion profonde qui va sans cesse s'aggravant. L'Eglise ne peut pas, en effet, être assimilée à une société ordinaire. Elle est une création originale, unique, qui ne peut entrer sans être malmenée, dans un moule juridique. Comme le souligne le professeur Brunner, « les notions d'associations religieuses et d'église s'excluent réciproquement. L'Eglise est, en opposition à l'association religieuse dont le fondement est la tendance, la volonté ou le but de ceux qui la composent, une communauté fondée sur la Parole de Dieu et sa Volonté... Or, on peut dire que, de plus en plus, l'Eglise est devenue une association cultuelle... Aussi sommes-nous mal à l'aise dans un tel climat. Les conséquences ont malheureusement été inévitables ; de plus en plus, nous mesurons qu'autour de nous, l'Eglise est considérée de cette manière. Un tel fait entraîne, bien entendu, des difficultés certaines ».

Une des conséquences est la compréhension de la nature des ministères donnés à l'Eglise. Dans le Nouveau Testament, les ministères sont donnés par le Seigneur et reconnus par l'Eglise. Cela relève de la grâce et conditionne un sens de la vocation bien défini, pas nécessairement identique à celui d'un permanent salarié, d'un animateur ou d'un bénévole d'association...

 

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Annexe 3.

Anciens et diacres


Les ministères institués – anciens et diacres – ont pour cadre l'Eglise. Ils n'agissent pas à la place de celle-ci mais pour elle et avec elle. Cela signifie que chaque ministère à l'œuvre nourrit et féconde la vocation de l'ensemble des membres. C'est la raison pour laquelle on peut parler de ministère pastoral (pasteurs et anciens) mais aussi d'un pastorat mutuel à l'œuvre parmi l'ensemble des membres. C'est la raison pour laquelle la discipline de l'Eglise peut parler de diaconat (le ministère des diacres) mais aussi de diaconie (l'aptitude, présente et à  l'œuvre parmi l'ensemble des membres, à soutenir, à secourir).

Ces deux axes de ministère sont également spirituels : ils visent l'un et l'autre l'unité et le développement de l'Eglise autour de la personne de Jésus et agissent en son Nom.

Ces deux axes de ministère sont très étroitement associés, au point où il peut être difficile de les distinguer dans certains cas. Ils agissent en étroite collaboration.

Ces deux axes de ministères sont cependant distincts :

- le service de nature pastorale se caractérise par l'enseignement, l'exhortation. Il a en vue l'unité  de l'église dans la rectitude (la fidélité à l'Ecriture) et la croissance (l'équipement et la maturité).

- le service de nature diaconale se caractérise par le soutien, l'assistance. Il a en vue l'unité de l'église par les gestes de soutien, par le développement de l'entraide au profit des membres les plus fragiles : âgés, malades, isolés, démunis.


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Annexe 4.

Des termes difficiles à assumer



Il conviendrait d'accorder toute l'attention qu'ils méritent à un certain nombre de termes qu'on hésite à utiliser aujourd'hui sous le prétexte qu'ils ne s'accorderaient pas au régime de la grâce. Pourtant, ces mots sont bien présents dans l'enseignement du Nouveau Testament. Ils constituent un impératif, pour l'ensemble du peuple de Dieu (!), et en premier lieu pour ceux qui sont appelés à être des modèles au milieu de ce peuple. Des modèles. Ce mot fait peur. Et pourtant, il est incontournable en matière de pédagogie. Ce que je vis prêche plus fort que ce que je dis. Un bon modèle ouvre un chemin pour les petits comme pour les grands, encourage les uns, met en garde les autres, démontre sa pertinence par les fruits qu'il porte. Remarquons que si je demande pardon après avoir offensé quelqu'un, je suis encore un modèle...

Le mot irrépréhensible est appliqué à chaque chrétien. Le mot irréprochable également, mais aussi d'une manière particulière aux bergers du troupeau. Qui donc est irréprochable ? Celui ou celle qui veille attentivement sur ses voies et qui reconnaît ouvertement et sans délai quand il s'est trompé. L'expression « plein d'Esprit-Saint et de sagesse » (Ac 6.3) est aussi susceptible de nous faire reculer. Elle fait seulement (!) référence à la très grande humilité de celui ou celle qui a pris conscience qu'il ne peut rien par lui-même et qui se confie en toutes circonstances à la direction du Seigneur. Cela se verra-t-il ? Certainement. « ... de qui on donne un bon témoignage » précise Pierre au sujet des diacres d'Actes 6.



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