Craindre Dieu ?
Craindre Dieu ?
L'expression 'craindre Dieu' intimide certaines personnes. Cependant, quand on considère les promesses qui y sont attachées, il est difficile de ne pas chercher à comprendre de quoi il s'agit. Par exemple, David écrit dans le Psaume 145 que Dieu accomplit les désirs de ceux qui le craignent (v.9a).
La première remarque devrait être celle-ci : pour un chrétien mature, la question prioritaire n'est pas celle de ses propres désirs, mais c'est la question des désirs de Dieu, si on peut dire, la question de la volonté de Dieu, de ce qui lui est agréable.
N'avons-nous pas le droit d'avoir des désirs ? Certes oui ; mais pour un chrétien mature, ce que Dieu désire vient en premier. Que ta volonté soit faite et non la mienne dit Jésus dans sa prière (Mt 26.42). Jésus était un chrétien mature ! Et moi ?
Les chrétiens de l'église de Thessalonique étaient des chrétiens matures. Vous avez appris de nous comme vous conduire et plaire à Dieu, et c'est ce que vous faites, leur écrit l'apôtre Paul, qui ajoute : Nous vous prions, nous vous conjurons de marcher à cet égard de progrès en progrès (1 Th 4.1).
Il faut reconnaître que nous sommes tellement accaparés par nos propres désirs.
Eh bien justement, dans le Psaume 145, il est question des désirs des croyants : Dieu accomplit les désirs de ceux qui le craignent. Mais que signifie cette expression rebutante ?
Une manière de comprendre une affirmation biblique difficile est de rechercher les textes parallèles, les passages qui disent la même chose avec d'autres mots. J'ai pensé à 3 passages parallèles.
Dans le Psaume 37 il est écrit : Fais de l'Eternel tes délices et il te donnera ce que ton coeur désire (v. 4). Il est bien question ici des désirs du croyants, et nous voyons que Dieu peut accomplir ces désirs, comme dans le Psaume 145. Si on superpose les deux passages, on comprend que ceux qui craignent Dieu sont aussi ceux qui font de lui leurs délices. Craindre Dieu est donc très proche, peut-être équivalent, de faire de lui le principal sujet de notre joie (cf. Ps 137.6). Ainsi, craindre Dieu ne crée pas une distance, mais au contraire un désir de proximité plus grande, comme avec quelqu'un que l'on aime.
Jésus a tenu des propos semblables avec la parabole du cep et des sarments. Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez et cela vous sera accordé (Jn 15.8). Ici aussi, il est question des désirs du croyants et de la réponse favorable de Dieu. Si nous superposons ce passage aux deux précédents, nous comprenons que la condition annoncée est la même : craindre Dieu, faire de lui le sujet de notre joie, demeurer en lui et garder sa parole, c'est une seule et même chose. Mais que signifie "demeurer en Jésus" ? C'est faire de lui le sujet de ma joie, c'est craindre de l'offenser, c'est garder sa parole (prendre au sérieux ce qu'il dit), c'est vouloir ce qu'il veut.
Dans sa première lettre, Jean dit quelque chose de semblable : Quoi que ce soit que nous demandions, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous faisons ce qui lui est agréable (1 Jn 3.22). Il s'agit bien d'un texte parallèle : la même vérité est formulée avec d'autres mots. Le sens des deux autres passages évoqué est clairement confirmé.
Jésus, dans son humanité, était un chrétien mature. Devant le tombeau de Lazare, après avoir pleuré, il prie et dit : Père, je savais que tu m'exauces toujours (Jn 11.42). Pourquoi Jésus peut-il dire cela ? Parce ce qu'il est le messie ? Non, c'est parce qu'il demande toujours exactement ce que Dieu veut : il craint Dieu, il fait de Dieu le sujet de sa joie et il garde sa parole. Donc Dieu peut dire amen à sa prière. Oui, mais c'était Jésus...
L'apôtre Jacques précise d'Elie était un homme de la même nature que nous. Il pria avec instance pour qu'il ne plût point, et il ne tomba point de pluie sur la terre pendant trois ans et six mois. Puis il pria de nouveau, et le ciel donna de la pluie, et la terre produisit son fruit (5.17-18).
Qu'apprenons-nous donc ? Qu'il est possible, sur cette terre, d'avoir une volonté accordée à celle Dieu. Cela advient dès lors que nous sommes unis à Jésus-Christ, par la foi, dans sa mort et dans sa résurrection.
Avons-nous le droit d'avoir des désirs ? La réponse est oui. Mais nous devrions toujours ajouter : Si Dieu le veut (Jc 4.15).
Le poète François de Malherbe (1555-1628) l'a écrit dans un très beau poème (Consolation à Monsieur du Perrier pour la mort de sa fille) : Vouloir ce que Dieu veut est la seule science qui nous mette en repos.
Charles NICOLAS