Dieu entend-il toutes les prières ? Oui. Les écoute-t-il toutes ? Non. Lire 1 Jn 5.14-15.

Je voudrais citer le poète François de Malherbe qui a écrit en 1599 un magnifique poème intitulé : Consolation à Monsieur du Périer pour la mort de sa fille. Il y a dans ce poème quelques uns des plus beaux vers de la littérature française. Je lis les deux derniers quatrains de ce poème :

      La Mort a des rigueurs à nulle autre pareilles : on a beau la prier,

      La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles et nous laisse crier.

     De murmurer contre elle et perdre patience il est mal à propos ;

     Vouloir ce que Dieu veut est la seule science qui nous mette en repos.

Si nous pouvions retenir cette dernière parole, je pourrais arrêter là mon message car elle résume à elle seule une bonne partie de l'enseignement biblique. Vouloir ce que Dieu veut...

Je voudrais, à partir du Ps 139, parler de la prière. Parler de la prière..., n'est-ce pas parler de la vie chrétienne en général, en un sens ? Lire Ps 139.1-6, 23-24.

Le Psaume 139 est une prière plutôt intimiste : Tu sais quand je m'assieds, quand je me lève, tu connais tout de moi ! Mais pourquoi prier, alors ?  Pourquoi entrer dans sa chambre, fermer la porte et parler à Dieu ? Comment prier sans s'égarer, sans perdre son temps ? Comment prier selon la volonté de Dieu ?

Le Psaume 139 est assez long. Je ne vais pas reprendre chaque verset ; seulement le premier verset : "Tu me sondes et tu me connais". C'est une affirmation ; et le dernier : "Sonde-moi, ô Dieu et connais mon coeur !". C'est une demande.

Que voyons-nous ? La demande reprend exactement les termes de l'affirmation ! Tu me sondes et tu me connais... Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon coeur !

Parfait accord !Cette prière ne commence pas par une demande, elle commence par une affirmation. Puis elle reprend l'affirmation, pour se l'approprier, pour demander ce que Dieu veut ! Remarquez la place que donne le Ps 23 aux affirmations : "L'Eternel est mon berger... ta houlette et ton bâton me rassurent !"

Vouloir ce que Dieu veut... Et si c'était cela le secret de la prière !

Je remarque que c'est comme cela qu'Abraham a prié quand il a intercédé pour Sodome (Gn 18).

Notez que ce n'était pas le projet d'Abraham ! Abraham ne s'est pas dit : Tiens, je vais prier pour Sodome. C'est Dieu qui est à l'initiative : "Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire ?" Ce n'est pas Abraham qui a besoin de Dieu, là ; c'est Dieu qui a besoin d'Abraham (comme intercesseur)1. Vous voyez l'inversion des rôles ? C'est pourquoi la prière ne consiste pasà attirer Dieu dans notre volonté, dans nos plans, mais plutôt à entrer dans les siens. Vouloir ce que Dieu veut...

Quand Abraham prie, il commence lui aussi par une affirmation : Seigneur, tu es un Dieu juste, qui ne traite pas l'innocent comme le coupable. Loin de là ! Alors, s'il y a 30 justes à Sodome, n'épargneras-tu pas la ville ? Et Dieu répond : S'il y a 30 justes, j'épargnerai la ville. C'est cela l'intercession : c'est prier selon Dieu.

On a l'impression que c'est Dieu lui-même qui prie... au travers d'Abraham ! La volonté propre d'Abraham ne compte pas ; son intérêt non plus. Quelqu'un d'autre est entré en action : l'Esprit saint !

On pense à ce qu'écrit Paul : "De même aussi l'Esprit nous aide dans notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu'il nous convient de demander dans nos prières. Mais l'Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables" (Ro 8.26). Je crois qu'on peut dire ceci : c'est Dieu qui inspire la prière qu'il va exaucer ! On est bien loin de ceux qui pensent qu'à force de prières ils seront exaucés2...

Jésus, bien sûr, a vécu cela. On se souvient de sa prière à Gethsémané, troublée au début, puis qui se range à la volonté de Dieu : "Toutefois, que ta volonté soit faite, et non la mienne". Ce renoncement de Jésus à sa propre volonté signifiait la croix. Juste après nous lisons : "Alors, un ange lui apparut du ciel pour le fortifier" (Lc 22.42-43). Il est écrit que Jésus a appris l'obéissance par les choses qu'il a souffertes (Hé 5.8).

Saul de Tarse, avant de rencontrer le Seigneur, pensait bien faire la volonté de Dieu. Cependant, il est clair que c'est sa propre volonté qu'il faisait. Il priait bien sûr, comme tout Pharisien qui se respecte, mais il faisait toujours sa propre volonté. Cela peut être notre cas aussi... Sa rencontre avec Jésus met tout cela sens dessus dessous : terrassé, Saul demeure sans voir et sans manger trois jours et trois nuits. C'est à la fois court et long ! Puis Dieu dit à Ananias, un disciple : "Va voir Saul". Ananias répond : "Mais c'est lui qui persécute les chrétiens !" Et le Seigneur lui dit : "Va le voir car il prie. Cet homme est un instrument que j'ai choisi pour faire ma volonté". Entendons bien ces mots : Car il prie, dit Dieu. C'est un peu comme si Dieu disait : "Enfin il prie ! Enfin il s'intéresse à ma volonté. Enfin il écoute ce que j'ai à lui dire. Enfin, je vais pouvoir intervenir dans sa vie et faire de lui un instrument dans ma main !". Vouloir ce que Dieu veut !

Le fils prodigue gardant les pourceaux a appris cela, semble-t-il. Il est seul, il n'a rien à manger, pas même ce que mangent les pourceaux. Il n'est dit à aucun moment qu'il prie. Dieu n'est pas mentionné non plus... Il est dit simplement ceci : "Etant entré en lui-même, il se dit : Je me lèverai, j'irai vers mon père et je lui dirai : Mon père, je ne suis pas digne d'être appelé ton fils ; traite-moi comme un de tes serviteurs". Et aussitôt, il se lève et il retourne chez son père (Lc 15). Et la joie va remplir son coeur et le coeur de son père. Saul priait mais faisait sa propre volonté. Le fils prodigue, peut-être sans prier, a écouté la voix de Dieu...

Vouloir ce que Dieu veut est la seule science qui nous mette en repos.Ce repos est le fruit d'une abdication : c'est la fin de nos résistances, de nos marchandages. "Hommes frères, que ferons-nous ?", disent les auditeurs de Pierre (Ac 2.37). "On te dira ce que tu dois faire", dit Jésus à Saul ! (Ac 9.6. Cf. Jn 21.18).

Se placer DANS la volonté de Dieu est sans aucun doute le premier objectif de la prière. Si la volonté de Dieu est représentée par un cercle, c'est là que je reviens et demeure. Ce cercle, c'est Christ ! C'est donc le sens du "Demeurez en moi"de Jésus. Dans ce même passage, il peut dire : Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez et cela vous sera accordé (Jn 15.7). C'est aussi le sens de "demeurez dans ma parole". Cela, bien sûr, nous dit quelque chose d'important sur le lien entre la lecture de la Bible et la prière.

L'apôtre Jean le dit ainsi : "Nous avons auprès de lui cette assurance que si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute. Et si nous savons qu'il nous écoute, quelque chose que nous demandions, nous savons que nous possédons la chose que nous lui avons demandée" (1 Jn 5.14-15).

Jésus l'a vécu le premier. Il l'a vécu à notre place, une fois pour toutes. Il l'a vécu aussi pour que nous puissions nous aussi le vivre avec lui – plus exactement en lui.

Remarquons que c'est le sens de l'expression : Prier au nom de Jésus. Ce n'est pas une formule magique. Si vous dites à Dieu : Fais que mon voisin se casse la jambe, au nom de Jésus, il n'est pas certain que vous soyez exaucé, car il faudrait que ce soit aussi la volonté de Dieu ! Dire ou faire une chose au nom de quelqu'un, c'est comme si c'était lui qui le faisait au travers de nous. Et donc quand je prie "au nom de Jésus", c'est comme si Jésus formulait lui-même cette prière devant son Père, par ma bouche ! Il vaut mieux qu'il soit d'accord ! C'est le sens du mot Amen.

La prière que Dieu exauce, c'est celle que Dieu inspire3 !

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Ne soyons pas découragés. Souvenons-nous simplement que le chemin de la prière est un chemin d'écoute autant que de paroles. C'est évidemment un chemin qui se prolonge au-delà de ce que l'on appelle 'la prière'.

Souvenons-nous aussi que Dieu demande généralement une chose à la fois. C'est cela qu'il me faut entendre aujourd'hui. Si je le reçois et si j'obéis, alors je suis bientôt prêt pour le pas suivant. Chaque oui que je prononce favorise le oui suivant ! Les non aussi, d'ailleurs : si je dis trop souvent non à Dieu, bientôt je n'entendrai même plus ce qu'il me demandera. Mais tout oui favorise les oui : les miens et ceux des autres. Il y aussi une contagion des oui !

Quel encouragement, quand je fais la volonté de Dieu, non seulement de connaître le repos, mais aussi d'apporter du repos aux autres !

Charles NICOLAS

 

1 De même pour Marie : elle n'a rien demandé. L'initiative est à Dieu. "Qu'il me soit fait selon ta parole", dit-elle. De même, Saul qui n'avait pas besoin de Dieu : il se débrouillait très bien tout seul ; c'est Dieu qui avait besoin de Saul !

2Il convient de discerner – et ce n'est pas aisé – entre la persévérance dans la prière et l'obstination. La persévérance est nécessaire bien souvent : il y a là la dimension d'un combat déterminé : on se souvient de Moïse priant pendant que le peuple luttait (Ex 17.11-12), on se souvient de la veuve et du juge inique (Lc 18.1ss), on se souvient de Jésus intercédant sans cesse pour nous... L'obstination commence quand nous continuons à demander alors qu'il ne le faut plus. Voir Gn 18.32-33 ; Dt 3.26 ; Mt 6.7-8 ; 2 Co 12.8-9... Il arrive que Dieu commence à agir au moment où on s'arrête de demander.

3 Ce que nous rappelons ne concerne pas que la prière : cela concerne aussi les "paroles opportunes" que nous sommes appelés à dire à certains moments, ce que Paul appelle les dons spirituels : "A l'un est donnée par l'Esprit une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; à un autre le don de guérison par le même Esprit, à un autre le don d'opérer des miracles, à un autre une parole prophétique par le même Esprit..." (1 Co 12.8ss). C'est le contraire de celui ou celle qui se débrouille tout seul pour se sortir d'affaire. C'est le fruit de la grâce agissante dans nos vies et au travers de nous. C'est le fruit de la volonté livrée, disponible, accueillante !

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