Le réflexe des chrétiens devrait être : Que dit la Bible ? ou :Que dit Jésus ?

Après la Première guerre mondiale est apparue l'expression "Plus jamais la guerre !", expression qui a été popularisée par le Pape Paul VI en 1965. A priori, tout le monde est d'accord. Mais quel poids cela a-t-il ? C'est un peu comme si on disait : Plus jamais d'orages ! Ou si un hôpital décrétait : Dans cet hôpital, on ne meurt plus !

Jésus, lui, a dit : "Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres : gardez-vous d'être troublés, car il faut que ces choses arrivent. Mais ce ne sera pas encore la fin" (Mt 24.6). Il ne suffit pas de dire une parole positive pour qu'elle soit vraie. Le prophète Jérémie critique sévèrement les faux prophètes : "Paix ! paix ! disent-ils ; et il n'y a point de paix"(Jr 6.14).

La Bible ne raconte pas de belles histoires pour les enfants – même s'il est important que les enfants apprennent eux aussi ce que dit la Bible. La Bible fait entendre une parole de lumière au milieu d'un monde de ténèbres. Vous vous souvenez du début de l'Evangile de Jean : "La lumière est venue dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas reçue".

J'ai écrit un petit traité, il y a environ 30 ans, qui s'appelle : Le chrétien n'est pas un rêveur. J'étais aumônier militaire en Allemagne à ce moment-là et je rencontrais tous les jours des militaires par dizaines, par centaines : des officiers, des sous-officiers, des militaires du rang, comme on disait, c'est-à-dire de jeunes soldats qui effectuaient, loin de chez eux, leur Service national.

Je les rencontrais, ces jeunes entre 18 et 25 ans, dans d'immenses salles, au début de leur intégration dans les régiments. Ils étaient un peu comme des "moutons qu'on amène à la boucherie" (pour reprendre une expression biblique) ; ils ouvraient des yeux écarquillés en découvrant cet univers nouveau. Certains faisaient les malins. Pas tous. Et moi je leur expliquais pourquoi il y a des aumôneries dans les Armées françaises, où qu'elles soient, y compris sur les "théâtres d'opération"(Tchad, République Centrafricaine, Liban, Arabie Saoudite, Afghanistan, etc.). Je leur expliquais que c'était une application du principe de la liberté du culte, qui veut que quiconque le demande, y compris un soldat loin de chez lui, peut recevoir "le soutien d'un ministre du culte de son choix". Cela suppose, évidemment, qu'il y a des croyants parmi les soldats...

Evidemment, la question m'a été posée cent fois : Mais la Bible ne dit-elle pas de ne pas tuer ? Cette question est incontournable. Réfléchissons-y quelques instants.

Il y a bien sûr le sixième commandement du Décalogue : Tu ne tueras pas (Ex 20.13 ; Dt 5.17). N'est-ce pas clair ? En fait, le sens de cette parole est un peu différent. On devrait lire : Tu n'assassineras pas, ou tu ne commettras pas de meurtre. Le résultat peut sembler le même, mais pas l'intention. Un meurtre ou un assassinat est motivé par la haine ou par la convoitise (la cupidité). Cela rejoint les autres commandements : Tu ne déroberas pas, tu ne diras pas de faux témoignage, tu ne convoiteras pas. L'intention est l'animosité ou la recherche d'un profit personnel.

Est-ce le cas d'un soldat ? Normalement non. Un soldat n'est pas là pour profiter, pour s'enrichir. Un soldat est un serviteur de son pays, au péril de sa vie. Ce n'est pas un brigand. Il est vrai qu'un soldat peut se comporter comme un brigand, comme un assassin. C'est d'ailleurs le cas aussi d'un automobiliste qui traverse un village à 80 km/h. Un soldat qui se conduit comme un brigand sera jugé comme un brigand.

Il y a une situation qui est très éclairante à ce sujet au début de l'Evangile. Jean-Baptiste prêche le baptême de repentance. Des hommes viennent l'écouter, confessent leurs péchés et se font baptiser. Parmi eux, il y a deux soldats qui lui demandent : Et nous, que devons-nous faire ? C'était le moment de leur dire : Posez vite vos armes et retournez dans vos champs. Mais non. Jean-Baptiste répond aux soldats : "Ne commettez ni extorsion ni fraude envers personne, et contentez-vous de votre solde" (Lc 3.14). En d'autres termes : Vous avez des armes comme des brigands, mais ne vous comportez pas comme des brigands. Ne cherchez pas votre profit personnel.

Normalement, si un soldat se comporte comme un brigand, il est jugé comme un brigand. En 1988, les Casques bleus ont reçu le prix Nobel de la paix. Partout où les soldats français sont présents, ils contribuent à des actions humanitaires, ils sécurisent les populations. Je l'ai vu maintes fois.

Un soldat doit-il avoir de la haine contre son ennemi ? La réponse est non. Cela ne fera pas de lui un meilleur soldat, pas plus qu'un footballeur ou un pilote de course ne doit avoir de la haine envers ses concurrents. En Arabie Saoudite, pendant la Guerre du Golfe, j'ai vu des soldats français soulagés de ce que les soldats irakiens étaient fait prisonniers quasiment sans avoir à combattre. En Arabie Saoudite encore, j'ai assisté à des soirées de prière avec des centaines de soldats américains qui chantaient des cantiques et priaient pour les pilotes des avions de chasse. Pas de haine.

Ce même coeur droit, on le voit très clairement dans la Bible avec le centenier de Luc 7. Un centenier romain commandait 100 légionnaires. Il pouvait tuer un homme comme nous on tue une mouche. Le centenier de Luc 7 aime le peuple d'Israël et a aidé à construire une synagogue ; il n'était pas obligé. Ce centenier avait un serviteur malade. Il aurait pu le jeter et en prendre un autre. Mais il envoie quelqu'un vers Jésus avec ce message : Je ne suis pas digne d'aller vers toi, mais mon serviteur est malade. Et il ajoute cette parole qui forcera l'admiration de Jésus : "Moi qui suis soumis à des supérieurs, je dis à mon serviteur : Fais ceci et il le fait. Toi, dis une parole et mon serviteur sera guéri". Jésus a dit à ceux qui l'entouraient : Même en Israël je n'ai pas trouvé une aussi grande foi, une aussi grande intelligence. Cet homme avait reçu la révélation que Jésus était envoyé de Dieu !

Vous me direz peut-être : Oui, mais en temps de guerre, ce n'est pas simple. C'est vrai. Mais vous croyez que c'est simple pour un professeur de Sciences naturelles qui doit enseigner la théorie de l'évolution ? pour une infirmière qui doit injecter une solution létale à un patient en fin de vie ? pour un gynécologue à qui ont demande une interruption de grossesse ? pour un commerçant, pour un homme politique, pour un enfant dans la cours de l'école ? Ce n'est pas simple d'être chrétien !

L'important tient à deux choses : ce qu'enseigne la Bible et la conscience. Les deux doivent être accordés. La Bible donne l'enseignement permanent, général. La conscience va donner la direction dans les circonstances particulières. Les deux doivent être d'accord, comme sont d'accord la Bible et le Saint-Esprit.

On se souvient de la parole de Martin Luther devant les autorités de l'Empire et de l'Eglise de Rome : "Ma conscience est liée par la Parole de Dieu, et il n'est pas bon d'aller contre sa conscience. Que Dieu me vienne en aide". En fait, cela fait trois choses. Et cela est vrai pour toutes les circonstances de nos vies, sans exception.

L'important, c'est donc d'être capable de dire oui quand il faut et non quand il faut. Si on pousse un soldat à violer une femme, il doit dire non. Si on lui dit de tirer sur des prisonniers, il doit dire non. Il doit obéir à ses supérieurs, sauf si l'ordre qu'il reçoit est inique. Et donc, si un jour il doit désobéir, ce n'est pas par esprit d'insoumission, c'est par soumission à une autorité plus grande.

On voit cela à deux reprises au début du livre des Actes, quand les autorités commandent aux chrétiens de ne plus parler de Jésus-Christ. Ils répondent, en substance : On voudrait bien vous être agréable et vous obéir, car la Bible commande d'obéir aux autorités ; mais il y a une autorité plus grande qui nous demande de parler de Jésus. On est désolés pour vous, mais on va continuer, car il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. Eh bien, cela nous concerne tous !

Un cas délicat se pose pour les chrétiens en régime totalitaire. C'était déjà le cas pour les premiers chrétiens dont certains étaient engagés dans l'Armée romaine où il fallait saluer César quasiment comme un dieu. Je crois que certains le faisaient ; et d'autres pas. Mais il y avait un prix à payer. C'était d'ailleurs un cas de discipline d'Eglise aussi, vis-à-vis des lapsis, c'est-à-dire de ceux qui s'étaient inclinés devant l'Empereur, ou peut-être qui avaient nié être chrétiens pour échapper à une oppression, et qui après venaient demander pardon dans l'Eglise. Certains pensaient qu'il fallait leur accorder le pardon ; et d'autres pas. Vous voyez que ce n'est pas simple, mais vous voyez aussi que cela nous concerne tous, que l'on soit soldat ou pas, dans nos maisons, nos villages et partout ailleurs.

Est-ce que ma conscience est liée par la Parole de Dieu ? C'est la vraie question.

Que Dieu nous vienne en aide pour que nous soyons fidèles là où il nous a placés.

Charles NICOLAS

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