Quelques principes élémentaires

 

 

V. L'illustration, l'application

 

 

Les sermons les plus parlants sont ceux qui donnent vie à la vérité en démontrant et en appliquant le message du texte. Ils incluent dans chacun des points principaux, non seulement des explications, mais aussi des illustrations et des applications.

 

 

 

1. L'illustration

 

 

Les illustrations vont confirmer l'explication qui a été donnée et préparer les implications qui vont être apportées. Si l'illustration est bien présentée, les implications s'imposeront d'elles-mêmes. L'illustration rend la Parole plus accessible, compréhensible et réelle, ce que le raisonnement ne suffit pas à faire. Elle fait le lien entre le message biblique et l’expérience.

 

 

L'illustration donne à voir, pas seulement à entendre. Les illustrations pertinentes démontrent que le prédicateur n'est pas seulement un bon expert du texte biblique, mais qu'il vit dans le même monde que les auditeurs.

 

 

Le prédicateur est un observateur : il doit cultiver sa capacité à repérer des expériences et à faire des rapprochements. Pour ce faire, il doit apprendre à regarder tout ce qui se passe comme une source potentielle d’illustrations. Dieu, par son Esprit, peut conduire le prédicateur aussi dans ce travail-là. Le prédicateur ressemble beaucoup sur ce point à un photographe de presse : en observant ce qui est autour de lui, le prédicateur prépare sa prédication, quand il marche dans la rue ou à la campagne, quand il est dans la cuisine ou à l'atelier.

 

 

Attention aux illustrations fausses, peu crédibles, moqueuses ou trop longues.

 

 

 

2. L’application

 

 

1. Les fonctions de l’application. Les prédicateurs commettent une grave erreur s’ils pensent qu’il leur suffit de fournir à leurs auditeurs les données bibliques pour que ceux-ci fassent automatiquement le rapprochement entre le message scripturaire et leur vie quotidienne. L’application répond à la question : Et alors ? En quoi ce texte me concerne-t-il ?

 

 

L’application ne doit pas viser seulement les comportements mais aussi le cœur, l’attitude intérieure. Cependant, l'attitude du coeur va se démontrer par des comportements, des gestes, des actes. L'intention ne suffit pas. La vie chrétienne n'est pas un idéal, c'est une vie transformée.

 

2. Les composantes de l’application. L’application doit répondre à 4 questions : quoi, où, pourquoi et comment.

 

 

- Quoi ? Qu’est-ce que Dieu attend de moi ?Pour que les applications données reflètent correctement l’intention biblique, le prédicateur doit avoir repéré les principes bibliques qui sont à l’œuvre dans le texte tel qu’il était adressé à ses premiers destinataires, puis les appliquer aux destinataires d’aujourd’hui. Sans une vision claire des applications, le texte demeure général, théorique, écrit pour d'autres.

 

 

- Où ? A quelles situations, dans quels domaines cela s’applique-t-il ? Souvent, les auditeurs n'y ont pas pensé. Une bonne prédication met la vérité biblique en rapport avec les situations et les combats de la vie. Cela suppose que le pasteur connaisse bien les combats que mènent ses auditeurs. Le prédicateur qui ne fait pas l’effort d’appliquer les principes bibliques à des situations précises se contente généralement d’exhorter à pratiquer davantage les moyens de grâce : priez davantage, lisez davantage la Bible, venez aux réunions... Il n'est pas certain que cela aide réellement les fidèles à marcher selon la Parole.

 

 

- Pourquoi ? Quelle est la motivation ?Il faut veiller à ce que les croyants fondent leur motivation sur la grâce plutôt que sur la culpabilité : « Si vous ne le faites pas, Dieu vous aura au tournant », ou sur la cupidité : « Dieu vous donnera davantage si vous le faites ». Les motivations qui naissent d’une pleine compréhension de la grâce ne modifient pas les règles mais modifient les raisons pour lesquelles nous les respectons. Lorsque c’est l’amour qui motive, alors le Seigneur, ses projets et sa gloire sont notre but. En réalité, dans une vision théocentrique, la joie de Dieu – et non notre bien-être personnel – est la motivation première (Es 5.1-4 ; 62.5).

 

 

- Comment ? Avec quelle forces ?Les prédicateurs ne doivent pas se contenter de dire aux gens ce qu’ils doivent faire1, ils doivent aussi leur indiquer comment le faire. Pour que l’application soit complète, il faut que le prédicateur propose des étapes et des ressources spirituelles qui rendront l’objectif fixé par le sermon réaliste, applicable immédiatement2.

 

 

 

3. Les difficultés de l’application. Traditionnellement, chaque point principal contient une application. Certains prédicateurs préfèrent n’avoir qu’une seule application finale.

 

 

a. L’application doit être orientée vers une situation précise (question « où ? »), puis mentionner plus brièvement d’autres situations, afin que les auditeurs comprennent que le principe mis en lumière peut s’appliquer à toutes sortes de situations.

 

 

b. Les prédicateurs savent instinctivement ce qui fait de l’application la partie la plus difficile de la prédication, le rejet qu’ils risquent de rencontrer parce qu’ils ont voulu être spécifiques. L’application vient déranger notre existence, elle se fraye un chemin jusque dans notre vie personnelle. L’application exige de la créativité et du courage. Une application mal formulée risque de bousculer inutilement.

 

 

c. Il faut faire une distinction entre les exigences de l’Écriture et les suggestions du prédicateur. Les pharisiens confondaient les deux ! Donner envie est mieux que commander. Le prédicateur est proche de Dieu et proche des auditeurs, mais il ne prend la place ni de l'un ni des autres.

 

 

d. On doit également respecter la complexité de certaines questions et ne pas apporter des réponses simplistes. C’est lorsque l’on sort de son domaine d’expertise que l’on a tendance à proposer les pires applications. Si le prédicateur s'arrête trop tôt, il abandonne son auditoire au milieu du gué. S'il va trop loin, il les domine et court le risque de les infantiliser ou de les irriter. Le mieux est d'indiquer l'étape qui va permettre d'avancer.

 

 

e. L’intégrité spirituelle. Même lorsque cela fait mal, les gens écouteront les propositions du prédicateur s’ils connaissent son honnêteté spirituelle et se savent aimés de lui. L’application, si elle est conçue comme une conversation avec un ami autour d’une table, a davantage de potentiel spirituel qu’une douzaine de sermons conçus pour être déclamés du haut du mont Sinaï. Ne donnons pas l'impression que nous sommes nous-même hors jeu3.

 

 

 

3. La délivrance du sermon

 

 

1. La manière. Calvin a déclaré dans son discours d’adieu aux pasteurs de Genève : « Je me suis toujours exercé à la simplicité ». Le prédicateur ne devrait pas se servir de la prédication pour faire étalage de son érudition. Partagez les fruits, et non la sueur de votre travail !

 

 

2. La voix. Pour régler le volume, adressez-vous à ceux qui sont au dernier rang. Veillez à ne pas baisser le volume en fin de phrase. Certaines personnes sont malentendantes : elles doivent entendre correctement chaque mot sans avoir à faire un effort. L’utilisation du micro ne vous autorise pas à parler à voix trop basse.

 

 

Il est très important de varier le rythme : certaines personnes ont tendance à parler trop lentement, d’autres trop rapidement. Apprenez à utiliser les silences pour mettre en valeur vos réflexions. Parler trop vite parce qu'on a trop de choses à dire n'est pas une bonne manière de servir.

 

 

3. La gestuelle.Des études ont montré que l’on communique autant par les gestes (la posture physique) que par les paroles. Laissez votre visage exprimer ce que vous ressentez. Le contact visuel est très important. L’orateur qui ne regarde pas les gens dans les yeux est jugé distant. C’est pourquoi il est déconseillé de lire sa prédication.

 

4. Les supports de prédication :

 

Sermon entièrement rédigé : lu ou restitué de mémoire4. Les mots-clés sont soulignés en rouge, les phrases-clés colorées en jaune... Le prédicateur ne lit pas son message.

 

Sermon partiellement rédigé : le plan, les idées clés, les illustrations, les applications.

 

Votre véritable allié : les mots-clés ou les phrases-clés qui définissent clairement le sujet du message, le ou les points retenus et le but !

 

 

Un bon test consiste à vous demander, avant de prêcher, si vous avez vous-même une idée claire du sujet et de son application. Cela est élémentaire.

 

 

5. La longueur de la prédication. Entre 25 et 30 minutes semble être la norme occidentale. John Stott écrit : « Tout sermon devrait paraître durer 20 minutes, même s’il est plus long ». Le prédicateur qui s’est bien préparé a toujours trop de choses à dire. Il faut donc qu’il garde une partie de sa préparation pour d’autres occasions : études bibliques, visites. Trop n'est pas mieux que pas assez.

 

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1Voir le chapitre sur la prédication non rédemptive.

 

2Beaucoup d'auditeurs pensent plus ou moins consciemment que la marche chrétienne est en grande partie utopique. Ils ont déjà essayé tant de fois... "Ce que Dieu demande est trop difficile", pensent beaucoup. En réalité, ce n'est pas difficile, c'est impossible. Mais cela devient possible dans l'union avec Jésus (Ro 6.1-4).

 

3Voir le chapitre II.4 : L'exemple de Jésus.

 

4L'évangéliste Emiliano Tardif a écrit : "Si vous, qui avez travaillé votre message, n'êtes pas en mesure de retenir votre message, comment vos auditeurs qui n'ont pas étudié pourront-ils le retenir ? ". Le professeur Pierre Courthial recommandait de rédiger entièrement le message, mais de ne pas le lire, ensuite, et de prêcher à partir d'un plan ou des phrases-clés.