Quelques principes élémentaires

 

 

IV. Le plan et la structure

 

 

Nous nous souvenons de la différence possible entre le plan exégétique (correcte compréhension du texte biblique) et le plan homilétique (correcte présentation du sujet retenu). En un sens le prédicateur n'a aucune liberté : il doit prêcher ce texte en le respectant absolument (plan exégétique). Il est serviteur du texte.

 

En même temps, le prédicateur a une très grande liberté : il peut choisir de retenir tel ou tel sujet de ce texte, sujet qu'il peut présenter en un, deux ou trois points, sujet qu'il illustrera de la meilleure manière et dont il tirera les meilleures applications pour l'assemblée qui est là.

 

 

1. Le but du plan

 

 

a. Le plan est utile au prédicateur. Il l’empêche de se disperser, de s’éloigner du thème central. Le plan constitue un itinéraire que l’esprit de l’auditeur est invité à suivre1. Prêcher à partir d’un plan permet au prédicateur de garder un œil sur le développement de sa pensée sans perdre le contact visuel avec l’auditoire.

 

 

Il ne fait guère de doute qu’une prédication de qualité doit être structurée, même si ce n'est pas le seul atout d'une bonne prédication. Il n’est toutefois pas nécessaire d’énoncer tous les points du plan. Dans une maison la charpente est nécessaire, mais elle n’est pas forcément visible.

 

 

b. Le plan sert l'unité. La prédication devrait viser un but principal, sinon unique. Toutes les parties devraient servir ce but principal.

 

Il sert la concision. Chaque partie de la prédication est par définition limitée. Si elle est introduite, ce sera brièvement, et on arrivera sans tarder au sujet principal de cette partie. Le but de la prédication n'est pas d'exercer la patience des auditeurs !

 

Il sert la progression. Chaque point devrait représenter une nouvelle étape vers le point culminant. Certes, des vérités essentielles peuvent être répétées, y compris avec les mêmes mots, mais le message ne peut pas se limiter à la répétition d'une seule idée. Répéter 50 fois un mot ou une idée, ce n'est pas prêcher2.

 

 

Le point culminant. Il y aura probablement un point culminant dans la prédication – voire un dans chaque partie. Nous comprenons qu'il ne doit pas survenir trop tôt (sitôt après l'introduction) ni trop tard (juste avant la conclusion). Le point culminant fait probablement une différence entre la prédication et un cours à des étudiants.

 

 

c. Une prédication est généralement composée de trois parties principales.

 

- L'introduction quiconduit à une proposition (phrase-message) indiquant sur quoi va porter le corps de la prédication.

 

- Le corps de la prédication qui contient les points principaux et secondaires, les éléments explicatifs, illustrations et applications.

 

- La conclusion quirésume le message et contient l’interpellation la plus forte.

 

 

d. Nombre de points. Un seul sujet peut être présenté en un, deux ou trois points.

 

Les sermons en un point3 sont entièrement focalisés sur le sujet retenu.

 

Les sermons en trois points soulignent généralement le développement de la pensée.

 

Les sermons en deux points suggèrent habituellement l’équilibre d’une tension.

 

 

2. La fonction des transitions

 

 

C'est par des transitions que le prédicateur démontre le rapport entre l’introduction et le corps du discours, entre ses différentes parties, entre la conclusion et tout ce qui précède. Ces transitions sont généralement bien visibles dans les textes de l'Ecriture4.

 

 

Puisque les auditeurs ne peuvent visualiser le plan du sermon, les transitions leur indiquent les idées qui sont essentielles, celles qui sont secondaires, et comment l’ensemble fonctionne. Le pasteur Stuart Olyott termine chacune de ses parties en la résumant en une phrase.

 

 

A aucun moment les auditeurs ne devraient se demander : "Pourquoi dit-il cela maintenant ?". Charles Spurgeon disait à ses étudiants : « Faites tout pour qu'on vous comprenne. Rendez impossible qu'on ne vous comprenne pas ».

 

 

3. Les fonctions de l’introduction

 

 

« Un travail bien commencé est à moitié terminé ».

 

 

a. Captiver l’attention. « Dans votre introduction, vous devez entrer dans le monde de vos auditeurs et les convaincre de vous suivre dans le monde de la vérité biblique et dans la réalité de votre message » (William Hogan, pasteur presbytérien).

 

 

Pour susciter l’intérêt des auditeurs, il faut les impliquer d’entrée par une pensée frappante. L’introduction est rendue attrayante par les éléments qui indiquent que le message est en rapport avec la vie des auditeurs. Rien ne compte plus pour la crédibilité de l’orateur que le sentiment qu’auront les auditeurs qu’il s’intéresse à eux et pas seulement à son texte ou à son sujet. Jay Adams écrit : « Le but de l’introduction est d’amener la communauté à entrer dans le sujet qui va être abordé. Si elle n’y parvient pas, c’est une mauvaise introduction ». Tout ce qui ne sert pas le but nuit au but !

 

 

b. Présenter le sujet de la prédication. Albert Einstein a dit : « Un problème sans solution est un problème mal posé ». L’introduction doit indiquer sur quoi va porter la prédication. Le prédicateur peut commencer par une réflexion stimulante : une question, une brève histoire, une citation, une anecdote ou tout autre moyen de solliciter l’attention. Mais l’introduction ne remplit sa fonction que si elle s’achève en laissant dans l’esprit des auditeurs le sujet principal de la prédication.

 

 

 « Contrairement à l’approche homilétique traditionnelle, qui garde l’application pour la conclusion, l’application devrait débuter dès l’introduction » (Haddon Robinson). En tout cas sous forme interrogative.

 

 

« Tout sermon s’étend comme la corde d’un arc entre le texte de la Bible d’un côté, et les problèmes de la vie humaine d’aujourd’hui de l’autre côté. Si la corde n’est pas bien attachée à l’une de ses deux extrémités, alors l’arc ne sert à rien »(Ian Pitt-Watson, A Primer for Preachers. Grand Rapids, Baker, 1986).

 

 

 

c. Préparer la phrase-message. La "phrase-message", "phrase-résumé" ou "proposition" est l’énoncé du sujet que le prédicateur se propose de développer, en une phrase.

 

 

« J’ai la conviction qu’aucun sermon n’est prêt à être prêché tant qu’on ne peut en exprimer le thème par une phrase brève et riche de sens, d’une manière qui soit aussi claire que de l’eau de roche... Je trouve que l’obtention de cette phrase est l’aspect le plus difficile, le plus exigeant mais aussi le plus fructueux de mon travail d’étude. S’obliger à façonner cette phrase, à en éliminer tout mot imprécis, inadapté, ambigu, tel est sûrement un des facteurs les plus cruciaux et les plus essentiels de la création du sermon. Je ne pense pas qu’on puisse prêcher ni même mettre par écrit un sermon tant que cette phrase n’a pas vu le jour, claire et lucide comme un ciel sans nuages » (Henry Jowett, The preacher, his life and work. New-York, 1912).

 

 

La phrase-message est le mariage d’une vérité universelle ancrée dans le texte biblique (le sujet du message) et de son application à la situation présente (le but du message). La phrase-message pourra être aisément mémorisée.

 

 

 

4. Les fonctions de la conclusion

 

 

Si l’introduction doit être frappante, la conclusion doit l’être plus encore, car elle constitue l’apogée de la prédication. Cela n'implique pas de parler plus fort ou plus vite. Au contraire. C'est la clarté des mots qui seront dit qui doit s'imprimer dans les consciences.

 

 

La conclusion doit contenir les éléments suivants :

 

- Une récapitulation, c’est-à-dire un bref résuméen une ou deux phrases.

 

- Une exhortation, c’est-à-dire une application finale.

 

 

a. La patience et l'urgence. L'impact que recherche le prédicateur est double :

 

En un sens, il est immédiat : c'est maintenant, pendant la prédication, que la vérité doit opérer dans les coeurs son oeuvre de révélation et d'appel. Dans cette perspective, tout message doit être porteur d'un appel.

 

 

Cependant, la Parole de Dieu doit et va agir également dans le temps : le soir même, dans les jours qui suivent, des mois ou des années plus tard, à partir des pensées inscrites dans la mémoire. Dieu est patient. Le prédicateur doit l'être aussi.

 

 

b. Précautions et suggestions concernant les conclusions :

 

Efforcez-vous de terminer sur une note positive, car l’Evangile est une bonne nouvelle. Le prédicateur qui laisse la communauté désespérée n’a pas vraiment prêché. Les conclusions devraient à la fois interpeller et relever. Dans l'assemblée, il y a quelques esprits rebelles, mais aussi beaucoup d'âmes en souffrance. Tout sermon décourageant est un mauvais sermon.

 

 

Évitez les conclusions à rallonge, évitez que la porte de sortie ne débouche sur une autre porte de sortie5. Il ne faut pas non plus conclure de manière trop brutale, faute de préparation suffisante, avant même d’avoir atteint le point culminant.

 

 

Boucler la boucle. Pour conclure une prédication, on peut renvoyer à des éléments mentionnés en introduction ou dans d’autres parties du sermon. Cette manière de boucler le sermon donne l’impression de sermons bien préparés. Mais on sera bref.

 

Il vaut mieux ne pas annoncer la conclusion. Mais si vous dites « en conclusion », concluez !

 

_______________

 

1Quelle est la différence entre un mauvais prédicateur et un train ? Quand le train déraille, il s'arrête !

 

2On prendra garde à l'utilisation de la concordance biblique. Aligner 20 versets qui comportent le mot clé du message, ce n'est pas prêcher.

 

3Voir l'annexe 1 de la Série 3.

 

4Particulièrement dans la lettre aux Ephésiens : car, donc, ainsi donc, c'est pourquoi...

 

5 Une mère a dit un jour à son fils prédicateur : « Tu as manqué plusieurs occasions d’aller t’asseoir ! ».