Peut-on rebaptiser ?

 

La question du baptême cristallise beaucoup de difficultés entre les églises et au sein même des églises, révélant par là les faiblesses de notre compréhension ou de notre façon d'administrer ce sacrement.

La question posée ici est celle du re-baptême. Ou, pour être plus précis, la question de la demande de baptême exprimée par une personne adulte ayant vécu une conversion mais ayant été baptisée petit enfant (baptême catholique ou protestant).

La position "anabaptiste" consiste à baptiser un adulte qui confesse sa foi sans se poser la question du baptême que la personne aurait reçu étant bébé. Le baptême des bébés n'étant pas un vrai baptême à leurs yeux, il n'y a donc pas re-baptême. C'est la position de la plupart des églises évangéliques (baptistes, méthodistes, pentecôtistes, églises de Réveil, etc.). Pour les plus "exigeants" d'entre eux, un baptême d'adulte par aspersion n'est pas un baptême non plus. La personne peut donc recevoir un vrai baptême (par immersion).

La position "sacramentaliste" consiste à reconnaître tout baptême pratiqué, dans quelque condition que ce soit, dès lors que la formule trinitaire a été prononcée (Mt 28.19). Cette position est celle de la plupart des églises dites "historiques". Elle s'est notamment imposée dans ces églises dans les années 70 au sein du mouvement oecuménique, comme une mesure de respect vis-à-vis de l'Eglise romaine.

Dans notre Union d'églises, ces deux positions se rencontrent, ce qui n'est pas très rigoureux. Il serait important, pour une question comme celle-ci, de se fonder sur des éléments scripturaires et théologiques, plutôt que sur des éléments de tradition, de diplomatie ecclésiale ou de sentimentalité.

 

1. Le premier sens du baptême est en lien avec la conversion

Le premier sens du baptême est en lien avec la nouvelle naissance et la conversion. Il concerne donc des personnes en âge de raison. Il signifie en effet notre union à Jésus-Christ dans sa mort et sa résurrection en vue de marcher en nouveauté de vie. Il implique, comme la cène, la dimension communautaire. Ce sens-là est clairement formulé par les Réformateurs du XVI° siècle. (Le baptême des enfants des fidèles n'est mentionné qu'en second lieu).

 

Ce que dit le Catéchisme de Genève (Calvin 1545) :

Question 329 : Quel est donc pour vous le vrai sens du baptême ?

Réponse : Il est dans la foi et dans la repentance.

- le baptisé tiendra pour certain qu'il est en paix avec Dieu, puisque le sang du Christ le purifie de toutes ses fautes ;

- la présence du Saint-Esprit sera pour lui une expérience vraiment vivante, et il en témoignera par ses oeuvres ;

- enfin, dans un effort sans cesse renouvelé, il réduira les tentations au silence et servira Dieu et sa justice (= sa volonté).

 

Ce que dit la Confession de foi de La Rochelle (1559) :

Le baptême nous est donné en témoignage de notre adoption, parce que nous sommes alors greffés au corps de Christ afin d'être lavés et nettoyés par son sang, puis renouvelés par son Esprit pour vivre une vie sainte.

Or, quoique le baptême soit un sacrement de foi et de pénitence, néanmoins, parce que Dieu reçoit dans son Eglise les petits enfants avec leurs parents, nous disons que, par l'autorité de Jésus-Christ, les petits enfants engendrés des fidèles doivent être baptisés.

 

Ce que dit la Confession de Westminster(1649) :

Le baptême est un sacrement du Nouveau Testament institué par Jésus-Christ, non seulement pour recevoir solennellement le baptisé dans l'Eglise visible, mais aussi pour lui être un signe et sceau de l'Alliance de grâce, de son insertion en Christ, de la régénération, de la rémission de ses péchés, de son offrande de lui-même à Dieu par Jésus-Christ pour marcher en nouveauté de vie. Bien que ce soit un péché grave de mépriser ou de négliger cette ordonnance, la grâce et le salut ne sont cependant pas si étroitement attachés au baptême que nul ne puisse être régénéré ou sauvé sans lui, ou que tout baptisé soit indubitablement régénéré.

Cette dernière définition (des églises réformées aux USA) évoque bien, elle aussi, le baptême de l'adulte qui confesse sa foi.

 

2. C'est en second lieu que le baptême concerne aussi les enfants des fidèle

Le 'quoique' et le 'néanmoins' de la Confession de foi de La Rochelle indiquent bien que le premier sens du baptême concerne l'adulte converti. C'est par son sens second (comme signe d'appartenance à l'Alliance de grâce) qu'il est donné aussi aux enfants des fidèles, c'est-à-dire aux enfants dont un des deux parents au moins est un membre communiant de l'Eglise. Le baptême, alors, ne fait pas entrer l'enfant dans l'Alliance de grâce : il est le signe que l'enfant est dans l'Alliance de grâce par sa naissance dans un foyer chrétien.

Nous retrouvons cela dans l'enseignement de Pierre à la Pentecôte : "La promesse est pour vous (ceux qui répondent à la prédication par la foi), pour vos enfants et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera" (Ac 2.39). Ceux qui sont au loin, on ne les connaît pas encore, mais nos enfants, on les connaît !

Il faut admettre que la pratique généralisée du baptême des petits enfants a créé une situation qui nécessite de fermes résolutions. Je cite ici le théologien réformé Jean-Jacques von Allmen, dans son livre Pastorale du baptême :

"Etant entendu que ce n'est pas le principe du baptême des enfants de chrétiens qui est en cause, il n'en faut pas moins reconnaître qu'une pratique s'est développée et répandue, celle du pédobaptisme généralisé et quasi imposé, qui fait gravement problème. Le pédobaptisme généralisé est dangereux parce qu'il atténue la conscience que l'Eglise doit avoir d'elle-même comme peuple eschatologique ; et celle-ci risque fort de ne pas savoir résister si le monde veut l'absorber. Je me demande si le pédobaptisme indiscriminé, dans une période où l'Eglise est minoritaire et où, par conséquent, elle reprend conscience de son devoir missionnaire, ne sabote pas ce renouveau apostolique. Que faire, en effet, quand l'Eglise trouve des baptisés lorsqu'elle atteint et convertit des incroyants ? "

Avec lucidité, J.J. Von Allmen évoque les conséquences d'une pratique irresponsable du baptême des petits enfants qui crée des situations anormales. Ainsi, tout en reconnaissant la légitimité du baptême des enfants des fidèles, nous sentons-nous libres de ne pas accorder de valeur à ce baptême quand il est pratiqué sans fondement biblique et disciplinaire.

 

3. Que signifie l'expression paulinienne : il y a un seul baptême ?

Ceux qui ont défendu la reconnaissance baptismale, quelles que soient les conditions dans lesquelles le baptême était pratiqué, ont souvent cité cette affirmation de Paul : "Il y a un seul baptême" (Ep 4.6). Usant d'une méthode d'interprétation simpliste, ils ont considéré que le mot 'baptême' désignait naturellement le baptême d'eau, comme si le Nouveau Testament ne parlait que du rite extérieur quand il utilise le mot 'baptême'.

On ne peut faire ici l'exégèse complète de ce passage, mais considérons l'énumération que l'apôtre propose ici : "Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance ; il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous" (Ep 4.4-6). Connaissant Paul, qui dit n'avoir baptisé personne sinon une seule famille (1 Co 1.16), on peut bien se demander s'il aurait inclus le rite du baptême d'eau dans une telle évocation de réalités spirituelles de premier plan.

La réalité, c'est que Paul parle souvent du baptême spirituel (dont le baptême d'eau n'est que le signe extérieur) qui s'opère quand, par la foi et par l'action du Saint-Esprit, un croyant reconnaît en Jésus-Christ son Sauveur et devient un avec lui, comme immergé en lui pour former "une même plante avec lui" (Ro 6.5). Qu'on relise dans ce sens Romains 6.2-7 qui ne parle pas du baptême d'eau mais de cette expérience unique qu'est la régénération du croyant et son union avec Christ, expérience qui est appelée baptême1. On retrouvera cet usage du mot 'baptême' en Galates 3.26, Colossiens 2.12.

Ainsi, c'est bien indûment que l'unicité du baptême dont parle Paul a été appliquée au baptême d'eau, faisant de celui-ci un rite à l'importance exagérée.

Cela signifie-t-il que la pratique du baptême d'eau pourrait se faire librement, sans discipline ? Pas du tout.

 

4. Ni anabaptistes ni sacramentalistes

Les anabaptistes n'accorderont aucune valeur à un baptême d'enfant, même si ce baptême a été pratiqué conformément à la discipline qui veut que, avec les adultes qui confessent la foi, les enfants dont un des deux parents au moins est un membre engagé dans l'église puissent être baptisés.

Nous agirons autrement et considèrerons que les enfants nés dans l'Alliance de grâce peuvent porter le signe de cette appartenance. Ces enfants n'auront pas besoin d'être baptisés une nouvelle fois, quand bien même ils s'éloigneraient de la foi pour y revenir et professer leur appartenance à Jésus-Christ. Le signe qui accompagnera cette conversion sera la participation à la cène.

Quand une personne se convertit, qui n'est pas née dans un foyer chrétien, le baptême et la cène sont pris dans un même temps, accompagnés d'une profession de la foi. Pour ce qui est des enfants nés dans un foyer chrétien, ces deux signes sont comme étirés dans le temps, le premier annonçant et appelant le second.

 

Les sacramentalistes accordent une telle valeur au rite extérieur et à la formule qui l'accompagne qu'ils le considèrent comme absolument unique, quelles que soient les conditions dans lesquelles il a été pratiqué2. C'est ainsi que dans le contexte oecuménique, certains Protestants se sont engagés à reconnaître le baptême catholique3.

Nous agirons autrement et considèrerons que rien dans la foi dont nous parle le Nouveau Testament ne permet d'accorder une telle importance à un rite extérieur, pas même l'expression "un seul baptême" qui ne parle pas du baptême d'eau.

Ainsi, avec le souci pastoral qui doit accompagner toute demande de baptême, nous regarderons si la personne qui a été baptisée petit enfant l'a été conformément à la discipline qui nous paraît nécessaire (un de ses parents au moins était dans la foi). Si c'est le cas, le re-baptême ne devrait pas être envisagé (car au baptême d'adulte, il convient également de ne pas accorder plus d'importance qu'il n'en faut). On tiendra compte cependant de la concience qu'a pu avoir la personne d'avoir réellement été au bénéfice d'un environnement chrétien durant son enfance. Si ce n'était pas le cas, une demande de baptême pourrait, me semble-t-il, être entendue.

Si, comme c'est assez souvent le cas, la personne a reçu un baptême d'enfant (catholique ou protestant) par tradition (quand bien même ses parents l'auraient "envoyée au catéchisme"), il n'y a pas de raison sérieuse pour considérer que ce baptême est un véritable baptême. Si elle est en mesure de professer son appartenance au Seigneur et si elle demande à être baptisée, cela devrait pouvoir être fait avec joie.

Ch. Nicolas

(2015)

_____________________

1Il est évident que la conception romaine du baptême, avec la doctrine de la régénération baptismale, provient de ce sacramentalisme qui applique au rite extérieur ce que la Bible dit du baptême spirituel, la nouvelle naissance.

2Même si, quand ils sont sérieux, ils reconnaissent que le baptême n'a son sens et n'est réellement opérant que quand il est accompagné de la foi.

3Il reste à vérifier si l'inverse est vrai. Néanmoins, les points d'achoppement qui demeurent entre ces deux Eglises sont bien la notion des ministères et celle des sacrements. Voir le document BEM, à ce sujet.