Un chrétien peut-il se marier avec un non chrétien ?

 

Il peut toujours ! Mais, on l'aura compris, la question est : la Bible donne-t-elle des indications assez précises qui indiqueraient qu'un chrétien peut ou ne peut pas se marier avec un non chrétien ?

Comme pour beaucoup de questions, il y aura des personnes qui seront déjà choquées qu'on puisse avoir un doute sur ce sujet – mais dans les deux directions possibles !

Certaines personnes, en effet, peuvent considérer que l'amour qui fait se constituer un couple n'a rien à voir avec une appartenance religieuse ou le fait d'avoir ou pas la foi. L'important est de s'aimer, et donc d'accepter l'autre tel qu'il est – ce qui n'est pas faux.

D'autres, à l'inverse, considèrent que la logique la plus élémentaire serait contrariée si une personne ayant la foi s'unissait, pour une vie commune, avec une personne qui n'aurait pas la foi. Ce serait, à leurs yeux, comme partir en voyage en ayant des destinations différentes...

 

1. Avoir la foi

Plus une question est importante ou délicate, plus il importe d'éviter les approximations ou les quiproquos. Or, l'expression "avoir la foi" peut se prêter à beaucoup d'équivoques, de même d'ailleurs que l'expression "être chrétien".

A Beyrouth ou à Ouagadougou par exemple, on appellera chrétienne une personne qui n'est pas musulmane ; même si elle est athée ou... animiste. Elle est sociologiquement ou culturellement chrétienne. La question de l'identité sociale ou culturelle n'est pas anodine, et la question posée en haut de cette page peut aussi s'entendre sur ce plan-là. Mais ce n'est pas sur ce plan-là que nous l'avons posée.

De même, l'expression "avoir la foi" peut être entendue comme signifiant que l'on n'est pas athée. On n'exclut pas que Dieu existe ; on peut même dire son existence très probable, voire certaine1, et prier de temps en temps. Cela concerne sans aucun doute un très grand nombre de personnes aujourd'hui. Ce n'est pas dans ce sens-là non plus que nous utilisons cette expression, car ce n'est pas le sens que lui donne la Bible.

Dans la Bible, avoir la foi, c'est avoir entendu précisément ce que Dieu dit et y répondre de manière volontaire, par une confiance totale, cela dans le cadre d'une relation établie. Dans ce sens, cela s'apparente à ce qui se vit lors d'un mariage – et la notion d'alliance s'impose, comme cadre dans lequel la foi trouve place. Une autre similitude existe, à cause de cela même : la foi, comme le mariage, suppose un oui prononcé clairement, avec une dimension publique – en tout cas devant des témoins. Ici, on peut citer ce qu'écrit l'apôtre Paul : "C'est en croyant du coeur qu'on parvient à la justice, c'est en confessant de la bouche qu'on parvient au salut" (Ro 10.10).

Enfin, si le mot 'chrétien' peut s'appliquer aujourd'hui à une civilisation, une culture, une nation ou du fait d'une appartenance sociologique à une Eglise catholique, orthodoxe ou protestante, tel n'est pas son sens originel. Un chrétien, c'est un disciple de Jésus-Christ2. C'est dans ce sens-là que nous utilisons ce mot. C'est à cause de ce sens-là que la question que nous évoquons dans ces lignes se pose.

 

2. Comment savoir ?

Certaines personnes, notamment dans certains milieux, sont gênées quand on parle de chrétiens et de non-chrétiens. Dans leur idée, cela est une question trop intime pour que quiconque puisse se prononcer. "Dieu seul le sait !" Ce n'est pas faux3.

Cependant, la Bible parle de manière à ce que l'ignorance ou le flou ne soient pas les caractéristiques principales en la matière. La première lettre de Jean, par exemple, donne plusieurs critères à la fois profonds et observables. Dans cette lettre, la vie chrétienne se manifeste notamment par :

- l'aptitude à reconnaître son péché4

- l'aptitude à désigner Jésus-Christ comme le Sauveur5

- l'amour pour la Parole et pour la volonté de Dieu6

- l'amour pour les frères et soeurs dans la foi7.

Cependant, être chrétien n'implique pas que l'intimité du coeur, comme nous l'avons dit. Etre chrétien implique trois choses qui doivent apparaître aux yeux de tous :

- la capacité de l'énoncer clairement8

- une vie conforme à la foi9

- une dimension communautaire10.

Quand Jésus dit : si ton frère a quelque chose contre toi, ou si ton frère a faim, ou si ton frère a péché, elle parle de personnes clairement identifiées. Il ne s'agit pas de mes amis ou de tout le monde. Il s'agit de ceux et celles qui confessent la même foi et qui ont donc une même espérance. Des droits et des devoirs spécifiques caractérisent les relations entre les frères et soeurs dans la foi, les chrétiens. Cela ne peut pas ne pas entrer en ligne de compte dans la vie d'un couple ou d'une famille, évidemment.

Ces remarques montrent qu'il ne serait pas sage de se prononcer précipitamment pour dire que quelqu'un est chrétien ou qu'il ne l'est pas, car les apparences peuvent être trompeuses. Mais dire cela ne signifie pas qu'on ne peut pas savoir. Sans qu'il soit jamais question d'infaillibilité, il est important de savoir. Pour soi d'abord. Pour d'autres dans certains cas.

 

3. La question des alliances

On l'aura compris, la question est : la Bible donne-t-elle des indications assez précises qui indiqueraient qu'un chrétien peut ou ne peut pas se marier avec un non- chrétien ? Si je devais répondre en un mot, je dirais oui.

Cela est-il dit de manière explicite ? Là aussi, la réponse est affirmative. On peut lire dans le livre de Néhémie : "A cette même époque, je vis des Juifs qui avaient pris des femmes Asdodiennes, Ammonites, Moabites... Je leur dis : Vous ne donnerez pas vos filles à leurs fils, et vous ne prendrez pas leurs filles pour vos fils, ni pour vous. N'est-ce pas en cela qu'avait péché Salomon, roi d'Israël ? Il n'y avait pas de roi semblable à lui parmi la multitude des nations. Néanmoins..." (13.23-26). Ce passage est-il isolé ? Non, il affirme ce qui est dit de mutiples fois ailleurs. Ce n'est pas parce qu'elles sont étrangères que ces personnes ne doivent pas être prises en mariage, c'est parce qu'elles ne connaissent pas le Dieu d'Israël. Traiter alliance avec ces personnes, c'était trahir l'alliance avec Dieu. C'était faire entrer leurs dieux sur un terrain qui devait demeurer saint.

Une recommandation semblable se trouve-t-elle dans le Nouveau Testament ? La réponse est encore une fois oui. Ainsi, l'apôtre Paul écrit-il : "Ne vous mettez pas avec des infidèles (littéralement : des personnes qui n'ont pas la foi) sous un joug étranger... Quelle part a le fidèle avec l'infidèle ? " (2 Co 6.14-15). Là aussi, il ne s'agit pas de s'isoler des incroyants ; il s'agit de ne pas se lier avec eux par une alliance qui engage toute la vie. Le faire serait semblable à commettre une forme d'adultère, c'est- à-dire contracter deux alliances incompatibles (Jc 4.8-10).

Face à une telle exigence, plusieurs peuvent être tentés de faire valoir toutes sortes d'arguments plus ou moins empiriques : Cela peut être un moyen d'amener quelqu'un à la foi ; Dieu nous a dirigés l'un vers l'autre ; il ne comprendrait pas si je lui parlais comme cela ; mais on s'aime, etc. Il peut aussi exister des cas où de telles unions ont eu lieu, par ignorance ou par négligence, et le non-chrétien est finalement devenu chrétien. On peut entendre tout cela, mais aucune de ces raisons ne justifie que l'on ferme son oreille à ce que dit clairement la Parole de Dieu. Il est bien de se marier ; "seulement, que ce soit selon le Seigneur" (1 Co 7.39).

Disons-le aussi : le fait que deux amoureux ou deux fiancés soient chrétiens ne suffit pas pour assurer un mariage solide. Encore faut-il que les deux soient sérieux dans leur désir de marcher dans la foi et capables de s'accorder sur beaucoup de plans. Cela suppose, pour la fille d'avoir l'attitude que l'Eglise doit avoir par rapport à Jésus-Christ ; cela suppose pour le garçon d'avoir la disposition que Christ a eu pour l'Eglise (Ep 5.22-28). Mais comment quelqu'un qui n'a pas accepté Jésus-Christ comme son Sauveur et Seigneur pourrait-il vivre cette dimension ?

Que faire alors ? Oser parler de cela clairement et choisir avant tout d'honorer Dieu et sa Parole. Parler clairement, c'est sans aucun doute la meilleure preuve d'amour qui puisse être donnée. Honorer Dieu, c'est le choix dont on ne se repent jamais. "Car Dieu honore ceux qui l'honorent" (1 Sa 2.30).

Charles NICOLAS

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1On lira à ce sujet Jacques 2.19 : "Les démons aussi croient que Dieu existe, et ils tremblent".

2On peut lire Actes 11.26.

3On peut lire Matthieu 6.6 ; 7.2 ; 2 Timothée 2.19.

4On peut lire 1 Jean 1.8-10.

5On peut lire 1 Jean 4.1-3.

6On peut lire 1 Jean 3.22-23 ; 5.2-5.

7On peut lire 1 Jean 3.10, 16, 23 ; 4.19-5.2.

8On peut lire Matthieu 10.32 ; Actes 4.18-19 ; Romains 1.16.

9On peut lire Matthieu 28.20 ; 1 Jean .6

10On peut lire Jean 13.34-35 ; Actes 2.42 ; 1 Corinthiens 12.27.