Les conflits entre Eglises

 

Il ne s'agit en aucun cas d'une conférence, encore moins d'un regard définitif sur un sujet difficile. Seulement quelques repères, des pistes de réflexion suivies, je l'espère, d'un échange constructif.

 

Ma première proposition est pour suggérer qu'il en est d'une église locale comme d'une personne, avec son origine, ses étapes de vie, ses expériences marquantes, sa personnalité, ses atouts et ses faiblesses. Nous voyons l'apôtre Jean écrire aux églises d'Asie mineure comme on écrirait à des personnes. Paul fait de même dans ses lettres1. Quand un pasteur prêche, il s'adresse à la communauté comme constituant une entité particulière, l'invitant à entendre tour à tour et selon les circonstances des paroles de consolation, d'encouragement ou d'appel.

Si cela est vrai, toutes les recommandations qui touchent aux relations entre chrétiens(et il y en a beaucoup, naturellement) peuvent s'appliquer aux églises les unes envers les autres.

  • « Par honneur, usez de prévenance réciproque. » Ro 12.10 Beaucoup d'égards, de précautions...

  • « Pas de procès, surtout devant les infidèles. Mieux vaudrait se laisser dépouiller. » 1 Co 6.1ss

  • « Si ton frère a péché, va et reprends-le... » Mt 18.15 « Accueillez-vous, exhortez-vous... »

La recommandation de Mt 18 montre que, s'il s'agit-là d'un premier échelon, il n'est pas pour autant aisé à vivre ! Quand faut-il aller voir son frère ? Comment ? Dans quel but ? Le faisons-nous ? Pourquoi ? Pourquoi ne le faisons-nous pas ?

Parce que nous ne voulons pas avoir de conflits. La question qui se présente alors est-celle-ci : avons-nous raison ? Les prophètes, Jésus, les apôtres ont-ils agi comme cela ? Paul ne dit-il pas que c'est avec peine qu'il a attristé les Corinthiens en leur faisant des remontrances, mais que cela était pour leur bien et qu'il ne s'en repent pas ? (2 Co 7.8-11). Avons-nous raison de craindre les conflits ? En un sens oui, bien-sûr, dés lors que nos motivations ne sont pas pures. Mais est-ce nécessairement responsable et constructif ? N'est-ce pas de la lâcheté parfois ? Ne risquons-nous pas, craignant de mal faire, de laisser certaines situations se dégrader peu à peu en termes de sincérité, de sainteté, et même d'amour2 ?

 

La deuxième proposition est donc la suivante : Entre églises comme entre personnes, beaucoup de conflits latents, stériles, sans évolution, résultent d'un manque de courage, d'une peur d'assumer des conflits. La vérité et l'amour sont indissociables dans la Bible, dans l'église – et entre églises.3 Certains conflits ne sont-ils pas consécutifs à la fidélité assumée ? Faut-il s'incliner tout le temps ? Faut-il faire des compromis sur tout ? N'y a-t-il pas des paix trompeuses ?

 

La troisième proposition vient en complément : nous constatons tout au long de l'Ecriture qu'entre les membres du peuple de Dieu – et donc entre églises – il peut et doit y avoir à la fois plus d'égards et plus d'exigences. C'est le mode d'être propre aux membres d'un même corps (les églises étant aussi membres d'un même corps, en un sens).

Plus d'égards : « Ne cause pas par ton aliment la perte de celui pour lequel Christ est mort ; abstiens-toi de ce qui peut être pour ton frère une occasion de chute. » (Ro 14.15, 21) « Pourquoi ne vous laissez-vous pas plutôt dépouiller ? » (1 Co 6.7) « En pêchant de la sorte contre les frères, c'est contre Christ que vous pêchez. »(1 Co 8.12) « Vous donner notre propre vie... » (1 Th 2.7-8)

Plus d'exigences : « Si ton frère a péché, va et reprends-le entre toi et lui seul. » (Mt 18.15) « Je vous ai écrit de ne pas avoir de relations avec quelqu'un qui, se nommant frère, est impudique, ou cupide ou idolâtre... N'est-ce pas ceux du dedans que vous avez à juger ? » (1 Co 5.11-13) « Si quelqu'un n'obéit pas à ce que nous écrivons dans cette lettre, n'ayez pas de communication avec lui, afin qu'il éprouve de la honte. Ne le regardez pas comme un ennemi, mais avertissez-le comme un frère. » (2 Th 3.14-15)4 « Exhortez-vous les uns les autres, comme en réalité vous le faites. »

Ces citations ne sont-elles pas à même de baliser aussi nos relations entre églises ? La question peut au moins se poser.

Ici, on pourrait introduire un questionnement sur notre compréhension de l'amour. Est-elle vraiment biblique, ou est-elle nourrie des préceptes de l'humanisme issu du siècle des Lumières et du Romantisme5 ? Admettons que l'amour qui correspond à la dimension du Royaume de Dieu est autre chose que les sentiments qui habitent naturellement notre cœur. Dans ce sens, nous voyons Jésus, mais aussi Paul faire tour à tour preuve de beaucoup de douceur et de beaucoup de sévérité6. Paul, par exemple « se fait tout à tous », mais dira « ne pas chercher à plaire aux hommes, en tant que serviteur de Christ » (Ga 1.10)7 Dans les deux cas, c'est l'intérêt de Christ qui prévaut pour lui.

La question en jeu, en lien avec les propositions 2 et 3, est donc celle des motivations. Sont-elles charnelles (tout humaines, que les intentions soient bonnes ou mauvaises, d'ailleurs !) ou spirituelles (motivées par la pensée de Christ) ? Jacques 3.13 à 18 donne à cet égard un bon éclairage.

 

Je formule une nouvelle proposition (4°) qui complète la précédente : Envers les pasteurs et entre pasteurs, il y a lieu d'user à la fois de plus d'égards et de plus d'exigence qu'envers les membres des églises.

Plus d'égards :

« Souvenez-vous de vos conducteurs. Obéissez à vos conducteurs, ayez pour eux de la déférence. » (Hé 13.7, 17) « Ne reçois pas d'accusation contre un ancien, si ce n'est... » (1 Tm 5.19)

Plus d'exigences : « Prenez garde à vous-même et à tout le troupeau sur lequel le St Esprit vous a établis gardiens... » (Ac 20.28) « Ceux qui pêchent, reprends-les devant tous, afin que les autres éprouvent de la crainte... » (1 Tm 5.20) « Car il faut que l'ancien soit irréprochable... » (Ti 1.7) « Qu'il y en ait peu qui enseignent, car nous serons jugés plus sévèrement. » (Jc 3.1 Cf. 1 Tm 4.16)

En effet, nous pouvons rencontrer de nombreux authentiques chrétiens mal affermis ou professant des croyances non fondées sur la Bible. Sans doute faudra-t-il beaucoup d'égards et de patience pour les inviter à réfléchir sur ces points. Mais si quelqu'un se dit serviteur de Dieu et se permet des fantaisies ou des libertés par rapport à l'enseignement biblique, il paraît justifié de le mettre en garde. N'est-ce pas ce que dit l'apôtre Paul en 2 Tm 3.16-17 : « Toute l'Ecriture est inspirée et utile pour enseigner, convaincre, corriger et instruire dans la justice, afin que l'homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne œuvre. » Cf. Paul et Céphas en Ga 2.11-14.

Qu'est-ce que la vérité ? Il y a tout juste une semaine, je confiai à un pasteur de l'ERF notre difficulté à aborder clairement nos différences théologiques en vue de mieux nous connaître et mieux communiquer8. Il m'a répondu : « N'est-ce pas plutôt une question de personnes ? »

Il n'est pas rare d'entendre dire que les débats de 1938 étaient surtout dus à des questions de personnes. C'est commode, mais est-ce sérieux ?

Il me semble honnête de dire qu'on ne peut ni occulter la dimension subjective des relations (liée à l'éducation, aux tempéraments, aux expériences de vie...) ni tout ramener à cela, de telle sorte que tout serait relatif, chacun étant renvoyé à lui-même et à lui seul ?9 Que quelqu'un ait souffert ou ait été éduqué de telle ou telle manière peut expliquer beaucoup de choses, mais n'excuse pas tout ni ne rend tout licite.

Nos émotions comme nos convictions interfèrent beaucoup, il et vrai, dans nos relations et peuvent être la cause de maints conflits. Il faut y ajouter nos présupposés qui, plus profonds encore et rarement dévoilés, agissent de manière déterminante. Cela joue aussi dans les relations entre églises. Je voudrais me référer à ce que R. Bultman appelle « le cercle herméneutique » comme processus d'élaboration théologique. Il pose un cercle avec 3 pôles :

  • Le premier pôle est celui des présupposés : l'héritage reçu dans mon milieu, les traces laissées par les expériences marquantes de ma vie qui sont devenus autant de clés à partir desquelles je vais regarder et interpréter tout ce que je vois10.

  • Le second est l'approche de l'Ecriture, jamais neutre, forcément éclairée par mes présupposés.

  • Le troisième pôle est le corps de doctrines qui peu à peu se construit, pour autant que l'on considère l'Ecriture comme un tout cohérent.

Si le cercle fonctionne bien, mes doctrines éclaireront et corrigeront progressivement mes présupposés ; ma lecture de la Bible s'en trouvera éclairée pour, à son tour, corriger ou confirmer les doctrines qui sous-tendent mon enseignement, mon comportement11.

Si le cercle fonctionne mal, les présupposés demeurent en dehors, inchangés, et ce sont eux qui dicteront les priorités et le sens de ce que je lirai, penserai et ferai.

Pour revenir à notre sujet, je dirai que les ententes, les connivences, mais aussi beaucoup de relations difficiles, au sein des églises, entre églises et pasteurs, entre pasteurs et entre églises, beaucoup d'irritations, d'incompréhensions, d'oppositions... sont dues au fait que nos présupposés (notre « idéologie » première) interfèrent grandement dans nos paroles, nos choix, notre mentalité, sans jamais être dévoilés. « On ne fait pas de politique », ce qui veut dire : Pas touche !12 On pourrait dire que nos présupposés agissent de manière occulte, ce qui rend les divergences de vues, les oppositions ou les confrontations d'autant plus difficiles à élucider. On en est alors réduits à trouver des explications prétextes, de second ordre, bien insuffisantes pour aboutir véritablement.

 

Ainsi, ma proposition (n° 5)est la suivante : il sera difficile de nous accorder réellement si nous ne faisons pas entrer nos présupposés personnels (et communautaires) dans le cercle herméneutique, c'est à dire si nous ne les exposons pas à la lumière de l'Ecriture et des doctrines qui en découlent. Pour le dire autrement : il sera difficile de nous comprendre et de nous accorder réellement tant que nous n'aurons pas accepté de dévoiler nos présupposés (innés ou acquis). Si nous ne le faisons pas, nous ne faisons que nous croiser ou nous rencontrer superficiellement. Les conflits seront évités tant que nous resterons distants. Notre vision caricaturale de l'autre tiendra lieu de jugement arbitraire. Les dialogues, s'ils existent, n'avanceront pas ou que très peu. Si nous sommes amenés à nous côtoyer de plus près, les conflits émergeront presque inévitablement. Une des raisons est que nous emploierons des mots qui ne signifient pas la même chose, créant des quiproquo innombrables et des malentendus dangereux. Même en disant la même chose, nous ne penserons pas pareil13.

 

La 6° proposition découle de ce qui précède : Le B.A.BA dans nos relations consisterait à définir soigneusement le sens des mots et des expressions qu'on emploie14, pas nécessairement pour convaincre, mais pour nous comprendre vraiment. Nous verrions que les mots ont une histoire et un contenu de sens qui est loin d'être le même pour tous. A plus forte raison quand on appartient à des milieux différents. Je pense que si nos points de vue divergent, nous devrions nous accorder sur le constat de cette divergence ; ainsi nous serions encore au bénéfice d'un accord !

 

La 7° proposition concerne justement la règle de l'accord. Quand Jésus dit : « Si deux s'accordent pour demander une chose... », il justifie jusqu'à un certain point, me semble-t-il, le principe des confessions religieuses et des dénominations. En effet, l'accord dont il s'agit ne brise pas (nécessairement) la communion avec les autres chrétiens. Seulement, « ces deux-là » considèrent que pour une action donnée, pour tel ou tel engagement de courte ou de longue durée, leur travail commun doit reposer sur un accord. Cela peut être pour faire des visites une après-midi, ou pour un voyage missionnaire, ou pour implanter une église, ou pour porter un enseignement...

 

Ces accords sont donc légitimes, mais à deux conditions :

  • que ceux qui se mettent d'accord le soient vraiment et veillent à le demeurer15.

  • que cet accord entre quelques uns ne soit pas séparatiste, ne constitue pas un horizon fermé16.

J'aime à mentionner ici la Déclaration de foi de l'Alliance évangélique17. Pour ceux qui en comprennent l'esprit, elle permet de transcender les clivages dénominationnels sur la base d'un accord qui s'exprime en 12 lignes succinctes mais fondamentales. Elle ne permet pas de s'accorder sur tout, mais sur les axes majeurs de la révélation biblique. Elle est peut-être déjà trop développée pour certains, trop peu pour d'autres, mais pour un grand nombre à travers le monde, elle permet une reconnaissance fraternelle extrêmement significative. Sur la base de cet accord-là, beaucoup de conflits de nature subjective ou touchant des questions de doctrine secondaires devraient trouver leur résolution.

 

Comme notre Eglise-sœur PCA aux USA, je crois que, du point de vue de l'identité et de la communion, notre Union d'églises est :

- premièrement universelle (Credo, Symbole de Nicée),

- deuxièmement évangélique (Déclaration de l'AEF),

- troisièmement réformée (les doctrines particulières de la Réforme)18.

Ici peut se poser la question des Confessions de foi. Sont-elles des facteurs d'unité ou de division ? La question est légitime. Dans notre Union, je crois que l'on peut répondre : d'unité. C'est en tout cas ce qui a prévalu pour la décision de ne pas rejoindre la nouvelle Eglise réformée constituée en 1938 : sa base pluraliste ne passait pas, pour les réformés évangéliques, pour être un gage d'unité. Nous avons là (en 1872, en 1906, puis en 1938 et ce n'est pas fini), malheureusement, un ferment de conflits latent, caractéristique. En effet, à l'intérieur de formes très semblables, nos présupposés divergent grandement19. A certains égards, on peut même considérer que ce que les pluralistes combattent, c'est ce à quoi nous sommes particulièrement attachés20.

 

Nous connaissons ce que Calvin dit de l'Eglise : « Là où l'Evangile est droitement prêché et les sacrement droitement administrés, il ne faut point douter qu'il y ait l'Eglise. »21 Evidemment, quelqu'un demandera : mais que signifie « droitement », en la matière ? Admettons que le verbe « juger », dont on a fait un épouvantail, doit être gardé ici, dans son sens positif en tout cas : il y a bien-sûr un discernement à exercer, ni trop rigoureux ni trop lâche ; non pas tant en fonction des affections personnelles, mais en fonction de références aussi bien établies que possible. N'est-ce pas ce que Paul recommande à Timothée et notre Discipline aux anciens parmi lesquels se trouvent les pasteurs ? Nos présupposés et les doctrines que nous tenons pour majeures devraient se confondre de plus en plus, si nous voulons être conséquents22.

 

Ici ma 8° proposition : « Toutes les doctrines sont importantes, mais toutes ne sont pas aussi importantes. » Je trouve très belle cette affirmation de J. Calvin. On peut, si on veut, remplacer le mot 'doctrine' par le mot 'vérité'. On peut compléter la citation de Calvin par une autre, de St Augustin (je crois) : « Vérité pour les choses premières, liberté pour les choses secondes, charité en toutes choses. »

Je crois qu'il y a hérésie (et donc risque ou nécessité de conflit) non seulement quand un enseignement est erroné mais aussi quand on met sur le même plan les vérités premières et les questions d'importance seconde. Tout le monde sera d'accord avec ce principe, sans doute. Mais quant à déterminer ce qui est premier et ce qui est second, cela demande beaucoup de maturité23. On y parviendra mieux si le « cercle herméneutique » est respecté. On y parviendra plus sûrement en travaillant de manière collégiale, dès lors que l'on est déjà accordés sur des questions importantes. Ici, je rappelle que Calvin considérait que les pasteurs devaient être accordés sur leur enseignement pour que la prédication ait l'autorité qu'elle doit avoir et pour que l'Eglise grandisse24.

 

Ma 9° proposition est la règle du désaccord. Il y a des circonstances, que chacun doit apprécier en conscience en s'entourant s'il le faut des conseils de personnes fiables, des circonstances où il est nécessaire de marquer un désaccord, après s'être assuré que l'on a bien compris ce qui était en jeu. Je crois qu'il ne faudrait pas agir avec précipitation, ni trop tard. Dans certains cas, attendre c'est se faire complice et c'est rendre le positionnement plus difficile à faire entendre ensuite25. La Bible montre qu'il est des cas où il est nécessaire de se séparer ; non pas d'une manière absolue, d'avec tout le monde, mais de toute personnes qui, se nommant frère, pratique volontairement des actes ou cultive une attitude répréhensibles (1 Co 5.9-13)26. Cf. Paul et Céphas en Ga 2.11-14.

Etre en désaccord devrait pouvoir se dire sans esprit de jugement, et s'entendre sans ressentiment. Etre en désaccord ou dire 'non' n'implique pas nécessairement un manque d'amour.

Certains désaccords seront « légers », dans le cas de divergences de compréhension sur tel ou tel sujet d'importance seconde.

D'autres seront plus « lourds », accompagnés d'une claire désapprobation. Je me demande ce que valent les soit-disant 'unités' où il est interdit de dire quoi que ce soit de ce que l'on pense dès lors que cela diffère du « politiquement correct ».

 

La 10° proposition découle des précédentes. Nous sommes d'accord, je pense, pour dire qu'en protestantisme, les dénominations ne constituent jamais l'être de l'Eglise ; seulement une manière d'être. Veillons à ce qu'il en soit ainsi27. Veillons à garder toujours à l'esprit la vision de l'Eglise universelle qui, de loin, doit rester prépondérante28. En termes de relations entre Eglises, nous ne pouvons nier le cadre des dénominations et autres fédérations ou mouvements d'Eglises, car ils correspondent à des réalités qui ont marqué profondément l'histoire et les pensées. Tout cela s'accompagne de règlements, statuts, budgets et stratégies, mais aussi de beaucoup de souvenirs et affections communes qui sont légitimes mais qui ne devraient en aucun cas devenir un critère absolu, une fin en soi29. Beaucoup de rapports d'influence, d'hégémonies, de susceptibilités, d'étroitesses d'esprit ou d'esprit de parti s'estomperaient si nous regardions à Jésus-Christ principalement. Cf. 1 Co 3.1-9.

Par loyauté, veillons à user d'impartialité30 : ne pas « tout passer » pour les uns parce qu'ils sont nos amis, et nous montrer intraitables envers d'autres parce qu'ils sont très différents. On voit cela souvent, malheureusement. La référence ultime, en effet, ne devrait pas être la dénomination mais le corps de Christ, qui est à la fois bien plus vaste et plus précisément défini. Le critère, ce n'est pas mes habitudes ou mes préférences personnelles mais l'enseignement de la Bible et l'amour pour Christ, la dimension du Royaume de Dieu, la communion des saints, de telle sorte que mon jugement s'exercera vis-à-vis des autres églises autrement que ce qui se fait dans le monde. La meilleurs école, pour vivre cela entre églises, est de le vivre déjà dans mon église.

 

Si nous sommes cohérents, nous éviterons deux écueils redoutables :

  • penser que nous sommes les seuls à être fidèles et aimés de Dieu. Ce n'est pas juste.

  • penser que toutes les positions se valent et sont également vraies. Ce n'est pas juste non plus.

 

 

Charles Nicolas – 2010

 

Les relations entre églises : 10 propositions

 

1. Une église est comme une personne. Toutes les recommandations de l'Ecriture qui touchent les relations entre chrétiens peuvent être appliquées aux relations entre églises.

 

2. Entre églises comme entre personnes, beaucoup de conflits latents, stériles, sans évolution, résultent d'un manque de courage, d'une peur d'assumer des conflits.

 

3. Entre les membres du peuple de Dieu – et donc entre églises – il peut et doit y avoir à la fois plus d'égards et plus d'exigences.

 

4. Envers les pasteurs et entre pasteurs, il y a lieu d'user à la fois de plus d'égards et de plus d'exigence qu'envers les membres des églises.

 

5. Il sera difficile de nous comprendre et de nous accorder réellement tant que nous n'aurons pas accepté de dévoiler nos présupposés.

 

6. Le B.A.BA dans nos relations consisterait à définir soigneusement le sens des mots et des expressions qu'on emploie, pas nécessairement pour convaincre, mais pour nous comprendre vraiment.

 

7. « Toutes les doctrines sont importantes, mais toutes ne sont pas aussi importantes. » J. Calvin. L'exercice est difficile, mais la maturité consistera à discerner ce qui est premier de ce qui est second.

 

8. « Si deux s'accordent... ». Le principe responsabilisant de l'accord entre certains chrétiens rend légitime, à certaines conditions, le principe des Confessions de foi, des unions d'églises ou dénominations.

 

9. Le principe du désaccord est lui aussi légitime, par respect et par responsabilité. Comme pour l'accord, il y a divers degrés de désaccords.

 

10. Les dénominations ne touchent pas l'être de l'Eglise ; seulement sa manière d'être. Toute légitimes qu'elles soient, elles ne doivent en aucun cas faire passer au second plan l'enseignement de l'Ecriture, la vision du corps de Christ, la dimension du Royaume de Dieu, l'amour fraternel, la communion des saints.

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1Les prophètes, Jésus, s'adressent même à des villes comme si elles étaient des personnes avec une identité et une responsabilité propres. Tyr, Sidon, Capernaüm, Béthsaïda, Jérusalem...

2On pourrait trouver une illustration de ce non-interventionnisme dans l'attitude de parents qui laisseraient tout faire, par crainte de se tromper ou de causer du trouble momentanément. L'Ecriture condamne clairement cette attitude (Pr 13.24 ; 15.32 ; 23.13-14 ; 29.15 ; Ep 6.4 ; 1 Tm 3.4...)

3Pr 13.24 ; Ep 4.15-16, 25 ; Hé 12.6, 10...

4 Cf. Hé 12.5-11 « Mon fils ne méprise pas le châtiment du Seigneur, car il châtie ceux qu'il aime et reprend ceux qu'il considère pour ses fils. »

5On pourra lire l'intéressant article de W. Edgard : La discipline biblique ou l'hérésie de l'amour. La Revue réformée.

6Cf. les dimensions maternelle et paternelle auxquelles Paul se réfère en 1Th 27 8 10 11

7Le pasteur Stuart Olliot disait : « Un chrétien qui n'a pas d'ennemis trahit Christ souvent pour être ami de tout le monde. Il faut avoir des ennemis, et les aimer ! »

8Conformément à ce que préconisait le document : Pour une réconciliation des mémoires et pour des relations renouvelées entre ERE et ERF.

9Cf. la prépondérance des références à la sociologie et à la psychanalyse aujourd'hui, dans ce sens.

10Le matérialisme

11Cf. les « C'est pourquoi » ou « ainsi donc » qui jalonnent les lettres de Paul.

12Beaucoup de relations délicates dans les églises et entre églises tiennent à ce qu'on appelle les opinions politiques,  qui sont plutôt des présupposés philosophiques qui forgent notre compréhension de l'homme, du monde, de l'autorité, de la liberté, de la responsabilité, etc. Autrement dit, les choses quotidiennes de la vie.

13Une remarque écrite d'A. Schluchter, il y a 6 ans, au sujet des réformés pluralistes : « Je me demande parfois si nous naviguons sur le même océan ! »

14Pierre Courthial le rappelait souvent.

15Le sociologue J.P. Wilhaime dit que les dénominations sont davantage justifiées si elles correspondent à des convictions assumées que si elles ne sont que la survivance d'attachements affectifs ou traditionnels...

16Je renvoie à la décision prise au Synode général d'Aix en Pce (2002 ou 2003) qui précise les conditions d'association avec les catholiques ou d'autres religions pour certaines manifestations publiques. Il s'agit d'accords gradués.

17Et j'en profite pour dire que je regrette beaucoup que l'avènement du CNEF tende à faire disparaître (?) l'A.E.F.

18Tout n'a pas commencé à la Réforme !

19Quand la pensée libérale et relativisante commence à ce développer, au 19° siècle, Ch. Spurgeon écrit : « Une nouvelle religion est née, qui diffère du christianisme autant que l'eau du vin ». Spurgeon, pourtant, n'avait pas un esprit étroit. Mais sa doctrine était bien bâtie, et elle inspirait toute sa vie et sa prédication. Spurgeon, à la fin de sa vie se séparera même de la Fédération des églises baptistes au sein de laquelle il avait tenu une place importante, car il pensait qu'elle était devenue perméable à « la nouvelle théologie ». Il faut dire que la Fédération baptiste n'avait pas de Confession de foi. Elle considérait que la pratique du baptême des adultes suffisait... On sait que ce n'est pas le cas !

Calvin non plus n'avait pas un esprit étroit. Nous le trouvons tour à tour sévère et plein de mansuétude, et je pense que cela reflète son désir de ressembler à son Seigneur. Nous savons par exemple ce qu'était l'Eglise romaine à son époque. Il écrit : « L'Eglise romaine n'a pas complètement perdu son titre d'Eglise, car l'Evangile n'y est pas totalement absent. » Je trouve que c'est à la fois sévère et plein de mesure. Félix Neff, l'apôtre des hautes Alpes, le rejoint d'une certaine manière quand il écrit: « L'Eglise romaine est comme un arbre dont l'écorce est pourrie et dont le tronc est saint. Si on gratte l'écorce on trouve le tronc solide (le Credo...). L'Eglise libérale est comme un arbre dont l'écorce est belle mais le tronc pourri. Si on gratte l'écorce, il ne reste rien. » Avec les libéraux, il est sévère. Trop ?

20 Délibération de l'ERE d'Alais en 1906 : « Vis-à-vis des Eglises dites libérales, nous sommes animés des intentions les plus fraternelles. Ne pouvant entreprendre avec elles des œuvres spécifiquement religieuses et chrétiennes, parce que nous n'avons pas la même foi, nous sommes cependant disposés à nous unir à elles sur le terrain moral et social. Tous nos efforts tendront à faciliter le groupement de toute la Famille réformée dans une vaste Fédération qui comprendrait toutes nos anciennes paroisses officielles.

Avec les Eglises dites indépendantes (libres, méthodistes, etc.) qui adorent et servent le même Christ que nous, mais qui diffèrent encore avec nous sur certains principes ecclésiastiques d'importance secondaire, nous désirons pratiquer loyalement l'alliance évangélique. Chaque fois que nous en aurons l'occasion, nous nous ferons un devoir et un plaisir de participer avec elles à des œuvres de réveil, d'évangélisation et de mission. »

21Il me semble que cette affirmation ne constitue pas, pour Calvin, une définition de l'Eglise, contrairement à ce que l'on avance parfois.

22 Exemple concret : Quand un pasteur introduit la cène lors d'un culte exceptionnel en disant : « Nous sommes tous créatures de Dieu, donc nous sommes tous invités à la cène », sommes-nous sur un terrain scripturaire ? Est-ce une question secondaire ? Si un membre d'église dit cela, on l'excuse et on lui explique. Mais un pasteur ? Et que penser si dans l'assistance personne ne bronche ni ne remarque rien ? Est-ce là une bonne paix ? Ou est-ce déjà très tard ...

Autre exemple : Quand un pasteur vient me voir et dit : « Moi non plus je ne crois pas à la naissance miraculeuse de Jésus. Mais à la différence de Untel, je ne le dirai pas », que penser ? Question délicate : est-on chrétien quand on ne croit pas à la naissance miraculeuse de Jésus ? Pour éviter les conflits, je ne réponds pas ici. Si je vais voir ce pasteur et lui explique qu'il ne peut pas prêcher devant l'assemblée placée sous ma responsabilité, suis-je un agent de conflit ou le gardien fidèle du troupeau, selon Actes 20.28 ?

23Nous nous y étions essayés au comité de rédaction de Hokhma, à la fin des années 70.

24Aujourd'hui, les milieux progressistes reconnaissent plus volontiers qu'il y a 30 ans les limites du pluralisme...

25 Calvin, dans « les marques de l'Eglise véritable » parle des mœurs et des doctrines, disant qu'il faudra user de beaucoup de patience pour ce qui est des mœurs et de plus de sévérité pour ce qui est des doctrines. On peut penser que cela vaut à l'intérieur de l'église et entre églises.

26 Ici peut se poser la question de l'accueil à la cène, notamment lors de cultes communs avec des églises ayant des ecclésiologies différentes. On pourrait se demander par exemple, si la FPF a raison d'imposer l'inter-communion à des Eglises qui ont des disciplines si différentes. Le protestantisme en soi serait-il une garantie de communion ? Je ne crois pas.

27Cf. Le projet de notre Union : « Evangélisation et croissance des EREI », il y a quelques années, heureusement devenu : « ... et croissance de l'Eglise ».

28 Une question concrète : que faire quand un chrétien quitte une église pour une autre, pour tel ou tel motif ?

29Le pasteur Pierre Verseils a déploré que la loi sur les associations ait parfois altéré notre compréhension de l'église.

30« Ne pas faire acception de personnes. » Jacques 2.1-9

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