Divorce et remariage : quelques remarques

 

Cher N.,

Il faudrait des pages et des pages pour traiter ce sujet délicat. Je me contente ici de deux remarques générales suivies de quelques observations sur les textes. Notre sœur a raison de s'inquiéter quand on délaisse ce que dit l'Ecriture pour "favoriser des considérations de facilité ou de confort immédiat". Si on suit cette ligne, on en arrive à bénir des couples homosexuels sous le prétexte qu'ils sont faits comme cela ou qu'ils s'aiment !

Pour autant, le littéralisme n'est pas la bonne réponse au libéralisme. Bien qu'elle s'en défende, notre sœur donne aux versets bibliques qu'elle cite une portée universelle sans tenir compte du contexte dans lequel ils ont été dits ou écrits ou des interlocuteurs à qui ils étaient destinés. En un sens, c'est « ajouter » à ce que dit la Bible. Il est vrai que l'on a utilisé outrancièrement l'argument de la contextualisation. Mais cela ne justifie pas qu'on applique des principes de manière mécanique ou aveugle.

Les principes sont permanents, mais l'application des principes tient compte des situations ; non pour abolir les principes mais pour agir de manière pastorale. Jésus lui-même donne de cela plusieurs exemples, par ses paroles ou son attitude. Il est vrai que cela peut favoriser le laxisme, mais le rigorisme ne vaut guère mieux, et je me demande si certains libéraux1 n'existent pas à cause de certains rigoristes...

 

Concernant les textes souvent mentionnés :

Il est clair que la pensée de Dieu pour le mariage, c'est que seule la mort y met un terme. Paul s'appuie sur ce principe pour illustrer ce qu'il veut dire sur le rapport de l'homme vis-à-vis de la loi (Ro 7.1-3). Seule une mort peut affranchir ! Mais l'intention de Paul, ici, n'est pas de traiter pastoralement de la question du mariage ou du remariage, et il serait abusif de retenir la règle qu'il rappelle pour l'appliquer unilatéralement.

La dimension pragmatique ou pastorale de l'Ecriture est visible dans ce qu'il est convenu d'appeler les deux « clauses d'exception » :

- l'infidélité sexuelle (pornéia, Mt 5.32) altère si gravement le lien conjugal (Mt 19.9) qu'elle semble rendre le divorce (et le remariage ?) possible. Dire cela ne signifie pas que la repentance, le pardon et la restauration ne soient pas possibles. Ils sont possibles et attendus !

- si le conjoint non chrétien décide de quitter le conjoint chrétien (et non de se séparer seulement) (1 Co 7.15) : le frère ou la sœur, alors, n'est plus lié. Peut-il se remarier ? Non s'il y a seulement séparation (7.11). Mais s'il y a abandon ? Quelle portée donner à l'expression : n'est pas lié ? On peut comprendre que certains voient là une situation qui ressemble à celle du veuvage.

Dans ce même chapitre 7, il faut reconnaître qu'il n'est pas évident de savoir comment recevoir ce que dit Paul au v.8, quand il écrit qu'il est bon de rester seul (si on est célibataire ou veuf), ou que celui qui ne marie pas sa fille fait mieux que celui qui ne la marie pas (7.37). Cela peut s'entendre, mais cela doit-il être retenu comme une recommandation impérative ? Pas évident non plus de comprendre quand il dit  : "Mieux vaut se marier que brûler" (7.9). On voit que les considérations pratiques ont bien leur place, et que tout n'a pas valeur doctrrinale ; et même que des avis différents sont possibles (7.35-36).

Aujourd'hui, nous devons nous garder d'agir « en réaction à », car trop à droite ne vaut pas mieux que trop à gauche. Nous devons garder les principes permanents et les appliquer dans une perspective pastorale. La pratique pastorale n'indique pas la voie facile ; elle indique la voie qui permet d'avancer sans être ni sans la loi, ni sous la loi...

 

Charles NICOLAS

2015

1 Les libéraux disent que nous nous accomodons avec l'Ecriture quand cela nous arrange, tandis que nous sommes intransigeants sur d'autre sujets comme l'homosexualité. Mais tous ces sujets ne sont pas équivalents. Le divorce, par exemple, peut être suivi d'une démarche pastorale sérieuse et d'une repentance qui autorise sans doute de nouveaux recommencements. Rien de tel pour la pratique homosexuelle.