Bonjour Charly,

(...) Ton message m’interpelle et m’interroge sur cet amour qui vient de Dieu. Tu parles souvent de l’amour entre
chrétiens. As tu un enseignement sur : ” Vous avez entendu qu’il a été dit : tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Mais moi je vous dis : aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous persécutent” ?

Amicalement,

N.

 

Bonjour N,

Merci pour tes lignes.

Il me semble que la priorité de l'amour fraternel est trop abondamment présente dans le NT pour qu'on puisse la nier.

L'expression "Votre amour pour tous les saints", qui revient à plusieurs reprises, suffirait à la démontrer.

Mais il y a beaucoup d'autres textes. Je pense à : "Que celui qui aime Dieu aime aussi son frère" (1 Jn 4.20-21) ; les versets qui suivent démontrent que les frères en question sont ceux qui sont "nés de Dieu" (1 Jn 5.1s).

Une étude approfondie de l'Ecriture démontre assez facilement aussi que le "prochain", en Israël, c'est le concitoyen ou l'étranger assimilé au peuple de Dieu - et pas "tout le monde". Lire Lév 19.17-18, par exemple.

Pour qui veut bien le reconnaître, le mot 'prochain' garde ce sens, proche du terme 'frère', dans le NT.

"Que chacun parle selon la vérité à son prochain, car nous sommes membres les uns des autres..." (Ep 4.25). Cf. Ro 15.2...

Quand les Samaritains sont appelés 'prochains', c'est qu'ils sont précisément en train de remplir les conditions pour être comptés parmi le peuple de Dieu ! Je mets en PJ un étude sur la parabole du Bon Samartitain.

A mes yeux, les mots 'frère', 'saints' et 'prochain' désignent les mêmes personnes.

Evidemment, on s'éloigne de la philosophie de la Déclaration des droits de l'Homme...

La question de l'ennemi pourrait sembler plus délicate.

Elle s'éclaire à la lumière de deux considérations.

1. Tout en étant ouverte à "la multitude des nations", la Bible est entièrement focalisée sur le peuple de Dieu. C'est le sens de la "descendance d'Abraham", par exemple. Les lettres de Paul parlent quasi exclusivement du peuple de Dieu (voir par exemple 1 Co 15.22-23) et des relations très spécifiques qui doivent exister au sein du peuple de Dieu. Amour fraternel, unité spirituelle et sainteté de vie sont, à ce niveau, tout à fait indissociables.
C'est par utopie qu'on cherche parfois à appliquer cela à l'ensemble des hommes.

Voir mon article dans le n° de février de Nuance.

2. A cette lumière, il est assez aisé de remarquer que quand la Bible mentionne les 'pauvres', les 'étrangers', les 'veuves', etc. il s'agit toujours des membres du peuple de Dieu. Le cadre n'est pas "social", il est ecclésial.

Je pense qu'il en est de même pour les 'ennemis'.

Deux indices immédiats le démontrent, à défaut de creuser plus profond :

a. dans ce même chapitre 5 de Matthieu, il est question d'un frère "qui a quelque chose contre toi",

qui va apporter une offrande à l'autel, et avec qui il vaudrait mieux se réconcilier "avant qu'il te mène au tribunal" (5.23-26).
C'est bel et bien un ennemi, mais c'est un membre du peuple de Dieu. L'enjeu, c'est le culte rendu à Dieu !

b. Dans ce même chapitre, Jésus demande de tendre la joue à son ennemi.

Mais quand le soldat romain lui donne un soufflet, lors de son procès, Jésus ne lui tend pas la joue ; il l'interpelle au contraire vivement : "Pourquoi me frappes-tu ?". Pourquoi ne met-il pas en pratique ce qu'il a préconisé ?

Cela est très clairement développé au début du chapitre 6 de la première aux Corinthiens.

Ici, nous voyons Paul établir une distinction extrêmement nette entre les membres du peuple de Dieu et ceux du dehors.

Nous le voyons aussi démontrer qu'il est extrêmement déplacé d'avoir des querelles "entre frères".
"Mieux vaudrait se laisser dépouiller", dit-il (6.7-8).

Je pense que ce texte éclaire celui de Matthieu 5. L'enjeu, c'est la communion et l'accueil de la présence de Dieu !

Je n'ignore pas que cet enseignement bouscule les idées reçues.
Mais il me semble que c'est préférable que de laisser les idées reçues bousculer l'Ecriture, comme on le fait si aisément aujourd'hui, sous maints prétextes.

Cela signifie-t-il qu'on méprise ou néglige les autres ?
Absolument pas. Une femme qui aime ses enfants ne méprise pas les enfants des autres !

Le texte de 1 Pi 2.17 "Honorez tous les hommes, aimez les frères..." dit bien cela.
Honorer, c'est beaucoup ! Mais aimer dit la qualité de l'amour qui est propre au peuple de Dieu

et qui constitue notre témoignage pour que les regards soient attirés vers Jésus-Christ.

Je n'allonge pas.

Merci pour ton interpellation.

Reçois, cher N., mes bien cordiales salutations.
Charles