LA RELATION FRATERNELLE ET LE RAPPORT AU PROCHAIN (2)

 

II. DE QUI PARLE-T-ON ?

 

Lecture du Psaume 133

 

Quel est le sens des mots qu'on lit, qu'on entend, qu'on emploie ? Est-ce le sens précis que voulait l'auteur biblique ou est-ce le sens commun, le sens profane, le sens qui parle aux sentiments1 ? Le risque existe d'avoir un langage approximatif quand nous communiquons avec des non-croyants et même entre nous, ce qui ne favorise pas une bonne communication, de bons accords, de bons engagements2.

 

3. Frères, pauvres, petits...

Quand la Bible parle des saints (Cf. Ph 1.1) , nous voyons assez précisément de qui il s'agit3. Mais de qui parle-t-elle quand il est question des frères, des petits, des pauvres, des étrangers ? Pour beaucoup, dans les églises de multitude particulièrement, la question ne se pose pas : il s'agit des hommes d'une manière générale, sans distinction, et spécialement les plus pauvres parmi eux. On a voulu voir le Christ dans le pauvre, le SDF, le sans-papiers... Beaucoup considèrent même que c'est précisément cela l'Evangile : considérer que tous les hommes sont frères, quelles que soient leurs différences, et surtout les plus petits. Est-ce sérieux ?

- Les frères. Dans la Bible, sont frères ceux qui ont le même père ! Un certain nombre de fois, il s'agit du frère de sang, par exemple quand Dieu demande à Caïn : « Où est ton frère ? » (Gen. 4.9). Quand il ne désigne pas le frère de sang, le terme frère désigne toujours la descendance d'Abraham. Il n'y a pas d'exception à cette règle. Dans l'Ancien Testament, les Evangiles et le livre des Actes, il désigne les enfants d'Israël (Jacob). Dans les Evangiles et dans le livre des Actes, une transition s'opère progressivement. Ainsi, le Prologue de Jean annonce la possibilité, pour ceux qui reçoivent la Parole (le Messie), de « devenir enfants de Dieu » (Jean 1.12-13)4. Un verset du livre des Actes témoigne du « changement d'horizon » du terme frère, du passage de la première à la nouvelle alliance: « Les apôtres, les anciens et les frères, aux frères d'entre les païens » (15.23). Enfin, nous voyons ce terme frère être pleinement attribué aux chrétiens, comme synonyme du mot saint : « Paul et le frère Timothée, aux saints et fidèles frères en Christ... » (Co 1.2).

Le mot 'quiconque' introduit tout à la fois un jugement parmi ceux qui se considéraient comme le peuple de Dieu (seuls ceuxquicroiront parmi eux seront enfants de Dieu) et une ouverture qui s'opère au bénéfice de ceux qui n'étaient pas le peuple de Dieu (tous ceuxqui croiront deviendront enfants de Dieu. Cf. 1 Co 1.2). Il y a là ce que le Nouveau Testament appelle le « mystère de Christ ». Paul dira de ceux qui croient que Dieu les a « prédestinés dans son amour à être ses enfants d'adoption par Jésus-Christ » (Ep 1.5 Cf. Mt 23.8-9 ; Ac 2.39 ; Ro 8.15-16).

- Le pauvre, l'indigent. Si le mot frère désigne les membres du peuple de Dieu, il est assez facile de remarquer que les pauvres dont parle la Bible sont les pauvres du peuple d'Israël ou de l'Eglise. « Les pauvres de mon peuple en jouiront » (Ex 23.11) ; « Si ton frère devient pauvre... » (Lév 25.25). Nous tenterons plus loin de voir ce qu'il en est des autres, mais le fait est que la préoccupation des auteurs bibliques, c'est toujours ou presque le peuple de Dieu et lui seul. « Malheur à ceux qui... refusent justice au pauvre, qui ravissent leur droit aux malheureux de mon peuple », dit le Seigneur (Es 10.1-2 Cf. 14.32 ; 49.13).

Concernant la première église, nous lisons qu' « il n'y avait parmi eux, aucun indigent » (Ac 4.34), ce qui renvoie à l'injonction du Deutéronome : « Il n'y aura pas d'indigent au milieu de toi » (15.4, 7). Ce qui est en jeu, c'est la communion qui se trouverait compromise dans le cas où certains parmi les frères seraient dans l'abondance, tandis que d'autres manqueraient du nécessaire5. Or, la communion, c'est la condition de la présence de Dieu au milieu de son peuple. C'est là toute l'importance du ministère diaconal dont l'objectif est, en lien étroit avec le ministère pastoral, de maintenir et développer l'unité spirituelle et donc l'édification (la stature), et encore le témoignage de l'Eglise comme un corps vivant. Nous reviendrons sur ce point plus loin.

C'est la raison pour laquelle nous voyons les apôtres consacrer beaucoup d'attention à cette question qui semble ne pas avoir de rapport direct avec l'enseignement ou la direction des communautés. « Je vais à Jérusalem – dit Paul, pour le service des saints... En faveur des pauvres parmi les saints. » (Ro 15.25-26 ; cf. 12.13). « Si un frère ou une sœur sont nus et manquent de la nourriture de chaque jour... » (Jc 2.14-15 ; 1 Jn 3.17). Toutes les fois que le mot 'pauvre' est employé, même sans autre précision, il s'agit du pauvre au sein du peuple de Dieu, du frère pauvre, qu'il s'agisse de la pauvreté matérielle ou pas6. Il en est de même quand il est question de la veuveet del'orphelin(Jc 1.27), ou encore avec les petits ou les faibles.

- Le petit, le faible. C'est le contexte ou encore les passages parallèles qui permettent de comprendre qui est désigné par ces termes. Quand Jésus parle de celui qui « donnera un verre d'eau à l'un de ces petits parce qu'il est (son) disciple » (Mt 10.42) ou quand il parle de « quelqu'un (qui) scandaliserait un de ces petits qui croient en (lui) » (Mt 18.6), il confirme que sa préoccupation n'est pas sociale dans le sens moderne du terme, mais bel et bien en rapport avec la foi et le Royaume de Dieu.

Nous voyons l'apôtre Paul consacrer beaucoup de temps pour convaincre de l'importance de ne pas être une occasion de trouble pour celui qui est faible dans la foi (1 Co 8.9-13), c'est à dire pour le frère dont la conscience est plus faible, « celui pour lequel Christ est mort » (Ro 14.10-16).

- L'étranger. De qui le Seigneur parle-t-il quand il recommande à son peuple d'accueillir les étrangers, en se souvenant que lui aussi «  a été étranger sur une terre qui n'était pas la sienne » (Ex 22.21) ? De nombreux passages montrent qu'il est question des étrangers qui se sont ou ont été volontairement intégrés au sein du peuple de Dieu, adoptant ses usages et ses lois7.

Je lis : « Tu ne délaisseras pas l'étranger, l'orphelin et la veuve qui sont dans tes portes » (Deut 14.27, 29 ; Jos 8.24-25, 35).« Tu abandonneras la grappe restée dans la vigne au pauvre et à l'étranger. Vous n'userez pas de mensonge les uns envers les autres. Tu n'opprimeras pas ton prochain. Tu ne répandras pas de calomnie parmi ton peuple. Tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur ; tu pourras reprendre ton prochain, mais tu ne te chargeras pas d'un péché à cause de lui. Tu ne garderas pas de rancune contre les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lév 19.10-18).

La juxtaposition de ces termes montre qu'ils sont pratiquement synonymes. Cela fait apparaître que la donnée majeure, c'est l'appartenance – à un titre ou à un autre – au peuple saint, ce qui impose des devoirs d'égalité (Lév 20.2ss), de soutien et de réciprocité en accord avec la grâce de l'élection, avec le sacerdoce, avec la présence même de Dieu8.

Le cadre, c'est Israël en tant que peuple de Dieu, préfigurant non pas n'importe quelle nation ou un nouvel ordre mondial, mais préfigurant l'Eglise de Jésus-Christ et l'accueil des prosélytes9. Dans ce sens, nous voyons Esaïe parler de « l'étranger qui s'attache à l'Eternel, qui marche au milieu de vous » (56.6-8). Il y a donc, liée à cette intégration, une dimension de piété, comme on le constate aussi dans les nombreux passages des Evangiles où des étrangers (centeniers romains, samaritains, syro-phéniciens...) démontrent leur disposition à la foi, leur accueil du Royaume de Dieu (Lc 7.4 ; 17.16 ; Jn 4.39...).

Ainsi, il apparaît que si la distinction entre le peuple saint et les autres peuples est et demeure capitale, les frontières cependant sont poreuses : non pas pour les alliances ou les usages (Ex 23.32-33 ; Dt 7.2-3 ; Esdras 9.12), mais pour l'accueil de ceux qui seront appelés à trouver place parmi ce peuple particulier (Ac 18.10). Ce constat permet d'affirmer que l'attachement au peuple de Dieu, même pour des motivations qui pourraient paraître profanes, s'apparente à une forme de piété envers Dieu – cela conformément à ce principe déjà évoqué : l'attitude manifestée envers le peuple de Dieu touche Dieu directement. L'attitude de Rahab10 ou de la veuve de Sarepta, à cet égard, sont particulièrement éloquentes (Jos 2.8-14 ; 1 Rois 17.8-10).

De même, dans le Nouveau Testament, celle du centenier de Luc 7, dont Jésus admire la foi et dont les pharisiens disent : « Il aime notre nation » (v.4) ; de même le craignant-Dieu Corneille, dont il est dit qu' « il priait Dieu continuellement et faisait beaucoup d'aumônes au peuple » (Ac 10.2).

- L'ennemi, l'adversaire. Voir en annexe.

 

4. Et le prochain ?

La question est délicate, je le sais. Le bon sens commun associe immédiatement le mot 'prochain' à l'homme ou la femme qui se trouve là (ou ailleurs), quel qu'il soit. Le prochain, c'est l'autre. Est-ce si simple que cela ? Dieu nous demande-t-il d'aimer tout personne qui croise notre route « de tout notre cœur, de toute notre âme, de toute notre force » ? La question peut bien se poser...

Il n'est pas besoin d'effectuer une recherche très savante pour se rendre compte que dans les textes fondateurs du peuple d'Israël, le prochain c'est le concitoyen, membre du même peuple. En d'autres termes, la proximité qui fait de quelqu'un un prochain n'est pas seulement géographique : elle est aussi, et même d'abord, liée à l'appartenance. Or, cette appartenance, pour ce qui est du peuple de Dieu, n'est pas essentiellement sociale ou ethnique : elle est liée à l'élection, à la sainteté, c'est à dire à l'appartenance à Dieu !

Cela apparaît dès le pays d'Egypte, après que Moïse ait tué un égyptien qui maltraitait un hébreu. Voyant ensuite deux hébreux se disputer, il dit à l'un des deux : « Pourquoi frappes-tu ton prochain ? » (Ex 2.11-14). Au verset 11, nous voyons ce mot associé au terme frère... Pour Moïse, l'hébreu était le prochain de l'hébreu, pas l'égyptien.

La loi révélée plus tard confirmera ces dispositions. « Aucun créancier ne pressera son prochain ou son frère. Tu te relâcheras de ton droit pour ce qui t'appartient chez ton frère. Il n'y aura aucun indigent chez toi » (Deut 15.2-3 ; 23.19, 24 ; 24.10). Les prophètes ont eu le même message : « Vous direz, chacun à son prochain, chacun à son frère : qu'a dit l'Eternel ? » (Jér 23.35 ; 31.34 ; 34.9-17). Retenons que tous ceux qui étaient comptés comme appartenant au peuple de Dieu partageaient les privilèges et les devoirs, y compris les étrangers assimilés. Tous, mais seulement eux11.

Le chapitre 19 du Lévitique, qui mentionne pour la première fois l'amour du prochain (v.18), prend en compte tous ceux qui vivent en Israël avec l'impératif de sainteté qui s'y attache : « Vous serez saints car je suis saint » (v.2). Sont compris le pauvre et l'étranger au milieu de vous (v.10, 34), le mercenaire (v.13), le sourd et l'aveugle (v.14), les enfants de ton peuple (v.18), la personne du vieillard (v.33), et enfin le prochain assimilé au frère (v.17 – lire ce verset en entier), cela avec l'expression les uns les autres (v.11) qui caractérise les relations au sein du peuple de Dieu.

Mais que dit le Nouveau Testament ? Je crois que le Nouveau Testament conserve cette définition du mot 'prochain', équivalente au mot 'frère'. La nouveauté, c'est que des hommes et des femmes extérieurs au peuple d'Israël pourront être comptés, en plus grand nombre qu'auparavant, comme saints, comme frères, sœurs, prochains, en rapport avec la foi. L'association des termes se retrouve, confirmant la proximité de sens. « Abstiens-toi de ce qui peut être pour ton frère une occasion de chute... Que chacun de nous complaise au prochain pour ce qui est du bien en vue de l'édification » (Ro 14.21 ; 15.2, 7). « Ne parlez pas mal les uns des autres, frères, car celui qui parle mal d'un frère ou qui juge son frère juge la loi... Et toi, qui es-tu qui juges le prochain ? » (Jc 4.11-12 Cf. Jc 2.14-16).

L'utilisation de l'expression 'les uns les autres' est également significative. « C'est pourquoi, que chacun de vous parle selon la vérité à son prochain, car nous sommes membres les uns des autres. » (Eph 4.25). Membres les uns des autres ! Peut-il ici être question d'autres personnes que celles qui constituent le corps de Christ ? Assurément pas. La préoccupation de l'apôtre, c'est l'Eglise et elle seulement, et c'est dans ce contexte-là qu'il continue à utiliser le mot 'prochain', comme l'ont fait Moïse et les prophètes avant lui.

Les références suivantes nous permettent d'effectuer un pas de plus : « Ne devez rien à personne si ce n'est de vous aimer les uns les autres... Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Ro 13.8-10). « Rendez-vous, par l'amour, serviteurs les uns des autres, car toute la loi est accomplie par cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Ga 5.13-15, 26). Nous retrouvons donc chez Paul le sommaire de la Loi et ce second commandement, semblable au premier et indissociable de lui.

La vérité qui sous-tend ces deux commandements est bien celle-ci, exprimée explicitement par l'apôtre Jean : « Si quelqu'un dit : J'aime Dieu, et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur ; car celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas ? Et nous avons de lui ce commandement : que celui qui aime Dieu aime aussi son frère. Quiconque croit que Jésus est le Christ est né de Dieu, et quiconque aime Celui qui l'a engendré aime aussi celui qui est né de Lui. Nous connaissons que nous aimons les enfants de Dieu lorsque nous aimons Dieu et que nous pratiquons ses commandements » (1 Jn 4.20 à 5.1).

Ce qui apparaît ici, c'est que l'amour pour Dieu et l'amour pour ceux qui appartiennent à Dieu constituent une seule et même attitude, révélant l'une et l'autre l'expérience de la grâce, le don de la vie nouvelle, la dimension du Royaume de Dieu. « Celui qui dit qu'il est dans la lumière et qui hait son frère est un menteur. Celui qui aime son frère demeure dans la lumière... Mais celui qui hait son frère est dans les ténèbres » (1 Jn 2.9-11). « Quiconque ne pratique pas le bien n'est pas de Dieu, non plus que celui qui n'aime pas son frère... Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie quand nous aimons les frères » (1 Jn 3.10, 14).

Ainsi, Paul, Jean, mais aussi Jacques (2.5-8) établissent bel et bien une équivalence entre l'amour pour Dieu et l'amour pour ceux qui appartiennent à Dieu. Quand à l'auteur de la lettre aux Hébreux, il associe également l'amour manifesté aux frères et l'amour pour Dieu lui-même : « Dieu n'est pas injuste pour oublier votre travail et l'amour que vous avez manifesté pour son nom en ayant rendu et en rendant encore service aux saints » (6.10).

Les frères, les saints, le prochain sont les uns et les autres dans la sphère de l'amour de Dieu reçu et partagé12.

 

5. Et ceux du dehors ?

Et les autres ? Les veuves et les orphelins de la terre ne méritent-ils pas tous la même considération ? Et les étrangers, et les malades, et les sans abris, et ceux que nous croisons dans la rue ? Chacun n'a-t-il pas sa souffrance, qui vaut bien celle des autres ? Chacun n'attend-il pas d'être secouru ? A bien des égards oui, bien-sûr. Sous le rapport humain, les chrétiens ne sont ni meilleurs, ni plus méritants que les autres hommes. Sous le rapport des Droits de l'homme et de la citoyenneté, aucune différence ne devrait être faite13. Sous le rapport du Royaume de Dieu, cependant, d'autres considérations doivent être prises en compte, incompréhensibles pour l'intelligence naturelle, mais capitales dans le cadre de la foi.

Soyons clairs : l'égalité de condition 'en humanité' peut et doit donc être rappelée sans restriction, comme le fait Paul à Athènes.14 « Dieu a fait que tous les hommes, sortis d'un seul sang, habitent sur toute la terre » (Ac 17.26). Il est important de rappeler que tous les hommes, sans exception, sont créés à l'image de Dieu, et sont, à ce titre, dignes d'honneur, c'est à dire estimés à un grand prix.

Ici, nous avons une parole de l'apôtre Pierre qui s'avère très éclairante : « Honorez tout le monde, aimez les frères, craignez Dieu, honorez le roi »(1 Pi 2.17).

Cette exhortation indique que personne n'est oublié. Elle rappelle en même temps que des regards appropriés sont requis, qui correspondent à des situations (on pourrait dire des sphères d'existence ou d'identité) qui ne sont pas équivalentes, à des engagements distincts,... à des espérances différentes. La Bible n'est pas égalitaire ! Honorer tout le monde, c'est reconnaître le prix de chaque personne en tant que créée à l'image de Dieu. Cela comporte d'innombrables implications. Aimer les frères, nos l'avons dit, c'est aimer le Seigneur au travers de ceux qui sont membres de son corps. Remarquons qu'il n'est pas dit de ne pas aimer les autres ! Mais le commandement de la aimer ne se trouve pas.

Plusieurs textes introduisent la notion dynamique de priorité15. « ...nous nous sommes conduits avec sainteté et pureté devant Dieu, dans le monde et surtout (malista = principalement) envers vous... » (2 Co 1.12). « Pratiquons le bien envers tous, surtout envers les frères en la foi » (Ga 6.10).

Théologiquement, nous ne pouvons ni dissocier ni confondre l'ordre de la création et l'ordre du salut. De même, la grâce générale (pour tous les hommes) et la grâce particulière de la rédemption (qui concerne les élus) ont bien la même source mais pas la même finalité. Une est pour le temps ; l'autre est éternelle. Nous remarquons que l'ordre de la création est rappelé sans cesse : le Dieu qui nous sauve est celui qui a créé le ciel et la terre (Ac 14-15 ; Co 1.16). Cependant, la vocation principale sinon unique de la révélation biblique est de nous instruire sur ce qui touche notre rédemption16. Cela explique sans doute que de nombreux passages peuvent donner l'impression que « ceux du dehors » sont comme ignorés. « Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m'as donnés » (Jn 17.9). « Ce sont des gens donc l'Eglise ne fait aucun cas que vous prenez pour juges »(1 Co 6.4)17.

En réalité, il n'y a aucune opposition entre le fait de distinguer ceux du dedans de ceux du dehors (dans la mesure de ce qui nous est accessible, naturellement, c'est à dire de manière relative) et le fait d'accueillir ceux que Dieu envoie sans discrimination. Il est probable même que ces deux aspects du ministère de l'Eglise se conjuguent et se portent l'un l'autre dans une vraie dynamique autour de la personne du Seigneur Jésus18. La préoccupation principale de Dieu est et demeure son peuple, que celui-ci soit rassemblé ou dispersé.

Cela est visible, paradoxalement, dans deux textes bibliques souvent cités pour attirer l'attention sur la dimension sociale de notre responsabilité. Au peuple de Dieu exilé à Babylone, le prophète donne cette recommandation : « Recherchez le bien de la ville où je vous ai menés en captivité et priez Dieu en sa faveur, car votre bonheur dépend du siens » (Jér 29.7). A Timothée, l'apôtre Paul transmettra cet appel : « Faites des prières pour tous les hommes, pour les rois et pour ceux qui sont élevés en dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté »(1 Tm 2.1-2). Dans ces deux passages, nous remarquons que la finalité n'est pas le salut ni même le bien-être des hommes en général, mais la tranquillité... du peuple de Dieu !

 

Et les pauvres ? Nous avons observé déjà que les pauvres dont il est question, dans la très grande majorité des cas, sont ceux qui appartiennent ou se trouvent assimilés au peuple de Dieu. « Refuser justice aux pauvres, ravir leur droit aux malheureux de mon peuple, pour faire des veuves leur proie et des orphelins leur butin... » (Es 10.2). « Ayez l'un pour l'autre de la bonté et de la miséricorde. N'opprimez pas la veuve et l'orphelin, l'étranger et le pauvre, et ne méditez pas l'un contre l'autre le mal dans vos cœurs » (Zach 7.10)19. Si cela nous paraît surprenant aujourd'hui, nous ferons bien d'en chercher la raison, car pendant la période apostolique, la chose paraissait si évidente qu'il était superflu de la préciser, comme on le voit encore dans la lettre de Jacques : « La religion pure et sans tâche devant Dieu notre Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, et à se préserver des souillures du monde » (Jc 2.27). Ainsi, nous pourrons nous poser la question des causes de cette évolution actuelle : progrès ou apostasie20 ?

 

Que dire encore au sujet de « ceux du dehors » ? Je crains de surprendre en disant ce que je crois voir dans le texte biblique. Je ne crois pas que Jean 3.16 dise que Dieu aime tous les hommes de manière semble, de manière « inconditionnelle », comme on dit maintenant21. Le monde, ce n'est pas « tout le monde ». La patience de Dieu est une chose ; son amour en est une autre. Ceux que Dieu aime, il les sauve ! (Cf. Jn 17). Les injonctions qui sont données aux chrétiens vis-à-vis de ceux du dehors n'utilisent pas le verbe 'aimer'. Cf. 1 Pi 2.17. Ce dont il est question, c'est : faire du bien, avoir un bon témoignage, être en paix, être irréprochables, honorer, donner les raisons de notre espérance, etc. Cela ne signifie pas que ce soit sans amour, car le chrétien n'est jamais sans amour, de même que Dieu n'est jamais sans amour. Mais le verbe 'aimer' a pour cadre la communion en Christ, le salut, l'espérance. En un sens, aimer un non-chrétien comme on aime un chrétien, c'est lui mentir22. J'espère qu'on ne se méprendra pas sur le sens de ces paroles.

Est-ce avoir un cœur étroit que de dire cela ? Jésus avait-il un cœur étroit ? Quand il commande à ses disciples d'avoir de l'amour les uns pour les autres, n'exclue-t-il pas ceux du dehors ? En un sens oui, mais c'est pour qu'un véritable témoignage leur soit transmis, c'est pour qu'ils soient exhortés à rechercher la source d'un tel amour... inaccessible en dehors de la foi en Jésus-Christ !

 

Charles Nicolas

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Annexes

 

1. L'ennemi, l'adversaire

Il s'agit là d'une catégorie de personnes qui pourrait sembler plus difficile à situer. Jésus ne dit-il pas que nous devons aimer non seulement nos amis, mais également nos ennemis ? « Mais moi je vous dis : Aimez vos ennemis »(Mt 5. 44). Ne s'agit-il pas de ceux qui ne nous aiment pas, de ceux qui s'opposent à nous, de ceux du dehors ? Ne nous hâtons pas de conclure cette question en retenant le sens habituel des termes, avec une mentalité profane, et montrons-nous attentifs au contexte de ces versets. Que lisons-nous dans ce même chapitre 5 de Matthieu ? « Quiconque se met en colère contre son frère... Si tu présentes ton offrande à l'autel et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi... Accorde-toi promptement avec ton adversaire de peur qu'il ne te livre au juge... » (Mt 5.21-25). Il s'agit bien d'un adversaire, mais au sein du peuple de Dieu. L'enjeu, c'est le culte et l'unité spirituelle requise pour se présenter devant Dieu.

C'est très certainement dans ce sens-là qu'il faut entendre le fameux « Si quelqu'un te frappe sur une joue, présente-lui aussi l'autre. Si quelqu'un te prend ton anneau, ne l'empêche pas de prendre encore ta tunique... »  (Lc 6.27-30). Ce quelqu'un, ce n'est pas n'importe qui ; ou plutôt, c'est n'importe qui qui appartient à Dieu comme toi, qui est membre du même corps. Nous avons un texte parallèle au début d'1 Corinthiens 6 où Paul recommande de « se laisser dépouiller » plutôt que d'avoir « des querelles entre frères ». L'enjeu, c'est la communion !

Ce que nous devons comprendre, c'est que le peuple de Dieu est tout sauf un rassemblement d'amis ! Il y a dans ce peuple des personnes qui ne se seraient jamais choisies, tellement leurs personnalités, leurs éducations, leurs goûts diffèrent. Mais selon la grâce souveraine de Dieu, ces hommes et ces femmes sont devenus le peuple saint, et leur vocation est de manifester l'unité spirituelle et l'amour, au prix de sacrifices si nécessaire. « C'est déjà certes un défaut chez vous que d'avoir des procès les uns envers les autres. Pourquoi ne vous laissez-vous pas plutôt dépouiller ? Mais c'est vous qui commettez l'injustice, et c'est envers des frères que vous agissez de la sorte ! » (1 Co 6.7-8).

La recommandation de Jésus concernant « la paille qui est dans l'œil de ton frère » (Lc 6.41)confirme l'importance que revêtent les relations délicates au sein du peuple de Dieu. Notons encore ce que dit Paul au sujet des adversaires : « Le serviteur de Dieu ne doit pas avoir des querelles... ; il doit avoir de la condescendance pour tous et redresser avec douceur les adversaires... » (2 Tm 2.24-25). Le contexte montre qu'il s'agit, là encore, de relations à l'intérieur de l'Eglise.

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2. La parabole du bon Samaritain

(Luc 10.25 à 37)

Bien que le docteur de la loi ait interrogé Jésus « pour l'éprouver » (v. 25), puis pour « se justifier » (v. 29) nous savons que la question qu'il pose est bonne puisque Jésus y répond. Cette question : Qui est mon prochain ? est en effet d'une très grande importance, puisque de la réponse dépend la compréhension du deuxième commandement le plus important de la Loi (v. 27). Comment, en effet, obéir à un commandement dont on ne comprend pas précisément le sens ?

Pour comprendre l'enjeu de ce récit et ne pas le réduire à une simple leçon de morale, il faut nous souvenir de ce qui est en train de se jouer : les dialogues avec Nicodème et avec la femme samaritaine ont déjà laissé entrevoir un changement en train de s'opérer dans le développement du dessein de Dieu. Le 'quiconque' de Jean 3.16 annonce tout à la fois un jugement au sein du peuple d'Israël (quiconque croit, cela signifie seulement ceux qui croient) mais aussi une ouverture aux non juifs (quiconque, c'est n'importe qui, dès lors qu'il croit).

C'est là ce que Paul appellera plus tard « le mystère de Christ, caché dans les générations passées mais révélé maintenant » : c'est que « les païens (qui croient) sont cohéritiers, forment un même corps et participent à la même promesse en Jésus-Christ par l'Evangile » (Ep 3.4-6). Dans l'histoire du Salut, un changement considérable de format du peuple de Dieu est en train de s'opérer : une samaritaine a compris plus vite qu'un docteur de la Loi23 !

La parabole que raconte Jésus s'inscrit dans le dévoilement de ce mystère.La scène se passe en terre d'Israël (les sacrificateurs et les lévites ne s'aventuraient pas au-delà). L'homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho est un juif, membre du peuple de Dieu. Le Samaritain est en voyage (v. 33), sur le territoire d'Israël. La pointe de la parabole, ce n'est pas qu'un homme en secoure un autre ; c'est qu'un étranger prenne soin d'un membre du peuple de Dieu. Or, ce que l'on fait à un membre du peuple de Dieu, e bien ou en mal, on le fait à Dieu...

Ce que Jésus veut mettre en lumière, c'est que les religieux juifs qui ont vu cet homme juif blessé auraient bien-sûr du s'arrêter : non seulement par humanité, mais en vertu des commandements prescrits par Dieu pour Son peuple : « Vous serez saints car je suis saint, moi, l'Eternel votre Dieu... Tu aimeras ton prochain comme toi-même »(Lév. 19.2, 18). Dans l'A.T., le prochain, c'est le compatriote. Or, il s'est trouvé un étranger pour manifester, par son œuvre, que la grâce de Dieu est en train d'opérer dans son cœur : non seulement sur un plan humain mais en rapport avec Dieu. En effet, ce que l'on fait à un membre du peuple de Dieu, c'est à Dieu qu'on le fait ; et si c'est un étranger qui agit ainsi, son action est considérée comme un acte de foi envers Dieu, un fruit de la grâce. C'est pourquoi Jésus peut dire que ce Samaritain peut dès à présent être compté comme prochain (v. 36-37), c'est à dire membre du peuple élu : non par ses œuvres mais par la foi (foi non explicite mais réelle) que son œuvre démontre. Cf. Jacq 2.14-18.

Ce fut le cas de Rahab la prostituée cananéenne qui a accueilli les espions hébreux (Jos 2.1-21). Elle n'agit pas « par humanité » mais par foi : « L'Eternel, je le sais, vous a donné ce pays » (cf. Hé 11.31). Ce fut le cas de Ruth la Moabite qui a choisi de suivre Naomi en terre d'Israël (Ruth 1.15-18). Ces deux femmes étrangères sont dans la généalogie de Jésus ! Voir aussi 1 Rois 17.8-9,12.

Dans le Nouveau-Testament, c'est le cas de la femme cananéenne (Mt 15.21-28) et du centenier (Lc 7.2 -10) dont les juifs peuvent dire : « Il aime notre nation » et au sujet duquel Jésus dira : « Même en Israël je n'ai pas trouvé une aussi grande foi ». Cf. la guérison des 10 lépreux (Lc 17.11-21) : un seul est revenu vers Jésus, un Samaritain. Et Jésus dira : « Les dix n'ont-il pas été guéris ? Et les neuf autres, où sont-ils ? Ne s'est-il trouvé que cet étranger pour revenir et donner gloire à Dieu ? Puis il lui dit : Lève-toi, va : ta foi t'a sauvé ».

Qui est donc le prochain ? Dans le langage courant de notre société humaniste, c'est l'autre, celui que je croise dans la rue. Mais qu'en est-il pour la Bible ? En Israël, au temps de l'Ancien-testament (mais aussi au temps de Jésus), le prochain est le compatriote, le membre du peuple de Dieu. Ce n'est donc pas la proximité géographique qui fait le prochain, c'est la commune appartenance.

Ce que Jésus est en train de dévoiler, c'est que dans la perspective du Royaume de Dieu, cette appartenance ne peut plus se définir en fonction de l'Israël selon la chair : c'est la foi qui en sera le signe de reconnaissance, comme cela est développé par Paul : « Reconnaissez que ce sont ceux qui ont la foi qui sont fils d'Abraham. Ainsi, l'Ecriture prévoyant que Dieu justifierait les païens par la foi, a d'avance annoncé cette bonne nouvelle à Abraham : Toutes les nations de la terre seront bénies en toi ! De telle sorte que ceux qui croient sont bénis avec Abraham le croyant » (Gal 3.6 à 9).

Ainsi, aujourd'hui, le frère, le prochain, ce n'est ni le Juif seulement ni l'ensemble des hommes indistinctement : c'est celui ou celle qui croit, quelle que soit son origine ou son apparence, dès lors que sa foi est révélée par le fruit de ses lèvres24 ou par les œuvres de la foi25, comme c'est le cas du Samaritain de la parabole de Luc 10 ou pour le centenier d'Actes 10.1-2. Il y a donc un discernement à exercer, une intelligence spirituelle à développer. Non pas d'une manière sentimentale, mais en rapport avec les signes du Royaume de Dieu que nous sommes appelés à discerner et à manifester.

« Ne devez rien à personne, si ce n'est de vous aimer les uns les autres (concerne la communauté). Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Ro 13.8-10 Cf. Ga 5.13-15, 26). Quand l'apôtre Jean écrit : « Que celui qui aime Dieu aime aussi son frère » (1 Jn 4.20-21), il exprime avec d'autres mots le sommaire de la Loi... et répond à la question de l'interlocuteur de Jésus !

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1Par exemple « le peuple » ou « la foule », dans les Evangiles, désignent toujours les juifs, le peuple de Dieu (Mt 1.21 ; 9.36 ; Lc 14.25 ; Ac 4.1 ; 10.2... ).

2 Il existe deux erreurs en matière d'interprétation des textes bibliques. La première consiste à tellement insister sur le contexte culturel et religieux de l'époque que les textes n'ont plus rien ou presque à nous dire aujourd'hui. C'est la dérive historico-critique. La deuxième fait tellement abstraction du contexte que chaque affirmation biblique est considérée comme ayant une valeur universelle. C'est la dérive 'littéraliste' ou la dérive utopiste...

3Encore que dans la tradition catholique romaine, ce terme a un sens particulier...

4On peut lire 1 Jn 4.21 à 5.1 où le terme frère désigne celui qui est « né de Dieu ».

5 1 Co 11.21 Cf. 2 Co 8.13-15 ; 1 Jn 3.17

6On peut excepter le livre des Proverbes dont les sentences ont un caractère universel.

7 Et soumis à une même discipline. Lév. 17.8, 10 ; 18.26-29 ; 19.8 ; 20.2 Cf. 1 Rois 8.41-43

8« Vous traiterez l'étranger en séjour parmi vous comme un indigène au milieu de vous ; vous l'aimerez comme vous-mêmes » (Lév 19.34). Il est tentant, à première lecture, de donner à ce texte une dimension humanitaire, en oubliant qu'Israël est la figure du peuple de Dieu et non celle d'une nation comme les autres. L'application de cette injonction, pour aujourd'hui, est donc ecclésiale et concerne l'accueil de prosélytes dans l'Eglise, quelle que soit leur origine. Dire cela ne contredit pas l'importance d'accueillir les étrangers avec égards dans notre pays, bien entendu, mais il s'agit là d'une autre dimension, qui n'est pas précisément dans l'intention du texte.

9Cela ne signifie pas qu'il n'est pas important d'accueillir les étrangers avec égards dans n'importe quel pays, mais il s'agit là d'une autre dimension (humanitaire ou politique) qui n'est pas précisément dans l'intention du texte.

10Rahab n'est pas seulement accueillante par simple humanité : elle a entendu parler du peuple d'Israël et de ce que Dieu a fait pour lui. Par foi, elle accueille ces émissaires et invoque leur bienveillance en terme de salut.

11La règle d'interprétation à suivre, quand deux termes sont ainsi associés, consiste à éclairer le sens du terme le moins facile à comprendre (prochain) par le sens du terme le mieux défini (frère).

12Voir l'annexe 2 sur la parabole du Bon samaritain.

13Un médecin, par exemple, se doit de soigner toute personne de la même manière.

14Pour autant, l'expression « frère en humanité », nous l'avons dit, elle introduit un risque de confusion : Dieu est bien le créateur de tous les hommes, mais il est le père de ceux qui, en Christ, ont reçu l'esprit d'adoption.

15Ce principe paraît, pour beaucoup, contraire à l'amour. Il est pourtant conforme au principe des alliances par

lesquelles Dieu s'engage envers les hommes : l'alliance avec Noé, pour tous les hommes (on parle alors de grâce

générale) et l'alliance avec Abraham et sa descendance, c'est à dire avec ceux qui croient (au bénéfice de la grâce particulière du salut). Cette distinction paraît discriminante, il est vrai ; en réalité, elle introduit une dimension dynamique responsabilisante. Voir Mt 7.5 ; 1 Tm 3.4-5 ; 2 Tm 2.2...

16Comparer Ps 33. 13 et 18.

17 En 1 Co 15.22, la même phrase emploie le mot 'tous' pour désigner l'ensemble des hommes sous le registre du péché

et de la mort, et pour désigner ceux qui ont part à la résurrection de Christ. Des autres, il n'est plus question.

18Il n'est pas difficile de constater, en effet, que les églises qui promeuvent, dans le discours, l'ouverture aux autres sont assez souvent constituée en classe socio-culturelle relativement hermétique, finalement...

19 Cf. Ac 6.1ss ; 1 Tm 5.9, 16

20Le mot apostasie peut sembler trop fort. Nous voyons cependant que le principe de sainteté qui distingue le peuple de Dieu des autres est loin d'être un détail de la foi. Cette distinction est hautement significative, porteuse de sens, dans une perspective pédagogique et prophétique. De ceux qui ignorent ou méprisent ce principe de distinction ou de priorité, Paul dira qu'ils sont « pires que des infidèles » (1 Tm 5.8). En d'autres termes, la foi elle-même implique de reconnaître le sens et l'importance des distinctions que Dieu lui-même établit.

21La fameuse parole rappelée par Paul « J'ai aimé Jacob et j'ai haï (rejeté) Esaü » (Ro 9.13) peut nous étonner. Doit-on la rejeter pour autant ? « Y a-t-il de l'injustice en Dieu ? Loin de là ! » (9.14). Personne ne mérite d'être aimé de Dieu. La Bible nous révèle l'amour électif de Dieu. C'est un mystère à conserver précieusement (Ep 3.6 ; 1 Tm 3.9).

22Dans ce sens, le professeur W. Edgard écrit : « L'idée moderne de l'amour est devenue une hérésie ».

23Comparer Mt 10.5-6 avec Ac 10.45 ; 11.1, 18 ; Ro 9.24 ; 11.11 ; Co 1.25-27.

241 Co 5.11 ; 2 Tm 2.19

25Jacq 2.14-18 ; 1 Jn 2.10 ; 3.14, 17-18 ; 4.11, 20-21