Annexe 5

 

ÉCOUTER DIEU


                     1.    Écouter est difficile
                     2.    L’écoute est liée au cœur plus qu’à l’oreille
                     3.    L’écoute véritable est suivie d’obéissance


1.    Écouter est difficile


Rappelez-vous la dernière fois que vous avez vraiment été écouté(e) par quelqu’un. Rappelez-vous les sentiments que cette écoute a produits en vous. Souvenez-vous, de même, d’une rencontre pendant laquelle vous espériez être écouté(e) et où cela n’a pas été le cas… Rappelez-vous les dialogues de sourds auxquels vous avez assisté (ou participé), chacun parlant de lui-même ou donnant son avis en se souciant fort peu de l’autre…


En aumônerie hospitalière, l’aptitude à écouter est un des critères que nous utilisons pour recruter les visiteurs bénévoles. Écouter demande une grande maîtrise de soi, une grande disponibilité. L’écoute vraie est rare. Et pourtant, beaucoup de personnes ont des choses difficiles à confier et attendent de rencontrer quelqu’un qui pourra enfin les écouter. Même tout près de nous. Où en sommes-nous : dans le couple, dans la famille, dans l’Église, au travail ?


Jésus a dit : « Mes brebis écoutent ma voix et elles me suivent » (Jn 10.27) (1). La foule entend Jésus; les disciples l’écoutent (ou apprennent à l’écouter!). Celui qui se met à l’écoute du Seigneur, celui qui est attentif, celui qui veille, c’est celui qui a compris que seul, il n’a aucune chance, aucune, de trouver « les sentiers de la justice », malgré tous les atouts qu’il peut avoir par ailleurs.


En réalité, ce qui se passe — et cela est redoutable — c’est que celui qui refuse d’écouter ce que Dieu lui dit clairement finit par ne plus entendre : sa conscience s’est endurcie ; « il a des oreilles, mais il n’entend plus». Tel est le cas de la plupart des hommes, la Bible nous révélant que c’est volontairement que les hommes choisissent de ne pas écouter Dieu (Jn 3.18-20 ; Ro 1.18-23; Hé 3.15 ; Job 33.14 ; Ps 19.4). Le chrétien lui-même n’est pas à l’abri de ce péril, comme en témoignent maints passages de la Parole de Dieu. Plus il écoute, plus le chrétien jouira d’une écoute éveillée ; s’il cesse d’écouter, son écoute s’émoussera, il finira par ne plus même entendre ce que Dieu lui dira, et c’est dans l’humiliation qu’il devra revenir, dégageant l’espace de son cœur, renonçant aux séductions trompeuses et à sa volonté propre (2 Ch 7.14).


2.    L’écoute est liée au cœur plus qu’à l’oreille


« Tu m’écoutes quand je te parle ? », demande une mère à son enfant (ou à son mari — mais sur un autre ton, bien sûr !). L’enfant est là, le visage souriant, mais son cœur est déjà dans la cour en train de jouer avec les autres enfants.


À plusieurs reprises, la tristesse ou la colère de Dieu paraissent, semblables à celles d’un époux délaissé. « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est éloigné de moi » (És 29.13; Mt 15.8). « Ils refusèrent d’être attentifs, ils endurcirent leurs oreilles pour ne pas entendre. Ils rendirent leur cœur dur comme le diamant pour ne pas écouter la loi et les paroles que l’Éternel des armées leur adressait par son Esprit… Ils n’écoutèrent pas, ils ne firent pas attention à moi, dit l’Éternel » (Za 7.11-12; 1.4).


Écouter a quelque chose à voir avec l’accueil, l’hospitalité. « Dieu me dit : Fils de l’homme, reçois dans ton cœur, et écoute de tes oreilles toutes les paroles que je te dirai » (Éz 3.10). La parabole du semeur illustre bien cela, de même que la fameuse promesse d’Apocalypse 3 : « Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui » (Ap 3.20). Cela est vrai également pour l’écoute qui peut exister entre nous, dans les paroles d’instruction, d’encouragement, d’avertissement : « Si ton frère t’écoute, tu as gagné ton frère » (Mt 18.15). La soumission mutuelle « dans la crainte de Christ » dont parle Paul (Ép 5.21) n’est rien d’autre que l’écoute attentive entre les chrétiens.


Nous avons dit que l’écoute était difficile. L’écoute véritable — comme l’amour véritable, d’ailleurs — ne nécessite pas moins que la circoncision du cœur. Ainsi, tout en étant véritablement une disposition de l’homme (« Prêtez l’oreille et venez à moi. Écoutez et votre âme vivra », És 55.3), l’écoute est aussi et avant tout le fruit d’une œuvre de Dieu dans notre cœur : « Le Seigneur, l’Éternel éveille, chaque matin il éveille mon oreille pour que j’écoute comme écoutent les disciples » (És 50 4-5).


Cela est très clairement illustré lors de la conversion de Saul de Tarse, en Actes 9. Voilà de toute évidence quelqu’un qui pensait faire la volonté de Dieu sans être capable de l’écouter (ni même de l’entendre)… jusqu’à ce que le Seigneur décide de l’arrêter brutalement. Après être resté 3 jours sans voir, ni manger, ni boire — c’est-à-dire après être devenu entièrement dépendant — Dieu parle de lui à Ananias en disant : « Il prie ! », ce qui, dans le contexte, signifie : Il écoute ! Enfin, il écoute ! C’est bien là l’œuvre de Dieu dans son cœur, qui va faire de lui un serviteur.


Cette œuvre de Dieu se déroule (souvent) au sein de ce qu’on peut appeler une épreuve, une humiliation, un bouleversement, un brisement. Nous aimerions tant que l’œuvre de Dieu puisse se développer (chez nous et chez les autres) sans bouleversement ; mais est-ce possible ? « C’est pourquoi voici, je veux conduire [mon peuple] au désert, et là je parlerai à son cœur. » (Osée 2.16). Quelqu’un a dit que le temps d’épreuve était aussi le temps des preuves…


3.    L’écoute véritable est suivie d’obéissance


« Il se leva et alla vers son Père » (Lc 15.20).
Ce que j’écoute, c’est ce que je fais. Quand Dieu avertit son peuple au sujet des faux prophètes en disant : Ne les écoutez pas ! Cela signifie : Ne croyez pas ce qu’ils disent, ne les suivez pas ! Ève n’a pas seulement entendu le tentateur, elle l’a écouté, et ce faisant, elle a cessé d’écouter Dieu. Beaucoup de personnes sont captives de mensonges qu’elles écoutent, volontairement ou involontairement, et elles resteront captives jusqu’à ce qu’elles cessent de les écouter.


Jésus aborde directement ce sujet avec la parabole des deux fils. « Un homme avait deux fils. S’adressant au premier, il dit : Mon enfant, va travailler aujourd’hui dans ma vigne. Il répondit : Je ne veux pas. Ensuite, il se repentit et il alla. S’adressant à l’autre, il dit la même chose. Et ce fils répondit : Je veux bien, Seigneur. Et il n’alla pas. Lequel des deux a fait la volonté du père ? » (Mt 21.28-31). La leçon est simple : celui qui a écouté n’est pas celui qui a dit : Oui, oui, oui; c’est celui qui a répondu à l’appel. À quoi sert-il de comprendre, d’être d’accord, d’approuver s’il n’y a pas de mise en route, d’engagement ? L’écoute véritable se démontre par l’obéissance… L’obéissance favorise la bonne écoute, car elle crée une disposition favorable. C’est le cercle vertueux de la piété.


Dans le livre de l’Exode, Dieu donne les indications nécessaires pour la marche de son peuple et tout particulièrement pour la fonction des sacrificateurs. Au chapitre 29, nous lisons ceci : « Tu égorgeras le bélier; tu prendras de son sang, tu en mettras sur le lobe de l’oreille droite d’Aaron et de ses fils, sur le pouce de leur main droite et sur le gros orteil de leur pied droit » (Ex 29.19-20). À première lecture, cette recommandation peut surprendre ; jusqu’à ce qu’on ait compris la logique de ces trois gestes : le lobe de l’oreille, c’est l’écoute; le pouce de la main, c’est l’obéissance dans les actes ; le gros orteil, c’est l’obéissance dans la marche. « Mes brebis écoutent ma voix… et elles me suivent » (Jn 10.27).


Charles Nicolas, pasteur

Notes :

(1) Le verbe grec signifie écouter et pas seulement entendre.

(2)

 


L’accompagnement pastoral des personnes en souffrance. Cours Logos donné à Ouagadougou, au Burkina Faso, en novembre 2013.
L’auteur est pasteur réformé, aumônier hospitalier et enseignant itinérant; il demeure à Alès en France.