Annexe 1

 

MAL, MALADIE…


Le mot hébreu pour « mal » vient d’une racine qui signifie « abîmer au point de rendre inutile », « briser ». Il désigne ce qui est désagréable, blessant. Le mot ne sépare pas l’œuvre mauvaise de ses conséquences, le mal commis et le mal subi. Dans le Nouveau Testament, « kakos » et « ponèros » désignent respectivement le caractère fondamental du mal et ses effets destructeurs. Il est utilisé dans le sens physique comme moral. Si ces deux aspects demeurent distincts, il existe fréquemment un rapport entre eux. Une grande partie du mal physique est la conséquence du mal moral; la souffrance et le péché ne sont bien sûr pas nécessairement liés dans chaque cas particulier, mais l’orgueil et le péché humains expliquent une grande partie des maux dont souffre le monde. Si tout mal doit être puni, toute maladie physique n’est pas la punition d’un acte mauvais (Lc 13.2, 4; Jn 9.3).


Le rappel de ces quelques principes nous permet de comprendre que les catégories modernes de pensée ne correspondent pas exactement à la perspective biblique. On aura beaucoup dit et répété, ces dernières décennies, que l’homme est un tout, qu’il doit être considéré dans sa globalité, que les interactions entre le physique et le psychique sont innombrables; néanmoins, la vision humaniste demeure réductrice, et plus encore les pratiques d’aide et de soin.


La Bible parle de la douleur physique et de la souffrance morale. Elle nous apprend aussi que la cause première de ces maux est spirituelle, en lien avec une relation altérée, voire rompue entre l’homme et son Créateur. Dieu n’est pas la cause du mal et ne peut en aucun cas en être tenu pour responsable. Cependant, il en demeure maître et l’utilise dans le cadre de son dessein pour ce monde d’une part, pour son peuple d’autre part. Ainsi, tout mal observé ou vécu est porteur d’un message, qu’il soit la conséquence d’une faute ou pas. « Qui dira qu’une chose arrive sans que l’Éternel l’ait ordonnée ? N’est-ce pas de la volonté du Très-Haut que viennent les maux et les biens ? Pourquoi l’homme vivant se plaindrait-il ? Que chacun se plaigne de ses propres péchés ». (Lam 3.37-39; voir Lc 13.1-5).


Dans son livre Le problème de la souffrance, C.S. Lewis souligne cette vocation pédagogique et donc salutaire de la souffrance : « Tant que le méchant ne trouve pas le mal présent d’une manière incontestable dans son existence, sous forme de souffrance, il est enveloppé d’illusion ». Ce travail opère de même dans la vie des chrétiens, en vue de la sanctification (Ro 5.3-5; Hé 12.4; Jc 1.2-4; 1 Pi 1.6-7).


Enfin, la maladie n’est pas distincte des autres maux qui peuvent affliger les hommes. Les traductions témoignent d’ailleurs de cette parenté. Quand la Bible Segond traduit le Ps 103.3 : « Il te guérit de toutes tes maladies », la Bible annotée dit « infirmités » avec ce commentaire : « Qui répare toutes les brèches résultant directement ou indirectement du péché, les faiblesses et les dispositions maladives de l’âme comme celles du corps. Le principe de cette guérison est déjà dans le pardon; ses effets s’étendent à la vie entière et même au-delà ». Darby et Chouraqui traduisent aussi « maladie » par « infirmité »; la TOB traduit par « maux », ce qui est évidemment très englobant. À juste titre, me semble-t-il.


Charles Nicolas, pasteur


L’accompagnement pastoral des personnes en souffrance. Cours Logos donné à Ouagadougou, au Burkina Faso, en novembre 2013.
L’auteur est pasteur réformé, aumônier hospitalier et enseignant itinérant; il demeure à Alès en France.