Le malheur atteint souvent le juste

Ps 34.2-11, 20 ; Ps 119.65-72 ; Ro 8.34-39 ; Hébreux 12.7, 11

 

1. Je bénirai l'Eternel en tout temps (Ps 34.2-4)

Avec ce premier verset du Psaume, je voudrais souligner deux réalités importantes pour notre foi.

a. La première, c'est ce que j'appelle 'les flèches qui montent'. "Je bénirai l'Eternel".


C'est vers Lui. C'est pour Lui. Noter que c'est le sens du culte qui veut dire : offrande (Ro 12.1).

'Les flèches qui descendent', ce sont celles qui se focalisent sur nous : Seigneur, viens à mon aide, réponds-moi, accorde-moi ton secours, ton soutien, ton conseil. C'est la supplication, ou encore le bien que je peux retirer de ma relation avec Dieu. On voit cela par exemple avec le Psaume 23.
Cela a bien sa place, naturellement. Il faut savoir passer par là. Nous allons y revenir.

Mais on peut dire que la maturité de la foi, ce sont les flèches qui montent : c'est la reconnaissance, c'est l'adoration, c'est la louange (qui ne se limite pas au chant), c'est la consécration (l'offrande de ma vie, comme un sacrifice), le témoignage. Tout ce qui attire les regards  vers Dieu.
Cela implique pour nous d'avoir la mentalité de serviteurs.

La prière que Jésus nous a enseignée montre qu'il y a place pour les deux. Mais le commencement et la fin de cette prière, ce sont nettement des flèches qui montent. "Que ton nom, que ta volonté, que ton règne. Car à toi appartiennent le règne..." Cela nous enseigne quelque chose d'important. Comment commencent, comment se terminent nos prières ?

Songeons aux deux dernières paroles de Jésus sur la croix. L'appel ("Mon Dieu, pourquoi... ?") est bien une flèche qui descend. Mais la dernière, c'est : Je remets mon esprit entre tes mains. C'est une flèche qui monte ! Dans un cantique, par exemple, il peut y avoir les deux, et on ne peut pas tout chanter de la même façon. Et quand je loue Dieu, est-ce pour lui ou pour moi ? (Mt 6.5).

Avec cette image des flèches, nous pouvons repérer deux dérives possibles. S'il n'y a (presque) que des flèches qui descendent, on est dans une foi immature, centrée sur l'homme et ses besoins. Dieu est là comme un serviteur, un moyen pour aller mieux... S'il n'y a que des flèches qui montent, on est peut-être dans une sorte de mysticisme, de fuite de la réalité... Il doit y avoir les deux.
Mais la maturité de la foi se démontre par les flèches qui montent ! (Ps 34.4).

b. Une seconde réalité visible dans ce premier verset, c'est la permanence de la foi, exprimée avec ces mots : "en tout temps". On pourrait dire : Par tous les temps ! Combien cela est difficile ! Quand on est en panne au bord de la route, qu'il est difficile de "bénir l'Eternel". Cela aussi nous parle de la maturité de la foi. "Sa louange sera toujours sur ma bouche". Quand il pleut aussi. Quand on est triste aussi, et aussi quand on a mal. Il le faudrait, oui. Non pas comme une prouesse à accomplir, réservée aux plus forts, mais comme un acte de foi. Ac 16.24-25.

Comment cela est-il possible ? Cela est lié à ce que nous avons déjà dit : la foi qui se focalise sur la personne de Dieu, sur ses vertus, sa perfection, son Amour... Cette foi-là se nourrit de choses permanentes, qui ne varient pas. Notre ressenti peut varier grandement, à cause des circonstances ou de notre humeur. Mais l'amour et les promesses de Dieu ne varient pas.

Cela, frères et soeurs, nous pouvons le tester à chaque instant de notre vie. Dès maintenant, tout à l'heure en sortant de ce lieu... Notre personnalité naturelle ne le peut pas. Mais la nouvelle nature sensible à l'action de l'Esprit le peut ! Elle peut, par exemple, chaque matin en se levant, dire : Je bénirai l'Eternel en tout temps.



2. Quand un malheureux crie, l'Eternel l'entend (Ps 34.5-9)

En un sens, on dirait un autre Psaume, écrit par quelqu'un d'autre. Mais c'est le même. Le même David qui a dit : "Exaltez avec moi l'Eternel ! Célébrons tous son nom ! " (v. 4) – et qui confie juste après : "J'ai cherché l'Eternel et il m'a répondu, il m'a délivré de toutes mes frayeurs" (v. 5).
On pourrait parler de flèches qui se croisent...

"De mes frayeurs", cela veut dire que "en tout temps", cela comprend les moments d'inconfort, et peut-être parfois de grand inconfort qui peuvent arriver à peu près n'importe quand et à n'importe qui. "Quand un malheureux crie, l'Eternel l'entend et il le sauve de toutes ses détresses".

Qui est ce malheureux, ici ? C'est un membre du peuple de Dieu vraissemblablement. Le contexte des Psaumes permet de le dire. Nous lisons par exemple un peu plus loin : "Le malheur atteint souvent le juste...". Il s'agit de quelqu'un qui se confie en Dieu. Il se confie en Dieu et pourtant, il est malheureux, il est même dans la détresse. Et il crie. Pourquoi crie-t-il ? Parce que Dieu est sourd ? Non ! Mais parce qu'il souffre et qu'une plainte profonde s'élève de son coeur, avec ou sans bruit. "Seigneur tout-puissant, si tu n'agis pas, je suis perdu !"

C'est ce qu'on peut appeler des moments de grand inconfort, n'est-ce pas ? Y compris pour le croyant qui, en plus de la souffrance, peut vivre un trouble de la foi. Lisez le Psaume 13. N'est-il pas utile de savoir qu'ils peuvent survenir ces moments, et aussi dans la vie de ceux qui aiment le Seigneur et qui se confient en Lui ? Beaucoup de serviteurs de Dieu ont connu de tels moments. Jésus aussi les a connus. L'auteur de la lettre aux Hébreux écrit : "C'est lui qui, pendant les jours de son humanité, a présenté avec de grands cris et avec larmes des prières et des supplications à Celui qui pouvait le sauver de la mort" (5.7).

Le pasteur Jean Cadier, un des principaux acteurs du Réveil de la Drôme, raconte qu'en mars 1928, rentrant d'une mission en Ardèche, la barre de direction de sa voiture s'est rompue et qu'il a heurté violemment un platane entre Crest et Saillans. "On me transporta à l'hôpital de Crest. J'avais gardé toute ma connaissance et je priai, songeant à ma comparution prochaine devant le tibunal divin, à la prière du péager : Ô Dieu, sois apaisé envers moi qui suis pécheur. J'ai appris par là que la volonté de Dieu est souveraine et que mon ministère de pasteur ne me protégeait en rien des souffrances et de la mort. Il n'est pas dit que Dieu protège toujours ses enfants de la souffrance et de la mort, mais il est dit que ni la souffrance ni la mort ne peuvent nous séparer de son amour. Et mon assurance en Lui sortit fortifiée de cette heure".

Cela signifiait-il qu'il n'avait pas prié assez longtemps ce matin-là ? Ou qu'il avait un péché non confessé dans sa vie ? Je ne crois pas. "Le malheur atteint souvent le juste", dit le Psaume. Le juste, c'est celui qui aime la volonté de Dieu et qui la pratique. Cela signifie-t-il qu'il avait encore quelque chose à apprendre, lui qui avait déjà beaucoup appris ? Sans doute que oui.

Jésus lui-même a crié – et pourtant, il était sans péché. Mais pour accomplir notre salut, il avait revêtu une condition semblable à la nôtre, c'est-à-dire celle d'hommes et de femmes perdus et sans force. Et il s'est rendu dépendant. Il a appris l'obéissance ! Jésus !

Crier, c'est se rendre dépendant. La philosophe Simone Weil a écrit : "Dieu veut donner à quiconque demande, mais seulement à qui demande". Crier, c'est perdre toute illusion sur soi, toute fierté. C'est mourir, en un sens. C'est le cri de la conversion. Mais ce cri va jalonner notre marche avec le Seigneur. 

On ne loue pas Dieu seulement quand tout va bien. On loue Dieu car il est juste et bon en tout temps, qu'on le voit ou pas. Le croyons-nous ?



3. Le malheur atteint souvent le juste, mais l'Eternel l'en délivre toujours (v.20)


Que nous dit ce verset ? Que Dieu n'est pas un porte-bonheur. Je voudrais dire trois choses :

1. A bien des égards, il en est du juste comme des autres hommes. C'est ce que dit Jean Cadier. Le chrétien n'est pas soulevé au-dessus de la condition humaine. Certes, son esprit est régénéré et il est en paix avec Dieu, mais son corps et même son âme demeurent fragiles, vulnérables et parfois chancelants. Un moustique ne fait pas la différence entre un chrétien et quelqu'un qui ne l'est pas. Dans les bouchons sur l'autoroute, dans les hôpitaux, dans les épidémies ou dans les pays en guerre, il y a aussi des chrétiens qui souffrent avec les autres – en un sens comme les autres.

2. En même temps, il est réel que le juste évite un certain nombre de malheurs dus aux comportements désordonnés. Ce qu'il a appris porte des fruits et s'il a cessé de vivre comme un insensé, il ne connaîtra pas les tourments que connaissent les insensés. Normalement, il ne souffrira pas (ou seulement par accident) des excès, ou de son caractère, ou de mauvaises habitudes, du ressentiment, etc. C'est ce que dit le Psaume 1er, par exemple.

3. Mais paradoxalement, parce qu'il est juste, c'est-à-dire parce qu'il aime la volonté de Dieu, le juste connaîtra des épreuves que les incroyants ne connaissent pas. La Bible le dit plusieurs fois. Ainsi Asaph au Ps 73 : "Je portais envie aux insensés, en voyant le bonheur des méchants. Rien ne les tourmente jusqu'à leur mort...". Et notre Ps 34 : "Le malheur atteint souvent le juste".

Comment expliquer cela ? On ne peut pas toujours l'expliquer, mais il y a 2 raisons principales :

- Celle de "la brebis au milieu des loups" (Mt 10.16). Dans ce monde qui ne connaît pas Dieu, le chrétien connaît des peines, des épreuves, des combats que les autres ne connaissent pas. De manière ouverte ou de manière intérieure (invisible mais bien réelle cependant). Pourquoi ? D'une part parce que son coeur est devenu plus sensible ; et aussi parce que sa foi est dérangeante pour certains. La vie de Jésus en est la démonstration. Aimer les autres ne signifie pas qu'on doive dire oui à tout. Si nous marchons comme des enfants de lumière là où Dieu nous a placés, nous verrons que ce n'est pas tous les jours très simple. Est-ce que nous marchons comme des enfants de lumière ? Est-ce que nous avons dans le coeur cette parole de l'apôtre Pierre : "Il vaut mieux souffrir, si telle est la volonté de Dieu, en faisant le bien qu'en faisant le mal" (1 Pi 3.17).

- Celle de "l'enfant que son Père aime et éduque pour faire de lui un adulte". Dans l'épreuve, nous apprenons des vérités... qu'on peut difficilement apprendre autrement. Songeons que de Jésus lui-même, il est écrit qu' "il a appris l'obéissance par les choses qu'il a souffertes" (Hé 5.8).

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La vraie question est celle-ci : Voulons-nous avancer dans la connaissance de Dieu ? Devenir dépendant, devenir obéissant, devenir confiant en Dieu est tellement contraire à notre nature ! Cela s'apprend souvent par le brisement. Vous imaginez un monde sans épreuves ? Il serait mille fois pire que celui-ci. Il y a deux écoles pour apprendre : la prière et l'épreuve. Et les deux se rejoignent.

Alors, on pourrait poser la question comme ceci, encore : Où nous sommes-nous arrêtés dans notre croissance avec le Seigneur ? Désirons-nous aller plus loin ou sommes-nous bien comme nous sommes ? Quelle est la leçon que le Seigneur désire m'enseigner maintenant ?

L'apôtre Jacques écrit ceci : "Quelqu'un d'entre vous est-il dans la souffrance ? Qu'il prie!" (5.13), ce qui signifie : Qu'il se tienne à l'écoute de ce que Dieu veut lui dire. Cf. Hé 10.7. Pas seulement pour être soulagé mais aussi pour apprendre, pour avancer, pour grandir.

C'est pourquoi, dans la foi, nous disons : "Le malheur atteint souvent le juste, mais l'Eternel l'en délivre toujours. Sa louange sera toujours dans ma bouche".

Ch. Nicolas