Transmettre la foi

à nos enfants



Charles Nicolas


III. Un couple qui parle



Il s'agit ici de remarques sur le couple dans la perspective de la transmission de la foi aux enfants.



1. La réalité d'un mystère


Les chrétiens évangéliques ne sont pas habitués à ce qu'on leur parle de mystère, dans le contexte de la foi. La Bible le fait, pourtant, pour évoquer deux réalités : elle le fait en évoquant tous ceux qui appartiennent à Christ avant même sa venue sur la terre (Ep 3.1-12. Cf. 1.3-5) ; elle le fait aussi en révélant que le couple constitue une image, un reflet de la relation entre Christ et son Eglise (Ep 5.31-33).

En réalité, tout dans la Création reflète quelque chose de plus grand. Mais il est donné aux couples chrétiens de démontrer de quelle manière Christ a aimé son Eglise (c'est la vocation du mari) et de quelle manière l'Eglise aime son Seigneur (c'est la vocation de l'épouse). Ainsi, un couple qui s'aime « selon le Seigneur » démontre à ceux qui les entourent  (à commencer par les enfants de la maison) la Bonne nouvelle du Royaume de Dieu ! L'apôtre Pierre rappelle le fort témoignage que constitue une vie marquée par la grâce, quand il recommande à l'épouse chrétienne de “gagner sans parole” son mari incroyant, par sa conduite (1 Pi 1-2).


Cette réalité est mystérieuse (Cf. 1 Co 11.3), mais nous sommes appelés à la vivre, dans la foi. Cela signifie avec beaucoup de respect, de précautions. La vivre démontrera la foi et honorera le Seigneur. Or, Dieu honore ceux qui l'honorent. Comment ? Par les fruits, notamment.

Cette réalité nous parle tout à la fois de la différence et de l'égalité entre l'homme et la femme. C'est là un sujet d'une richesse immense, inépuisable. Attention, c'est un sujet sensible aujourd'hui... y compris dans l'Eglise. Mais c'est un sujet plus important qu'on le croit. En Union soviétique, l'abolition de la différence entre hommes et femmes (même statut de travailleurs dans l'entreprise) était une manière de combattre l'idée de Dieu. Cf. Gn 1.26-27.

Pastoralement, il faudra tantôt rappeler l'égalité (Genèse 1) avec la réciprocité qui l'accompagne, tantôt rappeler la différence (Gn 2) avec la complémentarité des vocations. Remarquons qu'au mari comme à l'épouse il est demandé de se donner à l'autre. La soumission est-elle plus difficile à vivre que le sacrifice ? Ce qui est difficile, c'est quand il n'y a pas la réciprocité. C'est en Christ, alors, que chacun trouvera la ressource nécessaire pour continuer à aimer comme la Parole le demande.

Me suis-je éloigné de notre sujet en rappelant ceci ? Pas du tout. (Voir un court développement en annexe. On pourra se reporter aussi à une conférence que j'ai apportée en janvier 2013 pour Femmes en Cévennes, intitulée : Masculin et féminin dans la Bible et dans l'Eglise).


Nous l'avons déjà évoqué, l'apôtre Paul nous livre une clé importante pour favoriser la maturité (des chrétiens) des enfants : la complémentarité de l'accompagnement maternel et paternel.

Dans sa 1ère lettre aux Thessaloniciens, il se compare tour à tour à une mère et à un père (2.7-12). Ce qui est intéressant, c'est qu'en s'exprimant ainsi, Paul tout à la fois distingue ces deux dimensions du « ministère » des parents (faisant apparaître leur complémentarité) et les associe.

Il apparaît qu'il y a bien une vocation de type maternel qui est de l'ordre de la tendresse, de l'assistance, du soutien : la maman pourvoit. Et il y a une vocation de type paternel qui est de l'ordre de l'exhortation, de la mise en route pour inciter l'enfant à grandir et à servir. Les psychologues disent que le papa a le rôle du « tiers séparateur », celui qui prépare à l'autonomie. Une sociologue a remarqué qu'aujourd'hui, les papas s'occupent davantage de leurs enfants, mais ils le font... comme des mamans. Ainsi, l'enfant a deux mamans qui pourvoient... et il peine à devenir adulte.


Est-ce à dire que les mamans ne peuvent pas exhorter ni les papas exprimer un soutien ou de la tendresse ? Bien-sûr que non ! Pour autant, ces fonctions ne sont pas  interchangeables. Accordées l'une à l'autre, elles assurent à l'enfant un environnement propice pour grandir, pour devenir responsable dans un esprit de service. Accordées l'une à l'autre, elles reflètent la manière de Dieu, propice pour le développement de l'enfant.

Henri Blocher écrit : « Nous soulignerons qu'il faut que le père soit là. Plus que tel ou tel comportement, c'est l'équilibre des présences dans le foyer qui importe. Avec cet équilibre, l'harmonie conjugale des parents revêt une importance décisive ».



2. La règle de l'accord


C'est une règle de nature spirituelle, qui trouve son origine en Dieu : le Père, le Fils et l'Esprit sont un. C'est une règle majeure pour la vie de l'Eglise : l'unité spirituelle est une condition pour accueillir la présence de Dieu et grandir spirituellement (Cf. Jean 17). Notons qu'il ne suffit pas d'être ensemble pour être unis spirituellement, pour être en communion.

. De nombreuses promesses sont attachées à la règle de l'accord – accord qui implique que l'on s'accorde ensemble pour désirer la volonté de Dieu (Mt 18.19-20 ; 1 Jn 5.14-15... “Si deux s'accordent” : c'est donc une condition). Il est assez évident que cette règle trouve sa place également dans le cadre du couple chrétien. Nous ne pouvons pas oublier ici que de nombreux chrétiens vivent avec un conjoint qui ne partage pas leur foi. Le N.T. évoque à plusieurs reprises cette situation qui change la donne... sans la changer fondamentalement, en fait.

Il me semble que pour vivre cela dans le couple (notamment pour le bénéfice des enfants, petits ou grands), il est sage de se rappeler de nouveau le principe de l'égalité et de la complémentarité qui le caractérise. L'égalité, c'est la position de chrétien(ne) racheté(e) qui l'implique : rien dans la Bible ne laisse entendre que par nature l'homme serait moins ou plus affecté par le péché ou par la grâce ou par l'action du Saint-Esprit que la femme – et inversement ! Noter que cela touche aussi les responsables de l'église, et c'est dans ce sens que Paul parle de “soumission mutuelle dans la crainte de Christ” (Ep 5.21). Celui (ou celle) qui a raison, c'est celui (ou celle) qui exerce la foi, qui entend ce que le Seigneur dit, qui marche dans la lumière, qui agit conformément à la grâce.  Si c'est l'homme (pas chaque fois, mais parfois !), l'épouse sera bien inspirée de s'accorder avec lui, par soumission à Christ. Si c'est elle (pas chaque fois, mais parfois !), le mari sera bien inspiré de s'accorder avec elle, par soumission à Christ. Ce faisant, il ne déchoira pas de la position d'autorité que le Seigneur lui donne dans le couple. Au contraire. Cette réciprocité au sein du couple dans la recherche de la volonté de Dieu est importante. Elle rappelle que l'homme, faisant partie de l'Eglise, est – à cet égard – dans la position de l'épouse soumise au Seigneur.

Cette réciprocité, cependant, n'abolit pas la différence que l'Ecriture établit : dans le couple Christ-Eglise, les deux n'ont pas la même position. Telle est aussi la caractéristique du couple chrétien. Ainsi, quand l'épouse s'est exprimée, elle peut accepter que son mari décide : il en portera la responsabilité. Que les incroyants ne puissent comprendre cela ne nous autorise pas à le mettre de côté.



3. L'importance du pardon


Cette règle de l'accord au sein du couple est favorable aux enfants. Elle est favorable pour le couple aussi : pendant que les enfants sont là et... après, quand ils ne seront plus là. Nous devons nous rappeler, en effet, que normalement, le couple dure plus longtemps que la famille rassemblée.

Toujours avec cette règle de l'accord, on doit dire un mot du pardon demandé, du pardon accordé. Ce n'est pas si évident que cela. Ton conjoint est celui ou celle qui t'apportera les plus grandes joies et (peut-être) les plus grandes peines – parce que c'est ton conjoint. Deux savoir-faire doivent être développés. Le premier est d'éviter de causer de la peine inutilement. Nous sommes très différents, de nature, et ce qui pour moi est de peu d'importance en a peut-être beaucoup pour mon conjoint. L'usage de la parole est à cet égard particulièrement important. Peu d'hommes imaginent à quel point une parole d'encouragement peut réjouir une épouse... ou lui manquer cruellement. Peu de femmes imaginent à quel point un homme est également sensible à une parole positive ou à une parole brutale.

Le second savoir-faire concerne l'aptitude à sortir d'une situation bloquée, quand un des conjoints a été blessé. Qu'il suffise de se rappeler ici que ce n'est pas forcément à celui qui a commencé ou à celui qui a le plus grand tort de faire le premier pas. Le premier qui va vers l'autre avec une parole de grâce insuffle la grâce dans son couple et introduit une victoire. Cela devrait être fait le plus promptement possible.

Agir ainsi – en se rappelant également ce qui a été dit sur “la maison”, c'est favoriser “le débordement de la grâce”. Ce débordement souhaité nous rappelle que la maison n'est pas qu'un refuge, un lieu de repli. C'est un lieu de repos partagé : au sein de la famille d'abord, puis avec ceux qui seront appelés à passer par là, ceux envers qui nous exercerons l'hospitalité, ce qui est une belle vocation du couple et de la famille.


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Annexe

La différence et la réciprocité



On a fait de l'apôtre Paul, vous le savez, un misogyne. Je voudrais évoquer 4 textes de lui qui montrent le contraire.

i. Paul en 1 Co 11. Le désir de l'autre. L'objectif de l'apôtre est de rappeler la manière de se conduire dans l'Eglise. Certains chrétiens s'étaient sans doute imaginé que, puisque « en Christ, il n'y a plus ni homme ni femme » (Ga 3.28), les différences entre les sexes étaient bel et bien abolies dans l'Eglise. On entend cela encore aujourd'hui. Paul rappelle qu'il n'en est rien. Au chapitre 11 de sa première lettre aux Corinthiens, il indique que l'ordre de la création demeure (Est-ce seulement l'ordre de la création ? Ce passage se réfère aussi au rapport entre le Christ et Dieu - 1 Co 11.3) et que la vocation de l'homme et de la femme ne sont pas en tous points identiques et donc interchangeables. Son affirmation de la différence ici est si forte qu'il semble craindre qu'elle soit retenue au détriment de l'égalité.  C'est pourquoi aussitôt il corrige en quelque sorte et rappelle l'égalité. Ce qu'il dit est très beau : « Toutefois, dans le Seigneur,  la femme n'est pas sans l'homme, ni l'homme sans la femme. Car de même que la femme a été tirée de l'homme, de même l'homme existe par la femme et tout vient de Dieu » (1 Co 11.11-12).

Paul fait apparaître ici une forme de symétrie dans l'interdépendance. Chacun a besoin de l'autre, c'est inscrit dans la profondeur de l'être, c'est la source du désir, de la fragilité et de la joie dans la rencontre. Que dit l'apôtre ? Il se réfère au deuxième récit de la création : la femme a été tirée du côté de l'homme. N'est-ce pas ce qui explique son désir de trouver son repos sur l'épaule d'un époux, à ses côtés, près du lieu d'où elle a été tirée ? L'origine de l'homme est d'un autre ordre : chaque naissance la rappelle, car tout homme est né d'une femme. N'est-ce pas ce qui explique cette sorte de fascination que l'homme peut avoir pour le sexe féminin, ce lieu par où il a été introduit dans le monde ?

ii. Paul en 1 Co 7. La réciprocité dans le cadre du couple est clairement affirmée dans la première lettre aux Corinthiens. « Pour éviter le désordre, que chacun ait sa femme et chaque femme son mari. Que le mari rende à sa femme ce qu'il lui doit, et que la femme agisse de même envers son mari. La femme n'a pas autorité sur (ne dispose pas de) son propre corps, mais c'est le mari ; et pareillement, le mari n'a pas autorité sur (ne dispose pas de) son propre corps, mais c'est la femme. Ne vous privez pas l'un de l'autre, si ce n'est d'un commun accord pour un temps, afin d'être disponible pour la prière ; puis retournez ensemble » (1 Co 7.2-5). Cela a été écrit il y a 2000 ans. Il y a bien plus longtemps encore, il a été écrit : « Honore ton père et ta mère » (Ex 20.12) ; et encore : « Ecoute, mon fils, l'instruction de ton père et ne rejette pas l'enseignement de ta mère » (Pr 1.8).

Si la symétrie n'est pas parfaite (la création originelle et chaque naissance, l'épaule et le sexe) l'interdépendance et la réciprocité, elles, sont indiscutables.

iii. Paul en Ephésiens 5. La soumission mutuelle. Cela trouve une application directe dans le cadre de l'église. Au chapitre 5 de la lettre aux Ephésiens, juste avant le rappel des engagements spécifiques de l'homme et de la femme, Paul écrit : « Soumettez-vous les uns les autres dans la crainte de Christ » (5.21). Cela nous dit que chacun, homme ou femme, est avant tout responsable de son attitude et de son éveil spirituel devant le Seigneur : la Bible ne fait jamais de la femme un être mineur spirituellement. Cela nous dit aussi que la pensée ou la volonté de Dieu peuvent se dévoiler au travers des paroles d'un chrétien ou d'une chrétienne et qu'il revient à chacun, à tout moment, de la discerner, de la recevoir et de la dire. En même temps, la femme devrait avoir la tête couverte quand elle prend la parole dans l'Eglise (1 Co 11), et il ne lui est pas permis de prendre autorité sur l'homme (1 Tm 2).


iv. Paul en Ga 3. Pour ce qui est de l'égalité – et donc de la réciprocité ou de la soumission mutuelle – il convient de rappeler la parole de Paul déjà citée : « En Christ, il n'y a ni homme ni femme » (Ga 3.28). Cela ne concerne pas tous les domaines (puisque des prescriptions spécifiques sont également données aux hommes et aux femmes), mais tout particulièrement le domaine spirituel (qui est le plus profond) : pour ce qui est du péché, de la grâce, de la foi, de l'accès à Dieu, de l'amour, de l'Esprit, des dons de l'esprit, de l'espérance... il n'y a aucune différence entre l'homme et la femme. Le plus utile sera celui ou celle qui est le plus fidèle ; et celui ou celle qui, en définitive, aura la plus grande autorité sera celui ou celle qui vivra la plus grande soumission à Dieu !

27-28 avril 2013

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