Mariage et homosexualité


Il me semble d'abord qu'il convient de mettre des guillemets au mot mariage dans l'expression « Mariage pour tous ». La plupart des débats n'aboutissent pas car on ne s'est pas accordé sur le sens des mots ! Le mariage est et sera toujours l'alliance d'un homme et d'une femme, scellée par un engagement public et par l'union sexuelle. Ainsi, il est tout simplement impropre de parler de mariage pour les homosexuels. Plusieurs d'entre eux l'ont d'ailleurs exprimé sans équivoque et publiquement. L'égalité n'a rien à voir là dedans.

En France, le mariage est bien possible pour tous, quels que soient la religion, la couleur de peau, la fortune, le niveau d'étude, l'opinion politique... Cependant, la différence sexuelle étant une des constituantes majeures du mariage... il faut simplement admettre que la juxtaposition des termes mariage et homosexuel constitue à proprement parler un oxymore1.

Il me semble important, sur ce sujet comme pour d'autres, de distinguer les principes et l'application des principes. Débattre des principes, c'est mettre en lumière le sens des mots, mais aussi les présupposés qui sous-tendent nos convictions. Sur quelles valeurs de fond mes convictions s'appuient-elles ? Le point de vue de la majorité socialiste s'est principalement appuyé sur le principe d'égalité. C'est un principe important, mais est-ce le seul qui vaille d'être mis en exergue ? Si on ne retient que l'égalité, pourquoi certains hommes sont-ils en prison et d'autres pas ? Il faut donc d'autres principes qui s'ajoutent à celui d'égalité, comme celui de justice, par exemple. L'égalité ne peut pas être invoquée toute seule.

Pour ce qui est de l'application des principes, des latitudes plus grandes peuvent être envisagées, non pas pour contredire les principes, mais pour trouver la manière la plus juste, la mieux adaptée, la plus favorable de les appliquer. C'est ainsi qu'il est possible d'être tout à la fois ferme et doux.

Notre monde moderne veut croire que tous les enjeux sont maîtrisés aujourd'hui, et il s'étonne de voir la violence et la mort surgir de toutes parts. Loin de moi l'idée de justifier quelque fanatisme ou quelque extrémisme que ce soit. Mais il me semble qu'il manque cruellement d'hommes qui soient en mesure de parler clair et fort sur des sujets importants.

Chaque chrétien a sur sa conscience un tableau de bord avec une lumière qui clignote chaque fois qu'il transgresse la volonté de Dieu. Mais quand il franchit une ligne rouge, la lumière reste allumée en continue. Franchir une ligne rouge est grave. Mais il y a plus grave encore : c'est quand on ne s'en rend plus compte parce que la lumière ne s'allume plus !

Il faut dire un mot sur l'amour du pécheur et la haine du péché. Quand la Bible s'exprime dans ce sens, elle le fait en précisant que le pécheur devrait se dépêcher de se détourner de son péché sous peine d'être rejeté avec son péché. C'est la dimension de la repentance. Je ne crois pas qu'il soit juste de parler des homosexuels comme s'ils constituaient un ensemble homogène. Je ne parlerai sans doute pas de la même manière avec un homosexuel qui cherche la vérité et qui est ouvert à la grâce de Dieu, et avec un homosexuel qui milite pour la banalisation de son penchant, voire de sa pratique. Je crois que Dieu aime le pécheur qui souffre de son péché, et que Dieu rejette celui qui revendique son péché et s'en glorifie. Là aussi, nous ferons bien, si nous voulons être des témoins fidèles, de ne pas laisser croire que tout revient au même.

Ceci dit, il est bien possible qu'un homme ou une femme homosexuels revendiquent aujourd'hui leur pratique et demain s'humilient devant Dieu pour recevoir son amour. Cela, non seulement je ne l'exclus pas mais je l'espère ! Et ceux-là, ils devraient pouvoir s'asseoir au premier rang dans l'assemblée des fidèles.


Charles Nicolas