LA DISCIPLINE ET L'AMOUR (2)


2. LA DISCIPLINE : OBJECTIF, CADRE ET LIMITES


1. Le but et le cadre



a. Un double but. Il me semble important de proposer que le but de la discipline est double : le relèvement du frère ou de la sœur1, mais aussi la sainteté du peuple de Dieu. Je ne sais lequel des deux devrait passer en premier. Peut-être la sainteté du peuple de Dieu, car « nul ne vit pour lui-même ». Chaque membre est important, mais en un sens, le corps prime car c'est le corps de Christ. Dans ce sens, nous avons cette parole de Paul à Timothée : « Je t'écris ces choses afin que tu saches comment il faut se conduire dans la maison de Dieu qui est l'Eglise du Dieu vivant, la colonne et l'appui de la vérité » (1 Tm 3.15). Dans ce sens vont les instructions de Paul aux anciens d'Ephèse en Actes 20.28ss. Dans ce sens encore le chapitre 12 de la 1ère lettre aux Corinthiens qui met en avant « l'utilité commune ». Peut-on parler de collectivisme ? Non, car dans le collectivisme, chaque individu n'a que peu de valeur. Mais on pourrait parler de communautarisme, même si ce mot est mal côté dans notre pays. Le but, c'est l'édification – qui a toujours un sens communautaire dans l'Ecriture (Ep 4.11-16), c'est la stature du Christ réalisée par la communauté chrétienne.

Ainsi, dans l'exercice de la discipline, chacun aura en vue non pas seulement ce qui concerne sa propre vie, mais aussi l'incidence sur la vie du corps tout entier. Le chapitre 14 de la lettre aux Romains le montre clairement. C'est là encore une marque de la maturité d'une église. Mais ce même chapitre fait apparaître que le corps tout entier doit montrer des égards vis-à-vis du plus petit de ses membres, « car si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » (1 Co 12.26).

En fait, la discipline – et c'est pour cela que ceux qui en ont la charge doivent être éprouvés – nécessite tout à la fois la prise en compte de la communauté tout entière et celle de chaque membre dans sa singularité.

Relever le frère ou la sœur en difficulté exige de l'humilité. Sachant que des erreurs seront immanquablement commises, mieux vaut se tromper en étant trop indulgent que trop peu. Cf. Le risque de scandaliser un petit qui croit, d'éteindre le lumignon qui fume, de briser le roseau froissé. Cela exige du discernement. On n'applique pas la même mesure, devant deux fautes identiques, selon qu'il s'agit d'un jeune chrétien ou de quelqu'un d'instruit dans la foi, selon qu'il s'agit de quelqu'un qui a des doutes ou d'un hérétique convaincu. Cf. Jude 23. En fait, il faut tenir compte de beaucoup de paramètres, du contexte, etc. Non pas par favoritisme, mais pour gagner ce frère-là !

Telle personne réagira fortement à une parole douce ; telle autre aura besoin de paroles sévères pour devenir attentive... La volonté d'aider se démontrera quand la réintégration sera immédiate après que celui qui a été repris se sera humilié et corrigé. Le corps de Christ fait accueil au pécheur repentant aussi rapidement que le Christ lui-même (2 Co 2.6-8). Cf. le père du fils prodigue.

b. L'absence de discipline est un mensonge : elle laisse supposer que les lois prescrites par Dieu peuvent être transgressées sans dommage. Chacun comprend qu'en physique ou en chimie la rigueur est nécessaire, mais dans le domaine spirituel ou moral... Le diable ment à ce sujet : « Vous ne mourrez pas ».
Or, la parole de Dieu est claire, et si la patience de Dieu suspend parfois les conséquences de l'iniquité, ces conséquences ne peuvent pas être niées longtemps. Il apparaît aussi que si le peuple de Dieu jouit de promesses excellentes, il doit aussi entendre des avertissements solennels : en un sens, il sera jugé plus sévèrement (1 Pi 4.17).

Beaucoup de responsables d'églises sont tentés de croire que la discipline va nuire à la croissance de l'église. « Déjà que nous sommes peu nombreux, si on court le risque de perdre cette personne... ». Ils oublient qu'une personne qui mérite d'être reprise et qui ne l'est pas est un obstacle à la croissance de l'Eglise. D'autres viendraient peut-être, qui en sont empêchés... (Cf. Ac 16.5).

c. La contagion (1 Co 5.6-7). On peut réellement parler de cercle vicieux et de cercle vertueux. Il s'agit aussi tout simplement du piège de l'habitude : ce qui paraissait impensable devient normal si personne ne dit rien. La Confession de foi de Westminster ((1643-1649) dit : « Les censures ecclésiales sont nécessaires pour corriger et ramener les frères coupables et prévenir d'autres de commettre les mêmes fautes... » (XXX,3). La discipline corrective et donc aussi préventive. Si une expérience négative (absence ou excès de discipline) produit de mauvais fruits dans la communauté, la gestion sérieuse et sage de la discipline en porte d'excellents. C'est la tâche spécifique des anciens d'être à même de rechercher le bien de chaque personne et le bien de l'ensemble de la communauté. Cette double aptitude est sans doute un critère important pour discerner la vocation pastorale. La règle du corps a pour effet que la vie de chaque membre (y compris dans les choses cachées) affecte le corps entier, positivement ou négativement. « Un peu de levain... » dit l'apôtre. « Le péché se couche à la porte » (Gn 4.7), « le diable rôde comme un lion » (1 Pi 5.8) ; sommes-nous prêts à « résister jusqu'au sang » ? (Hé 12.4).

Nous n'imaginons pas les combats que mènent nos propres frères et sœurs dans la foi, y compris les responsables, dans leur marche de chrétiens. Cela touche tous les domaines ; nous pouvons penser notamment aux relations entre garçons et filles, hommes et femmes, mais pas seulement. Que ne tolère-t-on pas, sous prétexte qu'il faut être joyeux, ouvert, à même de toucher (attirer ?) les inconvertis... Comment expliquer, sinon par l'effet de contagion, que des jeunes gens vivant ensemble avant le mariage puissent (en toute bonne foi ?) dire qu'ils ne savaient pas que cela relevait de l'impudicité ? Il est évident que la responsabilité est partagée.

d. La prédication. Il est entendu que la prédication est un moyen de grâce pour la sanctification du peuple de Dieu. Nous oublions qu'elle est aussi fort dépendante, qu'on le veuille ou pas, de ce que vit déjà l'assemblée. L'assemblée « fait » la prédication autant que l'inverse... beaucoup de chrétiens ne sont pas conscients de cela. S'ils l'étaient, cela constituerait une motivation importante pour eux. Ce qui est vrai pour la prédication l'est également pour l'action pastorale ordinaire, notamment dans les visites. Si « tout le monde le fait », qu'y a-t-il encore à dire ? Par contre, dans une communauté saine, le pécheur se trouve isolé et fortement incité à partir ou à corriger son attitude (1 Co 14.24-25).



2. Les abus, les lacunes



a. Le champ de la discipline biblique. Ce champ ne concerne pas seulement deux ou trois points isolés, ni l'ensemble des questions qui peuvent se présenter. Seules les questions explicitement prescrites ou condamnées par la Parole de Dieu peuvent faire l'objet d'une admonestation. Ainsi, la discipline ne peut être utilisée pour dominer la vie des autres chrétiens, pour leur imposer des règles que Dieu n'a pas prescrites. Tout chrétien doit agit en conscience, en réfléchissant aux effets de son comportement  sur ses frères en Christ et sur les incroyants. On pourra le rendre attentif à ces effets, mais pas décider à sa place. La discipline n'a pas pour objectif de rendre les chrétiens hypocrites ou légalistes.

La discipline corrective ne s'applique pas aux péchés intérieurs ou cachés, mais seulement à ceux qui sont visibles et évidents. Il n'y a pas de discipline contre la convoitise, l'orgueil, l'égoïsme ou la jalousie, à moins que ces travers conduisent à des actes scandaleux. Un croyant a le droit de boire du vin ; mais il n'a pas le droit de s'enivrer. Une faute isolée ne peut pas être traitée comme une faute habituelle.


La discipline s'exerce donc vis-à-vis de toute transgression aux 10 commandements, vis-à-vis de toute erreur doctrinale sévère (chaque Eglise devrait donc préciser ce qu'elle considère comme  étant essentiel à la foi) et vis-à-vis de tout comportement suscitant la division.


Le puritain John Owen (1616-1683) écrit que si la discipline est exercée en cas de péchés visibles clairement condamnés par les Ecritures, son application devient « simple et facile ».

b. Les abus. Pourquoi la discipline corrective a-t-elle presque disparu ? Sans doute en partie à cause des abus. Basile de Césarée (329-379) préconisait, pour le péché d'adultère, une discipline échelonnée sur quinze ans : quatre années relégué avec ceux qui pleurent devant la porte, cinq années avec ceux qui se tiennent dans l'entrée et qui peuvent écouter, quatre années dans l'assemblée, à genoux et deux années debout avec l'assemblée mais privé de la communion...


Charles Dickens décrit dans ses romans les corrections injustes infligées aux petits. Dans telle église aux USA, une jeune femme est mise sous discipline par les anciens qui lui reprochent d'être mondaine : elle a acheté une voiture de couleur bleu ciel ! Cf. la question des lapsis, dans la première Eglise.

Les abus ont causé beaucoup de mal. La Bible met en garde contre cela (Ep 6.4 ; Mc 9.42...). S'il y a « beaucoup de brebis en dehors des églises », comme dit Calvin, c'est sans doute en partie à cause de cela. Que faire ? Abolir la discipline ? D'autres textes montrent bien que n'est pas la solution (3ème exposé). Le défaut de discipline n'est pas tellement meilleur que l'excès. Abusus non tollit usus. John White écrit : « La discipline corrective dans les églises s'accompagne de dangers potentiels. Mais les dangers que nous courons à ne pas remettre cette discipline à l'ordre du jour sont infiniment plus grands ».

Un jour, un pasteur arriva à l'improviste dans une maison. La maîtresse de maison dit alors : « Qu'avons-nous fait de mal pour que vous veniez nous visiter ? » Etait-ce là l'image de l'accompagnement pastoral que ce pasteur avait donné ? Mais est-il mieux de ne se recevoir que pour des repas divertissants, jouir du café et des gâteaux, sans jamais trouver le courage d'apporter une parole d'exhortation ?

La discipline se confrontera à deux types de comportements difficiles : le laxisme et le légalisme. Je ne sais lequel des deux est le plus délicat à aborder. Peut-être le légalisme qui, attaché à la lettre de la loi, forge des cœurs étriqués prisonniers de schémas rigides, et, ce faisant, expose à mener une double vie... Il nous faudra maintes fois consoler des personnes abattues après la visite de tels personnages. Remarquons que le laxiste comme le légaliste sont aveugles en ce qui est de leur propre péché. L'un et l'autre vivent donc dans le mensonge (1 Jn 1.8). En aucun cas l'un ne peut corriger l'autre !

c. Arguments à l'encontre de la discipline.
- Des réactions diverses peuvent se manifester et troubler la paix (apparente) qui semblait régner :
L'incompréhension, car cela n'a pas été pratiqué auparavant, cela paraît contraire à l'amour ; la tristesse, car des liens d'affection sont brisés : parfois, ce sont des personnes en qui on a placé une grande confiance qui font l'objet d'une mesure disciplinaire ; l'opposition, de la part de ceux qui pensent que cela nuit à l'Eglise. Mais si la tristesse ou le trouble peuvent sembler l'emporter dans un premier temps, la joie a son heure quand le pécheur revient et donne gloire à Dieu, quand la discipline porte du fruit parmi l'ensemble des membres, développant le désir de marcher selon Dieu (2 Co 7.8-11 ; Hé 12.9-10).  Comme la repentance, la discipline peut devenir « le secret d'une vie bienheureuse ». Cf. Os 8.12 ; 2 Co 7.8-10.

- Le commandement : « Tu ne jugeras pas » est fréquemment cité pour rendre improbable toute démarche de discipline juste. Ne sommes-nous pas tous pécheurs ? De quel droit un pécheur peut-il reprendre un autre pécheur ? Qui me dit que le péché que je vois chez l'autre est plus grave que le péché que je cache chez moi ?

Ces arguments doivent être entendus. Il est entendu aussi qu'ils peuvent être motivés de deux manières. La personne qui les utilise a peut-être été blessée ou a été témoin de blessures infligées par des attitudes accusatrices peu délicates. Mais d'autres sont motivés par le désir de n'être pas repris : ils prônent la tolérance pour qu'on en use à leur égard.

La parabole de la paille et de la poutre (Mt 7.1-5) préconise une discipline  pour l'exercice de la discipline, si on peut dire : il y a simplement des conditions pour qu'elle soit pratiquée de manière juste et utile.

- La prééminence de l'amour. « L'amour couvre une multitude de péchés » (1 Pi 4.8). Nous avons évoqué ce point dans le 1er exposé en rappelant que l'amour et la sainteté ne peuvent pas s'exclure. Nous le verrons encore en examinant Mt 18 : « Si ton frère a péché ». Laisser un frère ou une sœur chrétien commettre un péché de manière habituelle sans intervenir auprès de lui pour l'aider, est-ce l'aimer ? Ce que dit Pierre, c'est que le pardon doit être instantané quand un frère se repend. Probablement doit-on entendre aussi que toute faute minime ne nécessite pas une mesure de discipline. L'exemple, l'instruction, l'encouragement, la patience doivent trouver leur place.

Certains seront troublés par ce verset d'1 Co 13 : « L'amour ne soupçonne pas le mal,... il excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout ». Il me semble qu'il faut entendre le mot 'tout' comme signifiant : entièrement, sans retenue. Jamais l'Ecriture ne nous demande de croire tout (et n'importe quoi). Par contre, elle demande de croire entièrement ce qui est juste – comme le dit explicitement le verset 6 – c'est à dire de ne pas retenir seulement ce qui convient. L'amour ne demande pas de renoncer au discernement, ni d'appeler le mal bien.

- « Il faut renoncer à avoir une Eglise pure. Nous sommes tous pécheurs. L'Evangile, c'est l'annonce de la grâce au pécheur. Dieu seul peut séparer le bon grain de l'ivraie ».

Ce qui apparaît, c'est que les églises du N.T. n'étaient pas exemptes de péchés. Mais nous voyons les apôtres leur demander de combattre le péché sous toutes ses formes. Les deux constats cohabitent !

Il y a donc un perfectionnisme qui n'est pas compatible avec la grâce. Mais la grâce n'autorise pas le laxisme ! Judas a fait partie du cercle des disciples pendant 3 ans... jusqu'à ce que son péché soit dévoilé (1 Co 14).

Etre proche du pécheur pour l'aider ne signifie pas qu'on devient son complice.

Si dans beaucoup d'églises il semble difficile de pratiquer une discipline, c'est simplement parce qu'on a attendu trop longtemps. Beaucoup d'églises sont devenues peu ou prou comme le monde : on ne distingue plus le bon grain de l'ivraie. Mais dans la parabole du bon grain et de l'ivraie, le champ c'est le monde, pas l'Eglise !

L'Eglise est souvent défigurée, soit par une discipline excessive soit par une absence de discipline. C'est en partie ce qui explique que tant de chrétiens blessés vivent en dehors de toute communauté ecclésiale. Disons qu'un travers n'en corrige pas un autre.



3. D'abord dans ma vie



Il me semble que s'il y a des problèmes de discipline, c'est par manque de discipline – et principalement de discipline personnelle. C'est ainsi que les difficultés ont de la peine à être circonscrites rapidement, de manière saine, et qu'au contraire elles révèlent et entraînent d'autres difficultés ; ce qui fait qu'on préfère souvent ne pas intervenir, cacher.

Disons qu'avec Dieu – et même avec la grâce – on ne peut pas à sa guise sauter les étapes. Si une étape de croissance est évitée, il faudra y revenir un jour ou l'autre sous peine de rester bloqué en route. Nous l'avons vu en parlant de la maison et de l'église. Ici, je voudrais évoquer la dimension  personnelle de la discipline à travers quelques textes ou groupes de textes.

1. S'accorder avec Dieu. « Quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte et prie dans le secret ». C'est Matthieu 5. C'est en Matthieu 18 seulement qu'il est écrit : « Si deux s'accordent... ». Mais comment ces deux s'accorderont-ils utilement s'ils n'ont pas, chacun de son côté, prié Dieu tout seul le temps nécessaire ?  Pas seulement dans sa maison d'abord, mais tout seul d'abord. Cela relève, à mes yeux, de la discipline. S'accorder est un travail aussi délicat qu'important, qui n'a aucune chance d'aboutir si l'écoute de Dieu n'est pas inscrite dans le cœur de chacun.

Réfléchissons un instant à l'incidence pour le culte. Bien peu de chrétiens imaginent  à quel point la disposition du cœur de chacun affecte la manière dont le culte communautaire va se vivre, y compris la prédication. Je crois que l'assemblée qui écoute « fait » la prédication autant (?) que le prédicateur. Si cela était perçu clairement, beaucoup de chrétiens auraient à cœur de se mettre à genoux le dimanche matin avant de venir au culte. Si chacun n'a pas eu à cœur de s'accorder avec Dieu d'abord, que vaudra l'accord (hypothétique) entre nous ? Il pourrait bien ressembler à une entente entre malfaiteurs – et on ne s'en rendrait peut-être même pas compte ! C'est ce que Jésus dit en Matthieu 5.25 quand il recommande de s'accorder « avec son adversaire » (qui est un frère croyant !) avant d'aller apporter son offrande à l'autel.

2. L'obstacle chez moi. Dans le même passage (Mt 7), nous trouvons l'enseignement sur la poutre et la paille. Il s'agit de discipline, n'est-ce pas ? De discipline entre deux chrétiens. C'est l'échelon élémentaire, on le verra dans le 3ème exposé. Mais il y a un échelon plus élémentaire encore : « Ôte premièrement la poutre de ton œil ». Combien de temps cela va-t-il pendre ? « Ensuite, tu verras comment ôter la paille de l'œil de ton frère ». Premièrement... ensuite. Sinon, tu vas crever l'œil de ton frère, il aura toujours sa paille, et toi toujours ta poutre.

3. Veiller sur moi. Nous voyons ce principe de priorité rappelé par Paul au sujet des anciens. Ils vont devoir se pencher sur les autres, dans des situations souvent délicates, complexes, dans lesquelles ils risquent de cause du tort : aux autres et à eux-mêmes. Que dit Paul : « Prenez donc garde à vous-mêmes et à tout le troupeau » (Ac 20.28 ; Ga 6.1). Voilà ce que je pense : la part la plus importante et peut-être la plus délicate n'est pas de prendre garde au troupeau, c'est de prendre garde à soi-même, si on considère bien tout ce que cela implique. Le reste suivra naturellement. J'allais dire sans effort (?).

Que dit Paul encore ? « Il faut que l'ancien dirige bien sa propre maison, sinon, comment prendra-t-il soin de l'église de Dieu ? ». Nous avons vu cela dans le 1er exposé. Mais là nous lisons : Il faut que – et non pas : Il faudrait que...  Pourquoi ? C'est une question d'autorité – il y a un lien entre 'autorité' et 'autorisé'. La question que chacun peut se poser est la suivante : Ai-je le feu vert pour faire ceci, cela. Les termes « irréprochable », « irrépréhensible » sont sous la plume de Paul pour dire cela. Qu'aucun ne soit pris en défaut, et cela pour deux raisons : pour se sauvegarder soi-même (et ne pas avoir besoin d'être secouru) ; et pour être en mesure de secourir quelqu'un si besoin est. On voit cette logique de maturité et de service en Eph 4.25-29. Cela signifie devenir adulte.

4. D'abord se soumettre. Cette loi spirituelle est magnifiquement exposée en Luc 7 par le centenier craignant Dieu qui avait un serviteur malade. Il parle de l'autorité avec une intelligence qui va remplir Jésus d'admiration. « Moi qui suis soumis à des supérieurs, j'ai des soldats sous mes ordres ; et je dis à l'un : Va ! et il va ; à l'autre : Viens ! et il vient; et à mon serviteur : Fais cela ! et il le fait ». Et c'est sur cette base qu'il dit à Jésus : « Dis un mot et mon serviteur sera guéri ». Quel est le principe que met en avant cet officier romain ? Celui du rapport soumission/autorité, et celui de la délégation. Au nom de quoi suis-je habilité à dire ceci ou cela, à faire ceci ou cela ?

Rappelons-nous l'épisode de l'exorcisme en Actes 19.13-16. Ils ont bien dit : « Au nom de Jésus », mais ils ne connaissaient même pas Jésus ! Jésus ne les avait pas du tout envoyés et encore moins équipés. Quelle déroute pour eux ! Un très grand nombre de difficultés proviennent de ce que les hommes font ce qu'ils ne sont pas habilités à faire ; ils se mettent alors en difficulté. Mais comment éviter le « sur-accident » ? Qui m'envoie pour porter secours ? Au nom de quoi, au nom de qui ? Mes papiers sont-ils en règle pour agir ainsi, ou vais-je me mettre moi-même en difficulté ?

Je pense souvent à cette parole de Jésus en Luc 6 : « Le disciple n'est pas plus que le maître, mais tout disciple accompli sera comme son maître ». D'abord apprendre. D'abord écouter. D'abord être soumis. D'abord regarder à soi-même. D'abord être fidèle dans les petites choses...


Je suis toujours surpris d'entendre certains chrétiens  sévères avec les autres qui s'empressent de trouver des excuses dès qu'il s'agit d'eux-mêmes. Cela arrive assez souvent.

5. L'autodiscipline. Je pense à deux autres textes encore qui renvoient au niveau individuel (L'Evangile n'est pas individualiste, mais la dimension individuelle est capitale néanmoins). Dans le cadre de la cène : « Que chacun donc s'éprouve soi-même » (1 Co 11.28). Cela ne signifie pas que les anciens n'aient rien à dire. Il y a d'abord l'instruction, il y aura peut-être plus tard une intervention corrective ; mais l'échelon personnel demeure capital. Comment vivons-nous cette discipline dans les églises ?

Un autre passage va dans ce sens : 2 Tm 2.19. C'est aussi un principe fondamental qui est donné ici, en deux temps : le niveau de Dieu et le niveau personnel. C'est à dire que si, en tant que responsable, je suis amené à intervenir dans la vie de telle personne, c'est d'abord pour lui rappeler et lui donner les moyens d'exercer une autodiscipline. Et donc, en tant que responsable, je dois m'arrêter... ni trop tôt ni trop tard. C'est ainsi avec nos enfants, et cela évolue avec leur âge. C'est donc une question de discernement constant. Mais le principe constant, c'est que je ne prends ni la place de Dieu ni la place de la personne. Est-ce du laxisme ? Non. C'est de la responsabilisation.


Cf. L'image du triangle : Je ne suis ni à la place de l'autre, ni à celle de Dieu, ni... entre les deux.

Pourquoi est-il important de commencer par soi ? Les raisons sont assez évidentes :
cela évite la précipitation : il ne suffit pas de dire « Il n'y a qu'à... »
cela donne du courage : cela vaut la peine, il y a un gain
cela nourrit l'humilité, la compréhension, la douceur
cela nourrit la patience : il m'a fallu du temps, à moi aussi
cela rend dépendant de la grâce et de Dieu
cela confère une certaine autorité, compatible avec l'amour.

Celui qui instruit, exhorte, reprend, écoute, console, doit accepter lui-même d'être instruit, repris, écouté, consolé. On n'attend pas de celui qui exhorte qu'il soit parfait ; il doit néanmoins être irréprochable (2 Tm 4.1-5), et son amour doit se démontrer avec évidence (Ac 20.31 ; Ph 1.8).

A ce chapitre pourrait s'ajouter celui que nous avons abordé avec le 1er exposé : D'abord dans les maisons.



4. La règle de l'accord



On reviendra sur ce point avec le 3ème exposé (Mt 18 « Si deux s'accordent »), mais je l'évoque là dans une perspective préventive. C'est le principe biblique de l'alliance. Les partenaires de l'alliance ne sont pas forcément tous au même niveau, mais tous sont au courant, tous connaissent les tenants et les aboutissants, les droits et les devoirs, les règles et les principes. C'est le principe de la révélation biblique, n'est-ce pas.

J'ai observé cela avec intérêt dans une église presbytérienne en Caroline du Nord il y a quelques années. Tous les membres de l'église (qui compte deux mille membres) ont suivi, avant d'être inscrits, une instruction hebdomadaire d'une heure (avant le culte) pendant 6 mois. Une partie de cette instruction porte sur les fondements doctrinaux de l'église, l'autre partie sur le fonctionnement, la discipline, les règles. Celui qui n'adhère pas ne peut pas être membre. Les membres (tous) sont au courant et en accord. Vous imaginez la sécurité que cela apporte ? Et la responsabilisation de chacun, et la convergence des efforts, etc. Ajouté au fait que chaque membre doit obligatoirement faire partie d'une cellule de quartier, cette grande église évitait pratiquement tous les pièges d'une grande église.

Nous comprenons que si tous sont au courant, celui qui se met en défaut acceptera autrement d'être repris que s'il ignore les bases communes. C'est élémentaire ! Noter que c'est le principe même des lettres du Nouveau Testament : elles sont écrites à tous et à toutes (Ph 1.1).

Dans beaucoup de nos églises, on fait ça au feeling. A l'à peu près. On se rend compte qu'au bout de 10 ans de présence, certaines personnes ne connaissent pas encore les principes fondamentaux de l'église, ni ses règles de fonctionnement. Ils trouvent que l'église est sympa... Comment coopérer, alors ? L'instruction intervient... le jour où survient un  problème. Mais c'est souvent trop tard.

Ce principe de l'accord initial vaut aussi dans la démarche entre un conseil et un pasteur. Elle trouve évidemment sa place dans la préparation au mariage...

Je note que J. Calvin voyait deux conditions pour l'expansion de la Réforme : l'accord des pasteurs entre eux sur les questions de doctrine et l'engagement pastoral des anciens. Ce sont deux points de discipline élémentaires. On pourrait dire : le collège des pasteurs accordés sur les questions d'enseignement et le collège des anciens accordés dans l'engagement pastoral (voir le 4ème exposé). La dispersion ôte beaucoup d'autorité aux paroles, aux ministères. C'est le règne du pluralisme, de la subjectivité, du relativisme, du chacun pour soi.
                                       

Charles Nicolas


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Annexe 1.

Sévérité et miséricorde selon J. Calvin

Quant à la doctrine


« Toute les doctrines sont importantes, mais toutes ne sont pas aussi importantes. Il pourra y avoir certains défauts dans la doctrine ou dans la façon d'administrer les sacrements, qui pourtant ne devront pas nous détacher de la communion de l'Eglise, car tous les articles de la doctrine de Dieu ne sont pas d'une même sorte. Il y en a certains dont la connaissance est tellement nécessaire que nul n'en doit douter. Il y en a d'autres qui sont discutés entre les Eglises et néanmoins ne rompent pas leur unité.
Il est donc vrai, bien que nous soyons appelés à nous accorder en tout, et puisque nous sommes sujets à une part d'ignorance, qu'il faudra pardonner et accepter la communion de l'Eglise tant que les imperfections toucheront des points qui ne sont pas nécessaires à notre salut ou qui ne mettent pas en danger la transmission de la foi. Chaque membre est tenu d'apporter ce qu'il pense juste, à condition que cela se fasse décemment et par ordre, sans troubler ni la paix ni la discipline ».


 Institution chrétienne IV.1.12


Quant à la conduite


« Il y a toujours eu des personnes qui ont fait croire qu'elles avaient une sainteté parfaite, comme si elles eussent été des anges du Paradis, et qui sont arrivées à mépriser la compagnie des hommes qu'elles jugeaient trop faibles.
Ainsi, certains pèchent par un zèle de justice inconsidéré, considérant qu'il n'y a pas Eglise si le fruit n'est pas correspondant à la doctrine. Certes, Dieu corrigera ceux qui, par paresse, donnent un mauvais témoignage au risque de troubler ceux qui sont faibles dans la foi. Néanmoins, ceux qui sont trop sévères se trompent aussi en ce qu'ils oublient la clémence dont le Seigneur lui-même fait preuve.
Il est vrai que les pasteurs ne veillent pas toujours de près et, parfois aussi, sont plus faciles et doux qu'il conviendrait ; ou encore, sont empêchés d'exercer une sévérité telle qu'ils le voudraient. Il en résultera que de nombreux impénitents se tiendront parmi les fidèles. Je confesse que cela est un défaut qui ne peut pas être regardé comme léger, puisque S. Paul le reprend sévèrement ».
« Dès lors, que ceux qui ont une telle tentation (de se séparer de la communion de l'Eglise à cause de l'inconduite de certains) pensent qu'en une grande multitude, il y en a beaucoup qui leur sont cachés et inconnus, qui néanmoins sont vraiment saints devant Dieu. Qu'ils pensent, secondement, que parmi ceux qui leur semblent vicieux, il y en a beaucoup qui ne se complaisent pas et ne se flattent pas en leurs vices, mais sont souvent émus de la crainte de Dieu d'aspirer à une meilleure vie et plus parfaite. Troisièmement, qu'ils pensent qu'il ne faut pas estimer un homme d'après un seul fait, d'autant qu'il advient parfois aux plus saints de trébucher bien lourdement. Quatrièmement, qu'ils pensent que la Parole de Dieu doit avoir plus de poids et d'importance à conserver l'Eglise en son unité que n'a la faute de quelques mal-vivants à la dissiper. Qu'ils pensent finalement, quand il est question d'estimer où est la vraie Eglise, que le jugement de Dieu est préférable à celui des hommes ».
                                                                                                                 

Institution chrétienne IV.I.15-16



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Annexe 2.

Juger ou ne pas juger ?



Nous avons souvent entendu rappeler (et rappelé nous-mêmes) qu'il ne fallait pas juger. Cela est écrit clairement dans le Nouveau-Testament. « Ne jugez pas afin que vous ne soyez pas jugés » (Mt 7.1). Nous avons aussi remarqué que juste après cette injonction, Jésus donne la marche à suivre pour « ôter la paille de l'œil » de notre frère (7.5), avant de recommander de « ne pas donner les choses saintes aux chiens » (7.6). En Luc 6, l'appel à ne pas juger précède la question suivante : « Un aveugle peut-il conduire un  aveugle ? » et encore cette leçon : « Le disciple n'est pas plus grand que son maître, mais tout disciple accompli devient comme son maître ». De tout cela, il n'est pas difficile de repérer l'intention du Seigneur : il y a une manière de juger qui est déplacée et qui va créer beaucoup de difficultés, et une manière de juger qui est absolument nécessaire. Précisons que le même terme grec est utilisé dans les deux cas.

Une des leçons est celle-ci : il faut une longue préparation personnelle associée à une démarche collégiale. Cela ressort de l'expérience de Moïse. La précipitation (en Egypte – Ex 2.11-15) a été catastrophique. Il faudra quarante années d'apprentissage comme berger dans le désert, et l'avertissement de Jéthro : « Tu ne pourras y arriver seul, choisis des hommes sages qui puissent juger avec toi » (Exode 18 ; cf. Pr 3.5, 7).

L'apôtre Paul reprend exactement le même discours qui pourrait avoir pour titre : Devenez adultes !
« Frères, ne soyez pas des enfants pour ce qui est du jugement. Soyez des hommes faits ! » (1 Co 14.20). Ici, être un enfant, c'est juger n'importe comment ; être adulte, c'est exercer un jugement fiable. Il y a donc deux écueils à éviter : celui d'agir trop vite, impulsivement, et celui de ne plus intervenir d'aucune manière... pour ne pas se tromper.

Quand Jésus dit de ne pas juger en Luc 6, il utilise juste après le verbe condamner (v. 37), comme un synonyme. Paul en Romains 14.3 et 10 associe les verbes juger et mépriser : « Pourquoi juges-tu ton frère, pourquoi le méprises-tu, puisque nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Christ ? »


Mais quand Jésus ajoute que « un arbre se reconnaît à ses fruits » (Lc 6.44), il montre que juger n'est pas nécessairement mépriser : c'est aussi un discernement élémentaire que chacun est appelé à exercer.
Enfin, l'Evangile de Jean utilise le verbe juger d'une manière qui peut paraître contradictoire :
« Dieu n'as pas envoyé son Fils pour qu'il juge le monde, mais pour le sauver » (3.17) ;
« Celui qui croit en lui n'est pas jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé » (3.18).
Cela situe l'action de juger (se prononcer sur quelqu'un) dans la perspective de Dieu et montre que :
d'une part, il ne faut pas juger car Dieu seul le peut. Qui suis-je moi pour le faire justement ?
d'autre part, si Dieu le peut, c'est donc une action juste et nécessaire qui peut m'être confiée, pour autant que je sois à ma juste place et puisse agir en son Nom.

Romains 13 rappelle que le magistrat – même non chrétien – a reçu cette délégation et cette autorité pour approuver ceux qui font le bien et châtier ceux qui font le mal.


Paul dit même que toute action doit pouvoir être jugée dans l'église : « Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ? Et si c'est par vous que le monde est jugé, êtes-vous indignes de rendre les moindres jugements ? Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? Et nous ne jugerions pas à plus forte raison des choses de cette vie ?... Ainsi, il n'y a pas parmi vous un seul homme sage qui puisse prononcer entre ses frères ? » (1 Co 6.2-5).

La question n'est donc pas : Faut-il juger ou s'abstenir ? La question est : Comment remplacer les jugements charnels (laxistes ou intransigeants) par des jugements spirituels exercés de la part de Dieu ?


L'application peut se faire aisément au niveau de la charge parentale qui est, à bien des égards, paradigmatique. Si les enfants doivent « obéir à leurs parents » (Ep 6.1), ceux-ci doivent constamment juger de ce qu'il faut demander ou exiger : chaque enfant est différent, chaque étape de sa croissance est particulière. De plus, en cas de désobéissance, les parents devront juger de la correction appropriée. Nous savons que c'est là une charge aussi délicate qu'importante, qui est constitutive de l'amour que les parents doivent à leurs enfants.  Mais nous nous souvenons également que l'autorité conférée aux parents a une limite : « Pères, n'irritez pas vos enfants » (6.4). Ainsi, la référence à Dieu tout à la fois justifie l'autorité des parents et y place une limite. Ainsi en est-il de l'exercice du jugement.

 


Annexe 3.

Quelques principes sur la gestion des conflits
(d'après Frédéric Rognon)



Face à un conflit, deux réactions sont possibles :
- le déni : « Il ne doit pas y avoir de conflit dans l'Eglise ».
- la dramatisation, qui peut conduire au fatalisme ou au découragement.

Il est préférable de considérer le conflit comme une opportunité. Un conflit n'est pas forcément majeur. Il devient destructeur quand, d'un conflit d'objet il devient un conflit de personne. Quand il y a conflit d'objet, on peut parler de cet objet. Quand il y a conflit de personne, on va chercher à atteindre la personne : l'attaquer ou la nier. Si nous sommes arrivés à un conflit de personne, il faut revenir à l'objet et l'identifier, probablement avec l'aide d'un médiateur. La violence marque le passage d'un conflit d'objet à un conflit de personne.

Le conflit est constructif quand l'objet du conflit est dépassé (pas nié). Nous en avons un exemple en Actes 6 avec la nomination des diacres pour résoudre un conflit au sujet des veuves au sein de l'Eglise. Les apôtres ont pris la situation au sérieux, tout de suite (ils n'ont pas fait que prier).

1. L'objet du conflit n'est pas toujours là où on croit. Seule la parole libérée permet de cerner la cause profonde. Souvent, il y a « un objet derrière l'objet ».

2. Souvent les plus proches produisent un effet de radicalisation (conjoints...). Savoir résister aux plus proches quand ils se font complices. Important de parler sans eux.

3. Beaucoup de conflits sont dus à un manque de reconnaissance (frustration, amertume, jalousie...).

4. Il faut rétablir les fils du dialogue, en confrontant les versions. Laisser parler jusqu'au bout.

5. Le médiateur peut avoir un rôle très important. Il est extérieur, neutre, accepté par tous.

Le temps peut être un allié ou un ennemi. Ne pas attendre pour s'emparer d'un conflit. Mais une fois cela fait, ne pas se précipiter. La procédure exige un travail intérieur qui demande du temps.
On ne peut pas imposer à quelqu'un un médiateur qu'il ne désire pas :
il faut s'accorder sur le principe d'un médiateur ;
il faut s'accorder sur le choix du médiateur.
Le médiateur doit s'assurer de ces deux accords préalables.
Le statut de pasteur peut aider ; mais il ne suffit pas.

Exemple de la femme humiliée. Jn 8. (Ne pas l'appeler la femme adultère, car elle n'est pas que cela)
Jésus s'abaisse deux fois pour écrire.
réfléchir et prier. Ne pas répondre du tac au tac. Cf. avec Lazare : il attend deux jours.
Jésus casse le mécanisme du bouc émissaire en renvoyant chacun à sa conscience.
« Les torts d'autrui ne nous justifient jamais. » Lanza del Vasto
Jésus ne toise pas ses adversaires. Chacun peut se retirer sans être humilié. Cherchons le moyen de permettre à l'autre de garder ou de retrouver sa dignité. Revenir à un conflit d'objet.
Jésus traite cette femme comme un sujet de parole.
Jésus ne confond pas cette femme avec son péché, la personne et l'acte, - sans nier son péché.
N'enfermons pas l'autre dans son passé, ce qu'il a fait, ce qu'il a dit.

Comment procéder ?

1. Quelques éléments préventifs.
Il faut des lieux de libre parole, avec la garantie du respect : écoute et confidentialité.
Il est souhaitable de rechercher le consensus. Pas de décision prise à 51 % de majorité.
a. Premier tour de table. Argumenter, écouter.
b. Deuxième tour de table. Les positions évoluent, on a entendu les arguments et les souffrances.
c. Troisième tour de table (et plus s'il le faut). Les positions se rapprochent et la décision prise
     ne correspond à aucune de celles qui ont été formulées au départ !

2.  La médiation
Si je suis moi-même impliqué, je ne peux pas être médiateur.
Il n'y a pas toujours besoin d'un médiateur.
Le médiateur ne prend jamais de décision. Il n'est ni juge ni arbitre, ni même conciliateur.
Il ne fournit jamais la solution (car si la situation dégénère, ce serait lui le responsable).
Il est sollicité par les protagonistes (A et B) pour :    
- rétablir la relation
- faire émerger des protagonistes eux-mêmes une solution qui leur convienne.

3. La procédure.
1. Préciser ces 4 consignes et demander l'accord de A et de B (si possible par écrit) :
a. Pendant la médiation, ne pas interrompre ;
b. On parle de manière respectueuse, en « je » (et pas en « on ») pour évoquer de ce qu'on
     ressent. Cela informe l'autre de la souffrance vécue.
c. Confidentialité absolue. Pas de fuite (y compris avec son conjoint).
d. Chacun s'engage à appliquer la décision qui sera prise.
    Ces mini-accords permettront de s'acheminer vers un accord plus important.

2. Disposition conseillée : en triangle.  A, B + médiateur. Des fauteuils plutôt que des chaises.

3. Qui commence à parler ?

Le médiateur dit : qui veut bien commencer ?
4. Chacun va raconter ce qui s'est passé, de son point de vue, en parlant en « je ».
Le second qui parlera reprendra ce qui a été dit (reformulation) en se mettant dans la peau du 1° (?) Si c'est correct, on a avancé. Si ce n'est pas correct, il faut recommencer.
5. Le médiateur va repérer le moment où la difficulté a commencé et va dédramatiser.
Tout cela peut se dérouler sur plusieurs séances.

Quand ce repérage est fait, le médiateur va demander que A et B proposent des solutions.
« Qui veut commencer ? »
Le médiateur est impartial et solidaire de A et de B.
Il est dans la faiblesse : il ne fait que proposer (interroger) et vérifier (constater).

4. Et quand une des parties ne veut rien ?
Certaines personnes trouvent leur compte dans cette situation conflictuelle :
victimisation (paranoïa),
peur du changement,
groupes d'identité qui ont besoin de conflits pour exister,
repli sur soi, tentation du cocon.

Il faut convaincre la personne qu'en sortant du conflit elle s'en trouvera mieux qu'en y restant.
Un faux consensus est pris sans conviction, par lassitude.
La décision n'est alors pas mise en œuvre.
Si on est trop nombreux, la majorité renforcée peut être un recours.
Mais dans une assemblée de 20 personnes, le consensus est souhaitable. Il faut reporter la décision tant qu'on n'y est pas arrivé. L'Eglise n'est pas une démocratie en soi.
Tenir compte de chacun, en intégrant ce qu'il a dit.
Il va de soi que cette discipline n'exclue aucunement l'action de Dieu.



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