1. Veiller sur soi-même




Chacun de nous sera d'accord pour dire que le verbe 'veiller' est un beau verbe. Veiller ! Etre un veilleur ! D'ailleurs, en Cévennes, le mot 'veillée' (le nom, cette fois) renvoie à ces rencontres fraternelles des soirs d'hiver qui ont laissé de si beaux souvenirs.

Quand j'étais aumônier militaire, j'avais trouvé une citation de Saint Exupéry, gravée sur une pierre à l'entrée d'une caserne, que je n'ai jamais oubliée : « Celui-là qui veille modestement quelques moutons sous les étoiles, s'il prend conscience de son rôle, se découvre plus qu'un serviteur. Il est une sentinelle. Et chaque sentinelle est responsable de tout l'empire ». C'est beau. Cela fait envie.

Jésus, nous le savons, a utilisé ce verbe, sur le mode impératif : Veillez ! Il ne nous a pas laissé que ce commandement. Il a aussi dit : Allez ! Soyez mes témoins ! Mais aujourd'hui, c'est ce verbe 'veiller' que je retiens pour rappeler l'appel du Maître au moment où nous nous souvenons de son Ascension.

Nous nous souvenons que Jésus a recommandé de veiller afin d'être prêts pour l'heure de son retour. On n'en parle plus beaucoup aujourd'hui ; on a tellement envie d'être compris et accepté par tout le monde, y compris les incroyants...


Les évangélistes et les pasteurs avaient raison de poser la question : Si le Maître revient ce soir, es-tu prêt ?
Ce qui revient à demander : S'il te fallait mourir ce soir... es-tu prêt ?

Mais ce n'est pas directement cela que je veux développer ce matin, bien que ce soit lié. Ce que je veux souligner, c'est l'importance, la nécessité pour chacun de nous, de veiller d'abord sur moi-même, puis sur mon frère. Et d'abord veiller sur soi ! D'une manière égoïste ? Non, mais comme une priorité dans ce qui m'est demandé. Comme une condition aussi, pour aller plus loin. pour grandir, être utiles comme des instruments de Dieu.

Oui, la Parole de Dieu demande à chacun de nous de commencer par veiller sur lui-même. De nombreux passages de l'Ecriture. J'en retiendrai trois.




1. Veiller sur soi-même en Deutéronome 6



« Ces commandements que je te donne aujourd'hui seront dans ton cœur. Tu les inculqueras à tes enfants, et tu en parleras quand tu seras dans ta maison... Tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes » (Dt 6.4-9).

Remarquez ceci : Moïse dit de la part de Dieu : Ecoute, Israël ! Mais il parle à la seconde personne du singulier : Ces commandements seront dans ton cœur. Comme si le sort du pays tout entier (et c'est le peuple de Dieu) dépendait réellement de chacun. Cf. la citation de Saint Exupéry. Nous n'imaginons pas à quel point c'est vrai. Nous n'imaginons pas que si un chrétien dans l'assemblée a un cœur endurci ou hypocrite, c'est toute l'assemblée qui peinera. « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui. Si un membre est honoré, tous les membres se réjouissent avec lui » (1 Co 12). Quelqu'un dira peut-être : Oui, mais personne ne le sait... C'est ignorer la réalité spirituelle du corps de Christ. Frères et sœurs, vous pouvez souffrir d'un membre de votre corps dont vous ignorez même l'existence. C'est pour cela, pour qu'aucun chrétien ne considère que ce qu'il vit n'a pas d'importance, que Paul écrit : « Vous êtes le corps de Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part » (1 Co 12).  Qu'il est important que chacun veille d'abord sur lui-même !

Dans ce passage, je remarque aussi que Moïse dit ceci : « Ces commandements seront dans ton cœur ». C'est Dieu qui le dit. Le lieu qui convient pour les commandements de Dieu, c'est le cœur. Pas la tête seulement : il ne suffit pas d'être d'accord. Pas les sentiments non plus : les beaux souvenirs du passé ne suffisent pas. Le cœur, c'est le lieu que Dieu désire, c'est le lieu que le sang de Jésus purifie, c'est le lieu où l'Esprit saint verse l'Amour de Dieu, c'est le lieu où se développe l'amour de ce que Dieu aime et le rejet de ce que Dieu déteste. Car il y a des choses que Dieu déteste. Savons-nous que Dieu est jaloux de notre cœur ? Il le désire. Le livre des Proverbes le dit : « Mon fils, donne-moi ton cœur ! ». Et encore : « Garde ton cœur plus que tout autre chose... ». Et Jésus dira, après le prophète : « Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est éloigné de moi ». Veiller d'abord sur soi-même.

Et le second lieu pour les commandements de Dieu, est-ce le temple, est-ce l'église ? Non, c'est la maison. « Tu écriras ces commandements sur les poteaux de tes portes et sur tes linteaux ». Le Dieu de la Bible est le Dieu des maisons. On pourrait en parler longuement. Le premier lieu pour prier, c'est la maison. « Entre dans ta chambre, ferme la porte et prie ! ». Le premier lieu pour écouter la Parole de Dieu, c'est la maison. « Le Seigneur, chaque matin, éveille mon oreille pour que j'écoute comme écoutent les disciples » . Déjà avec les enfants dès leur plus jeune âge, avant qu'on leur dise à l'école que Dieu n'existe pas. Le premier lieu pour servir, c'est la maison, dans le couple d'abord : le mari à la manière du Christ, l'épouse à la manière de l'Eglise ; et puis les enfants, à la manière des disciples. Le premier lieu pour dire des paroles qui communiquent la grâce, c'est la maison : demande de pardon, parole d'encouragement....

Si nous le vivons dans nos maisons, alors, et seulement à cette condition, nous pourrons le vivre en dehors. C'est ce que Paul écrit : « Car si quelqu'un ne sait pas diriger sa propre maison, comment prendra-t-il soin de l'Eglise de Dieu ? » (1 Tm 3). Mais cela s'adresse aux anciens, pensez-vous. C'est vrai, mais les anciens sont appelés à être les modèles au sein du peuple de Dieu. C'est donc vrai pour tous !
D'abord veiller sur moi-même et sur ma maison.


2. Veiller sur soi-même en 1 Timothée 3

 

Il s'agit aussi d'une parole adressée aux anciens de l'Eglise : « Prenez garde à vous-mêmes et à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis comme gardiens » (Ac 20.28).

D'abord, prenez garde à vous-mêmes ! Pourquoi est-ce important ? Pour deux raisons.

D'abord, parce que si celui qui montre le chemin se trompe, tous ceux qui le suivent s'égarent. Si celui qui enseigne dévie, tous ceux qui l'écoutent sont en danger. (C'est pourquoi il est écrit que ceux qui enseignent seront jugés plus sévèrement). C'est la raison négative. Eviter d'être une occasion de chute. Imaginez un chirurgien ou un pilote d'avion qui ne veille pas d'abord sur lui-même !

Vous vous dites peut-être que vous n'êtes pas conducteur du troupeau, ni enseignant. C'est vrai. Mais chaque chrétien, ne serait-ce que par sa manière de vivre, montre la voie à ceux qui le regardent, dans l'église et au dehors. C'est la raison positive. Chaque chrétien, quand il ouvre la bouche, dit une parole qui doit pouvoir être prise au sérieux et venir en aide à ceux qui l'écoutent, d'une manière ou d'une autre.

Pourquoi Jésus parlait-il avec autorité ? Parce que ses paroles étaient portées par un vécu. Dans la Bible, il n'y a jamais de différence entre la théorie et la pratique ! L'autorité est liée à un vécu. Mon autorité véritable est liée à mon vécu.

En réalité, ce qui manque le plus, dans les maisons comme dans les églises (et ailleurs), ce sont des modèles. C'est à dire des personnes qui cessent de trouver des excuses pour justifier leurs faiblesses et qui ouvrent la voie d'une conduite juste. Pas forcément des personnes qui parlent beaucoup, mais des personnes qui agissent avec droiture. Des personnes qui veillent d'abord sur elles-mêmes. Est-ce revenir à la loi ? Non, c'est démontrer les fruits de la grâce.

L'apôtre Paul utilise les mots irréprochables et irrépréhensibles. Il les utilise pour les responsables, mais aussi pour tous les chrétiens ! Nous devons les prendre au sérieux si nous voulons transmettre quelque chose. Ce n'est pas une question de mérites mais de condition. Ils nous disent, ces mots, que la vie chrétienne est une question de vérité et de lumière ; tout sauf une comédie. Alors, peu de mots suffiront pour avoir un impact.



3. La poutre et la paille



Nous retenons surtout de ce texte qu'il ne faut pas toucher à la paille qui est dans l’œil de notre frère. Cela nous arrange bien... Mais ce n'est pas ce que dit Jésus. Jésus dit : Tu pourras ôter la paille de l’œil de ton frère, mais il y a quelque chose à faire avant, d'abord. « Ôte premièrement la poutre de ton œil ; alors, après tu verras... ».

D'abord veiller sur soi-même.

Deux dérives qui guettent les chrétiens :

La première consiste à ne pas voir ce qui fait obstacle dans ma propre vie. On voit bien ce qui ne va pas chez les autres, mais on ne voit pas – ou on ne veut pas voir ce qui ne va pas chez nous. « Si quelqu'un dit qu'il n'a pas de péché, dit Jean, c'est un menteur ; la vérité n'est pas en lui » (1 Jn 1). La grâce, ce n'est pas seulement l'amour de Dieu : c'est l'amour de Dieu pour un pécheur !

La seconde dérive, c'est de bien voir ce qui ne va pas, mais d'y trouver des excuses ; comme les non-chrétiens. Je suis comme ça. C'est plus fort que moi. Tout le monde le fait. Personne n'est parfait. On est tous pécheurs. Etc. On est presque contents d'être encore des pécheurs. En un sens, ça nous rassure.

On ne se rend pas compte à quel point cela blesse le corps de Christ (et pas moi seulement), à quel point cela attriste l'Esprit, à quel point cela nuit au témoignage ! Si on s'en rendait compte, on veillerait sur ses voies avec beaucoup plus de vigilance ! Et alors on verrait des fruits.

« Ôte premièrement la poutre de ton œil. Et alors tu verras comment ôter la paille de l’œil de ton frère ! ».

En un sens, le but, c'est le frère !

C'est ce que nous verrons avec le message suivant.

Ch. Nicolas


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