S'approcher de Dieu



Deutéronome 6.4-9 ; Psaume 73.1-4a, 16-17 ; Romains 12.1-2 



Qui, parmi nous, serait intéressé par une intelligence renouvelée, une intelligence qui permet de discerner ce qui est agréable à Dieu, dans chaque situation qui se présente, de comprendre ce qui est "bon, agréable et parfait", pour reprendre l'expression de Paul ? C'est évidemment le désir profond de chaque chrétien.
Ce désir est sans doute, avec l'amour pour les frères et soeurs dans la foi, un des signes de la régénération du coeur et de la nouvelle naissance.

Mais le désirer est une chose et le vivre... en est une autre.


Frères et soeurs, il y a des choses que nous désirons et que nous attendons. C'est ce qui relève de l'espérance. Par exemple le retour du Seigneur, le festin des noces de l'Agneau, les nouveaux cieux et la nouvelle terre... Cela, nous l'attendons dans la foi et nous nous en réjouissons par avance !

Mais pour ce qui est de discerner la volonté de Dieu, cela fait-il partie de ce que nous devons attendre ou de ce que nous sommes appelés à vivre dès maintenant ?

Sommes-nous conscients à quel point la société dans laquelle nous vivons se construit et fonctionne de plus en plus en ignorant la volonté de Dieu (ou en la combattant de plus en plus ouvertement), à quel point nous sommes tentés de cultiver en même temps des réflexes de croyants – à certains moments ou dans certains domaines – et des réflexes d'incroyants à d'autres moments ou dans d'autres domaines ?

Je cite Manuel Vals, Ministre de l'Intérieur, au synode de l'EPU à Lyon le 11 mai dernier :
"La laïcité, qui est le fruit d'un compromis, a garanti l'unité de notre pays en tirant un trait catégorique entre ce qui relève de la sphère publique et ce qui tient de l'intimité spirituelle de chacun".

Nous comprenons cela s'il faut entendre que nous n'avons pas, en tant que chrétiens, à confondre l'Eglise et la société en général. Mais nous ne pouvons pas comprendre qu'il puisse exister "un trait catégorique" qui sépare la réalité en deux : une partie qui relève de la sphère privée (la maison, l'église) et une partie – dont Dieu serait exclu – qui relève de la sphère publique (la rue, l'école, le travail...). Cela, c'est nier la foi ! Une formatrice en milieu hospitalier a, par exemple, utilisé l'expression : "Laisser sa foi au vestiaire", en parlant des soignants chrétiens. Un chrétien peut-il laisser sa foi au vestiaire ?

Il est facile de remarquer que les chrétiens qui, dans l'histoire, ont marqué leur temps, sont ceux qui, au lieu de faire des compromis, se sont tenus PRES DE DIEU. Je développe cela à partir de 3 mots, ce matin : le sanctuaire, le coeur, le corps.



1. Le sanctuaire



On pourrait faire une étude très longue et profonde sur le sanctuaire. Mais quelqu'un dira : A quoi cela va-t-il servir ? Qu'est-ce que ça va changer ? Quel rapport peut-il y avoir entre le sanctuaire et ce que nous vivons chaque jour ?

Asaph, dans le Ps 73, confie un trouble profond, partagé par d'innombrables personnes aujourd'hui, devant l'injustice, devant ce qui lui apparaît comme une contradiction : tandis que nous croyons que Dieu est juste et tout-puissant, des méchants vivent sans que rien ne les inquiète, alors que des justes souffrent misérablement. "Mon pied allait fléchir, dit-il. Mes pas étaient sur le point de glisser... Quand j'ai réfléchi là-dessus, la difficulté fut grande à mes yeux" (v.17).

Asaph n'est pas un enfant quand il écrit cela. Il a crié à Dieu son incompréhension. Il a peut-être même douté que Dieu soit réellement là pour l'entendre, à certains moments, tellement sa logique était bousculée. "Car je portais envie aux insensés, voyant le bonheur des méchants...". Probalement a-t-il consulté des sacrificateurs, des docteurs de la loi, mais aucune explication ne l'a réellement apaisé... "jusqu'à ce qu'il ait pénétré dans les sanctuaires de Dieu".

Asaph avait en quelque sorte deux regards : un regard sur les choses apparentes, choquantes ou séduisantes (cf. la TV), et un regard sur Dieu, un peu tâtonnant. Je me demande si ce n'est pas ce que vivent ces innombrables personnes qui disent : Je suis croyant, pas pratiquant. Je crois que c'est aussi ce que vivent des croyants pratiquants... qui n'osent pas confesser la foi avec assurance : ils sont gênés, ils sont à moitié sûrs, ils sont comme sur une balance, un peu partagés, prudents, hésitants, souvent prêts à des compromis, sans réel témoignage... Reconnaissons que c'est ce que nous vivons nous-mêmes, trop souvent encore.

Asaph a dû être comme cela... "jusqu'à ce qu'il ait pénétré dans les sanctuaires de Dieu". A ce moment-là, il s'est passé quelque chose qui a produit un changement radical. La réalité est demeurée la même, (...) mais elle est apparue sous un éclairage complètement nouveau, et le trouble s'est évanoui ! "J'étais stupide et sans intelligence", écrit Asaph.

"Jusqu'à ce que j'eusse pénétré dans les sanctuaires de Dieu". De quoi s'agit-il ? Ce terme est employé pour désigner des lieux de culte païens qui existaient avant Israël ou autour de lui. Il désigne aussi le tabernacle dans le désert, puis le temple, et notamment le lieu de la rencontre, réservé aux prêtres. Le lieu de la rencontre, quelle expression ! Enfin, le sanctuaire désigne aussi le lieu céleste où Dieu a sa demeure. "Christ n'est pas entré dans un sanctuaire fait de main d'homme, en imitation du véritable, mais il est entré dans le ciel même afin de comparaître maintenant pour nous devant la face de Dieu" Hé 9.24 ; Ps 102.20 (Tob). Ici apparaît encore cette dimension de la rencontre, du face à face. Le sanctuaire, c'est le lieu du face à face avec Dieu, sans intermédiaire, sinon le Seigneur Jésus.

C'est l'expérience de Job, résumée dans cette parole : "Mon oreille avait entendu parler de toi, mais maintenant mon oeil t'a vu" (42.5). Que s'est-il passé ? C'est comme quand deux regards se rencontrent enfin. Il y a une double mise en lumière : sur Dieu et sur moi. "J'ai parlé sans les comprendre de choses trop grandes pour moi", dit Job. Comme dans la vision d'Esaïe : "L'année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône très élevé... Alors je dis : Malheur à moi ! Je suis perdu car je suis un homme dont les lèvres sont impures, et mes yeux ont vu l'Eternel" (Es 6.5).

C'est encore la rencontre de Jésus avec la femme Samaritaine. Là aussi, c'est une double rencontre, un double dévoilement : sur Jésus le Messie, mais aussi sur son coeur à elle : "Voilà un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait !" (Jn 4.29). Nous reconnaissons là le coeur de l'expérience chrétienne : il n'y a pas une porte qui s'ouvre, mais deux. "Le Seigneur, s'étant retourné regarda Pierre..." (Lc 22.61). On pourrait parler d'une double révélation : celle de la présence de Dieu et celle de mon propre coeur.



2. Le coeur, un autre sanctuaire



Nous ignorons souvent la dimension du coeur. Nous connaissons les raisonnements, les idées, les sentiments, les affections, mais le coeur, qui le connaît ? "Le coeur de l'homme est un abîme, dit la Bible, qui peut le sonder ?" (Ps 64.7; Jér 17.9). En réalité, notre propre coeur est aussi innaccessible que Dieu, car c'est la même lumière qui permet de découvrir l'un et l'autre. De Lydie, la marchande de pourpre, il est dit que "le Seigneur lui ouvrit le coeur pour qu'elle fût attentive à ce que dirait Paul" (Ac 16.14). Oui, en un sens, c'est Dieu qui en a la clé. Et cela nous concerne tellement !

Rappelons-nous l'expérience du fils prodigue. Il est assis au milieu des pourceaux. On voit bien que le lieu importe peu ! Pour lui, c'était l'heure de l'épreuve. Le regard de cet homme va changer entièrement, comme celui d'Asaph : lui aussi portait envie aux insensés. Et maintenant, il va demander à être traité comme un serviteur ! Le texte nous donne une indication intéressante : "Etant entré en lui-même, il se dit...". Voilà de nouveau la dimension du coeur, l'accès au coeur, au plus profond de moi, au "lieu saint" de mon être : c'est là aussi un sanctuaire, en un sens. C'est là que se fait la rencontre avec Dieu ! Etant entré en lui-même, il a entendu l'Esprit de Dieu qui  disait à son esprit ce qu'il avait à faire. C'est cela l'intelligence selon Dieu ! "Il se leva et alla vers son père" (Lc 15.20).

La crainte de Dieu, qui est le commencement de la sagesse et de l'intelligence, ce n'est pas seulement un code de morale ou des souvenirs d'enfance : c'est une disposition profonde du coeur qui va orienter toute ma vie. La voix de Dieu qui va diriger ma pensée, me rendre sensible à sa volonté, m'accorder le discernement, le secours nécessaire, les dons nécessaires, et même la foi pour agir, et encore l'amour, tout cela c'est l'oeuvre de l'Esprit. Et c'est au niveau du coeur que l'Esprit agit, pas autrement ! "L'amour de Dieu est versé dans nos coeur par le St Esprit", dit Paul (Ro 5.5). La louange, l'adoration, c'est le coeur ! L'obéissance de la foi, c'est le coeur ! "Ces commandements seront dans ton coeur !" (Dt 6.6). Mon coeur est comme un sanctuaire. C'est pourquoi il est écrit : "Garde ton coeur plus que tout autre chose..." (Pr 4.23).

Nous comprenons que le sanctuaire, ce n'est pas sur telle ou telle montagne, ou même à Jérusalem, ou le Musée du Désert ou le temple ou le Foyer protestant. Ce n'est même pas la chambre où Jésus nous invite pourtant à entrer, porte fermée. "Car Dieu est Esprit", rappelle Jésus à la femme Samaritaine.  Or, la dimension de l'Esprit, c'est celle du coeur que Dieu recherche et habite, si nous le lui avons ouvert. C'est pourquoi nous lisons cet appel dans le livre des Proverbes (23.26) : "Mon fils, donne-moi ton coeur !"  .



3. Le corps, ou s'offrir entièrement



Après avoir dit un mot sur le sanctuaire où se vit la rencontre avec Dieu et sur le coeur qui est le lieu où l'Esprit parle à notre esprit, je voudrais dire un mot sur le corps. Pourquoi le corps ? Parce que Paul le mentionne en rapport avec le renouvellement de l'intelligence, comme pour Asaph, Lydie, la Samaritaine, etc. Il écrit : "Je vous exhorte à offrir vos corps en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu, ce qui constituera un culte pour Dieu de votre part, et qui rendra possible une transformation par le renouvellement de l'intelligence afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait" (Ro 12.1-2).

Que Dieu nous éclaire lui-même, car ces choses, je l'ai dit, sont inaccessibles avec nos propres forces. Et pourtant, nous sommes appelés à les vivre. Non pas plus tard, mais maintenant. Certains se disent peut-être : Ce pasteur nous parle de choses impossibles. Ce n'est pas faux. Et d'autres se disent peut-être : Je veux vivre cela réellement ! Ils ont raison aussi ! Les deux ont raison : c'est impossible par nos propres forces et c'est pourtant la volonté de Dieu pour chacun de nous.

C'est un appel : Offrez vos corps ! Offre ton corps ! Mais le corps, n'est-ce pas ce qui est visible, extérieur, le plus éloigné du coeur et de l'Esprit ? Ici, le mot corps désigne la totalité de notre être. Ni plus ni moins : corps, âme et esprit.

Je ne sais pas comment vous réagissez à cela. Peut-être en disant : Mais c'est impossible. Il faut bien que je vive, comme tout le monde... Peut-être en disant : Je sens que c'est bien ce que Dieu me demande. Ne pas m'offrir entièrement, c'est marchander ; c'est ce qui m'empêche d'être heureux. Peut-être en disant : Je me suis déjà offert entièrement à lui il y a longtemps ; mais je sens que je dois le faire encore aujourd'hui, et chaque jour. Car c'est cela le culte que Dieu aime !

Je ne sais comment vous réagissez, ni même comment je réagis moi-même. Ce que je sais, c'est que c'est la condition pour avoir une intelligence spirituelle renouvelée et comprendre la volonté de Dieu. Non pas seulement d'une manière générale, mais aussi ici et maintenant, tout à l'heure, ce soir et demain. Instant après instant.



Qui le veut ? Dieu le veut. Cela est sûr.


Moi, je le veux aussi. Que Dieu me vienne en aide.                                                   

 

Charles Nicolas

 

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