Les mérites et les conditions



Psaume 1er ; Actes 2.37-41 ; 2 Chroniques 7.14



Avec ce message je voudrais que nous entendions ce que dit la Parole de Dieu sur les mérites et sur les conditions, en rapport avec l'exaucement, avec la bénédiction de Dieu. Si je devais  résumer ce message en deux phrases, je dirais ceci :
1. Il n'y a jamais de mérite. Jamais !   2. Mais il y a souvent des conditions. Presque toujours !



1. Il n'y a pas de mérites, jamais


Nous le savons, mais nous avons beaucoup de peine à l'admettre...
Rappelons-nous la parole ancienne de Dieu à  Abram : « L'Eternel dit à Abram : Va-t-en de ton pays, de ta patrie, de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai. Je rendrai ton nom grand et tu seras une source de bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront et je maudirai ceux qui te maudiront ; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi » (Gn 12.1-3).

Abram a-t-il mérité cet appel, ces promesses ? Non ! Pas plus qu'aucun des hommes, aucune des femmes appelés dans la Bible – et même aujourd'hui. Que l'on soit le meilleur ou le pire des hommes, Dieu ne nous doit rien et ses promesses ne sont le fruit que de son amour. Cela n'est pas si facile à accepter. Dieu fait grâce à qui il fait grâce, et celle-ci ne peut être reçue que par la foi – la foi qui elle aussi est une grâce !
« Cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu » (Ep 2.8).

Plusieurs parmi nous doivent se dire : Il y a longtemps qu'on sait cela. Il n'empêche que le réflexe des mérites est tellement ancré dans l'âme humaine que l'on n'a jamais fini de l'extirper. Mais quand il a vraiment disparu, la grâce de Dieu produit alors des fruits magnifiques, incomparables avec le fruit de nos efforts ! Mais... c'est mourir, en un sens, d'admettre cela !

Si ce réflexe des mérites n'est pas totalement détruit, quand viennent les bénédictions, cette pensée survient aussi : Quand-même, je suis un peu meilleur que les autres. Je ne me suis pas mal débrouillé. Or, quand cette pensée surgit, l'amour déjà s'en est allé. Que reste-t-il alors ?

C'est pourquoi Moïse rappelle au peuple de Dieu – qui avait reçu tant de promesses – le principe de la grâce qui exclut les mérites :
« Ce n'est pas parce que vous surpassez en nombre tous les peuples que l'Eternel s'est attaché à vous et qu'il vous a choisis, car vous êtes le moindre de tous les peuples, mais parce que l'Eternel vous aime, parce qu'il a voulu tenir le serment qu'il a fait à vos pères » (Dt 7.7).

L'apôtre Paul dira à plusieurs reprises la même chose aux églises auxquelles il s'adresse. Et il le fait aussi en parlant de lui-même : « J'étais auparavant un blasphémateur, un persécuteur, un homme violent... mais la grâce de notre Seigneur a surabondé, avec la foi et l'amour qui est en Jésus-Christ » (1 Tm 1.13-14). Avec cette conséquence : « Nous ne pouvons pas concevoir quelque chose comme venant de nous-mêmes. Notre capacité, au contraire, vient de Dieu » (2 Co 3.5).

Pourquoi est-il si important de revenir souvent sur ce point ? Je l'ai dit : à cause du réflexe des mérites, de la tentation du marchandage, des comparaisons, de la vantardise, qui polluent notre compréhension de la grâce de Dieu et, à partir de là, toute la vie chrétienne – à commencer par l'adoration et le culte, la prière, et aussi l'amour.

Pour beaucoup d'hommes et de femmes aujourd'hui, tout part du néant pour finir dans le néant – ou bien tout part de l'homme et a pour finalité l'homme. Notre vocation de chrétiens est de démontrer par notre vie que tout vient de Dieu et que tout est pour lui. (Cf. le début et la fin du Notre Père).
« C'est de lui, par lui et pour lui que sont toutes choses. A lui la gloire dans tous les siècles ! Amen ! » (Ro 11.36)

La lettre de Paul aux Ephésiens, qui donne probablement un des enseignements les plus profonds de l'Ecriture, commence ainsi : « Béni soit Dieu qui nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ. En lui, Dieu nous a élus avant la fondation du monde pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant Lui, nous ayant prédestinés dans Son amour à être Ses enfants d'adoption par Jésus-Christ, selon le bon plaisir de Sa volonté... ». Où placer quelque mérite que ce soit ici ? C'est absolument impossible. Et pourtant, que de bénédictions en jeu !

Chez celui et celle qui sont libérés de la tentation des mérites, chaque parole qui sort de la bouche rend témoignage de qui est Jésus-Christ. Celui qui vit de la grâce répand l'odeur de l'Evangile et témoigne de son Sauveur, même quand il dort.



2. Mais il y a des conditions, souvent



Rappelons-nous la promesse de Dieu à Abram.
Il n'y a pas de mérite pour que s'accomplisse l'œuvre de Dieu en nous et au milieu de nous. Mais il y a des conditions. Pour Abram, il y en avait deux : Quitter son pays et aller dans le pays que Dieu lui montrerait. Tout le reste était l'affaire de Dieu ; il ne fallait pas s'en soucier !

Comment le dire de manière simple ? Si Dieu me dit : « Monte dans ta chambre, je voudrais te parler », il y a une condition pour que Dieu me parle : c'est de monter dans ma chambre. Ce n'est pas du tout un mérite ; c'est une condition. Il est vraiment important que nous comprenions cela. Imaginez maintenant que je dise : « Seigneur, je ne veux pas monter dans ma chambre, ce n'est pas mon idée. Mais au nom de ton amour et au nom de Jésus-Christ, toi qui as dit : Demandez et on vous donnera, je te demande de me parler. S'il te plaît ! », que croyez-vous que fera le Seigneur ? Il est patient. Il redira probablement ce qu'il a déjà dit, une fois, deux fois, trois fois (?) ; puis il ne dira plus rien. Et du temps s'écoulera. Des heures, des jours, des semaines, des mois peut-être... Et nous dirons : « Le Seigneur ne me parle pas. C'est un Dieu silencieux. Je ne sens pas qu'il est près de moi... ». Et un jour, à l'occasion d'un découragement, d'une épreuve, Dieu me redira : « Je t'ai donné un rendez-vous et je t'attends-là. Si tu y vas, je te parlerai ». Si j'y vais, il me parlera et me dira ce qu'il avait à me dire et qui était sans aucun doute quelque chose d'important.

Abram devait partir pour être béni. Il est parti et il a été béni. Est-ce un mérite ? Non. Mais c'était une condition. La condition, c'était la foi. « Abram cru et partit comme Dieu le lui avait dit ». Et nous voyons là que la foi se traduit par une obéissance, « l'obéissance de la foi ». C'est de cette obéissance-là qu'il est dit : « Elle vaut mieux que les sacrifices ». Ce qui signifie, d'une certaine manière, qu'elle vaut mieux que la prière, car on peut prier et n'en faire qu'à sa tête... (Cf. Pr 28.9).

Frères et sœurs : il est impossible de mériter la plus petite part des bénédictions de  Dieu, le moindre exaucement. Mais il est également impossible de négliger les conditions pour recevoir cette bénédiction, car si Dieu est un Dieu de grâce et de miséricorde, il n'est pas un Dieu de désordre et de compromis. On pourrait citer d'innombrables passages bibliques qui le démontrent.

Connaissez-vous l'histoire de ce garçon qui n'avait pas révisé pour son épreuve de géographie ? La question était : Quelle est la capitale de l'Espagne ? Impossible de s'en souvenir. Finalement, il avait écrit Rome. Après l'examen, il rencontre un camarade et lui demande ce qu'il fallait mettre. L'autre lui dit : « Madrid, bien-sûr ». Alors, complètement désemparé, il rentre chez lui, se met à genoux et prie de tout son cœur : « Seigneur ! Fais que Rome soit la capitale de l'Espagne ! »


Nous voyons qu'il y a des prières qu'il est impossible à Dieu d'exaucer, malgré son amour et sa  puissance. Nous voyons qu'il y a des bénédictions qui peuvent demeurer en attente, alors qu'elles sont prêtes depuis longtemps... Nous avons compris qu'il est impossible de les mériter. Mais nous devons aussi comprendre qu'il est impossible de les recevoir si certains obstacles ne sont pas ôtés.

Je voudrais indiquer un des sens de la bénédiction : c'est une approbation. Celui que Dieu peut approuver, celui-là est béni – quelles que soient les circonstances. C'est le « juste » du Psaume 1er. Mais Dieu peut-il approuver un homme, une femme ? Bien-sûr que oui ! Dieu approuve celui et celle qui se confie en Lui et qui marche dans ses voies, en écoutant sa voix pour la mettre en pratique. Il n'y a toujours pas de mérite ; mais il y a donc des conditions.

« Si mon peuple sur qui est invoqué mon nom s'humilie, prie et cherche ma face, et s'il se détourne de ses mauvaises voies, je l'exaucerai des cieux, je lui pardonnerai son péché et je guérirai son pays » (2 Ch 7.14).  Là, il y a quatre conditions (qui n'en font qu'une, en fait).

Certains penseront que cela concernait l'Ancien Testament. Mais nous remarquons que cela a aussi été le message de Jean-Baptiste qui introduit Jésus dans le monde, celui de Jésus après son baptême, celui des apôtres après la Pentecôte, et celui de tous les prédicateurs de réveil depuis. Le Royaume de Dieu s'est approché ; il est là. La repentance va permettre de le recevoir. La repentance, c'est simplement : ôter l'obstacle. Dieu fait le reste. Il me faut renoncer maintenant à ce que Dieu dénonce dans ma vie. C'est donc là un principe permanent. La repentance est une condition incontournable. Il faut dégager le passage, ôter les obstacles, cesser d'irriter Dieu, préparer le chemin dans les cœurs, « aplanir les sentiers ».

On aime parler aujourd'hui, dans certains milieux, de l'amour inconditionnel de Dieu. C'est une expression équivoque. Oui, en un sens, l'amour de Dieu est inconditionnel car il est et sera toujours immérité, et pour chacun de ses enfants rachetés, c'est un amour qui dure toujours ! Mais si on veut dire par là qu'il arrivera la même chose quoi qu'on fasse, alors cette expression véhicule un  mensonge. « Il n'en est pas ainsi des méchants, dit le Psaume 1er. Ils sont comme la paille que le vent dissipe ».



3. La présence de Dieu



Avant de conclure, je voudrais suggérer ceci : la bénédiction pour un chrétien et pour l'Eglise est liée à la présence de Dieu. Certes, il y a les dons qu'il nous accorde, nombreux, variés, mais le premier don qu'il nous a accordé, qu'il veut nous accorder, c'est Lui-même. Christ en moi. Christ au milieu de nous. Dieu avec nous. « Fais de l'Eternel tes délices, et il te donnera ce que ton cœur désire » (Ps 37.4). Et que désirer d'autre que Dieu lui-même, finalement, quand on l'a bien connu ?

Frères et sœurs, si nous associons la bénédiction et la présence de Dieu, alors certainement nous comprenons qu'il ne peut vraiment pas y avoir le moindre mérite – mais que des conditions sont effectivement nécessaires. Jamais l'amour de Dieu n'abolit sa sainteté. Jamais. Le même Esprit est un Esprit d'amour et de sainteté.

La présence de Dieu... Elle est partout. « Où fuirais-je loin de ta face ? » (Ps 139.7). Et en même temps... elle est loin d'aller de soi. (Il faudrait tout un message). Frères et sœurs, je vais peut-être  troubler en disant cela : Si la présence de Dieu était pleinement manifestée ici, maintenant, nous serions peut-être à genoux en train de pleurer, ou de rire, ou de nous demander pardon, ou de prier à cœur ouvert, je ne sais...  Si la présence de Dieu était manifestée, il y a des changements attendus depuis des années qui surviendraient en quelques instants.

Il n'y a pas de mérite. Tout est grâce. Christ a entièrement payé, et toutes les bénédictions sont en lui. Il suffit de dire les 'oui de la foi'. Mais il y a des conditions, et là aussi les 'oui de la foi' sont attendus. Et la première condition, c'est de renoncer à soi-même pour que Son règne vienne.

Ch. Nicolas

 

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